{"id":592,"date":"2008-11-30T19:10:20","date_gmt":"2008-11-30T17:10:20","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/?p=592"},"modified":"2021-04-26T12:58:13","modified_gmt":"2021-04-26T10:58:13","slug":"coluche-et-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/coluche-et-apres-592","title":{"rendered":"Coluche, et apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p><strong>Sur\u00e9valu\u00e9 \u00e0 gauche, sous-\u00e9valu\u00e9 \u00e0 droite, m\u00eame mort il ne conna\u00eet pas la  crise<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2010\/11\/Coluche.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-596\" src=\"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2008\/11\/Coluche-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" \/><\/a>Il est beaucoup question de Coluche ces temps-ci, notamment \u00e0 cause  du film-catastrophe que lui consacre Antoine de Caunes. (\u00c0 chaque fois  que je vois un de ses opus, je me pose la m\u00eame question : quel est le  flatteur imb\u00e9cile qui a persuad\u00e9 ce sympathique non-voyant qu\u2019il \u00e9tait  cin\u00e9aste ?)<br \/>\nTout le monde en parle, disais-je ; alors, pourquoi pas moi ? Eh bien,  puisque vous me posez la question, mes sentiments \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Coluche  sont partag\u00e9s (au moins par moi).<!--more--><!--more--><\/p>\n<p>Ce qui naturellement m\u2019insupporte, en tant que chr\u00e9tien des Alpes,  c\u2019est d\u2019entendre depuis vingt-deux ans pleurer rituellement ce \u201csaint  la\u00efc\u201d ; je parlerais plus volontiers d\u2019un bouffon opportuniste qui, au  fil de sa vie \u2013 courte, mais intense \u2013 s\u2019est mu\u00e9 en une sorte de P\u00e8re  Teresa.<br \/>\nOu plus pr\u00e9cis\u00e9ment, une M\u00e8re Teresa \u00e0 l\u2019envers : chez Coluche, les  \u00e9lans de transcendance semblent avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s aussi fr\u00e9quents que  les bouff\u00e9es de doute chez Teresa. (Mais j\u2019ai pas les chiffres.)<br \/>\n\u00c7a ne suffit pas pour moi \u00e0 en faire un saint \u2013 \u201cni m\u00eame une paire\u201d,  comme il e\u00fbt dit. Juste un mec plut\u00f4t bien, et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mal.<\/p>\n<p>En quinze ans de carri\u00e8re, dans ce monde particuli\u00e8rement cruel et  absurde du showbiz, il semble qu\u2019il n\u2019ait jamais pi\u00e9tin\u00e9 personne pour  prendre sa place, ni m\u00eame pour faire un bon mot. Si l\u2019on peut admirer  quelque chose chez lui, c\u2019est cette humanit\u00e9 \u2013 j\u2019ai pas dit \u201chumanisme\u201d.<\/p>\n<p>Invit\u00e9 au \u201cJeu de la V\u00e9rit\u00e9\u201d de Patrick Sabatier (TF1, 15 mai 1985 ),  contrairement \u00e0 tous ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs hormis Chantal Goya, Coluche  joue le jeu. Et cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran juste en disant la v\u00e9rit\u00e9, pos\u00e9ment.<br \/>\nOui, il a eu \u201cdeux-trois\u201d exp\u00e9riences homosexuelles mais, apr\u00e8s  r\u00e9flexion, elles n\u2019auront servi qu\u2019\u00e0 confirmer son h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9. Une  pulsion incontr\u00f4lable h\u00e9las, et qui d\u2019ailleurs n\u2019emp\u00eache pas la  misogynie : au moins, on sait de quoi on parle !<br \/>\nOui, il a go\u00fbt\u00e9 \u00e0 toutes les drogues \u2013 et non il n\u2019en recommande aucune.<br \/>\nOui, il a touch\u00e9 le fond de l\u2019ab\u00eeme et oui, il est remont\u00e9 \u201cmais c\u2019est  plus dur que la descente\u201d. On s\u2019en doutait, sauf que c\u2019est toujours  mieux de l\u2019entendre dire par un mec qui a fait l\u2019aller-retour.<\/p>\n<p>Pour Michel Colucci, la descente aux Enfers aura dur\u00e9 quatre ans,  scand\u00e9s par des tragicom\u00e9dies dont il \u00e9tait de moins en moins  responsable.<\/p>\n<p>Sa vraie-fausse campagne \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1981 a fini comme  elle avait commenc\u00e9 : en foirade. Il faut savoir s\u2019entourer ; entre  Romain Goupil, demi-solde du gauchisme et Paul Lederman, soldeur de  g\u00e9nies, Michel \u00e9tait mal pris. De conserve, mais chacun pour son compte,  ces deux-l\u00e0 l\u2019ont marionnettis\u00e9 pour en faire un vrai-faux candidat  \u201cpr\u00e9sentable\u201d \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique.<br \/>\nEt voil\u00e0 : comme je vous l\u2019annon\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 il y a plusieurs lignes, \u00e7a  s\u2019est termin\u00e9 en eau de boudin \u2013 mais avec en suppl\u00e9ment du sang, des  larmes et quelques crises d\u00e9lirantes, voire suicidaires. D\u2019absence de  fil en absence d\u2019aiguille, peu \u00e0 peu Coluche a fini par sombrer. Fiascos  politico-m\u00e9diatiques, comme ce pitoyable sketch de <em>candidatus  interruptus<\/em> ; d\u00e9chirements intimes, comme la rupture avec son  \u00e9pouse V\u00e9ronique ; drames indicibles, comme l\u2019arrachement de son double  astral Dewaere\u2026<\/p>\n<p>Cela dit, \u201cl\u2019histoire du mec\u201d se termine plut\u00f4t bien, puisqu\u2019il meurt  gu\u00e9ri. Tout seul avec ses petits gros bras, et sans qu\u2019on sache  vraiment par quelle gr\u00e2ce, il parvient \u00e0 sortir de ses multiples  d\u00e9pendances ; et Dieu sait que \u00e7a ne se fait pas en claquant des doigts.  Pour sortir de cette mortelle ba\u00efne, il a d\u00fb  remonter pied \u00e0 pied le  fil de l\u2019eau qui avait failli le transformer en chien crev\u00e9.<\/p>\n<p>Mais il en fallait plus pour tuer ce viveur-n\u00e9 : un camion ! En  attendant (si j\u2019ose dire), c\u2019est apr\u00e8s une longue d\u00e9pression que notre  \u201csaint Coluche\u201d va sortir de son introspection morbide en se tournant  vers les autres, avec la cr\u00e9ation des Restos du C\u0153ur. Admirable tonneau  des Dana\u00efdes, qui a en outre le m\u00e9rite de souligner le p\u00e9ch\u00e9 originel  (et final) du mitterrandisme : l\u2019abandon des pauvres par une gauche qui,  apr\u00e8s vingt-cinq ans et plus dans l\u2019opposition,  pr\u00e9tendait enfin  \u201cchanger la vie\u201d.<\/p>\n<p>Une chose n\u2019a pas chang\u00e9 en tout cas : de son explosion m\u00e9diatique \u00e0  son exploitation posthume,  ladite gauche n\u2019a cess\u00e9 de sur\u00e9valuer  Coluche \u2013 et la droite de le sous-\u00e9valuer. Trente-cinq ans d\u00e9j\u00e0 !, mais  les pr\u00e9jug\u00e9s ont la vie dure, savez-vous ? La droite de l\u2019\u00e9poque \u2013 ou ce  qui d\u00e9j\u00e0 en tenait lieu \u2013 fut plut\u00f4t cliente successivement de Thierry  Le Luron, et surtout de Pierre Desproges. Passons sur le gentil  imitateur propre sur lui et, \u00e0 peu de choses pr\u00e8s, \u201cgendre id\u00e9al\u201d : il  faisait si bien les yeux et les dents de \u201cMitran\u201d\u2026<\/p>\n<p>L\u2019intelligentsia giscardo-chiraquienne (on peut blaguer, non ?) a  massivement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 Desproges \u00e0 Coluche. Principale raison invoqu\u00e9e : la  vulgarit\u00e9 <em>hara-kirienne<\/em> du prolo de Montrouge<sup><a id=\"fnref-1147-1\" href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/coluche-et-apres,1147\/2#fn-1147-1\">1<\/a><\/sup><\/p>\n<p>Moi-m\u00eame, \u00e0 vrai dire, je ne prise gu\u00e8re le r\u00e9pertoire scatologique,  ni m\u00eame les bonnes-grosses-blagues-de-cul-bien-de-chez-nous. Mais ce  d\u00e9bat-l\u00e0 d\u00e9passe les clivages : n\u2019est-ce pas un pr\u00e9sident de droite qui,  pour sa premi\u00e8re visite au pape Beno\u00eet XVI, lui a apport\u00e9 en cadeau  deux bouquins de Bernanos et un Bigard <em>live<\/em> ? On enterre Mai 68  comme on peut !<\/p>\n<p>Pour tout dire, le fait qu\u2019un bouffon autoproclam\u00e9 comme Coluche ou  Bigard s\u2019enfonce dans le <em>pipi-caca,<\/em> \u00e7a me g\u00eane moins que  lorsqu\u2019un humoriste bac+12 mod\u00e8le Desproges, distille, apparemment tr\u00e8s  fier de lui, sa fameuse boutade (summum de l\u2019ignominie, que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu  le d\u00e9plaisir de citer ici) : \u201cIl y a plus d\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019\u0153il d\u2019un  chien quand il  remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il  remue son \u0153il.\u201d<\/p>\n<p>Rien de plus scandaleusement vulgaire \u00e0 mes yeux que cette attaque <em>ad  hominem.<\/em> Je sors du sujet, et alors ? Le sujet d\u2019un article, m\u00eame  d\u00e9fini, c\u2019est son auteur. Comme disait Alexandre Vialatte, qui  d\u2019ailleurs ne parlait pas sp\u00e9cialement de moi, \u201cle plus grand service  que nous rendent les grands artistes, ce n\u2019est pas de nous donner leur  v\u00e9rit\u00e9, mais la n\u00f4tre\u201d.<\/p>\n<p>Je r\u00e9sume la mienne : saint Coluche ? O\u00f9 sont les stigmates, et m\u00eame  les miracles ?  Coluche vulgaire ? Et Desproges, donc ! Moi qui vous  \u00e9cris, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 la <em>naissance d\u2019une notion<\/em> : celle d\u2019une <em>grossi\u00e8ret\u00e9<\/em> progressiste qui s\u2019opposerait \u00e0 la <em>vulgarit\u00e9<\/em> forc\u00e9ment  r\u00e9actionnaire. Un exemple au hasard : rire avec Le Pen c\u2019est vulgaire  (i.e. <em>pas bien<\/em>) ; se moquer du Pen c\u2019est grossier (<em>bien<\/em>).  Suffit de le savoir\u2026.<\/p>\n<div>\n<ol>\n<li>Le Montrouge des ann\u00e9es 50, tais-toi t\u2019as pas connu. <a href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/coluche-et-apres,1147\/2#fnref-1147-1\">\u21a9<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur\u00e9valu\u00e9 \u00e0 gauche, sous-\u00e9valu\u00e9 \u00e0 droite, m\u00eame mort il ne conna\u00eet pas la crise Il est beaucoup question de Coluche ces temps-ci, notamment \u00e0 cause du film-catastrophe que lui consacre Antoine de Caunes. 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