Fermé pour travaux

Bonnet d’âne (ou bonnetdane, comme l’écrit le Net, ou bon nez d’Anne, comme l’orthographieraient la plupart des élèves à qui l’on prend bien garde, désormais, de ne pas dicter l’expression) ferme à la fin de la semaine.

Il y a dans cette décision la fatigue d’une guerre longtemps menée, perdue d’avance. « Aujourd’hui l’école est morte », écrivais-je à la première ligne de la Fabrique du crétin — bon sang, sept ans déjà, sept ans à guerroyer contre la Machine. Je ne croyais pas si bien dire : sept ans plus tard, entre expérimentations pédagos et économies libérales, si bien complices, je ne vois plus d’espoir de s’en sortir — sinon en résistant, comme les Gaulois de Goscinny, dans des villages reculés de la Drôme et quelques patelins de même farine. 

Le temps de l’affrontement direct est achevé : les Panzerdivisions de Philippe Meirieu et de ses séides, si bien groupés parce que les imbéciles ont l’habitude de se tenir chaud, et qui sont aujourd’hui au pouvoir non parce que François Hollande a gagné, mais parce qu’ils n’en sont jamais partis, depuis que la loi Jospin les y avait installés, ont déferlé sur la France et tout labouré. De l’Ecole de la République, il ne reste presque rien, sinon des initiatives désespérées — et qui pourtant ne désespèrent pas. Grâces soient rendues à tous les résistants qui persistent et persisteront à transmettre ce qu’ils savent, comme les hommes-livres de Ray Bradbury.

J’aspire désormais à autre chose qu’à ferrailler. Le livre (1) que je viens de sortir (un pamphlet a ouvert ce blog, un autre le ferme) parle d’érotisme et de littérature. La pornographie menace l’érotisme comme la collusion libéralo-libertaire a coulé l’Ecole. L’image menace la littérature — le voyeur, mis au centre du système, n’est plus sujet de sa propre sexualité, mais l’objet de son propre narcissisme, ce recentrement sur le Moi-Je qui marque la fin de l’Ego. Et le libéralisme triomphe doublement, en fabriquant des ilotes et en les ramenant à des activités indéfiniment infantiles, la bouffe molle et la masturbation. Quand l’orthographe s’en va et que le Viagra se vend majoritairement à de tout jeunes adultes qui se veulent porn stars, c’est que la guerre est perdue.
Alors, que faire ? Résister, encore et toujours. S’enfermer dans une bibliothèque, boire du meilleur, manger des choses délicates, et faire l’amour, comme on disait autrefois — c’est-à-dire autant le faire qu’en parler. Tant que nous savons encore parler.

Et je m’adresse ici, collectivement, à toutes celles et tous ceux qui, sept ans durant, ont accompagné l’aventure de ce blog. Je ne les nommerai pas, ils se connaissent, ils se reconnaissent, ils tissent déjà un réseau de complicités, de résistance, de cuisseaux de veau et cuissots de chevreuil — et de vins de très bons crus, disait Mérimée dans une dictée célèbre. Nous saurons nous retrouver pour un banquet ou deux, et quelques autres ensuite. Comme les personnages du Décaméron, quand la peste rôde dans le pays, il reste encore à se raconter des histoires — et à les vivre.

SI je reviens sur le Net — et c’est une drogue forte que la Toile, dont je vais me désintoxiquer quelque temps —, ce sera pour parler littérature. Celle que j’ai faite, celle que j’aime, celle qui reste à écrire. J’y mettrai aussi tout le travail de classe de ces dernières années — la culture ne sera jamais pour moi une marchandise, et j’emmerde les temps modernes, qui ont failli nous faire croire que tout se vend, le sang, le Savoir et le sexe.

Merci à toutes et à tous pour les déluges d’humour, l’amitié par delà l’espace, la complicité, les coups de gueule. Merci aussi à tous ceux qui ont profité de mon hospitalité sans limite (je crois n’avoir censuré qu’une petite vingtaine de messages racistes en sept ans) pour m’injurier, me traîner dans la boue, clamer que je « pense brun », m’inscrire sur les listes de dénonciation du prochain ministère. Pauvres gens !

Nulle amertume dans ces lignes : une bataille s’achève — reste à retrouver le temps de vivre, d’aimer et de boire frais. Je souhaite de tout cœur à Vincent Peillon, que je connais bien et qui sera probablement rue de Grenelle, dans une semaine (ce serait le moins pire de tous les choix possibles), de résister lui-même aux tentations mortifères que lui souffleront ces experts auto-proclamés qui n’ont pas vu un élève depuis des lustres. Il reste quelques élites, en France. Qu’il s’arrange pour les renouveler sans cesse, et qu’il y pense bien : ce n’est pas avec de l’égalitarisme que l’on produit de l’égalité, c’est avec des exigences.

Il est tôt. Il fait beau. J’ai ouvert la fenêtre. Un corbeau est posé sur la rambarde. Nous nous regardons. Et comme il va dire quelque chose, c’est moi qui le précède, et qui lui jette au bec le « Nevermore » d’Edgar Poe.

Tiens, il a l’air vexé…

 Jean-Paul Brighelli

(1) La Société pornographique, François Bourin éditeur.

 

PS. Je ne peux qu’encourager les irréductibles de la pédaogie, les jusqu’auboutistes de la transmission, les kamikazes de l’Ecole de la République, à partir sur Neoprofs (http://www.neoprofs.org/forum) prodiguer leurs conseils, leurs expériences et leurs coups de gueule aux nouveaux et aux moins nouveaux de la cause enseignante qui patiemment s’évertuent, chaque jour, à transmettre leurs connaissances, leurs certitudes et leurs soupçons aux chères têtes blondes / brunes / frisées et défrisées.

 

Dernier tour de piste

Je suis quelque peu sidéré que le score de Marine Le Pen soit analysé par les commentateurs autorisés comme une surprise. Il est dans la logique de dédiabolisation du FN entamée il y a déjà longtemps, et que la stratégie de Sarkozy — inspirée par Patrick Buisson, qui a fait croire à son candidat que l’on pouvait grappiller les voix de l’extrême-droite en tenant des discours surréalistes sur la viande halal (le souci dominant des 10% de chômeurs, sûrement) — n’a fait qu’accentuer. À parler comme le FN, on incite naturellement les électeurs à voter directement pour le FN, au nom du principe qui fait préférer l’original à la copie. À penser brun, on pousse au noir.

Bonne chance aux sarkozystes pour ramener à eux les voix centristes qui se sont portées sur Bayrou… Et bonne chance pour séduire 100% (à moins, ça ne marchera pas) des voix du FN, qui lorgne à présent sur les législatives, la raclée probable de la Droite et la récupération des députés qui chercheront à survivre, selon les lois immuables du darwinisme politique.

Et nous ? Nous qui nous inquiétons pour la machine Education… Voter Hollande ? Peillon au pouvoir — est-il ou non capable de mettre du pragmatisme dans son idéologie ? Voter Sarko ? Hmm… Reprendre cinq ans de Chatel, qui fut si bien conseillé, comme chacun sait, et qui n’a fait aucun mal à l’Ecole de la République, à, part la démanteler ?

Aller à la pêche ? Voter blanc — mais le seul candidat qui promettait de prendre en compte le vote blanc n’a pas rassemblé sur son nom plus de la moitié des voix qui s’étaient portées sur son nom en 2007… Dire la vérité en temps de crise, c’est risquer, comme je le soulignais dans mon précédent billet, d’être traité comme Cassandre.

Je ne crois pas que Hollande soit assez homme de conviction pour se sentir tenu par son programme — ni par sa gauche, vu le score relativement modeste de Mélenchon. Voilà l’épouvantail « communiste » éparpillé : de quoi vont bien pouvoir parler les éditoriaux du Figaro dans les 15 jours à venir ? Une bonne part des voix du Centre ira sur le PS sans états d’âme désormais. Hollande est plus énarque que socialiste, plus libéral que gauchiste.

Quelle sera l’attitude de Bayrou dans les jours à venir ? Ma foi, s’il veut rassembler sur son nom l’ancienne UDF qui ne manquera pas de se détacher du cadavre de l’UMP après les législatives, il ferait bien de réfléchir à deux fois avant de s’engager à droite toute. Surtout que Sarkozy, pour combler son énorme déficit de voix, n’a d’autre solution que le grand écart, risettes au MODEM et guili-guili au FN. Ça risque de plaire aux uns et aux autres…

En tout cas, s’il veut recréer non la défunte UDF, mais un grand parti du Centre, François Bayrou a intérêt à réviser l’ancien programme de CE2 et se rappeler ce que disait Philippe le Hardi à son père Jean le Bon, à la Bataille de Poitiers : « Père, gardez-vous à droite… Père, gardez-vous à gauche… » Il pourrait y avoir bien des âmes en peine au sein de la défunte UMP, après des présidentielles que Sarkozy pourrait bien perdre, et des législatives que le FN instrumentalisera partout où il le pourra — c’est-à-dire partout. Une prise de position aventureuse aujourd’hui se paierait cash dans quelques mois. Il y en aura que tentera une aventure frontiste rendue séduisant par le succès des urnes — comme si ça le rendait fréquentable. Et tant d’autres qui se chercheront un chef…

D’autant que le FN a tout intérêt à couler l’UMP et son chef en prévision des goûteuses triangulaires des Législatives : il s’en pourlèche déjà les babines. D’aucuns dans ses rangs s’apprêtent sans états d’âme à voter Hollande — quelques années de Gauche au pouvoir en contexte de crise ne pourront qu’ouvrir la voix à cette Droite dure qui se dessine un peu partout en Europe, de la Hongrie aux Pays-Bas. Je ne suis pas assez disciple de Hegel pour penser que l’Histoire se répète, mais ce que nous vivons ressemble furieusement aux années 1930 — crise de 1934, Front populaire, politique vaguement réformiste, insuffisante pour apaiser les tensions en temps de crise, et naissance d’un Parti Social / Populaire Français qui rassembla / rassemblera la Droite la plus dure en préparant le terrain d’un fascisme à la française.

Non ? Quelqu’un oserait-il prendre le pari ?

Personnellement, j’aurais plutôt la tentation de me retirer sur l’Aventin, comme on disait à Rome, en regardant de là-haut les fauves s’entre-déchirer. Les considérations économiques, si pressantes, feront évidemment passer au second plan le souci de l’Education, qui était la raison d’être de ce blog, et je crains le pire, quel que soit le verdict des urnes.

Jean-Paul Brighelli

 

Cassandre Président !

Depuis la campagne présidentielle de 2007, François Bayrou est systématiquement qualifié de « Cassandre » par tous les plumitifs en mal de poncifs, mais qui s’efforcent de paraître cultivés. Dernier en date, Hervé Gattégno, dans un billet d’humeur de RMC repris dans le Point (1). Le candidat du MODEM, en meeting à Marseille ce dimanche 15 avril, s’est amusé à le rappeler : il est très volontiers comparé à la princesse troyenne condamnée par Apollon à dire le vrai sans jamais être crue. Et accessoirement trucidée par Clytemnestre en même temps qu’Agamemnon, qui l’avait ramenée dans sa DS en rentrant de la guerre de Troie (2). Ainsi périssent les prophétesses de malheur. « Le premier qui dit la vérité, il doit être assassiné

(1) http://www.lepoint.fr/politique/parti-pris/le-projet-de-bayrou-votez-cassandre-17-01-2012-1419979_222.php

(2) Fine allusion à la splendide mise en scène signée Olivier Py du cycle entier de l’Orestie d’Eschyle au théâtre de l’Odéon en 2008. Disponible en DVD. Indispensable — en particulier aux élèves de Maths Sup / Maths Spe qui l’ont à leur programme… Le genre d’enseignement élitiste qui n’aura plus cours à partir de l’année prochaine, je le crains, puisque nous serons priés d’étudier les œuvres complètes de Philippe Meirieu — ou, par défaut, celles de François Dubet.

À une semaine du premier tour, la situation est largement décantée. Il y a d’un côté les Cassandre qui disent la vérité, et ne sont pas crus – en tout cas, peu écoutés —, et, de l’autre, toute une variété de bonimenteurs très menteurs. En clair, Bayrou (et Dupont-Aignan, dans un autre genre), contre tous les autres. L’analyse froide (et brillante : Bayrou n’a pas fait des études classiques pour rien, il y a du Démosthène chez cet homme, qui eut jadis le même problème d’élocution — surmonté — que l’orateur grec) contre le story-telling, comme on dit depuis que l’on parle franglais. Ou les carabistouilles, comme on dit outre-Quiévrain. Ou les galéjades, comme on dit à Marseille, où Chevènement faisait samedi son show d’homme-sandwich PC / PS, et où Bayrou démêlait aujourd’hui l’écheveau des petits et des grands mensonges de tous ces brodeurs d’histoires à mourir debout.

Brodeur d’histoires, Sarkozy, qui promet de faire en cinq ans ce qu’il n’a pas trouvé le temps de faire en cinq ans. Brodeur d’histoires, Hollande qui se propose d’embaucher 60 000 enseignants quand on peine à en trouver 9000 chaque année pour occuper les places mises aux concours. Brodeur d’histoires, Mélenchon, qui se soucie fort peu d’être crédible et alimente les bobos qui l’applaudissent : j’étais à la Bastille le 18 mars, et j’ai vu et entendu les commentaires des Parisiens friqués qui s’étonnaient de leur audace — peu de jeunes, et aucun ouvrier dans cette foule de cadres sup et de professions libérales bien-pensantes. Le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

Brodeuse d’histoires enfin, Marine Le Pen qui hallucine halal et rêve de petits matins bruns.

Que promet Bayrou ? Rien qui ne se puisse tenir. Pas même du sang et des larmes — mais de la sueur, oui. Un budget remis en équilibre. Un arrêt des coupes sombres dans la fonction publique, à commencer par l’enseignement. La mise en avant des méthodes d’enseignement les plus performantes — et non du discours sur la didactique le plus pédant. Une diminution du nombre de députés (nous en avons plus que les Etats-Unis), une obligation d’assister aux séances de l’Assemblée, sous peine de ne pouvoir voter. Une Justice débarrassée de la tutelle du pouvoir — avec une nomination obligatoirement validée par une majorité des deux-tiers à l’Assemblée. Une reconnaissance du vote blanc — je rêve d’un bulletin sur lequel serait inscrit « Aucun de tous ceux-là ». Une prise en compte de l’écologie qui ne prétende pas nous faire revenir à l’âge de pierre (3). Bref, du concret, du décent, du réalisable.

Et c’est là que le bât blesse. En période de crise, les peuples qui cauchemardent ne détestent pas s’endormir avec de belles histoires. Si le Béarnais n’accède pas cette fois au second tour — où je rappelle que tous les sondages le donnent gagnant contre l’un ou l’autre des deux principaux illusionnistes —, c’est qu’il appartient à cette race d’orateurs qui s’obstinent à dire la vérité tout en voyant que la foule applaudit aux mensonges : il y a du curé laïque chez cet homme, y compris dans la gestuelle — il parle les mains ouvertes, et l’on sait depuis 2007 que ce prêcheur gifle pour ramener à lui le pécheur (4). Et comme il le fait remarquer, qui à part lui parle réellement de chômage, de désindustrialisation, de gâchis humain ? Fermer des entreprises qui marchent, c’est condamner à l’errance des femmes et des hommes forts d’une vraie expertise que l’on nous envie (pourquoi diable autrement des Japonais pragmatiques se seraient-ils embêtés à monter des voitures à Valenciennes, au lieu de les construire à Cracovie ou Timisoara ?), c’est annihiler des décennies d’expérience, c’est déchirer le tissu social — sans même parvenir à faire de la France ce grand parking à autocars de tourisme dont rêvent les marchands de sommeil. Première destination touristique au monde depuis les années 1990, la France vient de passer au second rang, derrière l’Espagne.

Non que j’approuve tout dans le programme du MODEM. Mais il est — et de loin — ce que j’ai trouvé de moins pire, parce que dans ses timidités même, il reste honnête. Et il est bien le seul. Bien sûr, je préfèrerais entendre Bayrou suggérer que la BCE prête directement l’argent qu’elle imprime aux Etats au lieu de passer par les banques — et au même taux préférentiel. Bien sûr, je ne détesterais pas que son discours européen se module de scepticisme critique. Bien sûr, je crois moins à l’austérité qu’à la relance — et une foule d’économistes sérieux m’ont soufflé l’idée. Bien sûr…

Quant à l’Ecole… Le discours de Bayrou, dont je ne cautionne pas forcément toutes les options (il y a parfois trop de prudence chez cet imprudent, ce doit être cela, le centrisme), est de très loin le plus cohérent. Le plus proche de la résurrection de l’Ecole de la République dont nous rêvons encore, malgré la collusion des pédagos et des libéraux, et l’insistance de Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, à réclamer la fin des devoirs à la maison. « Le bonheur tout de suite ! », braie ce président (5) si loin des préoccupations des vrais parents.

    Bayrou ? Ma foi, je crois bien que je vais apporter ma voix à Cassandre, même si on ne la croit pas, même si on voudrait bien la faire taire. Ne serait-ce que parce que j’aime bien les illuminés (au sens propre du terme : ceux qui viennent des Lumières) qui, comme Don Quichotte — un autre rêveur debout ejusdem farinae — n’hésitent pas à affronter les moulins à vent de la gabegie et du mensonge.

Jean-Paul Brighelli

(3) Eva Joly prétendait que l’économie verte et la sortie du nucléaire produiraient un million d’emplois nouveaux. Aux dernières nouvelles (décembre 2011), l’ensemble des industries allemandes liées à la production de panneaux solaires et des technologies photovoltaïques vient de faire faillite (http://www.20minutes.fr/article/846610/nouvelle-faillite-industrie-solaire-allemande).

(4) http://www.youtube.com/watch?v=n-9q6rpO24k

(5) http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Le-duel/Sons/Les-grands-debats-de-la-presidentielle-2012-12-04-2012-1034207/ Jacquelibne Gourault, représentant BAyrou et auditionnée par la FCPE à la mi-mars, n’en est toujours pas revenue.

Saint-Philippe-Bouche-d’or

J’en ai de la chance ! Philippe Meirieu, alors qu’il est à plein temps engagé dans la victorieuse campagne d’Eva Joly, a trouvé le temps de s’occuper de moi (1).

Soyons juste : pas seulement de moi. « Avec un « esprit de sérieux » nourri, parfois, à de savantes références (Kant, Condorcet, Durkheim, Orwell, Arendt, etc.), on nous explique, en effet, aujourd’hui, que la pédagogie ne serait qu’une forme de renoncement, de démagogie, quand ce n’est pas de pédophilie! De Jean-Paul Brighelli à Natacha Polony, de Jean-Claude Michéa à Rama Yade, trotskystes et sarkozystes, « républicains » et « libéraux », animateurs de télévision et intellectuels ombrageux, ils sont venus, ils sont tous là pour étriller les pédagogues et la pédagogie. » Me voilà en bonne compagnie.

Sacré Philippe ! Mais comment fait-il ? En deux phrases, il enfile la liste de toutes les références incontournables de la vraie pédagogie — Rama Yade exceptée, elle n’est là, coup de pied de l’âne, que pour dévaloriser ce qui précède, et qui ne procède pas de Philippe Meirieu himself. De Condorcet à Michéa, vous avez la liste de tout ce qui compte — et je ne suis qu’un détour pas même indispensable face à Orwell ou Michéa. Pour Polony, je n’oserais m’avancer, mais je suis sûr en tout cas, d’une chose : elle ne se croit peut-être pas tout l’esprit qu’elle a, mais elle n’a jamais fait de mal à l’Ecole, elle. Elle a même fait de son mieux pour lui faire du bien.

Il faut avoir un culot monstrueux — mais vous en êtes amplement fourni, mon cher — pour se réclamer des grands pédagogues qui, de Freinet à Pestalozzi ou Montessori, ont été des bricoleurs exemplaires — et non des idéologues crispés sur des théories, comme leurs disciples et imitateurs ont fini par le faire croire. Parce que la pédagogie est du bricolage, et elle n’est que cela — mais bricolage de génie. Vous récusez le bricolage, parce que vous n’avez pas d’accointances avec le génie.


(1) http://www.huffingtonpost.fr/philippe-meirieu/crise-de-lautorite_b_1367820.html?page=1

Alors, Philippe, écoutez-moi bien — futur député par protection ou futur ministre que vous vous croyez déjà… Ecoutez-moi bien, cancre que vous êtes, parce que je ne répéterai pas.

Pédagogiquement, vous n’êtes rien. Ou moins que rien, tant vous êtes nuisible. Ceux qui comptent vraiment, ceux qui comptent encore, encore et toujours, ce sont ceux qui n’ont pas déserté l’Ecole pour enseigner en fac les « sciences » de l’Education, faire les jolis cœurs rue de Solférino, ou aboyer sur RMC. Celles et ceux qui comptent, ce sont celles et ceux qui s’obstinent, chaque matin, à se confronter aux élèves. À imaginer, chaque soir, chaque nuit, des stratégies nouvelles pour faire passer quelques connaissances dans ces caboches décérébrées par vos semblables et vos disciples, en sus des médias (et même des Médiapart, où s’étale la suffisance de votre ami Frackowiak, le maître à penser de Bruno Julliard et de François Hollande, ce qui n’est pas rien — mais le frôle) et de cette société qui produit le leurre et l’argent du leurre. Les vrais pédagogues (et je n’ai pas même l’arrogance de me compter dans leurs rangs, moi qui n’ai cessé d’enseigner depuis 40 ans), c’est telle institutrice de la Drôme qui apprend infailliblement à lire-écrire-calculer-compter à ses élèves de GS/CP, au lieu de leur dispenser les indispensables « ateliers-philo » qui ont tant fait pour la réputation de vos amis et de tous les ânes bâtés du gadget et de l’arrogance. C’est tel prof qui s’efforce d’enseigner la physique-chimie à ses élèves au lieu de leur mettre la main à la pâte ou au panier. C’est tel enseignant de musique qui enseigne la musique au lieu de téter la sainte parole de Didier Lockwood (2). C’est…

La liste est plus longue que vous ne pensez, parce que vous n’êtes pas tout à fait parvenu à supprimer en France toute intelligence et toute conscience, vos deux grandes ennemies. Mais voilà : l’arrogance des pédagos est telle qu’ils prétendent confisquer le mot même de pédagogie à leur seul usage. Ils reniflent la victoire — ou du moins ils le croient, ils la croient à portée de griffe, bientôt sonnera l’heure de la revanche, il y a des postes à prendre, des carrières à lancer ou à relancer, des prébendes à se distribuer. Les « républicains » se battent pour l’Ecole, pour leurs élèves, et vous vous battez pour… pour quoi au juste ? Un députanat ? Un maroquin ? L’ambition de voir sa photo dans le grand panneau du ministère où sont collées l’un à côté de l’autre les portraits de tous ceux qui se sont assis dans le même fauteuil ? Grandeurs de l’homme, comme vous êtes petites !

Admirable article, vraiment, que celui que vous consacrez à la « Crise de l’autorité » ! Valéry a écrit la Crise de l’esprit, et vous vous inscrivez dans son ombre, homme d’ombre que vous êtes. Heureusement que nous sommes là, nous, pour faire un peu de lumière et vous donner quelque consistance, obscure clarté que vous êtes !

Faut-il que le libéralisme avancé ait besoin de vous, pour que vous soyez parvenu à lui faire croire que vous pensez, quand en fait vous lui servez d’alibi pour supprimer des postes et légitimer l’école à deux ou trois vitesses qui permet de laisser les déshérités en arrière. Je n’ai pas peur de le dire tout haut : la justification idéologique des saignées opérées par Luc Chatel, c’est chez Meirieu qu’il faut la chercher. Et la justification idéologique des embauches de « grands frères » que ne manquera pas d’opérer Hollande, conformément à ses promesses creuses, c’est aussi chez lui qu’elle trouve sa source, lui qui feint de croire que nous mettons la crise de l’autorité sur le dos de « la tyrannie de petits caïds qu’on imagine facilement basanés ». Bravo. Le raciste, c’est toujours l’autre, n’est-ce pas…

Le problème, c’est que les racistes, ce sont ceux qui ont confiné les plus malheureux dans les Zones d’Exclusion Programmée, ces ghettos scolaires installés au cœur des ghettos urbains. Les racistes, ce sont ceux qui aujourd’hui encore réclament des moyens nouveaux pour installer au cœur des ZEP des « pédagogies innovantes » — si elles innovaient quoi que ce soient à part leur vanité et leur vacuité, on le saurait, depuis trente ans qu’elles échouent. Les vrais réactionnaires, ce sont ceux qui feignent de croire que Marine Le Pen s’inspire des pédagogues républicains, alors qu’elle vomit la République.

Oui, vous avez raison : Bourdieu a de moins en moins tort. L’Ecole que vous avez si patiemment construite ou déconstruite a, sous prétexte d’égalitarisme, définitivement détruit l’égalité — la seule égalité que je connaisse et reconnaisse, le droit d’aller au plus haut de ses talents et de ses capacités, quelles qu’elles soient, cette égalité-là est bafouée par les pseudo-libertaires, dont vous êtes, et les vrais dépeceurs. Les « héritiers » désormais ont un nom : ce sont vos enfants.

Pas les miens. Pas les nôtres. Pour les vrais pédagogues, tous les enfants sont leurs enfants. À égalité vraie — le droit d’apprendre par cœur les mêmes leçons, et d’accéder à la même culture et aux mêmes emplois, qu’ils s’appellent Mouloud ou Marie-Chantal.

Alors, en vérité, je vous le dis : je voterai au premier tour pour le candidat dont les propositions sur l’Ecole collent au plus près de la réalité — c’est-à-dire à l’opposé de vos fantasmes. En l’état, François Bayrou. Et s’il n’est pas au second tour, je voterai pour celui qui vous fera le mieux barrage, parce qu’en vérité, vous êtes le Mal.

Jean-Paul Brighelli

 

(2) Voir l’excellente analyse du « rapport Lockwood, dernier avatar meirieuique, sur http://celeblog.over-blog.com/article-le-rapport-lockwood-bas-les-masques-101377295.html

Mettre les profs au travail, disent-ils…

Révision des décrets de 1950, 18 heures + 8 pour les uns, carrément 35 pour les autres — et chacun sait bien que c’est une profession de fainéants, même si le ministère lui-même, peu suspect de nous aimer, évalue le travail professoral hebdomadaire à un peu plus de 40 heures — entre cours, préparations, corrections, et réunionnite galopante.

Antoines Desjardins, qui passe par ici comme il passe là-bas (sur www.sauv.net) a évalué pour nous tous les aléas horaires auxquels est soumise une profession si reposante que plus personne ne cherche à y entrer. Et en a tiré quelques conclusions décapantes.
Jean-Paul Brighelli 

En vrac, voici à quoi peut s’employer aujourd’hui le professeur sur son temps de préparation, de correction, et de reconstitution de ses forces. Liste non exhaustive… 

Conseils de classe ( x 12 ! par an, pour un prof certifié de lettres modernes en charge de 4 classes, x 9 pour un agrégé)

Pré-conseils (très souvent ils ne sont pas inclus dans le conseil de classe, il y en a donc autant que de conseils)

Réunions parents/professeurs ( X 2 ) 

Réunions pour accompagnement personnalisé 

Réunion de rentrée pour chaque niveau

Réunions remise de bulletins

Réunion préparation d’un « forum des métiers » troisième.

Réunion de concertation pour choix des sujets en commun

Réunion liaison cm2/6ème (tous les ans)

Réunion sur le projet d’établissement (tous les ans)

Réunion pour l’ Histoire des Arts

Réunion sur les voyages

Réunion mise en œuvre du socle commun

Réunion validation des compétences avec le logiciel

Réunion sur la validation du B2i

Réunion pour l’oral de l’HDA (Histoire des Arts) en troisième

Réunion sur la DHG

Réunion du conseil pédagogique

Réunion CA

Réunion commission permanente

Réunion rattrapage pentecôte (deux jours)

Assemblée générale de rentrée

Conseils d’enseignement (x2)

Réunion sur la remédiation et le soutien ou sur les cours de « méthodologie »

Réunion sur l’environnement numérique de travail

Réunion sur le cahier de textes électronique

Réunion choix des sujets Brevet blanc

Commissions d’appel en fin d’année


(on reprend sa respiration !…) 

 

Commissions éducatives , 

Réunion prise en compte du handicap spécifique d’un élève  

Réunion sur l’ouverture d’une classe UPI

Réunions préparation des jurys pour le rapport de stage en entreprise et soutenance orale (classe de troisième)

Réunion note de vie scolaire

Réunion utilisation du tableau numérique

Réunion de bassin avec l’IPR pour la mise en œuvre des nouveaux programmes

Conseil de discipline

Réunion des modérateurs du Brevet

Commission de choix des sujets

Commission d’harmonisation du brevet 

Réunion du Comité de pilotage du projet d’établissement

Réunion pour les PAI (projet d’action individualisé)ou les PPS

Réunion constitution des classes de l’an prochain

etc…

 

«Écrire est devenu impossible, mais ce n’est pas encore tout à fait suffisamment impossible», disait Samuel Beckett. Eh bien, enseigner est devenu impossible mais ce n’est pas encore tout à fait suffisamment impossible : ceux qui chargent notre barque devraient songer à rajouter encore quelques réunions et astreintes supplémentaire à la liste déjà un peu fournie des réunions et activités diverses hélas souvent débilitantes et improductives, qui empêchent littéralement d’enseigner… 

Enseigner c’est en effet instruire les élèves et donc préparer des cours, corriger des copies, et (ceci n’est pas négligeable) reconstituer ses forces psychiques après une dépense nerveuse et une tension émotionnelle dont chacun s’accorde à reconnaître qu’elle n’est pas minime dans ce métier. 

Avoir le temps de respirer, c’est aussi avoir un cours qui respire. Actuellement le professeur n’a plus le droit de respirer. 

Ce n’est plus l’Élève, qui est au centre, ni l’Instruction, ni la Culture. Encore moins la Pédagogie. Mais le bla-bla improductif et les faux semblants, les réunions, les cases à cocher. 

Le Vent : tous derrière et lui devant ! 

Bienvenue dans la «pédagogie» post-humaniste.

Mécaniquement, les enseignants vont être amenés à rogner et rognent déjà, sur la qualité des cours (une trop grande fatigue engendrant un moindre tonus pédagogique), à rogner sur les préparations et le renouvellement du contenu des cours, à rogner sur le nombre des contrôles, leur qualité, leur régularité. (Vive les QCM à venir !qui ne va pas finir, c’est humain, par les souhaiter ardemment ?) 

Pourquoi rogner ? Pour survivre. Je l’ai dit, c’est mécanique. Sauf à terminé broyé comme le Charlot des Temps modernes, entre deux réunions absurdes. La variable d’ajustement se porte en effet le plus souvent sur le cours : le prof, pour rester un bon prof aux yeux de la communauté, pourra toujours lever le pied en classe ou à la maison, mais louper une réunion débilitante est le plus souvent impossible car il en va de son image et au royaume des faux-semblants, chacun est jugé sur son image. 

Le cours s’est complètement démonétisé au profit de l’investissement dans la vie de l’établissement, notion vague à l’aune de laquelle tout désormais se mesure. L’avancement de chacun en dépend ! Comme si, finalement, ce cours n’était plus qu’une bagatelle, un ornement presque inutile et parasite, un accessoire qui emmerde tout le monde. 

Qui fait cours, le plus convenablement qu’il le peut (tâche très prenante et, exactement, herculéenne) est réputé ne rien faire car il a choisi de privilégier son enseignement plutôt que plastronner dans les réunions ou jeter de la poudre aux yeux dans des activités péri-disciplinaires ou para-scolaires pourtant nettement moins fatigantes.

La séquence didactique fast-food, avec ses horaires en peau de chagrin, sa note unique de fin de séquence, son refus des apprentissages sytématiques et cohérents, son apologie du soupoudrage, sa haine de la durée, anticipait déjà cette mécanique de la fuite en avant, cette logique d’économie sur la qualité.

Vouée à la surchauffe et à la panne, le professeur est une mauvaise machine dont l’énergie se dissipe à 80% en vaine chaleur perdue dans l’air quand 20 % à peine de cette énergie contribue à éclairer les élèves et actionner les durs pistons de l’enseignement et de la transmission des savoirs. Les élèves font les frais de cette déperdition programmée. 

Il faut redire ici, que 18 heures d’enseignement ou même 15 heures, et nous parlons de vrai enseignement et non d’animation, suffisent très bien à occuper pleinement cet être humain (normalement constitué physiquement et nécessairement beaucoup plus résistant nerveusement…) qu’on appelle un prof. Il est vrai qu’avec les nouveaux publics (comme on dit pudiquement), la hausse constante du nombre d’élèves par classe, la baisse du volume horaire dans l’enseignement des fondamentaux, les injonctions contradictoires auxquelles nous soumettent des circulaires perverses et confuses qui donnent des gages tantôt aux «pédagogistes» tantôt aux «républicains», la mission est devenue impossible.  

Mais alors, pourquoi vouloir rendre cette mission impossible… encore un peu plus impossible, en dévoyant complètement l’énergie des enseignants ? Pourquoi ces bâtons dans les roues, d’une Institution devenue littéralement FOLLE (1) ?

Pourquoi laisser prospérer les officines privées appelées à compléter ce que l’école ne fait plus. L’une d’entre elles, Complétude, la bien nommée abreuve les parents de brochures luxueuses qui proposent…cours systématiques, exercices, révisions, travaux, méthodes, programmes ! Pratiquement des gros-mots ou des mots douteux dans notre chère Éducation nationale… (2) 

Bon, s’il y a Complétude ici, c’est qu’il y a Incomplétude là ! (3) 

A-t-on entrepris sciemment de ruiner l’Ecole ? La démence sénile de notre système économique libéral est-elle en train de la faire devenir chèvre ? A-t-on entrepris (ce que je crois) de battre la viande enseignante, comme on dit dans la boucherie, pour l’attendrir et mieux la tailler en filets ?

Sans doute sommes nous face à une Folie orchestrée… Il faudrait un nouvel Érasme pour la faire parler : Stultitia loquitur.

Même dans le système capitaliste décrit par Marx, le prolétaire obtient le minimum vital par lequel il peut reconstituer sa force de travail pour retourner à son aliénation…Nos maîtres, cyniques et brutaux, n’auraient-ils donc pas pensé à conserver la nôtre pour faire perdurer ce qui ressemble de plus en plus à une exploitation ? Ou le Système est-il devenu tellement pervers (comme dans certaines entreprises privées où les nouvelles techniques de management font rage.. ) qu’il n’anticipe même pas son autodestruction à long terme ? Qui (s’il y a encore derrière ce procès ahurissant un QUI) laisse faire ou fomente ce saccage des esprits :  Institution scolaire, enseignants, élèves ?

 

Dans la loi d’orientation de 1989, le législateur voulait mettre l’élève au centre. Certains d’entre nous pensaient qu’il valait mieux y mettre la transmission des savoirs. De nos jours plus rien ni personne n’est au centre que le vide et le vent. Les inégalités s’accroissent dans l’indifférence, l’illettrisme galope, les marchands d’école prospèrent pendant qu’on empêche les enseignants d’enseigner.

 

 

Massimi Pacifico
AntDes 22/01/2012

 

 

(1) Du latin classique follis « soufflet pour le feu ; outre gonflée ; ballon ; bourse de cuir vide ; baudruche » qui a pris à basse époque, en emploi adjectif, le sens de « idiot, sot ». Follere : « s’agiter comme un soufflet, aller ça et là.» Tout cela décrit très bien la vaine agitation de l’école et la déperdition effrayante des énergies…

(2) Un IPR de maths qui était récemment en réunion avec des collègue de cette discipline après une série d’inspections (tiens, encore une réunion stérile et même néfaste :  malheur au pauvre collègue qui a eu sept heures de cours ce jour-là, plus une inspection, et doit essuyer, pour couronner une journée éprouvante, des propos indigents jusqu’à 6 heures du soir !..) a affirmé qu’il n’était pas toujours nécessaire que le professeur corrige des exercices (le mot exercice est d’ailleurs dit du bout des lèvres tant il est désormais pédagogiquement incorrect). La correction accable certains élèves, voyez-vous ! On pourra toutefois l’envoyer par mail à quelques uns. 

La petite dame avait-elle des actions dans Complétudes et Cie ?  (http://www.completude.com/  ) Ou n’était-ce là que le très traditionnel psittacisme de l’orthodoxie démagogique ? Il y a tout à parier en tous cas, que pour sa fille ou son fils, la vaillante IPR eût préféré un enseignant qui corrigeât ses exercices de mathématiques et le fît même avec un soin mathématiques tout particulier, même si, de mathématiques, il ne fut nullement question pendant la réunion de l’équipe disciplinaire. 

(3)L’étude publiée par l’OCDE en 1996 et intitulée « La faisabilité politique de l’ajustement » contenait ce passage très connu : «Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. » Il est permis de trouver ces propos troublants et plus que jamais d’actualité…L’entreprise Complétude doit fort les goûter !

 

Liens :

http://www.sauv.net/horaires.php (pétitions horaires)

http://www.sauv.net/horcoll.php (Evolution des horaires de français au collège)

http://www.sauv.net/socle.php  (Sur le socle)

Massimi Pacifico :

http://www.sauv.net/hommedebien.php

http://www.sauv.net/ctrc.php?id=792

http://www.sauv.net/seqpuree.htm

 

Grèce ma rose de raison

Les pays du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Finlande, et Luxembourg, ce parangon de toutes les vertus bancaires — bref, la nouvelle bande des Quatre) — veulent mettre la Grèce au ban de l’Europe. Bonne idée, peut-être, tant l’Europe des gens de phynances est loin de ces “’Etats-Unis d’Europe” dont parlait jadis Hugo (mais  Jean-Claude Juncker et ses séides bedonnants ignorent probablement le sens du mot “misérables”). La Grèce est déjà à genoux, ils la veulent à plat ventre. Les pensions ont diminué de 20 % : les femmes retraitées françaises, qui touchent tout juste le SMIC en moyenne, comprennent fort bien ce que cela représenterait, 20% de moins sur 1100 euros. Les salaires ont fondu, les impôts ont augmenté. On appelle cela un plan de rigueur — ou un chantage. Dans tous les cas, une saignée à blanc.

À chaque effort entrepris par les politiciens grecs, qui n’ont rien à envier aux nôtres et ruinent le peuple sans que cela leur coûte trop, à eux, les fourmis du Nord en demandent encore davantage à la cigale hellène. Eh bien dansez maintenant — le sirtaki, sans doute. Zorba forever !

Et à chaque nouvelle exigence, le gouvernement grec, emmené par Loukas Papadimos, ex-directeur de la Banque Centrale Européenne, qui vient de réussir le tour de force de faire rentrer au gouvernement une extrême-droite qui en avait été chassée en 1974, accepte de passer sous des fourches caudines de plus en plus basses — eh bien, rampez, maintenant !

Au passage, il n’est toujours pas question de taxer l’Eglise orthodoxe, le principal propriétaire foncier du pays. Ça, apparemment, ça ne dérange pas trop les démocrates-chrétiens des “pays du Nord” — sainte alliance du portefeuille et du goupillon.

Ni les armateurs. Ni tous ceux qui ont eu le bon goût de faire construire une chapelle sur leurs propriétés. Ni…

Peut-être la Grèce a-t-elle des problèmes financiers, peut-être n’a-t-elle pas toujours eu une gestion bien claire — et Goldmann Sachs, en trafiquant les comptes du pays, ne l’y a guère aidé, tout en se réservant le droit, ultérieurement, de crier au loup. Mais franchement, je m’en fiche. L’Argentine nous a montré que l’on peut redresser un pays sans recourir à l’appauvrissement imposé par le FMI et les autres « machins » internationaux, qui ne sont plus que les courroies de transmission des requins de la finance.

Je voudrais juste dire une chose aux “pays du Nord”…

Vous n’existeriez pas sans la Grèce — ou l’Italie, autre cible de la barbarie comptable. Vous n’auriez pas même le mot “démocratie” — qui est grec, figurez-vous, mais vous ne vous en doutez pas, bande d’ilotes — ilote est un concept grec que vous ignorez aussi, et qui se traduit par ungebildet, schwachsinnig, beschränkt, bekloppte, et quelques autres synonymes — autre mot grec, parce que sont grecs l’ensemble des concepts qui permettent de penser, et particulièrement de penser la langue. Vous n’auriez pas le mot “philosophie” — mais vous n’en avez pas même l’idée, pauvre quarteron de ploutocrates — encore un concept grec pour designer ces grands argentiers qui nous gouvernent, et qui se croient princes.

La Grèce et l’Italie sont la civilisation. Les pays qui veulent aujourd’hui les détruire (parce qu’il s’agit bien de cela) n’existaient pas quand Démosthène, Périclès, Sophocle, Socrate et les autres expliquaient au monde ce qu’est la civilisation — un fait culturel et non une machine économique. La culture est venue de Méditerranée, et les grands hommes du Nord n’ont eu de cesse d’aller au Sud pour y apprendre la mesure, et la démesure — de Dürer à Goethe, qui valent bien Angela Merkel et Jean-Claude Trichet, que je sache. La Grèce a accueilli Chateaubriand, ou Byron. Des hommes intelligents sont venus mourir pour la Grèce. Un ramassis de coyotes prétend aujourd’hui la dépecer. Les Turcs sont de retour — mais ils sont allemands.

Aujourd’hui, les Saxons et les Vikings qui viennent y faire dorer leur graisse s’y rendent avec le complexe de supériorité que donne une bourse pleine, en un temps où l’on confond l’être et l’avoir. Ils devraient se méfier : la dernière fois que leurs grands-parents se sont fourvoyés en Grèce, ils s’y sont fait recevoir à coups de fourche et de mitraillette — et ils ont dégagé bien vite, en laissant derrière eux les débris sanglants d’une Wehrmacht en déroute. Parce que contrairement à bien des pays occupés par les Nazis, la Grèce s’est insurgée en masse, malgré des massacres de masse. Dès 1941, les étudiants ont décroché le drapeau hitlérien qui déshonorait l’Acropole. Merkel, Juncker, Rutte (le très libéral ex-DRH qui dirige aujourd’hui les Pays-Bas) et autres tyrans (tiens, encore un mot grec que les Allemands, incapables de penser politique par eux-mêmes, ont décalqué) de ce que nous nous entêtons à appeler Europe devraient s’en souvenir, s’ils ne veulent pas voir, l’été prochain, les couilles du premier touriste allemand débarquant à Eleftherios Venizelos accrochées au mât qui, sur cette même Acropole, porte le drapeau grec. S’ils ne veulent pas trouver des cendres de Hollandais volant dans les gorges de Samaria.  S’ils ne souhaitent pas trébucher sur du Luxembourgeois explosé dans les rues de Salonique. Les Grecs ont la tête près du chapeau. Dans les manifestations que les télés européennes ont soigneusement évité de trop montrer en détail, ces dernières semaines, de peur de donner des idées à tous ceux qui gémissent sous la botte des grands prêteurs sur gages, c’était le peuple entier de Grèce qui protestait contre la saignée que le Herr Doktor allemand leur impose.

Ce peuple de Grèce dont on exige tant de sacrifices qu’il n’a pas mérités, c’est nous demain. Nous, à qui l’on conseillera d’autres saignées, d’autres mutilations — parce que les sangsues sont insatiables, c’est dans leur nature. Et jusqu’où serons-nous patients ? Accepterons-nous qu’un pays renfloué en 1948 par le plan Marshall nous impose ses rodomontades ? “Nous sommes la vertu”, clament les Allemands. Ma foi, je crois que je préfère le vice grec – quel qu’il soit. Ou le baiser florentin, qui nous a donné l’idée du french kiss : l’Europe pense grâce aux Grecs, et s’embrasse grâce aux Italiens et aux Français. Le cul et la culture sont méditerranéens. Ils ne sont pas nés en mer du Nord, ni en Baltique. Aux uns la langue, l’amour et la pensée, aux autres les harengs.

La bière ne vaudra jamais la retsina ou le lacryma Christi — ou le saint-émilion, parce que nous sommes juste derrière la mire, désormais. Un Germain plein de cervoise ne pensera jamais aussi bien que les Grecs invités par Platon au Banquet.

Jean-Paul Brighelli

Quelques liens pour mesurer les enjeux :

Point de départ : http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/02/13/la-cure-d-austerite-ne-suffira-pas-a-redresser-l-economie-grecque_1642532_1581613.html

Nouvelles exigences de l’UE : http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/le-vote-de-l-austerite-grecque-ne-suffit-pas-a-l-union-europeenne-697608 et http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/02/15/la-grece-devra-encore-attendre-pour-l-aide-europeenne_1643428_1581613.html

Les manifs grecques comme les télés européennes ne vous les montrent pas : http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/02/15/la-grece-devra-encore-attendre-pour-l-aide-europeenne_1643428_1581613.html et http://jesuisgrec.blogspot.com/2012/02/deux-temoignages-en-francais-sur-les.html

Les Grecs ont des députés heureux — comme les nôtres : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/02/heureux-qui-comme-un-député-grec-a-touché-le-pactole.html

Sur le rôle de Goldmann Sachs dans le maquillage des comptes de la Grèce : http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/10/31/la-grece-dossier-noir-de-l-ancien-vrp-du-hors-bilan-chez-goldman-sachs_1596412_1581613.html

Et sur le modèle argentin de sortie de crise : http://www.liberation.fr/economie/01012390907-nous-avons-sauve-les-gens-plutot-que-les-banques

Ecole : les propositions se précisent

François Bayrou a énoncé, samedi 4 février, à la Maison de la Chimie à Paris où étaient organisées des tables rondes sur l’Education, trente propositions (1) pour l’Ecole de demain — entendons : au lendemain de son élection triomphale à la Présidence…

Loin de moi d’opiner du chef — ni même de le branler, me souffle, mutine, ma souris. Mais nous ne risquons rien à les examiner dans le détail, à les disséquer, à les enrichir — ou à les répudier.

Après mes dix suggestions pour l’Ecole (2), et les idées originales (?) que François Hollande a tirées de son chapeau jeudi 9 février (3), voici donc Trente propositions cum commento — comme les Pois au lard auxquels fait allusion Alcofribas Nasier…

Bien entendu, mes commentaires, aussi objectifs soient-ils, ne prétendent pas faire le tour des problèmes — et appellent nécessairement les vôtres. Je comparerai parfois avec celles de Hollande, n’évoquerai que pour mémoire celles d’Eva Joly (4), et ne me risquerai pas à prédire celles de l’UMP, qui seront un mélange des suggestions de la FONDAPOL (5), dont nous avons déjà parlé ici, et de l’actuelle politique de Luc Chatel, dont je préfère ne pas dire ce qu’elle m’inspire — restons poli.

 

(1) Le seul reproche sérieux qu’on peut leur faire, c’est, justement, qu’il y en ait trente. Difficile à mémoriser, même pour un spécialiste intéressé par les questions d’éducation. Peut-être faudrait-il les réduire à cinq ou sept — beauté politique des nombres premiers…

(2) http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2012/01/20/demandez-le-programme.html

(3) http://francoishollande.fr/actualites/discours-de-francois-hollande-sur-l-ecole-et-la-nation-a-orleans/

(4) http://www.vousnousils.fr/2012/02/10/eva-joly-une-refondation-de-la-formation-et-la-creation-de-20-000-postes-pour-les-enseignants-521355

 

(5) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/12/12/01016-20111212ARTFIG00277-education-les-propositions-chocs-de-la-fondapol.php

 


Des propositions de François Bayrou, j’ai retenu surtout celles qui me paraissent en rupture avec la politique des dernières années. De même, des propositions de François Hollande, j’ai pris celles qui décoiffent le plus — le reste est consensus, et n’a d’autre intérêt que d’affirmer, justement, ce consensus.

 

1- « Il faut un contrat de progrès entre l’école et la nation. Ce contrat doit garantir les moyens existants, et préciser les objectifs que la nation assigne à l’école. Le progrès que nous nous assignons, il doit être vérifiable. C’est pourquoi je fixe un objectif : que dans les cinq ans, l’école française entre dans les dix premiers du classement international pour la compréhension de l’écrit, le calcul, les connaissances scientifiques, et la lutte contre les disparités sociales. »

 

On part de loin. L’Ecole française, l’une des meilleures au monde dans les années 1960/70, quand on ne connaissait pas encore cet aboutissement du génie humain qu’est aujourd’hui PISA, plonge dans les classements internationaux. Les analphabètes, dont on estimait officiellement le nombre, il y a dix ans, à 15% à l’entrée en sixième, sont à présent 19% (1). Il est donc évident que s’il est une grande cause nationale, c’est la remontée du niveau — qui baisse, n’en déplaise à François Dubet.

 

(1)http://media.education.gouv.fr/file/etat20/37/7/EE_2010_difficultes_lecture_6e_160377.pdf

 

 

2- « Au lieu d’être dans la « réformite », il faut un plan de progrès continu, inscrit dans le long terme. Pour vraiment changer les choses, il faut cesser d’aller en fausses « réformes » en fausses « réformes », qui ne changent rien sur le fond, mais déstabilisent perpétuellement l’éducation nationale et le moral, la confiance professionnelle des enseignants et des parents. C’est de la fausse monnaie. »

 

Pas de « loi Bayrou », a prévenu le candidat du MODEM. Mais un plan, pourquoi pas ? Pas de réformes successives, qui n’ont pour objet que de diffracter la colère — des enseignants et des parents. Mais une impulsion. Le problème de tout ministre de l’Education, c’est qu’il est là pour — au mieux — cinq ans. Et qu’il doit penser vingt ans en avant — un exercice auquel les politiques et les DRH, soucieux de présenter un bilan comptable trimestriel, ne sont guère habitués. EN 2012-2017, nous préparerons les années 2030 à 2060. En détruisant l’Ecole, c’est demain que l’on assassine.

 

3- « Refaire de l’école un lieu d’où la violence est exclue et où le respect est la règle. »

 

Qui ne voit que ce n’est pas un hasard si discipline recouvre aussi bien — au singulier — l’ordre nécessaire à la sérénité des études que — au pluriel — les matières enseignées ?  Le jeu de mots n’a pas de rapport qu’avec l’inconscient. Il en a aussi avec la réalité. C’est en remettant au centre la notion de transmission, en redéfinissant des programmes cohérents de la Maternelle à l’Université (et non, comme le voudraient le SE-UNSA, le SGEN et François Hollande, leur dévoué serviteur, en inventant un « corps unique » d’enseignants coulés dans le même moule comme on coule un bronze) que l’on élèvera le niveau, d’un côté, et que l’on redonnera aux enseignants une nouvelle crédibilité, une autre respectabilité.

 

4- « Il faut restaurer la confiance de la nation dans ses enseignants. Je ne suis pas pour qu’on remette en cause le décret des années 50 qui définit le statut des enseignants. La définition du temps de travail est légitime. Il peut être réaménagé sur la base du volontariat, on peut faciliter si on le souhaite une présence plus longue dans l’établissement, par exemple en construisant des bureaux, mais les procès doivent cesser. »

 

Les décrets de 1950 ont défini le temps de travail des enseignants en fonction de la durée légale du travail à l’époque — soit 40 heures, ça n’avait pas changé depuis le Front populaire. Le passage à 39 heures (1982) ou à 35 heures (1998) n’y a rien changé. Et le ministère lui-même, qui comme chacun sait nous prte dans son cœur, calcule que 18 heures de cours, entre préparations et corrections, conseils, concertations et autres fariboles, représente un peu plus de 39 heures de travail effectif. Dont acte.

Quant à ceux qui, au café du Commerce ou rue de Grenelle, pensent que les enseignants n’en fichent pas une rame, je leur ai répondu pour les siècles des siècles, sur RTL, au mois de décembre : http://www.dailymotion.com/video/xlmjqz_pourquoi-le-metier-de-prof-n-attire-plus-le-debat-de-rtl-avec-jean-paul-brighelli-professeur-de-lett_news

 

5- « Les concours de recrutement nationaux sont la voie la plus républicaine et la plus légitime pour sélectionner les enseignants du second degré. Ils sont anonymes, ils sont justes, ils permettent de juger de la qualité d’une génération de candidats. Ils font partie de la fierté des corps d’enseignants en leur garantissant une légitimité. »

 

Des concours non anonymes (et il y en a pléthore — par exemple celui de chef d’établissement) sont et seront toujours des cooptations, entre copinage et recrutement politique. Un recrutement local ne jouera jamais que sur ce mécanisme qui ne s’exerce jamais qu’en cas de pression — j’ai nommé le piston. Encore faut-il que des concours nationaux mesurent effectivement des savoirs profonds et de vraies compétences, et non des connivences avec les lubies de pédagogogues.

Les mutations doivent être gérées comme autrefois (avant l’apocalypse Allègre…) à l’échelon national. De même l’évaluation des enseignants — c’est d’ailleurs ce que prévoit Bayrou à l’article 7 de ses propositions. Donner encore plus de pouvoir aux chefs d’établissement, qui comptent actuellement déjà pour 40% de la note globale, c’est faire juger un prof de maths par un prof de Lettres — ou, demain, par un ex-CPE.

 

6- « La reconstruction d’une année de formation, en alternance avec l’exercice dans la classe, est impérative et étroitement liée au contrat de progrès de l’éducation nationale. Il s’agit du moyen de familiariser les enseignants recrutés et débutants avec l’expérience de leurs collègues plus expérimentés et assurés. Il s’agit d’armer les jeunes enseignants et de leur faire gagner des années d’expérience. »

 

Corollaire du précédent. Il faut exploiter les ressources du compagnonnage, compter sur ceux qui savent pour former ceux qui ne savent pas encore. Donner de vrais tuteurs. Et non créer je ne sais quel revival des IUFM, où viendront enseigner, comme autrefois, tous les bras cassés de la pédagogie institutionnelle. On n’apprend qu’avec de l’expérience, pas avec des théories fumeuses. Ô Nathanaël, jeune prof que tu es, jette les livres, surtout ceux de Meirieu, et viens dans ma classe !

 

9- « D’abord les bases et les bases d’abord ! Il n’est aucune chance de réussite pour un élève qui n’a pas la maîtrise des fondamentaux. Je proposerai que tant que cela est nécessaire 50 % du temps scolaire à l’école primaire soit consacré à la maîtrise de l’écrit, comme on dit actif et passif, et à la langue française, en sa beauté à découvrir, à ce qu’elle peut exprimer de nuances, de richesses, en son vocabulaire. C’est un bagage pour la vie. »

 

Evidence qu’on ne répètera jamais assez, et qui a de lourdes conséquences sur les programmes. On a raréfié les horaires de français (des centaines d’heures perdues au collège, des milliers en fin de cursus) pour supprimer des postes, certes, mais en arguant que l’on faisait du français quand on faisait du français ou des maths puisqu’on le faisait en français : illusion d’ilotes, qui croient parler grec alors qu’ils sont restés barbares. Le français s’apprend, comme le reste, et de façon systématique, comme le reste.

D’où mon opposition à l’apprentissage systématique d’une langue étrangère dès le Primaire (entendons, l’anglais, en contexte d’admiration béate devant l’univers anglo-saxon, ses McDo, son Coca, sa télé et son OTAN). Je suis bien persuadé que l’on peut téter une langue étrangère avec le lait de sa mère — après tout, c’est ainsi que Montaigne, qui ne maîtrise pas mal le français, a appris le latin. Mais plus tard, disons à partir de cinq ans, c’est surimposer à des structures mal apprises — celles du français — d’autres structures qui ont toutes les chances de ne pas être comprises.

À noter que les mathématiques sont l’autre grand perdant des pédagogies modernes. Jean-Claude Demailly a raison d’alerter sur le risque que représente la perte du calcul (voir http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/02/07/01016-20120207ARTFIG00334-trop-d-ecoliers-buttent-encore-sur-le-calcul-et-les-maths.php — où l’on s’aperçoit que la petite main qui a écrit le titre du lien « butte » elle-même sur l’orthographe : tout se perd, même au Figaro). D’où l’article 13 des propositions de Bayrou : écrire au fronton des collèges « que nul n’entre ici s’il ne sait lire et écrire ».

 

 

12- La question des méthodes pédagogiques doit être tranchée non pas par l’idéologie, mais par l’évaluation des résultats. Ne croyez pas que comme tous les parents et tous les enseignants, je n’ai pas une opinion que je crois solide et nourrie par l’expérience. Par exemple, je pense que la question des méthodes de lecture devrait être tranchée depuis longtemps : en effet le clavier, avec lequel désormais toute personne vit, le clavier ce n’est pas global, c’est lettre par lettre. Et donc du son à la lettre, de la lettre à la syllabe, de la syllabe au mot, cela me paraît devoir être la démarche désormais indiscutable. C’est une opinion personnelle, je la trouve pertinente. Mais ce n’est ni au gouvernement ni au président de la République de trancher des méthodes d’apprentissage. C’est à la classe, aux résultats effectifs, à condition qu’aucune méthode ne se voie exclue pour raisons idéologiques.

 

C’est l’une des grandes trouvailles de Bayrou, cette histoire de claviers, et il n’en est pas peu fier. Ma foi, je le suivrais presque. Et inutile d’opposer la méthode syllabique à une méthode globale qui, stricto sensu, n’est pas utilisée. En revanche, la méthode (le mot me pèse) idéo-visuelle de Foucambert and co. est utilisée, elle, et à fond.

Peu importent au fond les méthodes. Je qualifierais de bonne celle qui fera des lecteurs et des scripteurs courants fin CP. Voilà, c’est cela la barre. Les « bonnes » méthodes, ce sont celles qui parviennent à cet objectif. Les « bons » instits, ce sont ceux qui savent y parvenir. Point barre. Le GRIP a la solution clés en main. Maintenant, si vous préférez installer une imprimerie dans votre classe, ça ne me dérange pas.

 

14- Pour prévenir les échecs, il faut penser le nombre d’élèves par classe en fonction de la réalité de la classe. À classe difficile, petit nombre d’élèves, à classe équilibrée et de bon niveau, plus grand nombre d’élèves.

 

Vérité d’évidence, mal perçue par certains syndicats qui font de l’uniformisation des moyens le dada de leur pensée — un mot un peu excessif en ce qui concerne l’UNSA et le SGEN. 15 élèves difficiles, cela va encore. 30 élèves faciles, cela se règle. Et non 25 pour chacun — ou 35 comme on voit trop souvent, parce qu’à force d’économiser des postes, il faut bien additionner les tables et les chaises tout en poussant les murs — mais qu’en savent-ils, dans des cabinets ministériels assez spacieux pour héberger leur autisme ?

 

15- Le collège doit être diversifié. Il est normal et juste que la nation veuille garantir un bagage à tous les enfants. Mais ce bagage de connaissances et de méthode ne peut être apporté dans l’uniformité. Pour un certain nombre d’élèves, en situation de rejet de l’école, un « collège hors les murs », avec des pédagogies adaptées, doit permettre une reconstruction et le retour, s’ils le souhaitent, à la voie classique.

 

Sans vouloir jouer sur les paradoxes, le collège unique, il est réalisé déjà dans tous ces collèges où, milieu aidant, on a rassemblé les élèves les plus difficiles, ces ZEP / RAR / CLAIR / ECLAIR, selon cette terminologie ministérielle qui croit avoir résolu un problème dès qu’elle a inventé un nouvel acronyme — et n’ayant rien résolu, en conçoit un autre. Tenir compte des capacités, proposer, peut-être via l’apprentissage et l’alternance, un cursus parallèle au collège, en inventant des ponts, des passerelles de retour, parce que rien n’est jamais gravé dans le marbre.

Quant à ceux qui braient « collège unique, collège unique » parce qu’ils ont tous de l’âne sauf le bonnet, ils devraient venir enseigner dans une quatrième standard pendant quelques heures — ou dans l’un de ces LP où l’on a envoyé trop tard des gosses sélectionnés par l’échec. D’où la proposition 21 de Bayrou — faire « reposer l’enseignement professionnel sur la vocation, non sur l’élimination. » Et sa proposition 22 — permettre une vraie découverte des métiers tout au long du collège — et pas seulement en visitant, comme je l’ai fait jadis, l’abattoir où travaille le père (1)…

 

18- « Les rythmes scolaires doivent être reconstruits. Il n’est pas normal que l’école française soit celle qui concentre le plus d’heures sur le moins de jours de classe. Les horaires des élèves, devoirs compris, ne doivent pas dépasser une charge horaire d’une trentaine d’heures par semaine, ce qui veut dire un allègement des horaires pour un grand nombre d’élèves. Les heures ainsi gagnées seront utiles aux enseignants pour le travail en commun, aux établissements pour des programmes au choix. »

 

Manque à cette proposition quelques précisions. Cette semaine trop concentrée, c’est en Primaire qu’elle est vécue — et je n’ai jamais été favorable à cette semaine de quatre jours qui, pourtant, arrange si fort les parents divorcés et les bobos à maison de campagne. Cette initiative permettait juste de grappiller quelques milliers de postes de plus. Lorsqu’il parle de ces semaines de 30 heures et plus, Bayrou pense en revanche surtout à cette seconde « indifférenciée » qui cumule les prétentions des anciennes secondes sans offrir la possibilité de creuser réellement les questions. Il faut revenir à plus de raison, tenir compte des réalités (un élève de seconde, en ce moment, c’est juste un élève de troisième avec moins d’acné — quoique…), et il n’est pas apte, vu le peu qu’il a appris dans les faits, à encaisser le programme global qu’on lui propose.

Quant au travail en commun, il se fait de toute façon — informellement. Et il faut sacrément avoir confiance dans les hommes (Bayrou est comme ça) pour penser que des établissements feront du quota à leur disposition quelque chose d’utile, en moyenne.

 

19- Les devoirs doivent être faits dans le cadre de l’établissement, sous la surveillance de tuteurs, les enseignants de l’établissement s’ils le souhaitent, des enseignants à la retraite, des étudiants qui recevront une bourse pour se familiariser ainsi avec l’enseignement et servir de « grands frères », de tuteurs et d’appui aux élèves plus jeunes. Ces bourses de tutorat doivent être offertes à coût réduit, aisément accessibles. Elles pourront être offertes, en complément de leur retraite, à des enseignants qui voudront encore servir. Elles accroîtront la présence des adultes dans les établissements.

 

No comment. C’est l’évidence même — quitte à réinventer les pions de notre enfance. Allez, syndicalistes, appuyez donc cette proposition : cela vus fera de nouveaux adhérents à racoler.

 

29- Réflexion générale sur l’éducation numérique. Très importante pour l’avenir. Il n’y a pas d’éducation entièrement dématérialisée, et déshumanisée, mais les ressources du e-learning sont pour l’avenir un immense enrichissement des possibilités de formation et de découverte.

 

Chers François (au pluriel, car Bayrou comme Hollande semblent y tenir, au e-learning — c’est tellement beau qu’on n’a pas trouvé de mot français pour exprimer ce con/cept), je ne crois pas que l’informatique ait une place particulière à l’école. Ils n’ont pas besoin de nous pour apprendre à se servir d’un joystick, ni pour naviguer entre grosnichons.com (qui mériterait d’exister) et redtube (qui existe malheureusement). J’utilise volontiers les ressources informatiques avec mes élèves post-Bac, mais les profs de maths assurent tous qu’ils se passeraient bien de calculatrices, et tous les enseignants déplorent la dépersonnalisation de devoirs pêchés sur Wikipedia. Alors, inutile d’abonder dans le sens (voir Hollande) de ceux qui désirent favoriser le petit commerce en imposant aux Régions d’équiper en ordinateurs tous les élèves (et tous les profs ? Non, ils sont si bien payés qu’ils n’ont pas de mal, eux, à s’offrir un i-Mac…). Les départements qui s’y sont risqués, celui des Landes, par exemple (2), s’en sont mordu les doigts — financièrement et pédagogiquement.

 

Voilà. C’était l’essentiel.

Je m’aperçois que si j’ai bien évoqué Hollande, je n’ai rien dit de Joly. C’est qu’il n’y a rien à en dire. Philippe Meirieu l’a-t-il inspirée ? Il aurait dû — je ne peux croire que des pauvretés pareilles soient sorties du cerveau du plus-grand-pédagogue-de-France…

Enfin, je n’ai rien dit de Nicolas Dupont-Aignan, dont je partage quasiment, cette fois, toutes les analyses (3). C’est qu’il se trompe de combat, cette fois, et qu’il ne fera pas entendre la voix de la République en atteignant 1% des Français, mais en se ralliant, dès à présent, aux stratégies qui lui permettront, demain, d’exister pleinement.

 Jean-Paul Brighelli

(1) Salut amical au passage à celles et ceux qui m’ont jadis connu, bibliquement ou non, au collège du Neubourg, dans l’Eure — riante cité connue pour ses abattoirs, parmi les plus grands de France, et dont je ressortais avec l’impression de sentir le sang pour la soirée.

(2) Lire le bilan sur http://profgeek.fr/lordinateur-au-college-dans-les-landes-un-premier-bilan/

(3) Voir http://debout-la-republique.fr/une-republique-des-devoirs-des-droits

 

Demandez le programme

La démocratie étant le pire système à l’exclusion de tous les autres, il m’a paru temps, à moins de trois mois du premier tour, de prendre vraiment le pouls de la profession, sans attendre des candidats des illuminations sur un métier — le nôtre — dont ils ignorent à peu près tout, sauf ce qui s’en dit au café du Commerce.

J’ai donc lancé sur un forum (1) fréquenté par de très nombreux enseignants, de la Maternelle à l’Université, une enquête sur les propositions que nous attendrions de politiques intelligents et audacieux — exemple-type de double oxymore. « Le bon sens du maraud quelquefois m’épouvante », comme disait Piron : les réponses de nos collègues, pour variées qu’elles semblent à première lecture, se recoupent toutes — en dix propositions. Les voici — cum commento, comme on disait jadis, quand on faisait du latin et non des TICE, des TPE et de l’ECJS — au lieu de faire de l’Histoire et de la Géographie.

Que ce soit bien clair : même si j’approuve l’essentiel de ce qui suit, je ne le contresignerais pas sans examen. Je me fais juste le petit rapporteur des désirs.

Une remarque enfin en passant. Pour l’essentiel, ces propositions recoupent le programme de Bayrou. Mais je n’empêche pas le PS, qui mouline dans la choucroute, ou l’UMP, qui patine dans le yaourt, de s’en inspirer. Les Verts, comme on sait, sont irrécupérables. Quant au FN, il se pare des plumes du paon en se faisant le chantre de l’école républicaine — jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que sous le plumage dont il s’habille, la volaille est déjà plumée, le chèque-éducation en place et le privé confessionnel aux commandes.

(1) http://www.neoprofs.org/t42108-et-vos-propositions-a-vous-pour-l-en

1. Consacrer au moins 50% du temps, en Primaire, à l’apprentissage du Français — ce qui suppose une réécriture complète des programmes. Et à ce titre, privilégier les méthodes d’apprentissage alpha-syllabiques. À ceux qui se demanderaient encore pourquoi, une seule réflexion de bon sens : outre le fait que c’est le mouvement naturel de la langue, qui va du simple au composé, nous passons de plus en plus de temps sur des claviers, où l’on ne tape pas des mots, mais des lettres et des suites de syllabes — étonnant, non ? Une expérimentation comme celle du SLECC (2) a si bien prouvé son efficacité que le ministère, jamais à court d’erreurs, vient de sucrer la maigre subvention qui permettait de diffuser les très efficaces méthodes mises en place dans ce cadre (3).

2. Mettre au feu les livrets de compétence, et autres fariboles chronophages — la réunionnite aiguë, par exemple, qui frappe de la Maternelle à l’Université. Tant qu’à faire, en revenir aux notes, aujourd’hui bannies du Primaire. On s’étonne que dans la même logique la rue de Grenelle n’ait pas songé à faire interdire les thermomètres dans les hôpitaux.

3. Penser le nombre d’élèves par classe en fonction de la réalité du terrain (30 élèves décents, ça se gère, 12 élèves en difficulté, ça se gère aussi) (4). Cela suppose d’oser enfin clairement des classes de niveau. Les « moyens » ne se distribuent pas uniformément, mais en fonction des besoins. Là aussi l’égalitarisme a tué — particulièrement ceux qui étaient moins égaux au départ.

4. La remise en cause radicale du collège unique consisterait aussi à proposer une orientation positive en filière professionnelle dès la quatrième pour tous ces élèves qui s’ennuient si ostensiblement au collège qu’ils finissent par ennuyer les autres. Tout en imaginant des passerelles, qui existaient jadis, afin de leur permettre éventuellement de revenir dans le giron des études générales. La filière professionnelle doit cesser d’être la voiture-balai de l’Ecole : y passer est aujourd’hui une sanction, elle doit être une opportunité. Dans cet esprit, il faut multiplier les formations en alternance, afin de faire connaître aux élèves les métiers réels, et faire accepter aux patrons (aux artisans, particulièrement) l’idée que ces élèves ne sont pas des délinquants en puissance.

5. Inutile de renforcer les horaires : il faut sans doute dégraisser, au contraire. Supprimer par exemple l’inutile enseignement de l’anglais en Primaire. Aujourd’hui, des gosses saturés d’anglais macaronique n’entrent plus en cours de langue, en Sixième, qu’à reculons. Supprimer au Collège toutes les activités périphériques — ont-ils vraiment besoin d’apprendre à l’école à surfer sur Internet ou à manier le joystick ? Dans le même esprit, la classe de Seconde « indifférenciée » cumule tous les programmes de toutes les disciplines — on arrive à plus de 35 heures de cours par semaine. C’est absurde, et démotivant. Les vraies spécialisations doivent intervenir le plus tard possible. Ce n’est pas en détruisant le tissu enseignant que l’on peut faire des économies, c’est en supprimant des programmes toute la mauvaise graisse pédagonigologique.

6. Côté discipline, il faut abroger les circulaires qui identifient les punitions à des « brimades » — et peut-être ne plus imposer à un établissement qui exclut définitivement un élève de lui trouver un autre établissement d’accueil, ce qui revient à faire circuler les trublions. Responsabilisons les parents — à eux de réinscrire leur voyou là où l’on voudra bien le prendre. On peut d’ailleurs inventer des écoles-relais, avec profs volontaires (et payés en conséquence), ou multiplier les internats, afin de décontextualiser des jeunes qui n’ont pas tous la chance d’être orphelins, comme disait Poil-de-carotte, et ne sortent du collège que pour mieux s’épanouir dans l’école de la rue. De même, il faut généraliser les règlements intérieurs intelligents (interdiction totale des portables, par exemple), et censurer les initiatives idiotes (l’interdiction des « colles » le mercredi, alors que c’est souvent le seul levier réel pour faire pression sur certains élèves). Et redonner aux enseignants la décision finale dans les conseils de classe (et non aux chefs d’établissement, qui en profitent pour soigner leurs statistiques). Non pour multiplier les redoublements, mais pour faire savoir aux élèves que le prof qu’ils sont tentés de chahuter aura son mot à dire, et que ce sera le dernier. Ça calme.

7. En Primaire comme au Collège, réinstaurer l’étude du soir, en la confiant aux enseignants-stagiaires, aux étudiants tentés par le métier. Ce serait une initiation intéressante. Dans le même esprit, revenir à une formation des enseignants basée sur le compagnonnage, et non sur des cours théoriques coupés de la réalité des classes. D’aucuns suggèrent d’ailleurs de nommer en collèges les spécialistes auto-proclamés des « sciences de l’éducation » qui pontifient aujourd’hui dans les IUFM, à cinquante kilomètres et quelques années-lumières des réalités de terrain.

8. La réforme du lycée est-elle bien utile ? Exemple-type d’interrogation rhétorique… En particulier, la suppression de l’Histoire-Géographie en terminale S (et son absence depuis des lustres dans les sections techniques) est une réforme strictement idéologique, inventée par des Grenelliens qui pensent, comme Big Brother, que « l’ignorance, c’est la force » (de même en sections techniques, d’où elle a disparu depuis vilaine lurette). Quant à « l’accompagnement personnalisé », c’est une fumisterie dans la plupart des cas. Et pour ce qui est de l’autonomie des établissements, il en faut certes assez pour qu’ils puissent faire face aux réalités du terrain (rien n’est jamais semblable), mais juste assez pour s’adapter sans négliger les fondamentaux (rien n’est vraiment différent).

9. Un Primaire mieux organisé produira des Collégiens mieux adaptés, qui deviendront des Lycéens épanouis, et donneront des Etudiants adaptés (aujourd’hui le taux d’échec en Université frôle les 50%). Il faut donc sans doute réorganiser les deux ou trois premières années de Fac sur le modèle généraliste des prépas (toute spécialisation précoce est un échec assuré), sans que cela amène à supprimer les vraies prépas : il y a place pour l’excellence, parce qu’il y a une demande d’excellence. De ces formations-là sortiront des enseignants (à L3 ou M1) capables de transmettre des connaissances solides, et, à M2 (oui, l’agrégation sert à quelque chose !) de vrais spécialistes de leur matière. Bref, inventer des Instituts d’Enseignement Supérieur qui ouvrent à la fois sur l’Université et la Recherche, et sur les métiers à spectres larges. Inutile de s’obstiner à lancer des néo-bacheliers riches d’incompétences dans des études pointues alors qu’ils ne maîtrisent pas l’orthographe ou la chronologie. Dans cet esprit il est essentiel de multiplier les système-relais, à tous les niveaux, afin d’amener au plus haut de leurs possibilités des élèves capables mais noyés dans des établissements (ZEP ou non) où l’on n’a guère eu le loisir de faire parler leurs qualités. Des propédeutiques, de l’entrée en Sixième à la première année de fac — cela limitera les redoublements, et allègera d’autant la facture finale : investir là où il faut permet de ne pas arroser indifféremment un système obsolète. N’importe quel jardinier vous expliquera que le goutte-à-goutte ciblé donne de meilleurs résultats que l’arrosage indistinct. 

10. Affirmer haut et fort le caractère national, républicain et laïque de l’Ecole. Ce n’est pas l’élève qui en est le centre, ce ne sont pas les « communautés » (un mot haïssable, contre lequel il faut s’insurger sans trêve) qui doivent y faire la loi, c’est la transmission des savoirs. Les enseignants doivent redevenir les passeurs de cette culture réelle et humaniste qui est le pivot de l’Ecole. Le bac, même s’il est susceptible d’aménagements, doit être clairement revendiqué comme un examen national — peut-être examen de fin d’études, en laissant une plus grande souplesse aux universités pour recruter et orienter les étudiants qui aujourd’hui viennent se fracasser comme des moucherons affolés dans ces impasses que sont la Psycho, la Socio, la « Communication » et autres attrape-nigauds. Les universités doivent d’ailleurs être sommées de dire, à l’inscription, quelles sont exactement les perspectives d’emploi de telle ou telle formation — et s’occuper activement de l’orientation de leurs étudiants. L’orientation est un souci à tous les niveaux, du collège à la fac, et c’est une chose trop sérieuse, comme aurait pu dire Clémenceau, pour la laisser aux COPSY, de plus en plus PSY, au détriment du reste (5).

Suggestions annexes : imposer fortement les cours privés du type Acadomia, qui prospèrent sur l’angoisse générée par tant de réformes inutiles et de désordre pédagogique. Accepter les parents comme « associés » — restons polis —, pas comme consommateurs de prestations. Enrôler de vrais spécialistes pour s’occuper des enfants handicapés, particulièrement au Primaire. Revenir au système de mutations tel qu’il existait avant Claude Allègre — demander un poste précis, et avoir la possibilité de rester là où l’on était en cas d’impossibilité, sans se retrouver balancé sur un rectorat entier et deux ou trois établissements toujours à bonne distance les uns des autres.

Curieusement (est-ce si curieux ?) la question des revendications salariales n’est pas une priorité : quand elle apparaît, c’est de façon raisonnable. Une augmentation de 20% des salaires serait bienvenue, mais chacun sait qu’on ne se lance pas dans ce métier pour être riche, mais au moins assez bien payé pour être, en ces temps où l’on confond l’être et l’avoir, socialement mieux reconnu. Cela permettrait en tout cas de faire revenir les hommes dans le métier — et d’éviter la perpétuation de stéréotypes qui font d’une profession fortement féminisée une profession forcément dévaluée. En tout cas, la réévaluation des salaires des enseignants débutants, si elle est en soi une excellente chose, se fait au détriment de ceux qui enseignent déjà depuis des années, et donc l’ancienneté et l’expertise ne trouvent soudain plus de traduction sur leur fiche de salaire. C’est l’ensemble d’une profession qu’il faut revaloriser. Et ce n’est pas en claironnant que les missions ont changé et qu’il faut impérativement que les profs séjournent 35 heures par semaine dans leurs établissements que l’on ramènera vers l’enseignement des étudiants qui aujourd’hui le fuient. 

Last but not least : muter aux Eaux et Forêts les responsables de la prospective, ministériels ou rectoraux, afin qu’ils plantent des arbres pour compenser la déforestation occasionnée par leurs multiples circulaires.

Jean-Paul Brighelli

(2) http://www.slecc.fr/

(3) http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2012/01/01/bouts-de-chandelles.html

(4) Et non 38 et 22, comme l’affirme Chatel dans une récente interview :http://www.liberation.fr/societe/01012384222-passer-d-une-ecole-pour-tous-a-une-ecole-pour-chacun

(5) Questions cruciales que j’ai eu l’occasion de poser à Valérie Pécresse, ex-ministre des Universités, dans un petit livre pratique qui sort ces jours-ci et intitulé Après le Bac / Mode d’emploi. Voir http://www.plon.fr/ficheLivre.php?livre=9782259214933

Bouts de chandelles

Retour au GRIP, dont j’ai déjà beaucoup parlé sur ce blog (1). Cet organisme qui donne au mot pédagogique enfin sa vraie valeur a non seulement regroupé les meilleurs spécialistes du Primaire, mais leur a fait commettre des livres qui sont autant de lanceurs des apprentissages fondamentaux — des bons apprentissages et des bonnes pratiques.
Comme tant d’autres dont j’ai parlé ici même (2), le GRIP, qui vivait chichement d’une maigre subvention, est aujourd’hui comme la cigale de la fable confronté aux économies de bouts de chandelles par lesquelles le gouvernement prétend compenser une noble et belle politique de cadeaux aux copains hexagonaux et aux coquins internationaux. Autant le dire et le redire : prétendre remettre les enfants sur le chemin de l’Ecole et de la culture et couper les vivres à ceux qui justement s’en soucient le mieux est une politique de gribouille.

J’ai donc offert une tribune à Guy Morel, afin qu’il décrive exactement le cordon d’étrangleur ottoman que le ministère a expédié au GRIP — et à la plupart des organisations qui s’efforcent de remettre du plomb dans les têtes et de l’espoir sur les bancs de l’Ecole. Qu’il l’ait fait sous forme de Lettre ouverte est un témoignage de sa modération, dont je le félicite. Qu’elle trouve place ici est une preuve de la colère qui monte, qui monte, qui monte.

A lui la parole.

Un dernier mot. La situation est si grave que ce texte paraît ce jour même sur le blog de Luc Cédelle, Interro écrite (http://education.blog.lemonde.fr/), alors même que l’honorable journaliste du Monde et moi-même naviguons sur des eaux pédagogiques diamétralement opposées. C’est dire l’urgence — et les candidats à la présidentielle devraient la mesurer à l’aune du désastre imposé par une Rue de Grenelle qui, encore une fois, commence et finit à Bercy.

Jean-Paul Brighelli
(1) Par exemple dans http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2010/05/21/grip-forever.html

(2) Voir ma Note récente sur la manière dont Luc Chatel a sucré la maigre subvention qui permettait de faire de vrais livres pour les enfants aveugles ou mal voyants (http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2011/11/27/lettre-sur-les-aveugles.html)

LETTRE OUVERTE DU GRIP

À MONSIEUR LE MINISTRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE

Monsieur le Ministre,

Par lettre de votre chef de cabinet adressée à Jean-Pierre Demailly, membre de l’Académie de sciences et président du Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes (GRIP), nous avons appris que la subvention accordée depuis  2005 à notre association porteuse de l’expérimentation SLECC, déjà réduite de deux-tiers l’an dernier, était supprimée.

Seule raison alléguée : « un contexte budgétaire restreint ».

Cette décision appelle de notre part deux remarques que nous estimons devoir rendre publiques parce qu’elles touchent à l’avenir de l’École.

La première vise l’erreur de gestion que vous commettez. Dans une nation organisée, quelle que soit la rigueur des temps, la dépense, en effet, ne se mesure pas en termes étroitement comptables mais en fonction de sa rentabilité.

De ce point de vue, les subventions consenties par vos prédécesseurs, François Fillon, Gilles de Robien et Xavier Darcos, à l’expérimentation SLECC ont produit des gains difficilement contestables. Il suffit de consulter les résultats des classes concernées aux évaluations nationales pour s’en convaincre. Qui plus est, s’appuyant sur la pratique des enseignants SLECC, le GRIP a pris l’initiative, afin d’étendre le bénéfice de l’expérience, de publier des manuels de classe (lecture, calcul, grammaire, observation) qui rencontrent dans la profession un intérêt croissant (1) et ont amené le CNES à solliciter les professeurs des écoles du GRIP pour une mission de formation, malheureusement différée, des instituteurs haïtiens.

C’est cette expérimentation en plein développement, si utile pour le redressement de l’école primaire et le rayonnement international de la pédagogie française que vous condamnez à péricliter pour économiser la somme exorbitante de 13 500 euros.

Au sein de votre ministère, pourtant, des dépenses moins productives, d’un tout autre ordre de grandeur, et dans lesquelles vous auriez pu trancher, ne semblent pas avoir été soumises, comme le notait récemment la Cour des comptes, à la même rigueur budgétaire (2).

Faut-il comprendre — ce sera notre deuxième remarque — que la réduction de l’échec à l’école primaire est passée, en dépit de tous les discours, au second plan de vos préoccupations ?

Cet objectif, auquel les membres du GRIP se sont entièrement consacrés, demeure pourtant la priorité des priorités.

L’INSEE vient de publier une étude des plus préoccupantes sur les élèves en difficulté de compréhension à l’issue du CM2 et leur parcours ultérieur. En voici le résumé : «Depuis dix ans, leur proportion a augmenté. Le phénomène concerne maintenant un élève sur cinq et il augmente particulièrement dans les collèges en zones d’éducation prioritaire (ZEP).  À l’entrée en sixième, le pourcentage d’élèves en difficulté de lecture dans le secteur de l’éducation prioritaire est passé de 20,9% en 1997 à 31,3% en 2007. »

Conséquence : «En fin de collège, dans les collèges de ZEP, la proportion d’élèves dans les niveaux de performances les plus faibles est passée de 24,9% en 2003 à 32,6% en 2009″. Et les difficultés des élèves les plus faibles s’aggravent. » (3)

Est-ce vraiment le moment de couper les vivres à une association qui, parmi d’autres, œuvre avec efficacité et de manière désintéressée à la réduction de cet échec ? En lecture, mais aussi en calcul, et du point de vue de la formation intellectuelle générale. 

Assurer au primaire, de la maternelle au CM2, l’acquisition par tous et chacun des bases culturelles indispensables à la poursuite d’études, c’est le seul moyen, Monsieur le Ministre, d’éviter la mise en place de tardives et vaines remédiations, et de ne pas faire du collège le chaudron des déceptions et des violences.

C’est d’autant plus urgent que des voix s’élèvent pour suggérer le renoncement. Ainsi la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), qu’on a connue mieux inspirée, recommande une éducation spéciale, à programmes réduits (4), pour les enfants des quartiers défavorisés, programmes inférieurs en contenus à ceux consécutifs à la loi Falloux de 1850.

Le GRIP, au contraire, inscrit son action, avec l’expérimentation SLECC, dans la continuité avec le projet des fondateurs républicains de l’Instruction publique.

Ce projet, il convient d’en rappeler les termes :

L’instruction primaire, telle que la définit la loi du 28 mars 1882, n’est plus cet enseignement rudimentaire de la lecture, de l’écriture et du calcul que la charité des classes privilégiées offrait aux classes déshéritées : c’est une instruction nationale embrassant l’ensemble des connaissances humaines, l’éducation tout entière, physique, morale et intellectuelle ; c’est la large base sur laquelle reposera désormais l’édifice tout entier de la culture humaine. »(Ferdinand Buisson, 1887)

Fournir aux éducateurs de ce pays, après les avoir expérimentés et confrontés au jugement des enseignants, les instruments de travail utiles pour avancer, avec d’autres, dans cette voie, la seule digne d’un pays moderne, c’est le but que le GRIP s’est fixé.

Il ne tient qu’à vous, Monsieur le Ministre, de démentir ce signe et de rétablir cette subvention, voire d’oser la relever à son niveau de 2009.

Le Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes.

01-01-2012

(1) http://www.slecc.fr/

(2) http://www.vousnousils.fr/2011/11/07/hausse-de-41-en-4-ans-des-depenses-de-communication-des-ministeres-de-leducation-516100

(3) http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/FPORSOC11l_D1_Eleves.pdf

(4) http://www.fondapol.org/etude/12-idees-pour-2012-3/

Khmers verts

Les programmes électoraux se ramassent à la pelle — et l’envie me prend parfois de les balayer comme feuilles mortes.

Les Verts viennent, par exemple, de publier le leur. Bravo au PS qui a trouvé malin, pour couler Hollande, de s’allier avec ces gens-là, en destituant de leur siège des députés installés ou des candidats solides, priés d’aller se faire élire et pendre ailleurs. Par exemple dans la première circonscription de Lyon, où Philippe Meirieu, qui se voit déjà ministre du Temps perdu, compte bien se présenter, malgré l’opposition féroce de Gérard Collomb (1).

Tout ça pour 5% de voix qui ne seront peut-être que 4…

Il est temps, plus que temps, d’analyser en détail les propositions d’Europe-Ecologie-Les-Verts. Certes, les diverses bourdes d’Eva Joly, depuis qu’elle est leur candidate officielle (Cécile Duflot se tenant en réserve pour 2017, on en a de la chance…) nous ont éclairés sur le potentiel tragi-comique de ce groupuscule. Mais quand même… Puisqu’ils s’occupent d’école, je m’occuperai d’eux.

Ici s’ouvre un nouveau chapitre de l’encyclopédie des nuisances.

(1) http://www.libelyon.fr/info/2011/11/collomb-ne-veut-pas-du-vert-meirieu-à-lyon.html

Europe-Ecologie : le mot même le révèle, on supprime la France, ce qui fera plaisir à tous les eurocrates, banquiers issus de Standard & Poors, disciples serviles d’Angela Merkel, actuellement ravie d’inventer le Quartum Imperium,  et autres maquignons de la République, bradée aux intérêts des lobbies transnationaux.

Le « trans » est justement l’un des maîtres-mots du programme Education des Verts (1). Ne rêvent-ils pas de « rompre la culture de la performance », en « redéfinissant les programmes en termes d’objectifs transdisciplinaires », pour arriver à un Bac en deux ans qui « associera validation d’unités capitalisables, présentation de travaux et épreuves transdiciplinaires » ?

L’autre terme révélateur de ce programme de destruction programmée de l’Ecole que des enseignants réactionnaires dans mon genre s’acharnent à conserver debout, c’est cette « école fondamentale » qui, « de 6 à 16 ans », « sans sélection ni orientation », « mettra en cohérence le primaire et le secondaire ». Et ce seront les « organisations représentatives » (entendre : le SGEN et le SE-UNSA, actuels thuriféraires de la politique ministérielle, et, demain, lèche-bottes de Verts rose pâle), les « mouvements et associations » (?) qui détermineront la structure fine et les programmes de cette école fondamentale-là.

« Ecole fondamentale » : l’expression mérite que l’on s’y arrête. EE-LV l’a piquée à Fondapol, le think tank (« think », c’est beaucoup dire, mais « tank », là, sûrement…) qui prétend penser la politique de la Droite (2), et qui ne pensait pas mal quand c’était Marie-Christine Bellosta qui leur soufflait des idées : mais un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. L’« école fondamentale » est donc le joli nom que Fondapol donne à cette école des Bantoustans de banlieue, où les pauvres apprendront (peut-être…) à dire et à écrire « Oui, not’ bon maître… », pendant que les enfants de riches se pavaneront dans un système parallèle à écrémage sévère. Entre les deux, pas même les ponts qu’instauraient les IIIème et IVème Républiques, où l’on s’efforçait de hisser les plus démunis au niveau de leurs talents effectifs : et je ne vois pas comment faire autrement, en toute honnêteté, que de permettre à chacun d’aller au plus haut de ses capacités.

Chez EE-LV, nous aurons juste le « fondamental », bien vissé dans le fondement. 

D’autant que tout système élitiste est considéré comme antidémocratique et sera donc impitoyablement détruit : Eva Joly et Philippe Meirieu son disciple veulent eux aussi « rapprocher fortement les grandes écoles et les universités », « en substituant progressivement aux classes préparatoires des parcours renforcés de licence, et en recrutant dans les écoles sur dossier et non plus sur concours ». Sans anonymat, ça ne sera pas joly-joly.

« Progressivement » — autre mot-outil d’EE-LV. C’est « progressivement » (mais assez vite quand même) que nous substituerons aux centrales nucléaires un réseau d’éoliennes qui fera merveille dans l’environnement, et, à l’exemple allemand, quelques centrales au lignite pas polluantes pour un sou. À moins que nous ne noyions quelques vallées alpines et les dernières populations rurales — comme à Belo Monte…

À se demander pour quel lobby ils roulent, eux. Il n’y a pas que le nucléaire qui complote, à Bruxelles et ailleurs.

Mais je suis de mauvaise foi : en fait, c’est un problème de culture — presque un choc de civilisation. Eva Joly vient d’un pays qui n’a aucun problème énergétique — du pétrole comme s’il en pleuvait, de l’eau à ne plus savoir qu’en faire, 4 700 000 habitants sur un territoire plus grand que la moitié de la France. Le Père Noël habite chez eux, et il est luthérien, de surcroît — ça prédispose mieux que l’inconscience latine aux petites économies.

Il y a vraiment, aujourd’hui, deux Europe : des Etats du Nord, en particulier l’Allemagne, « peuple d’élite, sûr de lui-même, et dominateur », comme aurait dit De Gaulle. Et une Europe du Sud qui paraît-il gît et gémit au soleil — et qui a inventé la démocratie, le droit, la culture, l’art et la civilisation, rien que ça.

Parce qu’enfin, la Norvège ou la Prusse au siècle de Périclès — ou à l’époque des Médicis…

À ce sujet…

Les Etats-Unis ne peuvent élire à la présidence un candidat né à l’étranger. Les Républicains avaient bien pensé faire un « amendement Schwarzenegger » pour permettre à l’ex-Monsieur Univers de se présenter, du temps où son accession au poste de gouverneur de Californie laissait espérer que… Mais il n’en était pas question : qui sait ce qu’il en aurait résulté, au cas où les USA entreraient en guerre contre l’Autriche…

Et si nous sommes confrontés, comme c’est très probable, à un troisième choc pétrolier, que fera une femme née dans un pays producteur de pétrole, même s’il n’est pas membre de l’OPEP ? Et si nous protestons contre l’extermination des baleines (un sujet 100% écolo), que fera l’ex-ressortissante d’un pays qui est largement responsable de la disparition de Balanea mysticetus — la  baleine franche du Groenland, que les écologistes vrais pleurent encore ? Et si nous célébrons dans nos manuels d’Histoire des dirigeants qui ne furent pas forcément vertueux, mais diablement efficaces (Richelieu ou Mazarin, ou Napoléon, ou Jules Ferry, ou…), que fera l’ex-juge coupeuse de têtes qui se prend pour Robespierre-bis — moins le talent d’orateur ?

Entre autres…

Eva Joly a donné la pleine mesure de son inculture le 14 juillet dernier en suggérant de supprimer les défilés militaires — qui ne marquent jamais que l’allégeance de l’armée à la nation, hé, patate !  Que les Verts, Noël Mamère en tête (3) lui aient emboîté le pas prouve juste que j’avais raison, dans la Fabrique du crétin, de dire que des acculturés n’ont plus les moyens de penser.

Que le PS ait pu croire que l’on s’associe sans risque avec des Khmers ; qu’il ait cru nécessaire, pour cadenasser Hollande, de le faire bien avant le premier tour, de façon à être sûr de se mettre à dos la gauche qui pense — je veux croire qu’il y en a une – alors qu’un accord entre les deux tours aurait pu s’opérer a minima ; qu’il s’imagine enfin que de tels alliés, qui leur ont arraché de quoi se tailler un groupe à l’Assemblée alors qu’ils ne représentent pas grand-chose dans le pays, sinon la promesse d’un retour à la barbarie — une barbarie douce, vaselinée —, voilà qui me fait douter de son envie de vaincre en 2012…

Mais après tout, c’est le même parti qui, pour le moment, croit que les syndicats les moins représentatifs ont le fin mot en matière d’enseignement.

Quant au chantage d’EE-LV sur le nucléaire… Chaque pays a des spécificités culturelles, économiques, énergétiques. Il ne s’agit plus de lobbies, il s’agit du travail et du confort des gens. Certes, les enfants n’auront plus de devoirs à la maison, ça économisera des bougies…

Peut-être faudrait-il se soucier d’indépendance — énergétique, politique, économique. Mais peu importe à un groupe de pression qui œuvre pour l’Europe, et pas pour la France. Le véritable « parti de l’étranger », il n’est pas rue de Solférino, quoi qu’en dise Christian Vanneste, il est partout où l’on pense global au lieu de penser national. Il est dans le libéralisme déréglé — et les Verts en sont une composante évidente, sans même s’en apercevoir, tout comme le pédagogisme a inspiré la politique d’éradication des enseignants. Il est partout où l’on prétend subordonner nos intérêts, notre culture, notre économie, nos emplois, notre école et nos vies aux desiderata d’une poignée de banquiers avides, de pédagogues frustrés et d’écolos illuminés.

Jean-Paul Brighelli 

(1) Disponible sur http://www.scribd.com/fullscreen/75152521

(2) Lire l’intégralité des propositions de Fondapol sur http://www.fondapol.org/etude/12-idees-pour-2012-3/

Ce qui concerne l’Ecole est vers la fin…

(3) http://lci.tf1.fr/politique/defile-du-14-juillet-eva-joly-cree-la-polemique-6580194.html