{"id":607,"date":"2009-10-22T19:34:57","date_gmt":"2009-10-22T17:34:57","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/?p=607"},"modified":"2021-04-26T12:58:00","modified_gmt":"2021-04-26T10:58:00","slug":"robert-benchley-what-else","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/robert-benchley-what-else-607","title":{"rendered":"Robert Benchley ! What else ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le nonsense benchleyen, \u00e7a fait sens !<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/blog.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2010\/12\/robert-benchley.jp-4231.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-661\" src=\"http:\/\/carnet.causeur.fr\/asiledeblog\/files\/2009\/10\/robert-benchley.jp-4231-238x300.jpg\" alt=\"\" width=\"238\" height=\"300\" \/><\/a>Ce jour-l\u00e0, aucun quotidien dans ma bo\u00eete aux lettres\u2026 R\u00e9sultat : j\u2019ai lu un livre ! Et pas n\u2019importe lequel : un que j\u2019avais vol\u00e9 \u00e0 ma meilleure amie femme (consentante, selon mes souvenirs).<br \/>\n<em>Remarquable, n\u2019est-ce pas ?<\/em> De fait, c\u2019est le titre d\u2019un recueil de chroniques sign\u00e9es Robert Benchley, \u00e9crites \u00e0 l\u2019origine pour <em>Vanity Fair<\/em> et le <em>New Yorker.<\/em> L\u2019ensemble est publi\u00e9 \u201cChez Monsieur Toussaint Louverture\u201d ; pourquoi pas ?<!--more--><\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9dition originale de 1963, deux bonus non n\u00e9gligeables : plusieurs textes in\u00e9dits, et pas de pr\u00e9face ! Celle de la premi\u00e8re \u00e9dition, platement factuelle, pr\u00e9parait au <em>choc<\/em> Benchley \u00e0 peu pr\u00e8s comme Pierre Bellemare <em>introducing<\/em> saint Augustin.<\/p>\n<p>Pour vous donner une id\u00e9e, Robert Benchley (1889-1945) est aussi l\u2019auteur, entre autres, de <em><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/dp\/2842630645\/ref=nosim?tag=causeur-21\">L\u2019exp\u00e9dition polaire \u00e0 bicyclette<\/a><\/em> (Le Dilettante, 2002) et de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/dp\/2743618078\/ref=nosim?tag=causeur-21\"><em>Pourquoi personne ne me collectionne<\/em><\/a> (Rivages, 2008). Voici donc un Am\u00e9ricain du XXe si\u00e8cle qui se trouve \u00eatre, par une ruse de la Raison, le ma\u00eetre du <em>nonsense<\/em> britannique de la fin du XIXe.<\/p>\n<p>Si comme moi, vous \u00eates taraud\u00e9 par des questions du genre \u201cComment perdre cent mille dollars par an ?\u201d ou \u201cPourquoi Budapest n\u2019existe pas !\u201d, alors Robert Benchley peut vous aider \u00e0 traverser la vie \u2013 cette vall\u00e9e de larmes o\u00f9 chaque rire fait un arc-en-ciel, n\u2019est-ce pas ?<br \/>\nDonc, Budapest n\u2019existe pas. Ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, elle n\u2019existe plus depuis le Trait\u00e9 de 1802, qui mit fin \u00e0 la fameuse guerre de 1805 entre Bulghs et Slov\u00e8nes. Les deux peuples, raconte Benchley, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre battus sauvagement pour refiler Budapest \u00e0 l\u2019autre, se sont finalement mis d\u2019accord pour annuler purement et simplement la ville (Trait\u00e9 d\u2019Ulm, 1802).<br \/>\nOr voil\u00e0 qu\u2019un f\u00e2cheux, M. Schweitzer de New York, contredit Benchley dans une lettre \u00e0 peine polie : \u201cT\u00e2chez de vous faire rembourser vos cours de g\u00e9ographie. Budapest existe et ce n\u2019est pas un hameau, tant s\u2019en faut : c\u2019est la capitale de la Hongrie !\u201d<br \/>\nBenchley, qui n\u2019a pas sa plume dans sa poche, lui r\u00e9pond assez vertement : \u201cJe reste sur mes positions : Budapest n\u2019existe pas. Vous vouliez peut-\u00eatre dire \u201cBucarest\u201d, mais peu importe : Bucarest n\u2019existe pas non plus.\u201d<\/p>\n<p>Outre ce texte fondateur du r\u00e9visionnisme moderne, je comptais vous r\u00e9sumer une de mes nouvelles favorites, certes plus romanc\u00e9e, intitul\u00e9e \u201cUn autre conte de No\u00ebl de l\u2019oncle Edith\u201d. Las ! Apr\u00e8s plusieurs heures d\u2019essais infructueux, j\u2019ai d\u00fb me rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence : de m\u00eame que l\u2019\u00e9l\u00e9phant selon Vialatte est irr\u00e9futable, Benchley est irracontable.<br \/>\nSachez seulement que cet \u201cautre\u201d conte de No\u00ebl est le seul du bouquin ; qu\u2019il n\u2019a d\u2019ailleurs pas le moindre rapport avec la f\u00eate de No\u00ebl ; et qu\u2019en outre, ledit Edith n\u2019est l\u2019oncle de personne.<\/p>\n<p>\u201c\u00c7a n\u2019a pas de sens !\u201d, diront certains membres de l\u2019Union Rationaliste (parmi lesquels je ne vous compte pas ; sinon, vous auriez zapp\u00e9 depuis longtemps.) Eh bien, je les arr\u00eate tout de suite ! Ces gens-l\u00e0, comme je disais dans mon fameux Appel du 7 juillet 2008 en citant Jacques Brel, confondent le <em>non-sens,<\/em> qui est un plat pays, avec les montagnes russes du <em>nonsense.<\/em><br \/>\nMais comment distinguer le vrai <em>nonsense<\/em>\u00ae des pi\u00e8tres palinodies d\u2019un Pierre Dac ou m\u00eame d\u2019un Alphonse (vache) Allais ? \u201cTrop facile la question !\u201d comme diraient nos jeunes d\u2019aujourd\u2019hui, de Neuilly \u00e0 Tamanrasset. Le vrai <em>nonsense,<\/em> c\u2019est celui qui vous enl\u00e8ve tel Ganym\u00e8de (plut\u00f4t classe, non ?) pour vous laisser entrevoir depuis les ab\u00eemes, par une subtile mise en abyme, o\u00f9 se trouvent les sommets et comment y acc\u00e9der.<br \/>\n\u201cC\u2019est dans l\u2019obscurit\u00e9 qu\u2019il est beau de croire \u00e0 la lumi\u00e8re\u201d, comme disait le cuistre citant le po\u00e8te. (Veuillez m\u2019excusez. Parfois la culture chez moi tente de l\u2019emporter sur l\u2019intelligence \u2013 en vain, heureusement.)<\/p>\n<p>Un exemple de vrai <em>nonsense<\/em> racontable et qui fait sens \u2013 pour la route ? Que diriez-vous de \u201cShakespeare expliqu\u00e9\u201d, chronique tout enti\u00e8re consacr\u00e9e au commentaire de sa fameuse trag\u00e9die <em>P\u00e9ricl\u00e8s<\/em> \u2013 mais si, vous savez\u2026 ?<br \/>\nDonc, Benchley nous soumet un court texte agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019un long appareil critique. En fran\u00e7ais, des notes en bas de page, qui pr\u00e9sentent ici la particularit\u00e9 d\u2019occuper la quasi-totalit\u00e9 des pages.<br \/>\nPlus pr\u00e9cis\u00e9ment, outre le titre et l\u2019expos\u00e9 liminaire, Robert ne nous cite que la premi\u00e8re phrase de l\u2019acte II, sc\u00e8ne 3 \u2013 agr\u00e9ment\u00e9e pas moins de onze notes explicatives.<br \/>\nAlors de qui se moque-t-on, et au nom de quoi ? En d\u2019autres termes, hormis le fait av\u00e9r\u00e9 qu\u2019il se fout du monde, Robert Benchley a-t-il ici quelque chose \u00e0 nous dire de <em>sens\u00e9 ?<\/em><br \/>\nOui da ! C\u2019est m\u00eame marrant que vous me posiez la question pr\u00e9cis\u00e9ment ici sur Causeur. Parce qu\u2019il est l\u00e0 (entre autres), le lien benchleyen entre <em>nonsense <\/em>et r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire sens. Onze notes critiques concernant une seule ligne, \u00e7a ne vous rappelle rien ? Moi, \u00e7a me fait irr\u00e9sistiblement penser \u00e0 nos mille et un commentaires sur l\u2019affaire Al-Dza\u00efmer (ou un truc comme \u00e7a.)<\/p>\n<p>A vrai dire, quel que soit le papier, les cinq ou dix premiers posts ont un rapport avec le papier qui les a g\u00e9n\u00e9r\u00e9s. Puis insensiblement le sujet est oubli\u00e9, puis l\u2019objet. Restent des dizaines de duels crois\u00e9s et d\u2019empaillages g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s entre blogueurs \u2013 dont seul un Champollion du Causeurisme pourrait reconstituer le fil. (Les sites concurrents j\u2019en parle pas ; je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr qu\u2019il y en ait.)<br \/>\nTout \u00e7a pour dire que le <em>nonsense<\/em> benchleyen n\u2019a gu\u00e8re de le\u00e7ons \u00e0 recevoir de notre humaine Raison. A moins que la nature n\u2019imite l\u2019art. Mais ceci est une autre histoire\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nonsense benchleyen, \u00e7a fait sens ! Ce jour-l\u00e0, aucun quotidien dans ma bo\u00eete aux lettres\u2026 R\u00e9sultat : j\u2019ai lu un livre ! Et pas n\u2019importe lequel : un que j\u2019avais vol\u00e9 \u00e0 ma meilleure amie femme (consentante, selon mes souvenirs). Remarquable, n\u2019est-ce pas ? 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