{"id":2123,"date":"2014-10-27T09:14:31","date_gmt":"2014-10-27T09:14:31","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/?p=2123"},"modified":"2021-04-26T12:57:03","modified_gmt":"2021-04-26T10:57:03","slug":"rimailleurs-et-mitrailleuses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/rimailleurs-et-mitrailleuses-2123","title":{"rendered":"Rimailleurs et mitrailleuses"},"content":{"rendered":"<p><strong>De l\u2019enthousiasme au doute, de la r\u00e9volte \u00e0 la Victoire, tout 14-18 se raconte dans ses chansons.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/rimailleurs-et-mitrailleuses-002123.html\/bordes_1918p\" rel=\"attachment wp-att-2124\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2124\" src=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2014\/10\/Bordes_1918p-192x300.jpg\" alt=\"\" width=\"192\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2014\/10\/Bordes_1918p-192x300.jpg 192w, https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2014\/10\/Bordes_1918p-657x1024.jpg 657w, https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2014\/10\/Bordes_1918p.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px\" \/><\/a>Dans l\u2019avalanche des documentaires consacr\u00e9s \u00e0 la Premi\u00e8re guerre mondiale \u00e0 l\u2019occasion de son centenaire, en voici un qui tranche par l\u2019originalit\u00e9 de son angle d\u2019attaque\u00a0: <em>14-18, la guerre en chansons<\/em>, diffus\u00e9 sur France 3. Ici, airs patriotiques, refrains de r\u00e9confort et chants de r\u00e9volte illustrent les diff\u00e9rentes \u00e9tapes du conflit en refl\u00e9tant, au fur et \u00e0 mesure, le moral du front et celui de l\u2019arri\u00e8re.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 14, l\u2019heure est \u00e0 l\u2019Union sacr\u00e9e, et l\u2019amour de la Patrie embrasse jusqu\u2019aux armes qui la d\u00e9fendent, dont on vante en couplets joyeux la puissance de feu. Ainsi le chansonnier Alberti interpr\u00e8te-t-il <em>Le 75<\/em> en hommage au canon \u00e9ponyme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>75, c\u2019canon l\u00e0 est un bijou \/ Quand il tire, il ne rate jamais son coup\u00a0\u00bb\u2026 <!--more--><\/em><\/p>\n<p><em><\/em>Sur l\u2019air de<em> La petite Tonquinoise, <\/em>Th\u00e9odore Botrel \u00e9crit<em> Ma p\u2019tite Mimi (Ma mitrailleuse)\u00a0: \u00ab\u00a0Quand elle chante \u00e0 sa mani\u00e8re \/ Taratata, taratata, taratat\u00e8re \/ Ah que son refrain m\u2019enchante \/ C\u2019est comme un oiseau qui chante\u2026<\/em>\u00bb<em> <\/em>Dans la m\u00eame veine, le barde compose aussi une chanson \u00e0 boire d\u00e9di\u00e9e \u00e0 sa ch\u00e8re <em>Rosalie<\/em>, \u00ab\u00a0<em>si jolie, si \u00e9l\u00e9gante <\/em>\/ <em>Avec sa robe-fourreau collante<\/em>\u00a0\u00bb. Eh bien, devinez quoi\u00a0? La Rosalie en question s\u2019av\u00e8re \u00eatre non pas une femme, mais une ba\u00efonnette\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Au mitan de la bataille \/ Elle perce, pique et taille<\/em>\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>L\u2019ennui, c\u2019est que\u00a0 les Boches eux aussi ont tous \u00e7a en magasin. La guerre se prolonge, le front s\u2019enlise, et pour maintenir le moral des troupes, le Th\u00e9\u00e2tre aux arm\u00e9es fait monter au front les plus grandes vedettes de l\u2019\u00e9poque. Ainsi voit-on l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0idole\u00a0\u00bb F\u00e9lix Mayol roucouler devant un bataillon colonial hilare les aventures h\u00e9ro\u00efques d\u2019un brave tirailleur s\u00e9n\u00e9galais, sur des paroles carr\u00e9ment gaies\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Y s\u2019app\u2019lait Boudou Badabou \/ Y jouait d\u2019la fl\u00fbte en acajou<br \/>\nC\u2019\u00e9tait l\u2019plus beau gars \/ De tout\u2019la Nouba \/ Ah\u00a0! Ah\u00a0!<br \/>\nQuand son r\u00e9giment d\u00e9filait \/ Au son joyeux des flageolets<br \/>\nLe Tout Tombouctou \/ Admirait surtout \/ Celui d\u2019Boudou Badabou\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>En 1916, apr\u00e8s le cauchemar de Verdun et la contre-offensive meurtri\u00e8re de la Somme, les chansons changent de ton. Impossible d\u2019ignorer plus longtemps le martyre des poilus. De nouveaux refrains guerriers viennent alors, \u00e0 d\u00e9faut de rassurer le front, r\u00e9conforter l\u2019arri\u00e8re, o\u00f9 l\u2019on commence \u00e0 douter aussi. <em>Verdun, on ne passe pas\u00a0!<\/em> fait dans la m\u00e9taphore animali\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Un aigle noir a plan\u00e9 sur la ville<br \/>\nIl a jur\u00e9 d\u2019\u00eatre victorieux<\/em> [\u2026]<em><br \/>\nMais tout \u00e0 coup, le coq gaulois claironne<br \/>\nCocorico, debout petits soldats\u00a0! <\/em>[\u2026]<em><br \/>\nHalte l\u00e0, on ne passe pas\u2026<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tout en exaltant l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de nos troupes, on fustige la sauvagerie de l\u2019ennemi, ces <em>Corbeaux d\u2019Allemagne<\/em> qui se repaissent d\u2019ignobles mutilations\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les corbeaux ont des go\u00fbts inf\u00e2mes \/ Des chapelets d\u2019oreilles de femmes \/ De mains d\u2019enfants<\/em>\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Au printemps 17, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec sanglant de l\u2019offensive Nivelle au Chemin des Dames, de nombreux poilus sont \u00e0 bout, voyant la mort partout et la victoire nulle part. Dans la moiti\u00e9 de nos divisions, des mutineries \u00e9clatent au son de <em>La Chanson de Craonne<\/em> :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>C\u2019est \u00e0 Craonne sur le plateau<br \/>\nQu\u2019on doit laisser sa peau <\/em>[\u2026]<em><br \/>\nMais c\u2019est fini car les trouffions<br \/>\nVont tous se mettre en gr\u00e8ve\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u2019espoir rena\u00eet avec l\u2019entr\u00e9e en guerre des Etats-Unis. Ses deux millions de soldats sont accueillis avec un enthousiasme qu\u2019illustre, sans subtilit\u00e9 excessive, la chanson <em>Vive l\u2019oncle Sam\u00a0:<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La victoire de demain \/ C\u2019est mon oncle Sam, Sam, Sam\u00a0!<\/em> (\u2026)<em><br \/>\nViv\u2019 les am\u00e9ris \/ les am\u00e9riquis \/ les Am\u00e9ricains\u00a0!\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>On conna\u00eet la suite. \u00c0 l\u2019automne 1918, les Alli\u00e9s ont repris la plupart des territoires fran\u00e7ais occup\u00e9s par les Allemands\u00a0; Guillaume II abdique, et c\u2019est l\u2019Armistice\u2026 \u00ab\u00a0<em>Et comme en France tout finit par des chansons<\/em>\u00a0\u00bb, conclut ironiquement le doc, les refrains vont se multiplier pour chanter la Victoire.<\/p>\n<p>Mais ceci est d\u00e9j\u00e0 une autre histoire, qui durera vingt ann\u00e9es folles \u2013\u00a0 avant que la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale ne succ\u00e8de \u00e0 la Der des der.<\/p>\n<p>[Article paru dans Valeurs Actuelles]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De l\u2019enthousiasme au doute, de la r\u00e9volte \u00e0 la Victoire, tout 14-18 se raconte dans ses chansons. Dans l\u2019avalanche des documentaires consacr\u00e9s \u00e0 la Premi\u00e8re guerre mondiale \u00e0 l\u2019occasion de son centenaire, en voici un qui tranche par l\u2019originalit\u00e9 de son angle d\u2019attaque\u00a0: 14-18, la guerre en chansons, diffus\u00e9 sur France 3. 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