Quelqu’un peut leur dire ?

Nous avions dit ici notre amusement et notre consternation mêlés devant les appels de Stéphane Hessel à l’indignation contre la mondialisation néolibérale alors qu’il s’apprêtait à soutenir Dominique Strauss-Kahn, avant que ce dernier ne soit écarté de la candidature par quelques ennuis avec la justice new-yorkaise.

La semaine dernière, une grande partie de la jeunesse espagnole s’est lancée dans un grand mouvement dont Daoud Boughezala a excellemment expliqué les tenants et aboutissants. Ces jeunes, qui ont donc de bonnes raisons de se révolter, ont finalement décidé de se donner un nom : « Mouvement des Indignés » ou Indignados dans la langue de Cervantès. Il semble que l’opuscule tant vendu en France connaisse aussi un grand succès  de l’autre côté des Pyrénées. On ne peut en vouloir à la jeunesse espagnole de ne pas connaître toutes les subtilités du petit monde politico-médiatique parisien. Après tout, les Espagnols connaîtront peut-être bientôt les remèdes du Docteur Lagarde mais ils ne croiseront pas le précédent toubib du FMI, dont Stéphane Hessel faisait la pub sur les télés et radios françaises.

Mais voilà que la jeunesse hellène, ayant de bonnes raisons de s’indigner aussi, et observant celle d’Espagne, décide de lancer un mouvement similaire, occupant les places des villes grecques. Elle demande notamment un référendum sur l’austérité et décide aussi de se nommer « indignés ». Autant il n’était pas forcément nécessaire d’informer les jeunes Espagnols, autant il est urgent d’expliquer aux jeunes Grecs que l’auteur du livre à l’origine du nom de leur mouvement soutenait ostensiblement  Dominique Strauss-Kahn. Nul besoin ensuite de leur expliquer de qu’il s’agit. Les Grecs connaissent très bien DSK, et depuis plus de deux semaines. Non content d’avoir organisé en Grèce une cure d’austérité que même François Fillon ou Jean-Michel Aphatie ne proposeraient pas pour la France, DSK, dans un reportage de Canal+, prêtait aux Grecs une propension ontologique à la fraude fiscale et au « truandage » et les diffamait honteusement en déclarant qu’ils « s’étaient mis dans la merde tout seuls ». Les propos en question n’avaient pas fait beaucoup parler dans les rédactions parisiennes, lesquelles préféraient gloser sur la manière strauss-kahnienne de retourner les steaks ou de défroisser les costumes, mais ils avaient fait scandale dans les rédactions et la rue grecques.

On peut donc parier que si quelques bonnes âmes allaient informer les occupants de la Place Syntagma que l’Indigné qu’ils révèrent, en dénommant ainsi leur mouvement, s’apprêtait à figurer en bonne place dans le comité de soutien de Dominique Strauss-Kahn, ils auraient tôt fait de changer leur calicots et leurs intitulés de groupe Facebook. Si quelqu’un parle et écrit le Grec moderne, peut-il s’en charger de toute urgence ?