Moi, gaulliste, souverainiste, je participerai à la primaire le 9 octobre

On pourrait croire que, soutenant ouvertement la candidature directe d’une personnalité à l’élection présidentielle et non située à gauche par les observateurs, l’idée de participer à la primaire socialiste ne m’effleurerait pas l’esprit plus de trois secondes. Ce serait une erreur. Non seulement, j’y participerai, mais je me sens légitime de le faire et ce sera par conviction. Etonnant, non ?

J’y participerai parce qu’elles existent. Certes, j’ai déjà mis en garde contre ce processus, que je trouve néfaste et même dangereux pour nos institutions. Mais, après tout, je vais voter pour la présidentielle tous les cinq ans alors que j’étais opposé au raccourcissement du mandat présidentiel[1. Il m’arrive même de participer aux élections européennes alors qu’elles ont pour but d’élire un parlement censé représenter un peuple européen lequel, pour moi, n’existe pas !]. La Ve République a déjà été pas mal amochée successivement par Valéry Giscard d’Estaing[2. Par la réforme des conditions d’accès à la candidature présidentielle, par exemple.], par François Mitterrand[3. Avec ses participations à des cohabitations.], par Jacques Chirac[3. L’homme qui a dissout l’Assemblée Nationale, a perdu les élections, pour finir par rester en place, comme si de rien n’était.] ou Nicolas Sarkozy[4. L’homme qui a fait voter par les parlementaires un texte refusé par le Peuple par référendum après l’avoir maquillé comme une voiture volée.]. Ce n’est pas une évolution néfaste de plus, laquelle se trouve d’ailleurs en cohérence avec toutes les autres, en américanisant  notre vie politique, qui devrait m’envoyer sur une île politique déserte, fut-elle symbolique.

Je me sens légitime d’y participer, malgré la fameuse déclaration d’adhésion aux valeurs de la gauche. Je suis gaulliste et certains persistent même à me désigner comme souverainiste, ce que j’accepte de bonne grâce, même si ce qualificatif me semble réducteur. A ce stade, mon ami Laurent de Boissieu me taperait sur l’épaule et me dirait que le gaullisme ne se trouve ni à droite ni à gauche. Mais que faudrait-il en conclure ? Que, je ne devrais donc pas davantage participer à une primaire de gauche en 2012 qu’à une, organisée par la droite, en 2017 ? Ou que, le gaullisme se plaçant non entre la droite et la gauche mais au dessus, il m’appartient de me préoccuper des deux ? Cher Laurent, je privilégie la seconde solution. Et je vais même pousser l’audace plus loin. Ces fameuses valeurs de gauche et de la République, ce projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire, j’y adhère totalement. Tout comme je m’engagerais volontiers derrière des valeurs de droite et de la République, un projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de responsabilité et de progrès économique, ce qu’on me demanderait en cas de primaire dans l’autre camp. Mieux encore, je me sens davantage légitime pour les défendre que bon nombre d’adhérents du PS ou de l’UMP (et ses prédécesseurs) lesquels les foulent au pied depuis une trentaine d’années.

J’irai voter avec convictions. Il n’est surtout pas question de tactique de bas étage, comme le feront quelques militants UMP désoeuvrés et souhaitant influencer le résultat en votant pour celui qu’ils pensent le plus conforme aux intérêts de Nicolas Sarkozy. Je voterai en fonction des idées qui m’ont été présentées. Et il n’est pas un secret de révéler que celles d’Arnaud Montebourg se rapprochent le plus des miennes. Le député bressan a d’ailleurs participé dernièrement à un colloque sur le protectionnisme en compagnie de Jean-Pierre Chevènement, pour lequel je m’étais engagé il y a dix ans, et de Nicolas Dupont-Aignan, pour lequel je voterai en avril prochain. Ce n’est pas un hasard. Certes, il n’a pas encore franchi le rubicon monétaire. Mais pour peu que les évènements l’y poussent dans quelques mois voire quelques semaines, nous pourrions nous retrouver plus proches encore… Faire avancer ses idées partout où elles sont, ce n’est pas une tactique, c’est une stratégie culturelle et politique. Que j’assume, publiquement. S’il y a un second tour, j’irai éliminer celui (ou celle) qui me paraîtrait le plus néfaste à l’avenir de mon pays[5. Ne cachons pas que la perspective d’assister à un second tour Sarkozy-Aubry en mai prochain me plonge dans une consternation voire un effroi que je ne peux dissimuler.].

Le candidat qui gagnera la primaire aura des chances sérieuses de se retrouver à l’Elysée en mai prochain. Y participer me semble donc non seulement légitime mais nécessaire pour qui se pique de politique. Mais que mes amis se rassurent. Dès que la vraie campagne sera lancée, je reviendrai au candidat dont le projet correspond totalement à mes convictions.