{"id":2470,"date":"2012-04-25T11:00:23","date_gmt":"2012-04-25T10:00:23","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/?p=2470"},"modified":"2021-04-26T16:10:43","modified_gmt":"2021-04-26T14:10:43","slug":"2470","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/2470-2470","title":{"rendered":"Le premier ministre id\u00e9al de Hollande"},"content":{"rendered":"<p>A une question d\u2019un journaliste sur l\u2019identit\u00e9 de son futur premier ministre, Fran\u00e7ois Hollande a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il avait fort bien compris les institutions de la Ve R\u00e9publique : \u00bb C\u2019est la campagne qui d\u00e9cidera, et notamment celle du second tour \u00bb. Depuis 1958, la nomination des h\u00f4tes de Matignon r\u00e9pond \u00e0 cette r\u00e8gle non \u00e9crite : le premier premier ministre du mandat est celui qui s\u2019impose au Pr\u00e9sident alors que le second est celui que le Pr\u00e9sident impose lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>En 1959, Le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle ayant fait adopter la constitution du 4 octobre 1958, il nomme \u00e0 Matignon l\u2019homme qui l\u2019a r\u00e9dig\u00e9e, Michel Debr\u00e9. Trois ans plus tard, il nomme un inconnu des Fran\u00e7ais, qui avait \u00e9t\u00e9 son directeur de cabinet, Georges Pompidou. En 1965, le Pr\u00e9sident fait campagne sur la continuit\u00e9 et gagne sur la continuit\u00e9. Il nomme donc Pompidou. Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements de 1968, ceux-ci ayant eu raison de sa relation avec le Premier Ministre, il nomme Maurice Couve de Murville pour mettre en place la Participation. En 1969, Georges Pompidou est \u00e9lu au second tour face au centriste Poher. Il a d\u00fb, pour r\u00e9ussir, rassembler une UDR (le parti gaulliste) qui lui en veut pour son \u00ab appel de Rome \u00bb[1. Pendant la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 1969, Pompidou indique, en d\u00e9placement dans la Ville \u00e9ternelle, qu&rsquo;il serait candidat si le non l&#8217;emportait. Ce fut interpr\u00e9t\u00e9 comme un v\u00e9ritable coup de poignard du c\u00f4t\u00e9 des barons du gaullisme.]<\/p>\n<p>, et doit donc nommer le baron du gaullisme le plus populaire, Jacques Chaban-Delmas. En 1972, il d\u00e9missionne ce dernier et nomme Pierre Messmer, qui a \u00e9t\u00e9 son ministre ob\u00e9issant pendant des ann\u00e9es. En 1974, Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing est pr\u00e9sent au second tour parce qu\u2019il a r\u00e9ussi, gr\u00e2ce au ralliement de d\u00e9put\u00e9s gaullistes -le fameux appel des 43- \u00e0 passer devant Chaban. Il gagne ensuite pour avoir n\u00e9anmoins fait le plein des voix chabanistes. C\u2019est donc le chef de ces ralli\u00e9s, Jacques Chirac qui entre \u00e0 Matignon, lequel prend tr\u00e8s rapidement la direction du parti gaulliste dot\u00e9 du groupe le plus important \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale. En 1976, apr\u00e8s le divorce entre les deux hommes, Giscard nomme un inconnu du grand public, Raymond Barre.<\/p>\n<p>En 1981, la situation impose \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand de nommer un Premier ministre qui saura g\u00e9rer la pr\u00e9sence du PCF au gouvernement et parler au fameux \u00ab peuple de gauche \u00bb. La situation impose donc Pierre Mauroy qui g\u00e8re quotidiennement cette situation dans le Nord. En outre, les \u00e9quilibres au sein du PS comptent : le courant Mauroy-Rocard est puissant au sein du PS, il faut le neutraliser. En 1984, c\u2019est un autre \u00ab homme du pr\u00e9sident \u00bb qui est nomm\u00e9 \u00e0 Matignon, le jeune Laurent Fabius. En 1988, ayant fait campagne sur la France unie et \u00e9t\u00e9 \u00e9lu au second tour avec un apport important des suffrages de Raymond Barre, Mitterrand nomme Rocard.<\/p>\n<p>En 1992, il imite Pompidou en se d\u00e9barrassant d\u2019un chef de gouvernement plus populaire que lui et impose Edith Cresson, \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale. Si le second tour de 1995 avait vu s\u2019opposer Jacques Chirac et Edouard Balladur, le premier aurait nomm\u00e9 Philippe S\u00e9guin \u00e0 Matignon. Mais Chirac a affront\u00e9 Jospin. Il a eu besoin des voix de Balladur et non celles de gauche pour \u00eatre \u00e9lu. C\u2019est Jupp\u00e9 qui devient Premier ministre. On assiste en 1997 \u00e0 une petite variante de la r\u00e8gle. Chirac impose la dissolution, et en obtient le r\u00e9sultat cash : un socialiste \u00e0 Matignon. Cette situation ne d\u00e9roge que tr\u00e8s peu \u00e0 la r\u00e8gle. Le Pr\u00e9sident voulait \u00e9viter de se faire imposer S\u00e9guin. Il voulait imposer le maintien de son fid\u00e8le Jupp\u00e9. A tout prendre, il pr\u00e9f\u00e9rait cohabiter avec Jospin qu\u2019avec S\u00e9guin. En 2002, \u00e9lu par 82 % des Fran\u00e7ais dans la situation qu\u2019on conna\u00eet, et alors que Nicolas Sarkozy rue dans les brancards, Jacques Chirac pr\u00e9f\u00e8re nommer un centriste, Jean-Pierre Raffarin, tout en rondeurs. Le Pr\u00e9sident n\u2019a pas nomm\u00e9 le gouvernement d\u2019union nationale qui s\u2019imposait. Il ne veut pas non plus faire de la provocation en d\u00e9signant un chef de gouvernement trop marqu\u00e9 \u00e0 droite. Raffarin est un compromis.<br \/>\nEn 2005, il nomme son fid\u00e8le Dominique de Villepin. En 2007, on assiste \u00e0 une autre variante : Nicolas Sarkozy a fait campagne sur un changement de type de pr\u00e9sidence. Le Premier ministre ne sera plus un v\u00e9ritable Premier ministre mais un simple collaborateur. Elu en tenant ce discours, il d\u00e9signe donc Nicolas Sarkozy chef de gouvernement, Fillon occupant Matignon par pure forme. Apr\u00e8s les \u00e9lections r\u00e9gionales de 2010, convaincu que cette pratique ne convient pas aux Fran\u00e7ais, il impose un fid\u00e8le, Fran\u00e7ois Fillon. Cela tombe bien, il occupe d\u00e9j\u00e0 Matignon.<\/p>\n<p>Ce long d\u00e9gagement historique effectu\u00e9, si le lecteur n\u2019a pas compris le fonctionnement des institutions en mati\u00e8re de choix de Premier ministre, c\u2019est qu\u2019il y a mis une certaine mauvaise volont\u00e9. Examinons donc la situation de 2012. Si Jean-Luc M\u00e9lenchon avait r\u00e9alis\u00e9 le score qu\u2019on lui pr\u00eatait, tutoyant les 15 %, Martine Aubry \u00e9tait assur\u00e9e d\u2019entrer \u00e0 Matignon. Il n\u2019a fait que 11. Pour assurer sa victoire, et aussi pour tenir compte de l\u2019\u00e9tat politique et sociologique du pays, Fran\u00e7ois Hollande doit donc mettre en avant puis nommer premier ministre un homme en phase avec cet \u00e9tat-l\u00e0. Comme Nicolas Sarkozy, il doit aussi tenir compte de la France qui a vot\u00e9 non en 2005 et en particulier de celle qui vot\u00e9 Marine Le Pen le 22 avril. L\u2019id\u00e9al est donc de trouver une personnalit\u00e9 qui aurait vot\u00e9 non au TCE, qui aurait une image s\u00e9curitaire, n\u2019aurait pas peur d\u2019affronter les d\u00e9bats identitaires et qui soit aussi adh\u00e9rent au Parti Socialiste.<\/p>\n<p>Impossible, me r\u00e9torquerez-vous, et pourtant cet homme existe. Manuel Valls \u00e9tait en effet d\u00e9favorable \u00e0 la constitution europ\u00e9enne[2. Certes timidement, puisqu&rsquo;il avait milit\u00e9 pour le non au sein du PS, puis lors du d\u00e9bat r\u00e9f\u00e9rendaire avant de se plier \u00e0 la discipline du parti au moment o\u00f9 les sondages commenc\u00e8rent \u00e0 donner le non gagnant, d&rsquo;une mani\u00e8re assez inexplicable&#8230; Peur de gagner ? ]<\/p>\n<p>, poss\u00e8de une image d\u2019ordre \u00e0 tel point qu\u2019on l\u2019imagine aussi tr\u00e8s bien Place Beauvau, et fut l\u2019un des seuls d\u00e9put\u00e9s PS \u00e0 voter l\u2019interdiction du port de la burqa. Arriv\u00e9 \u00e0 10 ans en France de sa Catalogne natale, il est aussi un exemple d\u2019int\u00e9gration -voire d\u2019assimilation- r\u00e9ussie. En outre, il a aussi l\u2019avantage, gr\u00e2ce \u00e0 ses positions \u00e9conomiques -sur la dette, notamment- de ne pas trop d\u00e9plaire \u00e0 l\u2019\u00e9lectorat centriste.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Hollande \u00e9lu, s\u2019il est cons\u00e9quent, nommera donc son actuel directeur de la communication \u00e0 Matignon dans trois semaines. Il n\u2019est \u00e9videmment pas exclu que les \u00e9quilibres solf\u00e9rinesques aient raison de cette pr\u00e9vision, peut-\u00eatre un peu trop port\u00e9 sur l\u2019\u00e9tat sociologique du pays. Dans ce cas, c\u2019est plut\u00f4t Jean-Marc Ayrault qui sera choisi. On le saura assez vite : les passages t\u00e9l\u00e9 et radio devraient nous donner des indices. Mais pour moi, Valls s\u2019impose !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laisse aller, c&rsquo;est un Valls<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":{"0":"post-2470","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-oxygene"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2470","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2470"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2470\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2470"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2470"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2470"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}