{"id":1041,"date":"2011-01-15T20:47:29","date_gmt":"2011-01-15T18:47:29","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/?p=1041"},"modified":"2021-04-26T12:57:57","modified_gmt":"2021-04-26T10:57:57","slug":"woody-allen-un-dostoievski-joueur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/woody-allen-un-dostoievski-joueur-1041","title":{"rendered":"Woody Allen, un Dosto\u00efevski joueur"},"content":{"rendered":"<h4>Les ennemis de nos modernes sont des modernes<\/h4>\n<p style=\"text-align: center\">\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2011\/01\/woody-allen-20040413-392.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1042 aligncenter\" src=\"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2011\/01\/woody-allen-20040413-392-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2011\/01\/woody-allen-20040413-392-300x300.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2011\/01\/woody-allen-20040413-392-150x150.jpg 150w, https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2011\/01\/woody-allen-20040413-392.jpeg 415w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">Woody Allen, arch\u00e9type de l\u2019humour juif new-yorkais ? En tant que fan de la premi\u00e8re heure, cette th\u00e8se m\u2019avait toujours suffi, et pour cause : elle m\u2019arrangeait ! Je me trouvais ainsi coopt\u00e9, moi le goy pur porc, par le cercle ferm\u00e9 des \u00ab happy jews \u00bb de Manhattan, seuls capables apparemment de go\u00fbter tout le sel de l\u2019humour allien\u00e9. <!--more--><\/p>\n<p>H\u00e9las Dandrieu vint, pour m\u2019expliquer que je me la p\u00e9tais en vain. La th\u00e8se de son bouquin<sup><a id=\"fnref-8396-1\" href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/woody-allen-un-dostoievski-joueur,8396#fn-8396-1\">1<\/a><\/sup> : Woody Allen est universel comme un Bergman normal, en plus marrant quand m\u00eame, et l\u2019univers intello de la Grosse Pomme n\u2019est qu\u2019un d\u00e9cor pour sa\u00a0<em>Com\u00e9die humaine<\/em>.<\/p>\n<p>Selon mon coll\u00e8gue et ami de\u00a0<em>Valeurs Actuelles<\/em>, de\u00a0<em>Causeur<\/em> et du fan-club des Nits (voir ce nom sur Google), Woody est un \u00ab antimoderne \u00bb comme vous et moi (enfin, surtout moi) ; un pessimiste qui se joue de son propre d\u00e9sespoir ; un \u00ab ath\u00e9e post-moral \u00bb peut-\u00eatre, mais infiniment nostalgique du Sens, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019Amour.<\/p>\n<p>Je ne vous raconterais pas tout \u00e7a si je n\u2019avais pris pour habitude de choisir mes rares \u00ab sorties cin\u00e9 \u00bb en fonction des critiques dudit Dandrieu, auquel je fais confiance sur ce terrain, euh, comme un aveugle \u00e0 son chien.<\/p>\n<p>Ici, l\u2019exercice est encore diff\u00e9rent : Laurent Dandrieu\u00a0<em>interpr\u00e8te<\/em> pour nous la partition allenienne (44 opus). Avec brio, mais sans la boursouflure castafiorienne. En bon interpr\u00e8te, il sait s\u2019effacer devant l\u2019auteur et l\u2019oeuvre \u2013 m\u00eame si, au bout du compte, c\u2019est pour nous faire partager ce qu\u2019il y entend.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019elle aura sans doute pens\u00e9, si j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 l\u2019exquise attach\u00e9e de presse de Laurent copie des articles d\u00e9j\u00e0 parus, c\u2019est moins par paresse que par curiosit\u00e9. Agr\u00e9ablement r\u00e9compens\u00e9e, d\u2019ailleurs : non seulement \u00ab la critique est unanime \u00bb, mais elle s\u2019av\u00e8re dans l\u2019ensemble \u00e9tonnamment subtile \u2013et, dans le d\u00e9tail, essentiellement droiti\u00e8re.<\/p>\n<p>Attention ! Je n\u2019ai pas dit que les deux \u00e9taient li\u00e9s. Je tiens plut\u00f4t qu\u2019un mec de valeur(s) comme Dandrieu n\u2019a pas forc\u00e9ment bonne presse \u00ab<em>dans les poulaillers qui font l\u2019opinion<\/em> \u00bb (comme disait sans comprendre ce gentil con de Souchon.) Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0<em>The times they are a\u2019changing<\/em> \u00bb (comme disait Bob Dylan \u00e0 propos d\u2019autre chose.)<\/p>\n<p>Sur le fond, l\u2019antimoderne au sens alleno-dandrieusien du terme n\u2019est pas r\u00e9fugi\u00e9 sur la plus haute tour de son ch\u00e2teau fort int\u00e9rieur. Il est plong\u00e9 au coeur de la modernit\u00e9 comme tout le monde, c\u2019est-\u00e0-dire comme un con ; sauf qu\u2019il en per\u00e7oit, lui, les ridicules. Et voil\u00e0 le fin mot : Woody Allen ne croit pas aux \u00ab\u00a0<em>trois idoles de la modernit\u00e9 : la raison, l\u2019individu et le progr\u00e8s<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>Le mieux, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas seul dans cette triple incroyance : rien qu\u2019en France, il y retrouve les grands f\u00eal\u00e9s du moment, de Muray \u00e0 Houellebecq en passant par Nabe et Dantec. \u00c7a devait arriver : \u00e0 force que s\u2019\u00e9paississe le Catalogue des erreurs modernes, comme disait saint Pie IX, l\u2019antimodernit\u00e9 est devenue moderne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La vie est une tornade de merde dans laquelle l\u2019art est notre seul parapluie<\/em> \u00bb, notait judicieusement le Nobel Mario Vargas Llosa. Tout l\u2019art de Woody, selon Laurent, tient dans cette alchimie par laquelle il change l\u2019or du Rien en diamant pour l\u2019esprit. Et vous savez quoi ? Pour tous ceux \u00e0 qui il est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de s\u2019interroger sur le sens de leur existence \u2013ou qui en ont le projet-, mais surtout pour ce vieil agnostique inconsolable, c\u2019est l\u00e0 un indispensable viatique.<\/p>\n<p>Une heureuse formule, malheureusement saccag\u00e9e par l\u2019usage, d\u00e9finissait l\u2019humour comme \u00ab la politesse du d\u00e9sespoir \u00bb. Comment dire autrement, \u00e0 d\u00e9faut de mieux ? Avec les armes de l\u2019humour, Woody Allen se bat sur les deux fronts (bas) de la modernit\u00e9 : le cr\u00e9tinisme et le nihilisme. \u00c0 travers ses ricanements, il plaide pour la vie et la dignit\u00e9 d\u2019\u00eatre homme.<\/p>\n<p>Il y a quand m\u00eame un bl\u00e8me, que Dandrieu ne nous c\u00e8le point : les derniers films du ma\u00eetre sont des daubes inf\u00e2mes \u2013 ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, comme il \u00e9crit, des \u00ab\u00a0<em>pochades superficielles<\/em> \u00bb d\u2019un \u00ab\u00a0<em>auteur en panne d\u2019id\u00e9es<\/em> \u00bb. Bien s\u00fbr c\u2019est vrai, m\u00eame que pour un fan c\u2019est un peu d\u00e9primant. Alors, d\u00e9clin ou parenth\u00e8se ? Au regard de l\u2019Histoire du cin\u00e9ma, on s\u2019en fout un peu : Woody n\u2019est pas un pic-vert de l\u2019ann\u00e9e, et quoi qu\u2019il fasse d\u00e9sormais, son \u0153uvre restera comme celle d\u2019un moraliste.<\/p>\n<p>En moquant nos n\u00e9vroses narcissiques et nos toutes petites d\u00e9pendances, il n\u2019a d\u2019autre but que de sortir ses prochains, comme lui-m\u00eame, de cette horrible sensation d\u2019impuissance devant l\u2019absurde. C\u2019est sans doute ce qui permet \u00e0 Jo\u00ebl Prieur d\u2019oser, pour r\u00e9sumer la th\u00e8se du livre, un parall\u00e8le inattendu entre Woody Allen et Albert Camus : ne partagent-ils pas \u00ab\u00a0<em>un d\u00e9sespoir ensoleill\u00e9 qui doit bien mener quelque part<\/em> \u00bb ?<\/p>\n<p>Non seulement c\u2019est bien dit mais c\u2019est paru dans\u00a0<em>Minute<\/em> \u2013 et quoi de plus chic que de citer Minute, surtout en conclusion d\u2019un papier de fond comme celui-ci ?<\/p>\n<p><em>N.B. \u00e0 l\u2019attention de mes amis commentateurs :<\/em><br \/>\nDans le genre hors sujet que vous affectionnez, je sugg\u00e8re de commencer directement par\u00a0<em>Minute<\/em>, au lieu de s\u2019attarder b\u00eatement sur Woody Allen ou m\u00eame sur le bouquin de Dandrieu<br \/>\nLol.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les ennemis de nos modernes sont des modernes Woody Allen, arch\u00e9type de l\u2019humour juif new-yorkais ? 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