Villepin victime de l’humour corrézien

Si j’étais dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ce qu’à Dieu ne plaise, je ne me formaliserais pas beaucoup de la boutade présumée[1. Tout est présumé aujourd’hui, lorsqu’on est prudent.] de Jacques Chirac à propos de son futur vote pour François Hollande.

En effet, on cherche encore la Française ou le Français qui n’est pas informé du peu d’estime que l’ancien président porte à son successeur. Si jamais on parvenait à trouver cette pierre rare, nul doute qu’il s’agirait de quelqu’un expatrié depuis deux bonnes décennies, sur la planète Mars de préférence. Pour ma part, j’en étais resté à cette phrase, citée par Marianne : « Lui confier le pouvoir, c’est comme organiser un barbecue en plein été dans l’Estérel ». A partir de là, que Jacques Chirac préfère le Président du Conseil Général de Corrèze  à l’Elysée ne doit constituer une surprise pour personne.

Ce qui pourrait susciter de l’intérêt, en revanche, mais qui n’en provoque aucun, c’est ce que Chirac précise en introduction :  » Si Alain Juppé n’est pas candidat… ». On savait qu’il avait autrefois désigné Juppé comme « Le meilleur d’entre nous »[1. Je m’inclue dans le « nous » attendu que je faisais partie du public auquel le Président du RPR s’adressait aux universités d’été à Strasbourg en septembre 1993. Je n’ai toujours pas digéré l’affront même si je n’en suis pas mort, au contraire de Philippe Séguin.] mais il est une autre personnalité oubliée par notre boute-en-train limousin : Dominique de Villepin. Le président de République Solidaire, qui laisse partout entendre qu’il sera candidat à la présidentielle, ne bénéficierait donc pas du suffrage de Jacques Chirac.

Bien entendu, Chirac préfère Villepin à Hollande et il ne faut donc pas penser qu’il voterait pour le second plutôt que pour le premier. Ce qu’il révèle là, c’est qu’il ne pense pas une seconde que son cher Dominique ira au bout de sa volonté de candidature. Le voilà, le scoop ! Un scoop qui, de toute évidence, n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy, lequel craint qu’un éparpillement des voix pourrait l’empêcher d’être présent au second tour de la présidentielle. Pis, c’est aussi une leçon pour le Président actuel qui perd du temps et de l’énergie à vouloir faire embastiller son rival, ou le rendre légalement inéligible, alors que ce dernier n’ira pas au bout de sa candidature, faute d’espace de politique et de l’esprit de sacrifice que requiert une telle aventure.