{"id":30,"date":"2008-10-10T16:54:47","date_gmt":"2008-10-10T15:54:47","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet.causeur.fr\/antidote\/?p=30"},"modified":"2021-04-26T16:12:18","modified_gmt":"2021-04-26T14:12:18","slug":"le-bebe-francais-et-la-dette-publique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/le-bebe-francais-et-la-dette-publique-30","title":{"rendered":"Le b\u00e9b\u00e9 fran\u00e7ais et la dette publique"},"content":{"rendered":"<p>Je ne r\u00e9siste pas au plaisir de publier l&rsquo;excellente tribune de Claude Rochet, intellectuel de haut vol, d&rsquo;autant que je crois savoir qu&rsquo;il lui arrive de passer ici. Je lui conseille d&rsquo;ailleurs d&rsquo;en envoyer une copie \u00e0 Monsieur Jean-Michel Apathie, obs\u00e9d\u00e9 de la dette publique,  qui devrait \u00e9tudier avec pr\u00e9cision l&rsquo;\u00e9conomie avant d&rsquo;\u00e2nonner avec passion la vulgate comptable \u00e0 la mode.<\/p>\n<p>Le b\u00e9b\u00e9 fran\u00e7ais et la dette publique<\/p>\n<p>Selon le discours officiel, le b\u00e9b\u00e9 fran\u00e7ais trouve une dette de 20 000 euros dans son berceau, repr\u00e9sentant la dette de l\u2019Etat, des la s\u00e9curit\u00e9 sociale et des collectivit\u00e9s locales, divis\u00e9e par 63 millions de Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Bel effet oratoire mais qui ne veut rien dire car l\u2019Etat ne meurt jamais : il n\u2019y aura donc jamais de liquidation de la succession.<\/p>\n<p>Rappelons quelques chiffres : le budget de l\u2019Etat repr\u00e9sente moins de 16% du PIB et est rest\u00e9 au m\u00eame niveau depuis 1978, ann\u00e9e o\u00f9 la France s\u2019est durablement install\u00e9e dans la pratique des budgets en d\u00e9s\u00e9quilibre. Chiffre tout \u00e0 fait raisonnable, si l\u2019on se souvient que la part du budget de l\u2019Etat en Grande-Bretagne aux XVII\u00b0 et XIX\u00b0 si\u00e8cles, contrairement aux comptes de f\u00e9es de nos doctrinaires lib\u00e9raux \u00e9tait de 20% du PIB et que c\u2019est l\u2019existence d\u2019une dette publique assise sur un syst\u00e8me fiscal intelligent et rigoureux qui a assur\u00e9 l\u2019essor de la Grande-Bretagne puis des \u00c9tats-Unis !<\/p>\n<p>Le d\u00e9ficit est l\u00e0, il est vrai qui s\u2019accumule au fil des ann\u00e9es. La France est-elle en faillite pour autant ? Non.<\/p>\n<p>D\u2019abord, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on nous rab\u00e2che, la France n\u2019est pas du tout le \u00ab mauvais \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Europe \u00bb en la mati\u00e8re : les dettes de l\u2019Allemagne, de la Belgique, de l\u2019Italie (106 % du PIB !) sont bien plus \u00e9lev\u00e9es, sans parler de la dette du Japon qui avec 160% du PIB d\u2019endettement trouve toujours, et sans probl\u00e8mes, des pr\u00eateurs consid\u00e9rant qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un placement de p\u00e8re de famille.<\/p>\n<p>Ensuite, l\u2019Etat poss\u00e8de des actifs financiers, 742 milliards d\u2019euros en 2006. De l\u2019or, des d\u00e9p\u00f4ts ou encore des parts dans des entreprises publiques cot\u00e9es. Car l\u2019Etat fran\u00e7ais est un actionnaire, et un gros. Selon l\u2019Agence des participations d\u2019Etat, leur valorisation d\u00e9passait 162 milliards d\u2019euros avant le krach. Dont 100 milliards rien que pour EDF. Selon les calculs de l\u2019OFCE, l\u2019endettement financier de l\u2019Etat ne serait que de 38,2% du PIB en 2006, soit un niveau proche de 1995, alors que la dette au sens de Maastricht, elle, a augment\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, l\u2019Etat poss\u00e8de de nombreux actifs financiers et de nombreux actifs physiques ou immobiliers. Des terrains, des b\u00e2timents, des infrastructures, dont la valeur est tenue \u00e0 jour par l\u2019Insee et qui est estim\u00e9e \u00e0 37,8% du PIB. Au total, le bilan est positif.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que dit la propagande, le b\u00e9b\u00e9 fran\u00e7ais ne trouve pas une dette mais une cr\u00e9ance de 11 000 euros dans son berceau !<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019Etat, le bilan global de la France est positif si l\u2019on int\u00e8gre l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages, particuli\u00e8rement abondante et qui peut financer et l\u2019endettement public et celui des entreprises, alors qu\u2019elle a compl\u00e8tement disparu et est m\u00eame n\u00e9gative aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Faut-il r\u00e9duire la dette de l\u2019Etat ? Seuls deux Etats se sont fix\u00e9s un objectif de r\u00e9duire leur endettement \u00e0 z\u00e9ro au XX\u00b0 si\u00e8cle : le dictateur Trujillo en R\u00e9publique dominicaine et Ceausescu en Roumanie. Il n\u2019y a pas de croissance sans endettement, le tout est de savoir \u00e0 quoi on emploie l\u2019argent.<\/p>\n<p>Car la situation est loin d\u2019\u00eatre satisfaisante !<br \/>\nLes mesures d\u2019\u00e9conomies, si elles sont souhaitables lorsqu\u2019elles sont pertinentes, soit lorsqu\u2019elles repr\u00e9sentent des \u00e9conomies de gestion li\u00e9es \u00e0 l\u2019usage des technologies de l\u2019information et \u00e0 la suppression de services inutiles, ne r\u00e9soudront jamais le probl\u00e8me de l\u2019endettement. La Commission des finances de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale calcule que, malgr\u00e9 les mesures prises aujourd\u2019hui, l\u2019endettement aura atteint plus de 140 % en 2040. \u00c9videmment, lorsqu\u2019on s\u2019endette pour payer des d\u00e9penses courantes, on n\u2019investit pas et on s\u2019appauvrit !<br \/>\nOn peut s\u2019amuser \u00e0 faire de fausses \u00ab \u00e9conomies \u00bb en r\u00e9duisant les services publics, mais on ne peut pas pour autant r\u00e9duire la r\u00e9alit\u00e9 : Le citoyen des \u00c9tats-Unis consacre 65% de son revenu \u00e0 l\u2019achat de services publics (\u00e9ducation, sant\u00e9, transports\u2026) tandis que le citoyen su\u00e9dois n\u2019y consacre que 11%, le reste, un des revenus par habitants les plus \u00e9lev\u00e9s du monde avec un taux de pr\u00e9l\u00e8vements public sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la France, est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9 productive et \u00e0 la consommation et donc \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration de revenus ! Et il faut y ajouter la disparition de la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s par le syst\u00e8me fiscalo-social qui, en France, les r\u00e9duit d\u2019un tiers entre les 30% les plus pauvres et les 10% des plus riches.<br \/>\nOn peut taper sur les fonctionnaires : le poids de la masse salariale est rest\u00e9e stable depuis 1978 (+0,6% du PIB), mais sans doute estime-t-on qu\u2019il y a trop d\u2019enseignants, trop de policiers, trop de greffiers\u2026 tout ce qui est public est toujours de trop !<\/p>\n<p>La politique des \u00ab \u00e9conomies \u00bb a fait ses preuves dans bon nombre de pays : ce que l\u2019on gagne \u00e0 court terme d\u2019une main on le perd \u00e0 long terme de l\u2019autre en impact des services et des politiques publiques sur la croissance.<\/p>\n<p>Car c\u2019est bien de cela dont il s\u2019agit. L\u2019endettement de la France en 1946 \u00e9tait de plus de 145% de son PIB : il a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement effac\u00e9 par la croissance et une inflation de bon aloi qui repr\u00e9sentait l\u2019accroissement de la richesse du pays &#8211; et a permis \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration de devenir propri\u00e9taire \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9els proches de z\u00e9ro !<\/p>\n<p>Le b\u00e9b\u00e9 fran\u00e7ais se fiche de savoir s\u2019il trouve une dette dans son berceau, qui d\u2019une part elle n\u2019existe pas (aujourd\u2019hui) et que de toutes fa\u00e7ons il n\u2019aura pas \u00e0 payer. Mais il lui importe de savoir si le pays investit dans l\u2019avenir, si une politique industrielle oriente l\u2019investissement vers les actifs strat\u00e9giques de demain. Sans une politique active de la famille \u2013 qui est la cible du rapport Attali qui ne fait que traduire les objectifs de la Commission de Bruxelles \u2013 ce b\u00e9b\u00e9 ne serait sans doute pas n\u00e9, car c\u2019est gr\u00e2ce aux prestations familiales et \u00e0 l\u2019\u00e9cole maternelle que la France maintient une natalit\u00e9 au niveau du seuil de remplacement des g\u00e9n\u00e9rations, seule garantie de la p\u00e9rennit\u00e9 du syst\u00e8me de retraite par r\u00e9partition.<\/p>\n<p>Les politiques de renoncement et de d\u00e9sindustrialisation promues par la Commission de Bruxelles, la vision du rapport Attali d\u2019une France de chauffeurs de taxis et de gar\u00e7ons coiffeurs (m\u00e9tiers par ailleurs forts utiles et tr\u00e8s honorables) qui se contenterait d\u2019accueillir les touristes chinois, sont une source de pr\u00e9occupation autrement plus s\u00e9rieuse pour notre b\u00e9b\u00e9 fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Car la situation va s\u2019aggraver si l\u2019on poursuit les politiques actuelles. Une disposition inconnue des Fran\u00e7ais en est \u00e0 l\u2019origine : l\u2019article 104 du Trait\u00e9 de Maastricht qui interdit aux Etats d\u2019emprunter \u00e0 leur banque centrale. Quand l\u2019Etat investissait, il empruntait \u00e0 la Banque de France sans int\u00e9r\u00eat. On disait qu\u2019il faisait \u00ab tourner la planche \u00e0 billet \u00bb. Cela cr\u00e9ait un peu d\u2019inflation, mais qui \u00e9tait compens\u00e9e par de la cr\u00e9ation de richesse qui remboursait la Banque. Avec Maastricht, il doit emprunter aux banques priv\u00e9es. Cela a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019ici indolore avec la baisse de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Avec l\u2019envol\u00e9e des taux, la facture va \u00eatre sal\u00e9e, avec autant de capacit\u00e9s d\u2019investissement en moins.<\/p>\n<p>Il est temps que le b\u00e9b\u00e9 fran\u00e7ais fasse entendre de la voix \u2013 et ses parents avec \u2013 contre un syst\u00e8me qui m\u00e8ne la France vers son appauvrissement.<\/p>\n<p>Claude ROCHET<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne r\u00e9siste pas au plaisir de publier l&rsquo;excellente tribune de Claude Rochet, intellectuel de haut vol, d&rsquo;autant que je crois savoir qu&rsquo;il lui arrive de passer ici. 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