{"id":130,"date":"2009-09-07T17:00:06","date_gmt":"2009-09-07T15:00:06","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/?p=130"},"modified":"2021-04-26T12:58:00","modified_gmt":"2021-04-26T10:58:00","slug":"quoi-de-neuf-jules-renard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/quoi-de-neuf-jules-renard-130","title":{"rendered":"Quoi de neuf ? Jules Renard !"},"content":{"rendered":"<p><strong>Profitons de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire pour relire un bon Journal<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2010\/10\/renard.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-131\" src=\"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2010\/10\/renard-239x300.jpg\" alt=\"\" width=\"239\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2010\/10\/renard-239x300.jpg 239w, https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2010\/10\/renard.jpeg 359w\" sizes=\"auto, (max-width: 239px) 100vw, 239px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Dans le semi-remorque de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2009, les revues sp\u00e9cialis\u00e9es ont d\u00e9nombr\u00e9 six cent cinquante-neuf romans, y compris les produits d\u2019importation. \u00c0 force d\u2019en lire les recensions, je me suis rappel\u00e9 que moi aussi je devrais en pondre un \u2013 et que m\u00eame, selon mes meilleurs amis, \u00e7a devrait \u00eatre fait depuis longtemps ! D\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019ai compris, un roman, par les temps qui courent, \u00e7a vous pose son homme. C\u2019est une carte de visite, <!--more-->un dipl\u00f4me. Au pire, un truc un peu comme le bac : on ne peut rien faire avec, mais on ne peut rien faire sans. Le probl\u00e8me, c\u2019est que je n\u2019arrive m\u00eame pas \u00e0 en lire<sup><a id=\"fnref-2929-1\" href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/quoi-de-neuf-jules-renard,2929#fn-2929-1\">1<\/a><\/sup>. J\u2019ai longtemps h\u00e9sit\u00e9 avant de faire ce<em>coming-out<\/em> : est-ce bien utile de se d\u00e9consid\u00e9rer ainsi alors que, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019\u00e9crit, le genre romanesque est devenu \u00e0 lui seul synonyme de litt\u00e9rature \u2013 tout le reste (essais, pamphlets, po\u00e8mes, r\u00e9cits, journaux\u2026) \u00e9tant entass\u00e9 au rayon \u00ab\u00a0divers\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p>C\u2019est Jules Renard qui m\u2019a d\u00e9cid\u00e9. Coll\u00e9gien, j\u2019avais trouv\u00e9 son bref\u00a0<em>Poil de carotte<\/em> \u00ab\u00a0long et plat comme le sabre de Charlemagne\u00a0\u00bb \u2013 comme disait mon ma\u00eetre Charles Pasqua. Et surtout dispensable, alors qu\u2019il m\u2019\u00e9tait impos\u00e9 ; son\u00a0<em>Journal,<\/em> c\u2019est tout l\u2019inverse : indispensable et sous-estim\u00e9. Ce tr\u00e9sor \u00e0 port\u00e9e de main, comme d\u2019habitude, je ne l\u2019ai d\u00e9couvert que bien plus tard<sup><a id=\"fnref-2929-2\" href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/quoi-de-neuf-jules-renard,2929#fn-2929-2\">2<\/a><\/sup> : le temps que soit pass\u00e9 l\u2019arri\u00e8re-d\u00e9go\u00fbt de gavage scolaire qui m\u2019avait tant fait de mal. Et c\u2019est en le lisant que j\u2019ai compris: id\u00e9alement, j\u2019aurais souhait\u00e9 que le petit Jules commen\u00e7\u00e2t son\u00a0<em>Journal<\/em> vingt ans plus t\u00f4t \u2013 et qu\u2019il nous raconte ainsi son enfance malheureuse et sa maman m\u00e9chante au jour le jour, \u00e0 chaud, \u00e0 vif.<\/p>\n<p>C\u2019est absurde, je sais, mais c\u2019est juste pour que vous compreniez. Avec tout son talent, le Renard romancier me touche infiniment moins que le diariste. Or tout le monde n\u2019est pas Jules Renard, et plus personne ne tient son Journal.<\/p>\n<p>Je parle ici bien s\u00fbr du seul vrai Journal, celui \u00e0 qui l\u2019on peut tout confier : le posthume. Le\u00a0<em>dead man writing<\/em> effraye \u00e0 juste titre les survivants: il tire sur tout ce qui bouge sans se soucier des repr\u00e9sailles.<\/p>\n<p>Tel n\u2019est h\u00e9las pas le cas de son entourage. L\u00e9autaud vivait dans la terreur que son\u00a0<em>Journal<\/em> soit caviard\u00e9\u2026 comme celui de Renard. Marinette, son \u00e9pouse aimante et attentionn\u00e9e, n\u2019en a pas moins autodaf\u00e9 all\u00e8grement une bonne moiti\u00e9, avant de s\u2019exclamer devant ses \u00e9diteurs : \u00ab\u00a0Maintenant, vous pouvez \u00eatre tranquilles : nous avons tout br\u00fbl\u00e9 !\u00a0\u00bb Quel g\u00e2chis, soit dit en passant : que Mme Renard n\u2019a-t-elle conserv\u00e9 et transmis ces quelque mille pages qui, un si\u00e8cle plus tard, ne provoqueraient plus la moindre pol\u00e9mique \u2013 faute de combattants ?<\/p>\n<p>Cependant, les mille pages qu\u2019elle a bien voulu nous laisser suffisent pour appr\u00e9cier l\u2019\u0153il et la plume de cet oiseau rare. Je sais bien que, ces d\u00e9cennies-ci, la mode serait plut\u00f4t \u00e0 Saint-Simon. Mais l\u2019exercice n\u2019est pas le m\u00eame: le duc parle de tout sauf de lui; en parlant de lui, Jules Renard parle de tout.<\/p>\n<p>Et ce qui le rend cr\u00e9dible quand il croque les autres, c\u2019est l\u2019allant avec lequel le Renard se d\u00e9chiqu\u00e8te lui-m\u00eame. Tout au long du\u00a0<em>Journal,<\/em> il n\u2019a de cesse d\u2019\u00e9taler ses contradictions intellectuelles de d\u00e9mocrate hostile au suffrage universel ; d\u2019antimilitariste revanchard ; d\u2019ath\u00e9e interpellant Dieu ; de r\u00e9volt\u00e9, mais surtout \u00e0 l\u2019id\u00e9e de n\u2019\u00eatre pas acad\u00e9micien Goncourt ; de \u00ab socialiste, mais pas pratiquant \u00bb, comme il dit joliment.<\/p>\n<p>Sur le plan moral, c\u2019est pire ! Il faut lire, en date du 1er janvier 1895, cet examen de conscience qui est \u00e0 mes yeux un des sommets du Journal \u2013 et dont je ne r\u00e9siste pas au plaisir de, etc. :\u00a0<em>\u00ab\u00a0De plus en plus \u00e9go\u00efste: rien \u00e0 faire. (\u2026) M\u2019\u00eatre trop r\u00e9joui en m\u2019apitoyant sur la malheur des autres. (\u2026) Trop fait le petit gar\u00e7on avec mes ma\u00eetres, et, avec les plus jeunes que moi, le bon grand homme qui ne fait pas expr\u00e8s d\u2019avoir du g\u00e9nie. Trop regard\u00e9 aux kiosques pour voir si on me reproduisait (\u2026) Trop aim\u00e9 mes enfants, par pose de bon papa, trop \u00e9tal\u00e9 l\u2019indiff\u00e9rence de mon c\u0153ur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ma famille. M\u2019\u00eatre trop attendri sur les pauvres, auxquels je ne donne rien sous pr\u00e9texte qu\u2019on ne sait jamais (\u2026) M\u2019\u00eatre trop noirci quand je savais qu\u2019on n\u2019allait protester, avoir trop flatt\u00e9 pour qu\u2019on me flatte. Je suis un mis\u00e9rable, je le sais. Je n\u2019en suis pas plus fier. Je le sais, et je continuerai.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Comment, s\u2019il vous pla\u00eet, ne pas aimer cet homme qui n\u2019est dupe de rien, surtout pas de lui-m\u00eame, et qui le dit si bien ? M\u00eame si, l\u00e0 encore, il se \u00ab\u00a0noircit\u00a0\u00bb : l\u2019arriviste au c\u0153ur sec qu\u2019il d\u00e9peint est aussi, est surtout une \u00e2me \u00e9cartel\u00e9e, avide d\u2019affection et rong\u00e9e par le doute. Il doute des autres, de lui-m\u00eame, de son \u0153uvre, et du sens de tout. Il pleure son p\u00e8re suicid\u00e9, hait ind\u00e9fectiblement sa mar\u00e2tre et voue \u00e0 Marinette un amour magique :<em>\u00ab\u00a0Je t\u2019ai aim\u00e9e comme la nature, je t\u2019ai regard\u00e9e comme un bel arbre, je t\u2019ai respir\u00e9e comme une haie en fleurs, je t\u2019ai savour\u00e9e comme la prune ou la cerise\u00a0\u00bb,<\/em> \u00e9crit-il deux ans avant sa mort.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ! J\u2019esp\u00e8re bien avoir l\u2019occasion de reparler de mon Jules, moraliste, ironiste et po\u00e8te, y compris dans ces colonnes virtuelles. En attendant, \u00e0 ceux qui seraient pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9, je ne saurais trop conseiller de se plonger dans ce journal ind\u00e9modable, et pour cause : en fait de nature humaine,<em>mutatis mutandis,<\/em> rien ne change.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il faut feuilleter tous les livres et n\u2019en lire qu\u2019un ou deux\u00a0\u00bb,<\/em> notait Renard en date du 15 ao\u00fbt 1898. S\u2019il avait raison, alors son\u00a0<em>Journal<\/em> est l\u2019un des deux.<\/p>\n<ol>\n<li>Des romans.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/quoi-de-neuf-jules-renard,2929#fnref-2929-1\">\u21a9<\/a><\/li>\n<li>\u00c7a me rappelle le beau th\u00e8me du concours de po\u00e9sie organis\u00e9 par Charles d\u2019Orl\u00e9ans : \u00ab\u00a0Nous mourons de soif \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la fontaine.\u00a0\u00bb M\u00eame qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il para\u00eet, c\u2019est Villon qui a gagn\u00e9.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/quoi-de-neuf-jules-renard,2929#fnref-2929-2\">\u21a9<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Paru sur <a href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/quoi-de-neuf-jules-renard,2929\">Causeur.fr<\/a>, le 7 septembre 2009.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Profitons de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire pour relire un bon Journal Dans le semi-remorque de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2009, les revues sp\u00e9cialis\u00e9es ont d\u00e9nombr\u00e9 six cent cinquante-neuf romans, y compris les produits d\u2019importation. \u00c0 force d\u2019en lire les recensions, je me suis rappel\u00e9 que moi aussi je devrais en pondre un \u2013 et que m\u00eame, selon [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[118,126,175],"class_list":{"0":"post-130","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-opinions","7":"tag-jules-renard","8":"tag-leautaud","9":"tag-poil-de-carotte"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}