Cachez ce sein, etc.

Capture d’écran 2017-12-01 à 05.46.11« De nouvelles libations à Cypris terminèrent cette seconde épreuve et l’on m’interrogea. Ô mon amie ! dis-je à Delbène qui me questionnait, j’avoue, puisqu’il faut que je réponde avec vérité, que le membre qui s’est introduit dans mon derrière, m’a causé des sensations infiniment plus vives et plus délicates que celui qui a parcouru mon devant. Je suis jeune, innocente, timide, peu faite aux plaisirs dont je viens d’être comblée, il serait possible que je me trompasse sur l’espèce et la nature de ces plaisirs en eux-mêmes, mais vous me demandez ce que j’ai senti, je le dis. »

Mon père travaillait alors à l’Evêché — ainsi appelle-t-on ici l’office central de la police marseillaise. Il en avait profité pour mettre la main sur toute une série d’ouvrages alors interdits par la censure pudibonde de la Vème République commençante et saisis par la maréchaussée. C’est ainsi que vers 10 ans, ayant épuisé notre maigre bibliothèque de bas en haut, je tombai sur Histoire d’OCapture d’écran 2017-12-01 à 10.32.12 et les tribulations de Justine puis de Juliette,Capture d’écran 2017-12-01 à 10.31.42 les uns et les autres dans l’édition d’origine de Jean-Jacques Pauvert, régulièrement poursuivi dès qu’il imprimait et diffusait ces petits chefs d’œuvre.
La petite citation ci-dessus est extraite de l’Histoire de Juliette — et quelques lignes plus loin, Delbène conclut une séance de fouterie particulièrement approfondie par ces mots ailés, comme dit Homère : « Vous m’avez fait mourir de volupté, asseyons-nous, et dissertons. »

Et je profitai de la philosophie sadienne comme j’avais profité de sa mise en application.
J’avais dix ans. Quelques années plus tard, mon prof de philo, l’immense Michel Gourinat, nous donna comme sujet, en khâgne, « l’immoralité ». Arguant que le problème que posait ce sujet était dans le –ité qui mettait en action cette anti-morale, j’alternai dans ma dissert scènes de cul et raisonnements philosophiques. Je décrochai ainsi la meilleure note, résultat peu couru d’avance avec un maître aussi exigeant : mais un maître qui ne l’est pas est-il encore un maître ?

Pourquoi pensais-je à cette minuscule anecdote ? Parce qu’Anastasiegill est de retour dans notre société jadis permissive, désormais pudibonde. Sauf que la censure jadis générée par les ligues de vertu l’est aujourd’hui par les ligues féministes et leurs émules. Jamais l’injonction de Tartuffe — « Cachez ce sein que je ne saurais voir » — n’a été si prégnante. Dernier épisode en date de ce retour des grands ciseaux, la réaction outrée des autorités allemandes et anglaises devant les affiches annonçant la grande rétrospective Egon Schiele (on va célébrer l’année prochaine le centenaire de la grippe espagnole qui l’emporta, à 28 ans — lui, sa femme et son enfant à naître, et Apollinaire en sus, et 100 millions de pékins d’après les estimations les plus récentes)

.Untitled-9Censure bénie pour le musée Leopold de Vienne, qui a immédiatement répliqué en fournissant des affiches à carré blanc qui expliquent que cent ans après, le grand artiste viennois est toujours aussi scandaleux.Capture d’écran 2017-12-01 à 05.20.11Cela rejoint la censure méticuleuse exercée par Facebook. Un instituteur amateur d’art se bat depuis 2011 contre la société de Zuckerberg, qui autorise sans problème sur son réseau une prostitution à peine déguisée (dès que vous avez passé un certain seuil d’« amis », d’accortes demoiselles peu vêtues — mais dans les clous du règlement interne — se présentent à vous sous l’étiquette « fleuriste » ou « coiffeuse », et vous font des offres sans ambiguïté si jamais vous les acceptez) mais qui censure impitoyablement Courbet et son Origine du monde.6041107_1-0-491569311_1000x625Le clou de cette procédure est que Facebook prétend — c’est sa ligne de défense — que le droit français ne s’applique pas à une société basée en Californie, quoiqu’elle exerce dans le monde entier, et quoi que puissent dire les tribunaux français. En revanche, le droit américain s’exerce lourdement sur les sociétés européennes opérant aux USA. Selon que vous serez puissants ou misérables…
Ce qui nous amène au GAFAM — Google / Apple / Facebook / Amazon / Microsoft. Non contents de dominer le marché du numérique, ces sociétés s’arrogent le droit de réécrire… le Droit.
Et c’est bien là l’essentiel de la menace. Que des coincées du cul exigent l’écriture inclusive, l’accord préférentiel au féminin, le droit de faire l’amour à 18 ans ou s’insurgent contre telle ou telle représentation, tel ou tel écrivain ou metteur en scène, n’a rien de bien nouveau : les imbéciles sont nombreux, et vocifèrent. Que l’on censure tel ou tel créateur au nom du politiquement correct témoigne juste du degré d’inculture de l’oligarchie au pouvoir. Mais que l’on nous abandonne, pieds et poings liés, aux appétits de firmes « mondialisées » en nous faisant croire que c’est inéluctable, ça, c’est inqualifiable. Il faut dénoncer les traités aberrants signés ces dernières années par des gouvernements vendus — la façon dont Najat Vallaud-Belkacem a bradé l’Education nationale à Microsoft n’en est qu’un exemple parmi d’autre. C’est impossible ? Parlez-en aux Chinois, qui ont expliqué doctement à Google ou Apple qu’il leur fallait passer sous leurs fourches caudines, ou aller se faire voir ailleurs. Et s’ils renâclent, saisissons immédiatement tous les biens de ces gens-là, tous ceux qui sont à notre portée — et poursuivons-les partout dans le monde, comme le Mossad a poursuivi Eichmann ou Mahmoud Hamchari. Pas de pitié pour la bêtise. Pas de sursis pour l’hypocrisie.
Il est insupportable que des gouvernements français se plient aux desiderata de gens qui n’apportent rien à la France — guère en emplois, rien en impôts. Les vrais scandales sont là — pas dans la censure temporaire d’un Nu d’Egon Schiele, d’une peinture de Balthus jugée pédophile ou d’un gros plan sur le sexe attentif de Joanna Hifernan.

Jean-Paul Brighelli