{"id":1746,"date":"2011-02-16T14:31:15","date_gmt":"2011-02-16T13:31:15","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet.causeur.fr\/antidote\/?p=1746"},"modified":"2021-04-26T16:11:23","modified_gmt":"2021-04-26T14:11:23","slug":"reac-de-gauche-anar-de-droite-et-ecologiste-ascendant-aoc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/reac-de-gauche-anar-de-droite-et-ecologiste-ascendant-aoc-1746","title":{"rendered":"R\u00e9ac&rsquo; de gauche, anar&rsquo; de droite et \u00e9cologiste ascendant AOC"},"content":{"rendered":"<p>David Desgouilles<strong> &#8211; Alors que vous \u00e9tiez une journaliste sp\u00e9cialis\u00e9e dans le domaine de l&rsquo;\u00e9ducation, surtout connue des lecteurs de Marianne et de ceux qui suivent la question scolaire, vous avez connu, ces douze derniers mois, une mise en lumi\u00e8re m\u00e9diatique assez impressionnante et vous vous exprimez maintenant sur bien d&rsquo;autres sujets que l&rsquo;\u00e9cole, et cela sur plusieurs m\u00e9dias diff\u00e9rents. Trois hypoth\u00e8ses : devient-on davantage \u00ab bankable \u00bb lorsqu&rsquo;on \u00e9marge au Figaro ? Est-on plus libre de ses mouvements avec Mougeotte qu&rsquo;avec Szafran ? Ou ce changement d&#8217;employeur a t-il co\u00efncid\u00e9 -voire caus\u00e9- cette nouvelle phase de votre vie professionnelle ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Natacha Polony<\/strong> &#8211; Il me semble que le ph\u00e9nom\u00e8ne que vous d\u00e9crivez s&rsquo;explique \u00e0 la fois par mon parcours propre et par le fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral des m\u00e9dias, et en particulier de la t\u00e9l\u00e9vision. Il faut tout d&rsquo;abord distinguer le m\u00e9tier de journaliste, que j&rsquo;exerce dans la sp\u00e9cialit\u00e9 qui est la mienne, l&rsquo;\u00e9ducation, et qui consiste \u00e0 recueillir des informations, les ordonner et les analyser pour les rendre lisibles, et le statut d&rsquo;\u00e9ditorialiste, qui consiste \u00e0 mettre en avant une lecture sp\u00e9cifique d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement au nom de convictions et d&rsquo;analyses personnelles (ou refl\u00e9tant la ligne de son journal). Au Figaro, mon statut est celui d&rsquo;une journaliste parmi tous ceux de la r\u00e9daction, les \u00e9ditoriaux \u00e9tant assum\u00e9s par la hi\u00e9rarchie du journal. Et m\u00eame si les gens qui ne partagent pas ma lecture des questions \u00e9ducatives me reprochent souvent \u00ab d&rsquo;\u00e9ditorialiser \u00bb (suivant le vieil adage selon lequel le journaliste objectif est celui qui partage nos opinions ; les autres sont malhonn\u00eates, partiaux, orient\u00e9s&#8230;), il n&rsquo;en reste pas moins que je pr\u00e9pare des reportages, des enqu\u00eates, que j&rsquo;interroge des gens qui me semblent repr\u00e9sentatifs ou dont les analyses apportent quelque chose aux lecteurs du journal.<br \/>\nMais la t\u00e9l\u00e9vision (et parfois la radio) organise de tr\u00e8s nombreux d\u00e9bats et confrontations d&rsquo;\u00e9ditorialistes, et je suis r\u00e9guli\u00e8rement sollicit\u00e9e pour ces s\u00e9quences. Je l&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 en 2009, puisque j&rsquo;intervenais \u00e0 fr\u00e9quence fixe sur BFM TV et I-T\u00e9l\u00e9. Cependant, il est vrai que je le suis beaucoup plus depuis un an ou deux, c&rsquo;est-\u00e0-dire depuis que je suis pass\u00e9e de Marianne au Figaro. Pour autant, est-ce la cause principale ? La r\u00e9daction de Marianne comptait nombre de personnes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans les m\u00e9dias, et sans doute y avait-il moins de place pour moi. D&rsquo;autant que, c&rsquo;est ce qui explique mon d\u00e9part de Marianne, je n&rsquo;\u00e9tais plus, depuis le d\u00e9part de Jean-Fran\u00e7ois Kahn, consid\u00e9r\u00e9e comme tout \u00e0 fait conforme aux \u00e9volutions de la ligne du journal. Trop \u00abr\u00e9ac\u00bb, pas assez en empathie avec les syndicats enseignants et la gauche classique en g\u00e9n\u00e9ral. J&rsquo;en \u00e9tais rest\u00e9e \u00e0 la conception kahnienne du \u00ab ni droite, ni gauche \u00bb et des valeurs r\u00e9publicaines, les m\u00eames que j&rsquo;avais toujours d\u00e9fendues au sein du journal et dont JFK avait fait la une de Marianne. Cela m&rsquo;a valu d&rsquo;\u00eatre isol\u00e9e par la direction.<br \/>\nJe ne suis pas non plus tout \u00e0 fait repr\u00e9sentative de la ligne du Figaro dans son ensemble, mais cela ne pose apparemment aucun probl\u00e8me \u00e0 ma nouvelle direction. Sans doute parce qu&rsquo;une partie de la droite, qu&rsquo;elle soit gaulliste, souverainiste ou autre, peut se reconna\u00eetre dans les valeurs que je d\u00e9fends, de m\u00eame qu&rsquo;elle se reconnaissait dans Marianne jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la direction de ce journal cherche \u00e0 la remplacer par un lectorat plus marqu\u00e9 \u00e0 gauche. Les droites fran\u00e7aises sont diverses, on le sait depuis Ren\u00e9 R\u00e9mond.<br \/>\nMais je crois tr\u00e8s honn\u00eatement que la cause principale de mon relatif \u00ab \u00e9tat de gr\u00e2ce \u00bb dans un monde m\u00e9diatique si versatile ne tient malheureusement pas \u00e0 mes \u00e9ventuelles qualit\u00e9s personnelles, ni m\u00eame \u00e0 une soudaine conversion g\u00e9n\u00e9rale aux options id\u00e9ologiques que je d\u00e9fends. Soyons lucide : la t\u00e9l\u00e9vision a besoin de femmes et de jeunes. Je suis l&rsquo;une et encore un peu l&rsquo;autre. Ajoutons que je ne suis pas sur le \u00ab cr\u00e9neau \u00bb d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s encombr\u00e9 de la gauche morale, et l&rsquo;on voit que je remplis assez efficacement une case trop souvent vide de l&rsquo;\u00e9chiquier m\u00e9diatique. D&rsquo;autant que, fait rare parmi les journalistes qui ne sont pas sp\u00e9cialis\u00e9s en politique, je peux m&rsquo;exprimer sur de nombreux sujets (tout simplement parce que je m&rsquo;y int\u00e9resse et que je travaille mes sujets avant de passer devant la cam\u00e9ra ; peut-\u00eatre aussi parce que les pr\u00e9pas litt\u00e9raires restent une bonne formation et que la proximit\u00e9 avec Jean-Fran\u00e7ois Kahn pr\u00e9dispose \u00e0 l&rsquo;exercice du d\u00e9bat&#8230;).<br \/>\nDe fait, la hi\u00e9rarchie journalistique privil\u00e9gie g\u00e9n\u00e9ralement cette aristocratie que constituent les journalistes politiques. Sans doute sont-ils consid\u00e9r\u00e9s comme aussi polyvalents que les personnalit\u00e9s sur lesquelles ils \u00e9crivent. L&rsquo;\u00e9norme inconv\u00e9nient r\u00e9side dans le fait que les d\u00e9bats d&rsquo;\u00e9ditorialistes se mettent \u00e0 ressembler \u00e0 des commentaires sportifs o\u00f9 des sp\u00e9cialistes des joutes politiciennes analysent les derniers coups de poignard entre amis. Et l&rsquo;on peut l\u00e9gitimement douter de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que portent les Fran\u00e7ais \u00e0 ce genre de consid\u00e9rations. La d\u00e9saffection que conna\u00eet une certaine presse dite \u00ab d&rsquo;opinion \u00bb n&rsquo;est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. J&rsquo;ai d\u00e9couvert r\u00e9cemment que j&rsquo;avais la r\u00e9putation d&rsquo;apporter un peu de \u00ab fraicheur \u00bb dans les d\u00e9bats ; sans doute parce que j&rsquo;ai la na\u00efvet\u00e9 de m&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 autres chose qu&rsquo;aux arri\u00e8re-pens\u00e9es politiciennes des uns et des autres (que je n&rsquo;appartiens \u00e0 aucune chapelle, \u00e0 aucun clan, et que je ne voyage pas dans les avions priv\u00e9s des grands patrons ou des hommes d&rsquo;Etat), mais bien plus aux choix politiques qu&rsquo;ils expriment.<\/p>\n<p>DD<strong> &#8211; Sur la question scolaire, on a eu l&rsquo;impression, notamment gr\u00e2ce aux livres de Marc le Bris, Jean-Paul Brighelli ou les v\u00f4tres que Nicolas Sarkozy -qui avait bien mal d\u00e9but\u00e9 sa campagne sur ce th\u00e8me \u00e0 Lyon \u00e0 propos de la Princesse de Cl\u00e8ves en janvier 2006- avait fini par donner la victoire aux tenants de l&rsquo;\u00e9cole r\u00e9publicaine contre les p\u00e9dagogistes. La victoire id\u00e9ologique semblait gagn\u00e9e et en quelques mois, il semble que nous en soyons revenus \u00e0 la case d\u00e9part. Comment expliquez-vous ce stup\u00e9fiant retournement ?<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\nNP<\/strong> &#8211; Il s&rsquo;agit en effet d&rsquo;un renversement historique. Pour le dire brutalement, nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9loign\u00e9s du mod\u00e8le de l&rsquo;\u00e9cole r\u00e9publicaine, tel pourtant qu&rsquo;une partie des Fran\u00e7ais l&rsquo;a pl\u00e9biscit\u00e9 en 2007. Comment expliquer cette d\u00e9faite id\u00e9ologique, puisque c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit ? Les livres que vous citez, en particulier ceux de JP Brighelli et Marc Le Bris, ont permis de constater qu&rsquo;une grande partie des Fran\u00e7ais partageait le constat d&rsquo;une \u00e9cole en d\u00e9sh\u00e9rence, d\u00e9sormais incapable d&rsquo;apprendre \u00e0 lire et \u00e0 compter aux \u00e9l\u00e8ves, de sorte que seuls s&rsquo;en sortent ceux dont les parents peuvent compenser. Ces livres datent des ann\u00e9es 2004-2005, et ils avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par d&rsquo;autres, ceux de Jean-Claude Mich\u00e9a (l&rsquo;excellent <em>Enseignement de l&rsquo;ignorance<\/em>, \u00e9d Climats) et de Sauver les lettres notamment.<br \/>\nLors de la campagne pr\u00e9sidentielle, les politiques se sont aper\u00e7us du mouvement d&rsquo;opinion provoqu\u00e9 par ce refus collectif de m\u00e9thodes d\u00e9lirantes et de concepts \u00e9ducatifs biais\u00e9s. Les principaux candidats ont tent\u00e9 d&rsquo;en recueillir les fruits, et le succ\u00e8s de S\u00e9gol\u00e8ne Royal, malgr\u00e9 les r\u00e9ticences de son propre parti, tient sans doute grandement \u00e0 ses d\u00e9clarations tonitruantes sur l&rsquo;autorit\u00e9 des ma\u00eetres, tant il est vrai que, mis \u00e0 part les professeurs, plus personne ne se souvenait (et les m\u00e9dias se gardaient de rappeler) qu&rsquo;elle avait, en tant que ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enseignement scolaire, bafou\u00e9 cette autorit\u00e9 et soutenu les pires tenants de la \u00ab parole sacr\u00e9e\u00bb d&rsquo;un enfant \u00ab mis au c\u0153ur du syst\u00e8me \u00bb (les m\u00eames qui \u00e9taient rest\u00e9s ses conseillers en 2007). Fran\u00e7ois Bayrou, quant \u00e0 lui, \u00e9tait fort de la l\u00e9gitimit\u00e9 que lui conf\u00e9rait son ouvrage, <em>La d\u00e9cennie des malappris<\/em>, et son passage rue de Grenelle, o\u00f9, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;avoir laiss\u00e9 un bon souvenir, il n&rsquo;en avait pas laiss\u00e9 de mauvais.<br \/>\nNicolas Sarkozy, enfin, avait pour lui un atout majeur : les mots d&rsquo;Henri Guaino. Il a donc su parler de \u00abtransmission\u00bb, de \u00abm\u00e9moire\u00bb, de \u00abhi\u00e9rarchie entre celui qui sait et celui qui ne sait pas\u00bb, bref, de tout ce que r\u00e9clamait une bonne partie des Fran\u00e7ais qui ont la faiblesse de croire que l&rsquo;\u00e9cole r\u00e9publicaine ne fonctionnait pas si mal et qu&rsquo;on pourrait en garder les aspects positifs en en corrigeant les injustices. Malheureusement, il d\u00e9clarait parall\u00e8lement qu&rsquo;infliger la Princesse de Cl\u00e8ves \u00e0 certains \u00e9l\u00e8ves ne sert \u00e0 rien (ce en quoi il reprenait les propos de Claude All\u00e8gre, qui fut le premier, dans le Point, \u00e0 prendre pour exemple le livre de Mme de Lafayette, qu&rsquo;il opposait \u00e0 Ast\u00e9rix, \u00abplus utile dans certains lyc\u00e9es \u00bb), qu&rsquo;il fallait augmenter le nombre d&rsquo;heures de sport \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole car le sport est porteur de valeurs (ce que les Fran\u00e7ais ont pu constater en Afrique du Sud : plut\u00f4t Knysna qu&rsquo;Ath\u00e8nes ou Rome&#8230;) Et plus largement, la vision qui \u00e9tait port\u00e9e par une partie de ses soutiens, vision essentiellement fond\u00e9e sur une conception du lib\u00e9ralisme (pour simplifier, un lib\u00e9ralisme \u00e9conomique r\u00e9duisant tout champ de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine, et notamment l&rsquo;\u00e9ducation, \u00e0 un service potentiellement marchand) incompatible avec l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une \u00e9cole r\u00e9publicaine fond\u00e9e avant tout sur le r\u00f4le de la puissance publique dans l&rsquo;instruction et l&rsquo;\u00e9mancipation du peuple.<br \/>\nCertains, pourtant, ont voulu y croire. Et peut-\u00eatre ont-ils eu raison, puisque les programmes de primaire de 2008 sont ind\u00e9niablement une avanc\u00e9e vers un peu plus de bon sens et de rigueur. H\u00e9las, ce ne fut qu&rsquo;une \u00e9claircie dans un ciel s&rsquo;assombrissant sans cesse. G\u00e9n\u00e9ralisation de l&rsquo;enseignement par comp\u00e9tences, autonomie des \u00e9tablissements fond\u00e9e sur une conception manag\u00e9riale du fonctionnement de l&rsquo;\u00e9cole, affaiblissement toujours plus grand de l&rsquo;enseignement disciplinaire au profit d&rsquo;une fumeuse \u00abp\u00e9dagogie de projet\u00bb&#8230; l&rsquo;\u00e9tat des lieux est aujourd&rsquo;hui apocalyptique.<br \/>\nA qui attribuer la responsabilit\u00e9 de ce d\u00e9sastre ? A des r\u00e9formateurs qui tiennent depuis trente ans tous les rouages de l&rsquo;\u00e9ducation nationale, et sont infiniment plus puissants que telle ou telle directive minist\u00e9rielle ? A une droite qui s&rsquo;est laiss\u00e9e gagner par toutes les th\u00e8ses des p\u00e9dagogies modernes, sous pr\u00e9texte qu&rsquo;elles \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9es par des experts ind\u00e9boulonnables, non plus comme une id\u00e9ologie de gauche, mais comme une vulgate moderniste internationale ? A des gestionnaires qui ont d\u00e9couvert que faire dispenser des cours par des professeurs co\u00fbte cher, alors que faire animer des ateliers et des projets par des \u00abadultes-r\u00e9f\u00e9rents\u00bb, comme le pr\u00f4nent les p\u00e9dagogies constructivistes, \u00e9conomise un nombre incalculable de postes ? A des \u00ab r\u00e9publicains\u00bb qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 pinailler sur le sexe des anges ou la d\u00e9nomination des diverses m\u00e9thodes syllabiques, alphab\u00e9tiques, etc, et s&rsquo;excommunier les uns les autres, plut\u00f4t que de faire front ? Un peu tout cela, bien s\u00fbr. Mais qui veut retracer cette histoire doit noter en premier lieu que tout \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 par la loi d&rsquo;orientation sur l&rsquo;\u00e9cole de 2005 : comp\u00e9tences, p\u00e9dagogie de projet, autonomie&#8230; La partie s&rsquo;est sans doute jou\u00e9e avant, lorsque Jacques Chirac a renonc\u00e9 \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum, et confi\u00e9 \u00e0 Claude Th\u00e9lot, apparatchik de la rue de Grenelle, le soin de diriger une commission charg\u00e9e d&rsquo;\u00e9laborer ce qui deviendrait la loi Fillon.<\/p>\n<p>DD<strong> &#8211; Au cours d&rsquo;un \u00e9change il y a quelques semaines, vous m&rsquo;avez confi\u00e9 que vous vous consid\u00e9riez comme un m\u00e9lange de r\u00e9ac&rsquo; de gauche -vous f\u00fbtes d&rsquo;ailleurs candidate aux \u00e9lections l\u00e9gislatives en 2002 sous les couleurs chev\u00e8nementistes- et d&rsquo;anarchiste de droite. Mais en vous lisant et en vous \u00e9coutant encore tr\u00e8s r\u00e9cemment, j&rsquo;ai remarqu\u00e9 que vous faisiez souvent r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un auteur, Jacques Ellul, qui se trouve \u00eatre aussi La r\u00e9f\u00e9rence pour un homme comme Jos\u00e9 Bov\u00e9[1. Lors de l&rsquo;\u00e9mission \u00abon n&rsquo;est pas couch\u00e9\u00bb du 5 f\u00e9vrier 2011, Jos\u00e9 Bov\u00e9 a cit\u00e9 Jacques Ellul, ajoutant \u00abqu&rsquo;il lui devait beaucoup \u00bb. Intellectuellement, devait-il signifier.<\/strong><strong>]. Ceux qui vous ont entendu \u00e0 Europe 1 \u00e9voquer la malbouffe et votre passion pour le vin n&rsquo;en seront pas forc\u00e9ment \u00e9tonn\u00e9s. Mais faut-il pour autant ajouter \u00ab \u00e9cologiste ascendant AOC \u00bb aux deux autres termes employ\u00e9s plus haut ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>NP<\/strong> &#8211; Voil\u00e0 une appellation qui me pla\u00eet ! Je l&rsquo;accole aux deux autres et m&rsquo;en fais un \u00e9tendard. Plus s\u00e9rieusement, la d\u00e9marche qui est la mienne quand je d\u00e9fends l&rsquo;\u00e9cole et la transmission des savoirs, et quand je parle du patrimoine agricole fran\u00e7ais, est \u00e9videmment la m\u00eame. Je me reconnais comme h\u00e9riti\u00e8re de tout ce qui constitue une civilisation qui a pu voir na\u00eetre Rabelais aussi bien que Flaubert. Une civilisation o\u00f9, finalement, il fait bon vivre pour quiconque, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;il vienne, accepte simplement de comprendre o\u00f9 il est.<br \/>\nD&rsquo;o\u00f9 ce c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la fois r\u00e9ac, car je d\u00e9fends des valeurs dont j&rsquo;estime qu&rsquo;elles ne sont l&rsquo;apanage d&rsquo;aucun camp politique, et anarchiste, dans le sens o\u00f9 ces valeurs ont pour unique objet l&rsquo;\u00e9mancipation des individus, le d\u00e9veloppement de tous les anticorps contre le consum\u00e9risme festif ou la bonne conscience larmoyante. Pour r\u00e9sumer, les \u00e9crits de Jacques G\u00e9n\u00e9reux ou la Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) m&rsquo;int\u00e9ressent autant que me r\u00e9jouissent les textes de Philippe Muray.<br \/>\nMais vous avez raison d&rsquo;y ajouter Jacques Ellul, le th\u00e9oricien du \u00absyst\u00e8me technicien\u00bb, penseur protestant malheureusement totalement m\u00e9connu en France, et qui a parfaitement montr\u00e9 ce que pouvait avoir de destructrice l&rsquo;id\u00e9ologie ma\u00eetresse de l&rsquo;Occident contemporain, r\u00e9sum\u00e9e par ce fantasme selon lequel on pourrait trouver, dans tout domaine de l&rsquo;existence, la technique absolument la plus efficace pour accomplir n&rsquo;importe quelle t\u00e2che. De l\u00e0 un appauvrissement dramatique de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine, et la mise en place d&rsquo;un syst\u00e8me oppressant et totalement d\u00e9nu\u00e9 de sens. Il n&rsquo;est besoin que de lire un court texte qu&rsquo;il avait publi\u00e9 dans la revue R\u00e9forme en 1954, dans lequel il s&rsquo;inqui\u00e9tait du pouvoir de la publicit\u00e9, dont il estimait qu&rsquo;elle n&rsquo;avait plus pour objet de vanter un produit, mais d&rsquo;imposer un mod\u00e8le de vie, pour comprendre combien il fut visionnaire.<br \/>\nJacques Ellul est un des ma\u00eetres \u00e0 penser de l&rsquo;\u00e9cologie politique, parce qu&rsquo;il est le premier critique de l&rsquo;id\u00e9ologie du progr\u00e8s. Et n&rsquo;importe qui d&rsquo;un peu honn\u00eate peut constater que, depuis que l&rsquo;Occident ne croit plus que le progr\u00e8s technique apporte le progr\u00e8s moral, la course aux avanc\u00e9es technologiques se fait sans le moindre souci de sens \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;existence humaine. Notre projet collectif se r\u00e9sume au droit des peuples \u00e0 disposer d&rsquo;un \u00e9cran plat.<br \/>\nMais Jacques Ellul est surtout repr\u00e9sentatif de ces nombreux penseurs chr\u00e9tiens qui, au cours du XX\u00e8me si\u00e8cle, tent\u00e8rent de trouver une voie qui ne fut ni le capitalisme, ni le communisme, ni le fascisme. En un temps o\u00f9 l&rsquo;on chercher absolument \u00e0 enfermer toute voix dissidente dans un camp pour en att\u00e9nuer la port\u00e9e, l&rsquo;exemple est pr\u00e9cieux. D&rsquo;autant que votre pr\u00e9c\u00e9dent interlocuteur, Paul-Marie Couteaux, rappelait avec justesse dans une tribune publi\u00e9e il y a quelques mois par le Figaro que l&rsquo;\u00e9cologie est id\u00e9ologiquement n\u00e9e \u00e0 droite, puisqu&rsquo;elle est, par essence, un conservatisme. Et je ne peux que renvoyer quiconque voudrait creuser ce d\u00e9bat, \u00e0 un petit essai dont j&rsquo;ai rendu compte r\u00e9cemment sur mon <a href=\"http:\/\/blog.lefigaro.fr\/education\/2011\/01\/le-conservatisme-est-un-humanisme.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">blog<\/a> : L&rsquo;instinct de conservation, de Nathana\u00ebl Dupr\u00e9-Latour (\u00e9d du F\u00e9lin). Le souci \u00e9cologique, c&rsquo;est-\u00e0-dire la volont\u00e9 de pr\u00e9server pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir la beaut\u00e9 du monde et le bonheur de jouir de ses fruits me semble le devoir de tout adulte responsable, dont la conscience d\u00e9passe l&rsquo;\u00e9chelle de sa seule petite vie.<br \/>\nLa seule question qui vaille aujourd&rsquo;hui est la suivante : comment penser un syst\u00e8me qui \u00e9mancipe l&rsquo;Homme, qui contribue au bonheur collectif en d\u00e9veloppant autant la libert\u00e9 que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, le go\u00fbt du bien commun et le respect de la dignit\u00e9 humaine, en soi-m\u00eame comme en l&rsquo;autre ? Comment faire en sorte que chacun se sente exister, au sens le plus plein de ce terme, se sente int\u00e9gr\u00e9, verticalement, \u00e0 une histoire et \u00e0 une g\u00e9n\u00e9alogie qui ne soient pas une pesanteur ou une exclusion d&rsquo;autrui, et horizontalement \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9, une communaut\u00e9 qui ne soit pas un enfermement ? Que la r\u00e9ponse qu&rsquo;on y apporte nous pousse \u00e0 droite ou \u00e0 gauche importe finalement peu : je ne suis pas de ceux qui confondent politique et guerre de religion. Je ne suis pas adepte de l&rsquo;excommunication de l&rsquo;adversaire id\u00e9ologique. Et je crois surtout que la droite et la gauche telles qu&rsquo;elles sont aujourd&rsquo;hui traduites par les partis politiques ne disent absolument rien de ces choix cruciaux autour de la notion de progr\u00e8s, de la question du rapport au pass\u00e9, \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 la civilisation, ou de la capacit\u00e9 \u00e0 penser une diversit\u00e9 qui ne soit pas une uniformisation ou une explosion des valeurs communes.<br \/>\nSans doute la philosophie des Appellations d&rsquo;Origine peut-elle nous aider \u00e0 concevoir la g\u00e9ographie et l&rsquo;histoire comme les ciments d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 accueillante, puisqu&rsquo;elle repose sur l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle le lieu, sa configuration, sa lumi\u00e8re, permettent \u00e0 quiconque, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;il vienne et quelle que soit son histoire, de comprendre o\u00f9 il est et de le traduire en plaisir sensoriel. Rien de plus universel qu&rsquo;un camembert au lait cru, un agneau de pr\u00e9-sal\u00e9 ou un verre de Savenni\u00e8res. Sur ce dernier point, ce n&rsquo;est pas Dani\u00e8le Sallenave qui me d\u00e9mentira.<\/p>\n<p>DD &#8211;<strong> Vous savez que cette profession de foi vous vaudra l&rsquo;accusation de p\u00e9tainisme. Qu&rsquo;on raillera votre propension \u00e0 louer \u00abune terre qui ne ment pas\u00bb. D&rsquo;ailleurs, <a href=\"http:\/\/carnet.causeur.fr\/antidote\/quand-asko-voit-du-petainisme-partout,00896\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Claude Askolovich<\/a> ne s&rsquo;en \u00e9tait pas priv\u00e9 il y a quelques mois. Comment expliquez-vous ce r\u00e9flexe conditionn\u00e9 de toute une partie des classes politique et journalistique qui n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de se produire lors des d\u00e9clarations de Christian Jacob ? <\/strong><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 beaucoup d&rsquo;autres, je ne passe pas mon temps \u00e0 essayer de d\u00e9montrer que j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 du bon c\u00f4t\u00e9. Je me contente intimement de l&rsquo;esp\u00e9rer. Et je fais en sorte de d\u00e9fendre les valeurs qui permettront que nous n&rsquo;ayons plus jamais \u00e0 faire ce choix. Mais je suis \u00e0 la fois agac\u00e9e et effar\u00e9e par l&rsquo;obsession fran\u00e7aise autour de cette p\u00e9riode. De fait, la France ne s&rsquo;en est toujours pas remise. Et nous continuons \u00e0 st\u00e9riliser tout d\u00e9bat en le ramenant \u00e0 des cat\u00e9gories qui n&rsquo;ont plus rien \u00e0 voir avec la configuration actuelle du monde.<br \/>\nPour ma part, je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la phrase du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, qui raillait la devise choisie par P\u00e9tain pour la R\u00e9volution nationale : \u00ab Travail, famille, patrie ? Il n&rsquo;a jamais travaill\u00e9, n&rsquo;a pas eu d&rsquo;enfants, et a trahi sa patrie ! \u00bb Au nom de cet humour gaullien, je refuse de laisser ces mots kidnapp\u00e9s par un fant\u00f4me. Nous avons besoin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;organisation du travail, au sens \u00e0 donner au travail dans un monde obs\u00e9d\u00e9 par la performance, o\u00f9 le morcellement des t\u00e2ches emp\u00eache l&rsquo;\u00e9panouissement des travailleurs et la fiert\u00e9 devant le travail bien fait. Nous avons besoin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la famille, \u00e0 son r\u00f4le dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9politis\u00e9e, o\u00f9 le noyau familial est v\u00e9cu comme une protection contre les autres, forc\u00e9ment hostiles, o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision s&rsquo;insinue dans les foyers pour imposer des mod\u00e8les qui d\u00e9truisent toute ma\u00eetrise des adultes sur ce qu&rsquo;ils veulent transmettre \u00e0 leurs enfants. Nous avons besoin, enfin, de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la patrie, c&rsquo;est-\u00e0-dire au sentiment d&rsquo;appartenance, qu&rsquo;ils soit g\u00e9ographique ou historique, aux liens qui se tissent entre des \u00eatres humains que ne relie que le fait d&rsquo;\u00eatre n\u00e9s quelque part, et le projet politique qui peut en d\u00e9couler.<br \/>\nOn peut et l&rsquo;on doit\u00a0 penser ces notions d&rsquo;un point de vue r\u00e9publicain, puisqu&rsquo;il appara\u00eet dans les th\u00e9matiques que je viens d&rsquo;esquisser combien elles sont li\u00e9es aux notions de libert\u00e9, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de fraternit\u00e9. Abandonner des notions \u00e0 ceux qui veulent bien s&rsquo;en emparer, les consid\u00e9rer comme irr\u00e9m\u00e9diablement salies, me para\u00eet une erreur politique majeure. C&rsquo;est ainsi que la classe politique fran\u00e7aise a abandonn\u00e9 peu \u00e0 peu tout ce qui \u00e9tait l&rsquo;apanage de la R\u00e9publique, et jusqu&rsquo;\u00e0 la la\u00efcit\u00e9, que l&rsquo;on voit aujourd&rsquo;hui d\u00e9fendue par le Front National, dont le moins que l&rsquo;on puisse dire est qu&rsquo;il regroupe des forces largement hostiles \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 authentique. Continuons, et l&rsquo;\u0092on s&rsquo;\u00e9tonnera, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche, de n&rsquo;avoir plus le moindre projet \u00e0 d\u00e9fendre, ni la moindre valeur \u00e0 porter.<br \/>\nSur les propos de Christian Jacob, qui donnent l&rsquo;occasion de la premi\u00e8re petite pol\u00e9mique de campagne, la seule chose \u00e0 dire est, me semble-t-il, que cette question de l&rsquo;ancrage territorial d&rsquo;un homme politique n&rsquo;a rien de monstrueux, de \u00ab moisi \u00bb, comme j&rsquo;ai pu l&rsquo;entendre. De fait, les diff\u00e9rents pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 Jacques Chirac, en passant par Fran\u00e7ois Mitterrand, avaient une profonde connaissance de la ruralit\u00e9 fran\u00e7aise, et du lien affectif qui relie les Fran\u00e7ais \u00e0 leurs paysages, leur diversit\u00e9 g\u00e9ographique et culturelle. Rien \u00e0 voir avec le \u00ab parti de l&rsquo;\u00e9tranger \u00bb qu&rsquo;ont ressorti certains. Mais le souci de prendre en compte une des dimensions de ce qu&rsquo;est la France.<br \/>\nUne tr\u00e8s grande part des Fran\u00e7ais vit dans ces zones que l&rsquo;on appelle \u00ab rurbaines \u00bb, dans ces petites villes et ces villages o\u00f9 les probl\u00e8mes ne sont pas forc\u00e9ment ceux des m\u00e9tropoles, mais o\u00f9 la mis\u00e8re n&rsquo;est pas moins grande. Et dans un monde o\u00f9 la Chine ach\u00e8te des quantit\u00e9s de terres arables partout sur la plan\u00e8te, o\u00f9 jamais une agriculture fran\u00e7aise industrialis\u00e9e ne pourra concurrencer les bas co\u00fbts du Br\u00e9sil ou de l&rsquo;Argentine, comprendre l&rsquo;enjeu de l&rsquo;agriculture paysanne et de la promotion des terroirs me semble plus qu&rsquo;urgent. On pourrait donc, loin de tout \u00ab relent p\u00e9tainiste \u00bb, esp\u00e9rer qu&rsquo;un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sache s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 ces questions.<br \/>\nEncore faut-il \u00eatre honn\u00eate et ne pas transformer une analyse de l&rsquo;histoire politique fran\u00e7aise en argument \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. Or ce proc\u00e8s de Christian Jacob \u00e0 DSK est exactement le proc\u00e8s qui fut fait \u00e0 Nicolas Sarkozy par certains membres du PS en 2007. Et la droite, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, avait hurl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;antis\u00e9mitisme. Pour aujourd&rsquo;hui s&rsquo;\u00e9tonner que la gauche rejoigne le ch\u0153ur des indign\u00e9s. Une fois de plus, on transforme un authentique d\u00e9bat en caricature clownesque, et l&rsquo;on fournit aux tartuffes adeptes du \u00ab\u00a0point Godwin\u00a0\u00bb l&rsquo;occasion d&rsquo;afficher leur esprit de r\u00e9sistance en un temps o\u00f9 \u00e7a ne co\u00fbte rien.<br \/>\nMais je veux rassurer tous ces g\u00e9n\u00e9reux modernistes : la meilleure preuve que cette dimension territoriale n&rsquo;a plus d&rsquo;importance dans le vote des Fran\u00e7ais est qu&rsquo;ils ont \u00e9lu Nicolas Sarkozy, qui, sociologiquement, culturellement, n&rsquo;est pas si \u00e9loign\u00e9 de Dominique Strauss-Kahn. Et qui n&rsquo;a pas pour principale force sa connaissance de la France rurale. Si l&rsquo;on veut bien, donc, d\u00e9passer les hypocrisies politiciennes, on comprendra que cette question, ab\u00eem\u00e9e par le spectacle de la politique des \u00ab petites phrases \u00bb et des grandes indignations, m\u00e9rite qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate, pour que les Fran\u00e7ais n&rsquo;aient pas l&rsquo;impression que la France de leurs \u00e9lites m\u00e9diatiques et politiques se r\u00e9sume \u00e0 Neuilly et Sarcelles, aux int\u00e9r\u00eats des hyper-riches et aux probl\u00e8mes des banlieues d\u00e9favoris\u00e9es (les deux candidats nomm\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment n&rsquo;incarnant pas chacun une seule de ces deux dimensions, et c&rsquo;est bien l\u00e0 tout le sel de la situation).<\/p>\n<p>DD<strong> &#8211; Dans \u00abL&rsquo;Homme est l&rsquo;avenir de la femme\u00bb, vous \u00eates assez s\u00e9v\u00e8re avec les \u00abn\u00e9o-machos\u00bb et notamment Eric Zemmour, coupables \u00e0 vos yeux de faire le jeu des \u00ab Chiennes de garde\u00bb comme Isabelle Alonso. En publiant quelques articles volontairement provocateurs et -je dois le confesser- assez inspir\u00e9s par ma lecture du \u00abPremier sexe\u00bb, je me suis aper\u00e7u que c&rsquo;est \u00e0 cette occasion que j&rsquo;y collectais le plus d&rsquo;insultes dans les commentaires et de m\u00e8ls rageurs de la part de repr\u00e9sentantes de la gent f\u00e9minine plut\u00f4t d\u00e9pourvues en humour. N&rsquo;est ce pas la preuve que Zemmour, quelque part, touchait juste m\u00eame si -rassurez-vous- je compense moi-m\u00eame ma non-participation \u00e0 des conflits arm\u00e9s par, notamment, des s\u00e9ances de repassage du linge familial ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>NP<\/strong> &#8211; Que les f\u00e9ministes auto-proclam\u00e9es manquent cruellement d&rsquo;humour est malheureusement un fait. Mais Zemmour ne fut pas le seul \u00e0 d\u00e9noncer les d\u00e9rives d&rsquo;un f\u00e9minisme qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 r\u00e9gner sur le symbolique plut\u00f4t que de s&rsquo;attaquer \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomique et au social. Et s&rsquo;il a concentr\u00e9 les attaques du f\u00e9minisme triomphant, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il avait choisi volontairement de faire abstraction de toute nuance. Le d\u00e9faut du Premier Sexe est selon moi de proposer une lecture des rapports hommes-femmes toute aussi caricaturale que celle qu&rsquo;il d\u00e9nonce. Pour le dire simplement : les hommes sont biologiquement des chasseurs polygames et les femmes aspirent \u00e0 \u00e9lever les enfants en restant dans la caverne. De sorte que la \u00abf\u00e9minisation\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 aboutirait \u00e0 un affaiblissement, \u00e0 une sorte de d\u00e9cadence, par un attachement excessif \u00e0 la vie.<br \/>\nJ&rsquo;ai tendance \u00e0 penser que cette question des \u00abvaleurs\u00bb masculines et f\u00e9minines est \u00e9minemment complexe, et qu&rsquo;en l&rsquo;occurrence, Eric Zemmour confond f\u00e9minisation et triomphe des valeurs maternantes. En ce sens, il joue un peu les \u00abmachos de garde\u00bb. Soyons clairs, je n&rsquo;ai, en moi, aucune m\u00e9moire chromosomale, qui me rende plus apte \u00e0 manier un fer \u00e0 repasser ou \u00e0 \u00e9plucher des l\u00e9gumes. Et je crois que l&rsquo;enfermement des femmes dans des aspirations intimes est d&rsquo;ordre culturel. La meilleure preuve en est qu&rsquo;il a suffit de l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui use de tous les processus d&rsquo;infantilisation, pour faire des hommes des femmes comme les autres, aussi narcissiques et \u00e9loign\u00e9s du politique (au sens noble) que leurs cong\u00e9n\u00e8res \u00e0 double chromosome X.<br \/>\nAinsi, la th\u00e8se de Zemmour, au lieu de tenter de penser la diff\u00e9rence homme-femme comme une diff\u00e9rence complexe, relevant de l&rsquo;identit\u00e9 intime de chacun, mais qui doit \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e par notre appartenance commune \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 et notre capacit\u00e9 \u00e0 nous projeter dans un destin commun, ne fait que nous rejouer l&rsquo;opposition binaire entre l&rsquo;homme fort et la femme esclave domestique. Bref, il rend un immense service \u00e0 tous les pseudo-progressistes qui veulent faire croire que toute critique de leur mod\u00e8le rel\u00e8ve d&rsquo;une nostalgie pour des temps in\u00e9galitaires et oppresseurs. Pour ma part, je ne veux ni du monde d&rsquo;Anne Hidalgo ou de Cl\u00e9mentine Autain, ni de celui d&rsquo;Eric Zemmour, car je crois que toute soci\u00e9t\u00e9 vivable doit se structurer autour de la s\u00e9paration entre espace public et espace priv\u00e9. Dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, nous sommes des hommes et des femmes, avec nos diff\u00e9rences, nos ambivalences, m\u00eames, et ce d\u00e9sir qui se nourrit de notre capacit\u00e9 \u00e0 jouer avec les r\u00f4les qui nous sont assign\u00e9s, et dans la sph\u00e8re publique, nous sommes des citoyens rassembl\u00e9s par la volont\u00e9 de nous choisir un destin.<br \/>\nJe plaidais dans mon livre pour un renouveau de la r\u00e9flexion sur l&rsquo;\u00e9ducation des filles, th\u00e9matique tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle et totalement abandonn\u00e9e quand on a cru que la mixit\u00e9 allait effacer les probl\u00e8mes et les rendre caduques. Cette \u00e9ducation doit \u00eatre fond\u00e9e sur l&rsquo;ambition ; une ambition intellectuelle, un app\u00e9tit de vivre et de d\u00e9ployer l&rsquo;ensemble de ses potentialit\u00e9s, qui souvent fait d\u00e9faut aux filles. J&rsquo;y faisais aussi un \u00e9loge de la virilit\u00e9, mais une virilit\u00e9 qui n&rsquo;a pas besoin de renvoyer les femmes \u00e0 la maison pour s&rsquo;affirmer, et qui les pr\u00e9f\u00e8re conqu\u00e9rantes et complices. Une virilit\u00e9 qui ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l&rsquo;apologie du don juanisme et des instincts guerriers, mais qui se construit autour de la figure chevaleresque qui est au c\u0153ur de l&rsquo;histoire occidentale : celle qui repose sur l&rsquo;imp\u00e9ratif, pour le fort, de ne jamais abuser de sa force, mais de la mettre au service du plus faible, et de s&rsquo;imposer des devoirs plut\u00f4t que de proclamer son droit.<\/p>\n<p>DD &#8211; <strong>Vous n&rsquo;\u00eates donc pas d&rsquo;accord avec Rousseau lorsqu&rsquo;il \u00e9crit que l&rsquo;Amour a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par les femmes pour inverser le rapport de force dans le couple ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>NP &#8211;<\/strong> En mati\u00e8re d&rsquo;amour, le moins que l&rsquo;on puisse dire est que Jean-Jacques Rousseau n&rsquo;est pas l&rsquo;analyste le plus objectif ni le plus lucide. Et ce mythe de l&rsquo;amour qui serait un sentiment purement f\u00e9minin, une sorte de bride impos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme pour contr\u00f4ler ses pulsions, me para\u00eet extr\u00eamement r\u00e9ducteur. L&rsquo;amour est avant tout une construction culturelle qui se d\u00e9ploie \u00e0 travers les mod\u00e8les que s&rsquo;est donn\u00e9s l&rsquo;Occident. Nous aimons de cette fa\u00e7on parce que nous avons en notre m\u00e9moire inconsciente les po\u00e8mes d&rsquo;Ovide ou de Ronsard, la rigueur de la Princesse de Cl\u00e8ves ou les \u00e9lans de Tristan et Iseut. Et je ne crois pas, contrairement \u00e0 la th\u00e8se que d\u00e9fend Eric Zemmour, que seules les p\u00e9riodes o\u00f9 un \u00ab pouvoir \u00bb f\u00e9minin se serait impos\u00e9 auraient vu fleurir une apologie du sentiment amoureux, et m\u00eame d&rsquo;une forme de faiblesse. Or, il ne me semble pas que le seizi\u00e8me si\u00e8cle de Ronsard, pour ne citer que lui, soit particuli\u00e8rement eff\u00e9min\u00e9 et d\u00e9cadent. Il est complexe, divers, ambivalent, comme toute autre p\u00e9riode historique ; et la douceur s&rsquo;y m\u00eale \u00e0 la sauvagerie, parce que ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre ne sont l&rsquo;apanage d&rsquo;un sexe.<\/p>\n<p>La question de la g\u00e9n\u00e9ralisation du mariage d&rsquo;amour, contre les mariages arrang\u00e9s et con\u00e7us comme des alliances et des contrats, ne saurait \u00eatre r\u00e9duite non plus \u00e0 une victoire d&rsquo;hypoth\u00e9tiques \u00ab valeurs f\u00e9minines \u00bb. C&rsquo;est un processus qui accompagne l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;individu contre la toute puissance de la communaut\u00e9, du collectif. Un processus qui se d\u00e9ploie sur plusieurs si\u00e8cles et aboutit \u00e0 l&rsquo;hypertrophie de l&rsquo;individu dans des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines atomis\u00e9es, o\u00f9 la perte de m\u00e9moire et de transmission culturelle d\u00e9tache peu \u00e0 peu le sentiment amoureux de ses r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires pour en faire une sorte de pulsion nombriliste. R\u00e9duire l&rsquo;ensemble des rapports sociaux \u00e0 des questions de domination masculine et de lutte entre les sexes est finalement un r\u00e9flexe qu&rsquo;ont adopt\u00e9 depuis longtemps certaines f\u00e9ministes militantes. Ne tombons pas dans le m\u00eame travers. Les r\u00e9alit\u00e9s humaines sont plus subtiles ; et c&rsquo;est ce qui est passionnant.<\/p>\n<p>DD<strong> &#8211; Revenons au paysage m\u00e9diatique fran\u00e7ais. On s&rsquo;aper\u00e7oit que jamais les d\u00e9bats qui s&rsquo;affranchissent du sempiternel et d\u00e9pass\u00e9 -selon moi- clivage gauche-droite n&rsquo;ont jamais autant \u00e9t\u00e9 pris\u00e9s par les auditeurs et t\u00e9l\u00e9spectateurs. Et pourtant, ces moments privil\u00e9gi\u00e9s semblent bien dans le collimateur puisque, pour donner deux exemples, \u00ab Ce soir (ou jamais) \u00bb est en danger et le d\u00e9bat qui r\u00e9unissait Claude Askolovitch, David Abiker, Olivier Duhamel et vous-m\u00eame dans le 18-20 d&rsquo;Europe 1 a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 par le nouveau directeur Denis Olivennes. S&rsquo;agit-il d&rsquo;une volont\u00e9, de la part de l&rsquo;intelligentsia UMPS, comme la nomme Nicolas Dupont-Aignan, de d\u00e9tourner les Fran\u00e7ais des v\u00e9ritables enjeux et clivages ? Ou suis-je en proie \u00e0 la th\u00e9orie du complot ?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas au fait des enjeux qui se jouent actuellement dans les m\u00e9dias fran\u00e7ais. J&rsquo;avoue humblement mon ignorance des processus \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans ces arbitrages. Je ne peux que constater comme vous qu&rsquo;une \u00e9mission comme Ce soir (ou jamais), qui est un extraordinaire espace de libert\u00e9, d&rsquo;intelligence et de stimulation, risque de ne plus \u00eatre qu&rsquo;hebdomadaire, ce qui conduira immanquablement \u00e0 r\u00e9duire la liste si vari\u00e9e de ses invit\u00e9s, et fera privil\u00e9gier une fois de plus les stars du monde intellectuel et m\u00e9diatique, quand la richesse de cette \u00e9mission \u00e9tait de faire \u00e9merger des t\u00eates nouvelles. Je m&rsquo;\u00e9tais r\u00e9jouie de la suppression de la publicit\u00e9 sur le service public. Il me semblait &#8211; quelles que soient les r\u00e9serves \u00e9mises par les uns et les autres sur le b\u00e9n\u00e9fice que pouvaient en tirer les chaines priv\u00e9es &#8211; que la fin de cette pollution permettrait d&rsquo;\u00e9chapper au r\u00e8gne de l&rsquo;audimat. Et de fait, la politique du service public fut un r\u00e9gal pendant deux ans. Quand je vois La Reine morte, avec Michel Aumont, programm\u00e9e \u00e0 20h30 du France 2, je ne boude pas mon plaisir. C&rsquo;est exactement pour cela que je m&rsquo;\u00e9tonne, comme tout le monde, de voir revenir l&rsquo;argument de l&rsquo;audimat pour justifier la restriction dont pourrait faire l&rsquo;objet Ce soir (ou jamais).<br \/>\nQuant \u00e0 la tranche du 18-20 d&rsquo;Europe 1 durant laquelle j&rsquo;intervenais, c&rsquo;\u00e9tait un moment de bonheur absolu pour un raison pr\u00e9cise : les chroniqueurs avaient carte blanche pour apporter leur sujet. Ce qui ne m&rsquo;arrive jamais dans les autres \u00e9missions o\u00f9 je suis invit\u00e9e, et o\u00f9 l&rsquo;on m&rsquo;impose parfois de disserter sur telle ou telle personnalit\u00e9 politique dont personne n&rsquo;a que faire. L\u00e0, j&rsquo;ai pu parler autant d&rsquo;\u00e9ducation que d&rsquo;agriculture, j&rsquo;ai pu me livrer \u00e0 la d\u00e9fense et illustration du Reblochon, un chef d&rsquo;\u0153uvre en voie de disparition, rendre hommage \u00e0 Jacqueline de Romilly (et m&rsquo;insurger contre le concours de tartufferie dont sa disparition fut l&rsquo;occasion)&#8230; Bref, ce fut l\u00e0 aussi un espace de libert\u00e9 jubilatoire.<br \/>\nMais l&rsquo;audience de l&rsquo;\u00e9mission \u00e9tait mauvaise, celle-ci peinait \u00e0 trouver un public, et lorsque Denis Olivennes a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 pour reprendre en main la station, il a estim\u00e9 qu&rsquo;il fallait changer la formule. Je trouve en effet dommage qu&rsquo;aient \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9s des d\u00e9bats gauche-droite qui ne permettent absolument pas de rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 des clivages actuels. Je crois au contraire que les Fran\u00e7ais attendent des d\u00e9bats vifs, pol\u00e9miques, mais surtout sinc\u00e8res, o\u00f9 chacun saurait s&rsquo;affranchir des appartenances claniques. Une analyse porte bien plus quand elle \u00e9mane d&rsquo;un esprit qui ne raisonne pas en termes politiciens, mais selon des consid\u00e9rations et des valeurs claires, qui permettent \u00e0 ceux qui l&rsquo;\u00e9coutent de se positionner, et de choisir.<br \/>\nIl me semble \u00e9galement que les d\u00e9bats gagneraient \u00e0 porter davantage sur des sujets de fond plut\u00f4t que sur les querelles d&rsquo;appareil ou la question de savoir si tel ou tel sera candidat, ce qu&rsquo;en dira tel ou tel, et si l&rsquo;on peut imaginer ce qu&rsquo;en pense encore tel autre. Quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 Marianne fin 2002, j&rsquo;ai d\u00e9couvert le fonctionnement de cette r\u00e9daction dans laquelle, \u00e0 l&rsquo;origine, Jean-Fran\u00e7ois Kahn n&rsquo;avait pas voulu de service politique cloisonn\u00e9, au motif que ces querelles d&rsquo;appareil et de personne, justement, n&rsquo;ont aucun int\u00e9r\u00eat, et que tout sujet, trait\u00e9 sur le fond, est politique, que ce soit l&rsquo;\u00e9ducation, le social, les faits divers ou la gastronomie. Il ne parvint pas \u00e0 emp\u00eacher que ne se reforme un service politique, tant il est vrai que les atavismes et les r\u00e9flexes sont pesants dans le monde m\u00e9diatique, et qu&rsquo;il se trouve toujours des journalistes pour soutenir que les Fran\u00e7ais se passionnent pour le \u00abroman\u00bb de la politique, ses portraits psychologiques, ses guerres picrocholines, sa face \u00abpeople\u00bb en quelque sorte. Pour ma part, j&rsquo;en doute. Et quand j&rsquo;interroge un homme politique, c&rsquo;est sur son programme, et plus encore sa vision. J&rsquo;ai par exemple toujours r\u00eav\u00e9 d&rsquo;une s\u00e9rie, mi-id\u00e9es mi-politique, sur \u00abces grands d\u00e9bats que les politiques devraient avoir\u00bb : le progr\u00e8s, l&rsquo;Occident, la famille, les rapports entre g\u00e9n\u00e9rations, l&rsquo;agriculture et la ruralit\u00e9&#8230; Confronter les id\u00e9es de chacun, faire \u00e9merger les v\u00e9ritables clivages&#8230; Je crois encore \u00e0 ce journalisme-l\u00e0. Celui qui r\u00e9conciliera la presse avec son peuple. Un jour, peut-\u00eatre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Natacha Polony<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[79,77,80,76,75,74,78],"class_list":{"0":"post-1746","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-les-entretiens-dantidote","7":"tag-anarchiste","8":"tag-ecole","9":"tag-ecolo-aoc","10":"tag-feminisme","11":"tag-medias","12":"tag-natacha-polony","13":"tag-reac"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1746","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1746"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1746\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1746"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1746"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1746"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}