Retourne à ta cuisine, Audrey !

Jeudi soir, on enregistrait le dernier « On n’est pas couché » de 2011. L’un des invités, Stéphane Guillon en assurait dès hier la publicité par un tweet :« Demain soir, dans ONPC, je réponds à Audrey Pulvar en imitant Montebourg… ». Emmanuel Beretta, spécialiste des médias au Point, remettait une couche trois heures plus tard :« Accrochage Pulvar/Guillon hier sur le tournage de Ruquier à propos de France Inter. Guillon a fini par imiter Montebourg. Pulvar vexée. » Cette dernière, qui twitte aussi, tempérait cette nuit : » je n’ai aucune envie d’ajouter l’ébullition à cette tempête dans 1 verre d’eau. Question d’élégance. »

Par chance, cette émission est enregistrée en public, ce qui nous a permis de recueillir des informations. C’est lorsque Guillon est passé dans le fauteuil que tout a commencé. Natacha Polony a débuté en déplorant le politiquement correct de son spectacle et donc du DVD dont il était venu faire la promotion. Le comique qui, à l’instar de Michael Youn il y a quelques années devant Eric Naulleau, aime qu’on rie de tout sauf de lui, n’a pas goûté la chose. Interrompant sans cesse la chroniqueuse, il a fini par la qualifier de maîtresse d’école, sans qu’on sache qui était le véritable destinataire du compliment, Polony ou les institutrices. Là dessus, Audrey Pulvar prend la parole. Guillon attend sans doute que la femme de gauche vienne à sa rescousse alors qu’il vient d’être attaqué par les forces de la Réaction. Manque de bol, elle explique qu’il se laisse aller à une légère monomanie à propos de son éviction de France Inter. C’est là que, pour répondre à la chroniqueuse, il choisit finalement d’imiter -et plutôt mal- Arnaud Montebourg. Classe ! Audrey Pulvar aurait pu en rire. A mon humble avis, c’est ce qu’elle aurait dû faire, comme elle l’avait fait un peu plus tôt dans l’enregistrement de l’émission lorsqu’il avait été évoqué son lien avec le député de Saône et Loire. Mais elle a du caractère, Audrey. Et au lieu de la jouer profil bas, comme le lui avait reproché gentiment mon ami François Miclo il y a quelques mois, elle n’a pas laissé passer, au risque d’apparaître vexée, selon les sources d’Emmanuel Berretta.

En fait, Pulvar était moins vexée qu’énervée. Marre de tout ce qu’elle entend depuis des jours, sur ses supposés conflits d’intérêt[1. De quel intérêt, parle t-on, d’ailleurs, puisque ces deux là ne sont même pas mariés et vivent, comme dirait ma grand-mère, dans le péché.], marre qu’on la renvoie à son statut de « femme de » alors qu’elle a été journaliste avant de connaître Montebourg, et qu’elle était déjà connue pour ne pas avoir la langue dans sa poche. Pour la première fois, Audrey Pulvar a réagi aux attaques dont elle est la cible de la part du tout-Paris-éditorialiste-masculin.

Bien que parfois étiqueté « macho de garde », je la comprends, moi, Audrey. Et je m’étonne que les fameuses associations féministes de la nouvelle génération, au lieu de se ridiculiser à la télé ou vouloir supprimer mademoiselle des formulaires administratifs, ne viennent pas à son aide, au nom d’une sororité de bon aloi. Quant à Stéphane Guillon, l’homme de gauche, le Jean Moulin de l’anti-sarkozysme, le maquisard entré en guerre contre la Réaction, est-il conscient du message qu’il envoie ? Une femme serait donc disqualifiée pour être chroniqueuse dans une émission de grande écoute et juger de l’action politique, d’une chanson ou d’un spectacle vivant ? Elle ne serait bonne qu’à  faire la tambouille à monsieur -n’est-ce pas, Audrey Pulvar- ou éventuellement à faire la classe en école primaire -n’est ce pas Natacha Polony- ?  Allons plus loin. Il se trouve qu’un autre gentleman incompris, Alain Soral, a eu la délicatesse de renvoyer Stéphane Guillon à sa compagne, dans un passé récent. Se placer sur le même terrain boueux, est-ce bien digne du progressisme dont il se réclame ?

En fait, Stéphane Guillon, si heureux d’être adoubé par Guy Bedos, a définitivement tombé le masque. Lorsqu’on dit de lui qu’il est politiquement correct, c’est lui faire beaucoup d’honneur et il devrait remercier son interlocutrice. Car il est seulement -et désespérément- nombriliste.