Demain l’Afrique !

Capture d’écran 2018-07-21 à 04.55.43Avant tout, précisons un point : que tel ou tel Français ait telle ou telle origine m’indiffère totalement — pourvu qu’il se sente prioritairement Français. Quand ça m’arrange, je parle volontiers, après le troisième verre de Fiumicicoli, de mes racines corses ou toscanes.
Oui, mais voilà, me direz-vous, tout cela reste Blanc.
Et alors ? Que vous importe ? « Un jour tôt ou tard / On n’est que des os… / Est-ce que les tiens seront noirs ? / Ce serait rigolo… »
On veut réformer la Constitution, qui explique que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », et qu’elle « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Que l’on est Homme, sans être assigné à résidence ethnique…
Oui, mais voilà : d’aucuns aimeraient bien que nous en parlions un peu plus, de race et de religion, ou de banlieues, ce mot magique dans lequel disparaît aujourd’hui l’identité française. D’aucuns aimeraient bien que la France éclate en communautés si possible antagonistes… Où les Blancs feraient profil bas, au nom de leur passé esclavagiste… Où seraient reconnues toutes les origines, toutes les appartenances — tout ce qui justement est fondu dans le mot « Français ».
Non, non, ce n’est pas le PIR de Houria Bouleldja qui attire notre attention sur la suprématie africaine. C’est Paris-Match, c’est Courrier International, et à la base, c’est le New York Times.

Dans un article plein de sens paru samedi 21 juillet dans le Figaro, mon sociologue québécois préféré, Matthieu Bock-Côté, analyse avec finesse ces déclarations pleines d’onction, auxquelles Barack Obama a donné sa bénédiction en soulignant que les joueurs victorieux de l’équipe de France n’étaient pas, majoritairement, « gaulois » (il devrait voyager, cet homme, il saurait que les Gaulois, en France, n’existent plus qu’à l’état de traces). « Une manière comme une autre, dit notre Québécois, d’inviter le pays à « mettre à jour ses représentations collectives et à se détacher de ses vieilles légendes. »
En 1998, on avait trouvé cette jolie formule, la France Black-Blanc-Beur. L’allitération unifiait le pays. Vingt ans plus tard, les médias insistent : la victoire est une victoire africaine. Paris-Match précise même — ce qui aurait valu à son journaliste de perdre la tête en 1793 : « Sur le terrain, parmi les onze joueurs qui débutent cette finale du Mondial 2018 à Moscou, cinq sont d’origine africaines. Et pas des moindres : les deux Camerounais, Kylian MBappe (moitié algérien, moitié camerounais) et Samuel Umtiti (né à Yaoundé) ; Paul Pogba, né à Lagny-sur-Marne de parents guinéens (d’ethnie Kpelle) ;N’Golo Kanté d’origine du Mali et Blaise Matuidi, né à Toulouse de parents qui ont fui l’Angola pour la République démocratique du Congo. » Et d’ajouter que si l’on analyse les origines des remplaçants, c’est tout aussi frappant. Saga Africa !
Et Griezmann, qu’est-ce qu’il est ? Germano-lusitanien, paraît-il ? Quand vous le voyez évoluer sur un terrain, c’est à ça que vous pensez ? Et Olivier Giroud ?
Ah, c’est qu’au fond, ils sont des taches dans la pureté du noir ivoire…

Si en revanche je dis qu’une large proportion de délinquants, dans nos prisons, est d’origine extra-européenne, ça tombe sous le coup de la loi. Et Bock-Côté de commenter : « Mentionner les origines d’un délinquant serait raciste, mais rappeler les origines d’un joueur serait une célébration admirable de la diversité. La diversité est une richesse quand elle gagne mais il devient raciste de la mentionner quand elle prend le visage de la fracture du pays. On pourrait parler d’une ethnicisation des rapports sociaux à géométrie variable. »

Que les Etats-Unis nous somment de reconnaître la mosaïque, et même de ne plus voir que ça, n’a rien d’étonnant : ils rêvent d’une France tribale. Les médias américains donnent aux indigénistes français, ceux qui écrivent les Blancs, les Juifs et nous, assimilés hâtivement à leurs propres mouvements pour les droits civiques des années 1960, une place disproportionnée dans leurs colonnes. « Le racialisme américain, conclut Bock-Côté, pousse ainsi à la négation des histoires nationales pour recomposer la société selon le modèle de la compartimentions ethnique. »
Ce serait une expérience fascinante de flâner sur les grands boulevards avec de petits drapeaux accrochés sur la tête — selon les origines de nos parents, grands-parents, ancêtres et anthropopithèques divers. Nous nous regarderions en chiens de faïence, sommant les autres d’afficher leur généalogie. Fin de 2000 ans d’Histoire française, noyée dans un grand bain de communautés rivales. Puis au nom de la démocratie, nous instituerons des conseils municipaux multi-ethniques. Puis nous autoriserons la prière en classe, parce que la laïcité, ce produit si strictement français que les Américains, quand ils en parlent, l’écrivent en italique, n’est pas compatible avec le tout-communautarisme. Puis…

Les apprentis-sorciers qui veulent aujourd’hui effacer toute référence à la race dans la Constitution (ils devraient apprendre à lire, la Constitution dit justement que a France ne reconnaît aucune « race ») préparent en sous-main la reconnaissance des « origines ». Pourquoi ne pas inscrire son arbre généalogique sur ses papiers d’identité ? « Nationalité française », c’est un peu court, jeune homme. Ajoutons-y la religion, comme les Allemands. Puis celle des parents et des grands-parents — comme Pétain.

Dans un livre un peu oublié, Chien blanc, Romain Gary met en scène divers acteurs hollywoodiens des années 1960 se flagellant à l’idée que leurs ancêtres furent esclavagistes ou génocideurs d’Indiens. Et de raconter, tongue in cheek, qu’il leur avait signalé, en passant, que tel arrivait d’un shtetl ukrainien, tel autre d’un village du Mezzogiorno, et que leur responsabilité dans la traite atlantique ou le massacre de Wounded Knee n’était pas bien établi… Tout comme la responsabilité de 99% des Français dans la colonisation n’est bien nette — à moins que tu ne juges sur la couleur de la peau, raciste que tu es !

Le foot m‘indiffère, c’est un choix sportif : jamais bien compris pourquoi ces jeunes gens ne saisissaient pas la balle entre leurs mains pour aller marquer entre les poteaux. Mais la nation, en revanche, m’importe beaucoup : la France est un creuset dans lequel divers métaux ont été fondus pour faire un alliage indestructible — un alliage que les donneurs de leçons yankees et les valets qui les servent aimeraient rompre et éparpiller façon puzzle. Afin de régner en maîtres.
Pendant ce temps la Chine…

Jean-Paul Brighelli