{"id":511,"date":"2010-01-07T18:24:47","date_gmt":"2010-01-07T17:24:47","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet.causeur.fr\/antidote\/?p=511"},"modified":"2021-04-26T16:11:40","modified_gmt":"2021-04-26T14:11:40","slug":"philippe-seguin-sen-est-alle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/philippe-seguin-sen-est-alle-511","title":{"rendered":"Philippe S\u00e9guin s&#039;en est all\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/files\/2010\/01\/seguinmars98.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-514\" src=\"http:\/\/carnet.causeur.fr\/antidote\/files\/2010\/01\/seguinmars98-257x300.jpg\" alt=\"\" width=\"257\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2010\/01\/seguinmars98-257x300.jpg 257w, https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2010\/01\/seguinmars98.jpg 474w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Quand j&rsquo;ai appris cette nouvelle ce matin, j&rsquo;ai d&rsquo;abord pris la chose avec beaucoup de philosophie. Je me suis rappel\u00e9 les paquets de cigarettes, le bourreau de travail n\u00e9gligeant sa sant\u00e9 et qu&rsquo;il fallait hospitaliser pour soigner une grippe de peur qu&rsquo;il n&rsquo;aille bosser dans cet \u00e9tat, les r\u00e9gimes \u00ab\u00a0minceur\u00a0\u00bb alternant avec les r\u00e9gimes \u00ab\u00a0pizza\u00a0\u00bb. Et je me suis dit que cela devait arriver, qu&rsquo;avec une vie comme \u00e7a, beaucoup d&rsquo;entre nous n&rsquo;arriveraient pas \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-six ans.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait mon bouclier, ma mani\u00e8re de former une bulle afin que la tristesse ne m&rsquo;envahisse pas. Peine perdue. En voyant, tout au long de cette matin\u00e9e,\u00a0 les nombreux messages des anciens compagnons de mon \u00e9poque s\u00e9guinienne sur Facebook, en regardant les sujets consacr\u00e9s \u00e0 Philippe S\u00e9guin lors des journaux de midi, j&rsquo;ai peu \u00e0 peu \u00e9t\u00e9 envahi par la peine, par l&rsquo;impression que quelque chose en moi partait pour toujours.<\/p>\n<p>Certes, en octobre 1998, j&rsquo;avais largu\u00e9 les amarres avec celui que nous avions port\u00e9 sur le pavois du RPR. Cet automne l\u00e0, j&rsquo;ai pris acte que la rupture \u00e9tait consomm\u00e9e. Je ne souhaitais pas m\u00e9nager avec lui Jacques Chirac ; je ne voulais pas \u00ab\u00a0mettre de l&rsquo;eau dans mon vin\u00a0\u00bb afin d&rsquo;\u00eatre sarkocompatible. Mais je n&rsquo;ai jamais regrett\u00e9 les neuf ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 cette prise de distance. Neuf ann\u00e9es au service d&rsquo;une personnalit\u00e9 de premier plan, d&rsquo;un orateur exceptionnel. D\u00e8s la d\u00e9faite de Jacques Chirac en 1988, je m&rsquo;\u00e9tais senti proche de cet homme plein de lucidit\u00e9 sur les erreurs commises pendant la premi\u00e8re cohabitation. Je l&rsquo;ai alors suivi presque instinctivement. A l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;homme, davantage que les id\u00e9es, qui m&rsquo;attirait : autant l&rsquo;avouer. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour de f\u00e9vrier de 1990 au Bourget o\u00f9 Philippe S\u00e9guin m&rsquo;a fait vivre le moment le plus fort de toute ma vie politique.<\/p>\n<p>Ce dimanche l\u00e0, le RPR \u00e9tait r\u00e9uni pour ses assises. Le RPR, mais aussi toute la presse puisque le duo Pasqua-S\u00e9guin avait d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9fendre une motion commune pour contester la ligne lib\u00e9rale inspir\u00e9e par Balladur et Jupp\u00e9 et soutenue par Jacques Chirac. Alors que c&rsquo;est \u00e0 son tour de s&rsquo;exprimer, S\u00e9guin est accueilli par une bonne minute de sifflets. Autour de moi, des militants hurlent :\u00a0\u00bbsalaud, connard, ordure\u00a0\u00bb. Je me fais tout petit. J&rsquo;ai 18 ans. Ces militants chevronn\u00e9s qui insultent mon homme politique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, cela m&rsquo;effraie davantage que cela m&rsquo;indigne. Et puis, S\u00e9guin s&rsquo;accroche au pupitre et brave la foule hostile. Il commence son discours. Sa voix caverneuse, tr\u00e8s vite, a raison des sifflets. Il prononce des mots que ne peuvent pas rejeter les militants gaullistes. Il prononce un discours exceptionnel avec un souffle hors-norme. A la fin, les m\u00eames, qui l&rsquo;insultaient vingt minutes plus t\u00f4t, l&rsquo;applaudissent avec chaleur. Ils ne sont pas loin d&rsquo;acclamer son nom. Je me rappellerai toute ma vie de ce moment o\u00f9 un homme port\u00e9 par ses id\u00e9aux est parvenu \u00e0 retourner une foule hostile.<\/p>\n<p>Mais surtout, j&rsquo;ai compris \u00e0 ce moment l\u00e0 que les id\u00e9es \u00e9taient encore plus importantes que l&rsquo;homme qui les portait. C&rsquo;est lui qui, en les sublimant par son verbe et sa force de conviction, est parvenu \u00e0 me faire comprendre que c&rsquo;\u00e9tait elles, d\u00e9sormais, qui guideraient mon militantisme. C&rsquo;est donc finalement l\u00e0 que se trouve le germe de ma rupture huit ans plus tard. Quand j&rsquo;ai jug\u00e9 que Philippe S\u00e9guin ne d\u00e9fendait plus ses id\u00e9es, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de passer \u00e0 autre chose. Entre temps, il y avait eu Maastricht, la campagne chiraquienne contre la fracture sociale et pour le pacte r\u00e9publicain o\u00f9, l\u00e0 encore, l&rsquo;orateur S\u00e9guin fit merveille. Quand d&rsquo;autres \u00e9cumaient bars et discoth\u00e8ques, mes vingt-ans furent consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;action politique derri\u00e8re cet homme-l\u00e0. S\u00e9guin disparu, c&rsquo;est un peu mes vingt-ans qui s&rsquo;en vont.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es suivantes, j&rsquo;ai regard\u00e9 de pr\u00e8s le parcours de celui pour lequel j&rsquo;avais bourlingu\u00e9 entre Dole, Besan\u00e7on, Paris et Epinal. J&rsquo;\u00e9tais devenu un observateur attentif. Nous n&rsquo;avions pas eu le temps de devenir des adversaires\u00a0 : il avait lui aussi tir\u00e9 sa r\u00e9v\u00e9rence quelques mois apr\u00e8s mon propre d\u00e9part. C&rsquo;est vrai, j&rsquo;ai parfois \u00e9t\u00e9 dur avec lui lorsque j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 bloguer. Il m&rsquo;avait tant d\u00e9\u00e7u. Il m&rsquo;avait tant fait esp\u00e9rer dans son destin au service d&rsquo;un id\u00e9al partag\u00e9, la R\u00e9publique jusqu&rsquo;au bout. Etre dur, parfois moqueur, c&rsquo;est une mani\u00e8re d&rsquo;exorciser cette d\u00e9ception. Mais, dans un coin de ma t\u00eate, subsistait quand m\u00eame un tout petit espoir. M\u00eame si je l&rsquo;encourageais \u00e0 sauver le foot fran\u00e7ais il y a peu, je pensais que des circonstances exceptionnelles n\u00e9cessitant le recours \u00e0 un vieux lion pourraient se pr\u00e9senter pour veiller au destin de notre Nation. Alors, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un Churchill ou d&rsquo;un Clemenceau, Philippe S\u00e9guin aurait pu \u00eatre celui-l\u00e0.<\/p>\n<p>Avec mes vingt-ans et cette illusion de recours, dispara\u00eet aussi un repr\u00e9sentant du monde politique d&rsquo;avant. Philippe S\u00e9guin n&rsquo;a jamais pr\u00eat\u00e9 le flan aux pipoleries, au m\u00e9lange des genres, au pi\u00e9tinement de la fronti\u00e8re entre vie publique et vie priv\u00e9e. Qui, d&rsquo;ailleurs, conna\u00eet Madame S\u00e9guin ? Les communicants, il les nommait les \u00ab\u00a0cartomanciennes\u00a0\u00bb. Jean-Claude Gaudin a eu un mot tr\u00e8s juste ce midi :\u00a0\u00bbPersonne ne peut dire que Philippe S\u00e9guin \u00e9tait un faux-cul, un hypocrite\u00a0\u00bb. Vous \u00e9tonnerais-je en \u00e9crivant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une qualit\u00e9 tr\u00e8s rare dans le milieu ? Ou plut\u00f4t d&rsquo;un d\u00e9faut si on veut y prosp\u00e9rer ?<\/p>\n<p>Adieu, Monsieur le Pr\u00e9sident. Et merci pour ces ann\u00e9es qui ont contribu\u00e9 \u00e0 me faire devenir ce que je suis.<\/p>\n<p><em><strong>Photo : A Dole (Jura) lors de la campagne pour les \u00e9lections r\u00e9gionales en mars 1998.<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et, avec lui, un peu de mes vingt-ans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":{"0":"post-511","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-oxygene"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=511"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/511\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/antidote\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}