Y a-t-il une vie après le FMI ?

Vu pour vous, et je pèse mes mots, un documentaire très attendu l’autre dimanche sur Canal Plus : Un an avec DSK. Deux journalistes ont suivi pendant un an le patron du FMI ; et qui donc ont-ils trouvé pour commenter leurs images en plateau ? DSK en personne, il fallait y penser !

L’affaire, si j’en crois TéléObs, s’est goupillée en novembre 2009. Dans l’optique d’une éventuelle candidature présidentielle ? Pas du tout, rectifie sans rire un membre de l’entourage “déeskien” : il s’agissait de « corriger la fausse image du FMI ». Sauf que le doc ne nous apprend rien de rien sur le fonctionnement de cette honorable institution. Le sujet, c’est ce qu’y fait son directeur et, surtout, ce qu’en théorie il n’a pas le droit d’y faire sous peine de licenciement sec : de la politique en général, et en particulier sa campagne pour la primaire socialiste de la présidentielle française de 2012…

Telle est pourtant la démarche de DSK, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain : préparer depuis Washington son éventuelle marche sur l’Élysée. Pour les primaires, Dominique croyait avoir jusqu’à octobre-novembre.

Eh bien, figurez-vous qu’à cause de cette (bip) de Martine Aubry, il va lui falloir se déclarer au plus tard en juin, c’est-à-dire avant la fin de son mandat au FMI. C’est malin !

Raison de plus, en tout cas, pour utiliser ce doc dans son “plan com”. La caméra de Canal Plus “surprend” donc Anne et Dominique chez eux en train de se préparer, en toute simplicité, un dîner léger : monsieur retourne les steaks, madame touille la salade, et tout ça, n’est-ce pas, nous les rend tellement proches.

Même quand il sillonne le monde, nous raconte Canal, DSK continue de penser à nous. La preuve : il n’oublie jamais d’embarquer un photographe de Match ou de Gala, histoire d’envoyer une petite carte postale aux Français. Et s’il aime la France, elle le lui rend bien, à l’en croire du moins :« J’ai rencontré des gens dans la rue, ils m’arrêtent, je vois bien qu’il y a une attente…».

Avec son grand coeur, comment DSK ne répondrait-il pas à cette attente ? Eh bien en fait, dans une seule hypothèse : s’il risquait vraiment de se faire bananer aux primaires, comme en 2006 avec cette (bipbip) de Ségolène !

En attendant, c’est son entourage washingtonien qui se charge de sa pré-précampagne : « Quand la France aura besoin de lui, DSK répondra présent », pronostique un ami avocat ; un autre, spécialiste ès sondages, se fait plus précis : « Il correspond aux attentes du pays aujourd’hui ! »

Bref, un documentaire officiellement consacré à l’actuel directeur du FMI, mais où il n’est question que de l’éventuel candidat à la prochaine présidentielle. Apparemment, ledit FMI n’y a vu que du bleu, et c’est tant mieux ! Il serait injuste de nuire en quoi que ce soit à la carrière actuelle de DSK sans être tout à fait sûr qu’il en aura une autre.

Publié pour Valeurs Actuelles, le 24 mars 2011