Prolophobie à tous les étages

La prolophobie, décrite par Brustier et Huelin dans « Voyage au bout de la droite »,  semble bien devenue un sport très prisé dans certains milieux. Chez Taddéi hier soir, par exemple, on a vu Thierry Lévy d’une agressivité absolument saisissante s’indigner contre la demande de sécurité formulée par de nombreux français, quand bien même son interlocutrice lui faisait remarquer qu’elle émanait des classes les plus pauvres de notre pays. Jean-Michel Ribes venait à la rescousse de l’avocat en signalant qu’il ne sentait pas cette demande, habitant lui-même dans un quartier populaire. Pas étonnant qu’il ait davantage de mal à la sentir qu’un habitant de Noisy-le-Sec, le quartier auquel il faisait allusion, Belleville-Ménilmontant, propose aujourd’hui les loyers parmi les plus onéreux de Paris. Quant au prix du mètre carré à l’achat, il se situe autour des huit-mille euros, c’est dire si le prolo a été expulsé -puis dispersé façon puzzle-depuis longtemps du voisinage du créateur de Palace et que son témoignage pouvait faire sourire.

Cette prolophobie ne concerne évidemment pas que les questions de sécurité, d’immigration ou de laïcité. Patrick Buisson, qui lui aussi a repris le concept de prolophobie, semble bien frappé d’hémiplégie lorsqu’il liste les solutions qu’il préconise afin de faire revenir au Président les classes populaires qui l’ont lâché lors des derniers scrutins, en s’abstenant massivement ou en votant pour les candidats estampillés Marine Le Pen. L’ordonnance ne répond qu’à ces thématiques. Elle n’évoque pas la désindustrialisation, les délocalisations, la croissance atone, la cherté du transport, des produits alimentaires ou du logement, autant de thèmes qui préoccupent autant voire davantage les milieux populaires en question. Ne prenant pas particulièrement les conseillers du Président pour des imbéciles, j’ai tendance à croire que Monsieur Buisson n’ignore rien de cela et qu’il est contraint de faire l’impasse puisqu’il est entendu que Nicolas Sarkozy n’est pas décidé à passer à une phase de démondialisation préconisée par les uns et/ou de sortie du carcan euro-monétaire réclamée par les autres. Du coup, c’est bien les classes populaires et moyennes qui pourraient alors avoir tendance à penser que c’est bien Patrick Buisson qui les croit peuplées d’imbéciles. C’est bien beau de dénoncer la prolophobie mais encore ne faut-il pas y tomber soit même.

Et s’il n’y avait que Lévy, Ribes et Buisson ! Voilà donc que notre ministre de l’écologie, dans le cadre du Grenelle vert, souhaite, en partenariat avec les collectivités locales, interdire dans huit villes la circulation aux véhicules à moteur mis en circulation il y a plus de douze ans . Parmi ces communes, Clermont-Ferrand mais aussi et surtout Paris et Saint-Denis. Imaginez un salarié endetté et habitant loin de Paris (ou de la Plaine Saint-Denis) où il travaille. Les transports en commun sont longs et ne lui donnent pas la garantie d’arriver à l’heure au bureau. Alors il prend sa vieille bagnole qu’il n’a pas pu renouveler parce que son endettement dépasserait le tiers de son revenu. Grâce à Borloo, NKM et Hulot, il fait comment ?  Il se démerde. Salaud de pollueur ! Salaud de pauvre !

On pouvait attendre des pontes de la rue de Solférino un soutien. Ainsi Claude Bartolone était invité à Europe1 et la question lui fut posée. N’est-il pas aussi président du Conseil Général de Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France là où les vieilles bagnoles concernées par la mesure gouvernementale constituent la plus grande partie du parc ? Que croyez-vous qu’il répondit, ainsi interpellé ? Qu’il crie au scandale ! Nenni ! Certes, il a signifié le fait que le 9-3 manquait cruellement de transports en commun et que cela pouvait être ressenti comme injuste mais, relancé par Nicolas Poincaré, il ne s’est pas dit scandalisé par la mesure, qualifiée au passage de « signal » et de « symbole ». Prolos de Seine-Saint-Denis, vous voilà défendus énergiquement ! Mon petit doigt me dit que beaucoup d’entre eux auraient sans doute préféré qu’il s’indignât contre NKM que contre Guéant et Copé.

Une présidentielle à 50 % de participation, ça vous dit ?