Du nouveau dans l’édition !

najat vallaud belkacemJ’adore cette photo : on sent bien que le photographe a conseillé à son modèle d’avoir l’air de penser.
La séance a dû être longue.
Bref…

Najat Vallaud-Belkacem renonce donc à briguer la tête du PS, qui n’arrivait pas à lui garantir le salaire qu’elle demandait, et elle entre dans l’édition : elle sera directrice de collection chez Fayard.
D’aucuns pourraient s’étonner : elle a donc aussi des compétences dans ce domaine ? Pas plus pas moins qu’en tant que ministre de l’Education.
L’ex-protégée de Ségolène Royal, dont elle fut porte-parole ; l’ex-ministre de François Hollande ; l’ex-chouchou de Gérard Collomb — avant qu’il la voue aux gémonies — a donc annoncé son intention de diriger une collection d’essais intitulée « Raison de plus » et « consacrée aux batailles culturelles du progressisme », a-t-elle expliqué à l’Obs (autant s’exprimer chez soi). Son but ? Faire émerger de nouvelles propositions et de nouveaux talents. Elle aura fort à faire, l’expression « intellectuel de gauche », après avoir été un quasi-pléonasme dans les années 1950-1960, est devenue un oxymore. Sic transit.

J’ai moi-même un petit passé éditorial. J’ai travaillé — il y a plus de trente ans à présent — avec Louis Magnard, qui était un grand éditeur ; avec Marie-Pierre Brossollet (chez Belin), qui était une grande éditrice ; avec Franck Spengler, qui domine la scène éditoriale érotique (mais pas seulement) depuis des lustres ; et surtout avec Pierre Marchand, chez Gallimard — l’inventeur des Folio-Junior, des « Livres dont vous êtes le héros », de la collection Découvertes et des Guides Gallimard. Seul ou en société, j’ai participé à ces diverses aventures éditoriales. Dix ans de bonheur.
Et avec Jean-Claude Gawsewitch, d’abord chez Ramsay, puis dans la maison qui porte son nom, avant qu’il ne rachète Balland. Ce furent les heures glorieuses de la Fabrique du crétin — et de la suite. Gawsewitch était un vrai éditeur, rusé, matois, légèrement arnaqueur — mais avec un sens éditorial certain. Je lui ai amené fin 2010 un ami du PS (si, si, j’en ai !), Guillaume Bachelay, qui était certainement, à l’époque, le type le plus doué de sa génération — à tel titre que le PS l’a tuer, comme dit l’autre, même s’il est toujours membre de sa direction collégiale. Un garçon doté d’un sens aigu de la formule qui tue. Je pensais que Bachelay avait un vrai livre en lui — un vrai livre politique de haut niveau.
Mais il était aussi bon camarade, et il nous a amené la petite Vallaud-Belkacem, à peine plus jeune que lui, qui se demandait alors que faire (j’allais dire « comme Lénine », mais n’exagérons pas). « Promise à un brillant avenir », nous dit Guillaume. Bien. Et alors ? « Nous allons signer à deux un abécédaire sur le FN » — et c’est ainsi que parut en septembre 2011 aux éditions Gawsewitch un opuscule intitulé Réagissez ! Répondre au FN de A à Z. Pas ce que j’ai fait de plus brillant, mais c’était en quelque sorte une bonne œuvre.41eF7us2BhL._SX290_BO1,204,203,200_« Signer à deux »,

avait dit Bachelay. En fait, il donna au livre son style, ses formules, ses idées, sa syntaxe. Vallaud-Belkacem fit le reste. Après tout, elle avait réalisé la même opération l’année précédente avec Eric Keslassy (Pluralité visible et égalité des opportunités, un excellent titre promu par la Fondation Jean-Jaurès et consultable en ligne. Une certaine Julie de Klerk, « diplômée de Sciences-Po et normalienne », a dû assurer, comme on dit, le « secrétariat d’édition » de cet hymne à la discrimination positive en faveur des « minorités visibles ». La façon dont nos trois penseurs opposent l’universalisme républicain à un « nouveau concept » baptisé par eux « l’égalité des opportunités » (c’est pages 27-28) vaut vraiment le coup d’œil. Comme quoi le PIR est toujours possible…
« Secrétaire de rédaction » est l’appellation éditoriale du nègre. Pas de problème, 80% des essais signés de personnalités diverses sont issus de la plume d’un ghost writer, comme disent les Anglo-saxons. Tout le monde sait (et j’ai vu sur manuscrit, ayant pu évaluer ce qui venait de Bachelay et ce qui venait d’elle) que Najat ne sait pas écrire, et à peine parler. Ce n’est pas un défaut pour un politique, auquel on demande essentiellement de se confiner à des idées reçues. Et de ce point de vue, elle est exemplaire.
De là à assurer un service éditorial… D’autant que l’annonce qu’elle a faite de ses intentions n’incite pas à penser qu’elle est là pour promouvoir la diversité. Ce sera monocolor rose. « J’ai tellement souffert de la trop faible qualité du débat public ces dernières années que je m’étais promis qu’un pan de ma vie future serait consacré à l’aider à reprendre du souffle, justifie-t-elle. On ne peut pas se satisfaire du seul spectacle médiatique quotidien entre commentateurs, polémistes et adversaires politiques qui finissent par se caricaturer eux-mêmes. On a besoin de penseurs, de chercheurs qui acceptent de se mettre à portée d’homme et nous aident à être collectivement plus intelligents. » C’est beau.

Est-elle la personne la plus qualifiée pour ce travail ? JNRPACQ, je ne répondrai pas à cette question. Fayard avait-il besoin d’elle ? JNRPACQ. D’ailleurs, Fayard (aujourd’hui succursale de Hachette) qui fut l’éditeur des vieilles gloires de la franchouillardise et de l’antisémitisme dans les années 1900, devrait peut-être y réfléchir à deux fois. S’ils tiennent absolument à la garder, ils devraient lui confier la réédition — qui s’impose — des vieilles gloires de la maison — par exemple Charles Merouvel, l’immortel auteur de Chaste et flétrie, un monument du roman-feuilleton.f1 L’ancienne secrétaire d’Etat aux droits de la femme, qui n’a pas bien pris d’arriver troisième aux législatives à Villeurbanne, pourrait vraiment s’épanouir dans cette histoire de viol et de rédemption.

On demandait un jour à Frédéric II, à la veille d’une bataille décisive, ce qu’il ferait en cas de défaite. « J’irai à Venise, dit l’illustre souverain, et je me ferai médecin. » Voltaire, qui dînait à sa table, murmura entre ses dents — assez haut pour qu’on l’entendît : « Toujours assassin… » Ma foi, en cas d’échec, on ne peut plus s’improviser toubib — il y a désormais des règles et des examens. Mais éditeur, oui, apparemment.
Quant à savoir qui elle assassinera…

Jean-Paul Brighelli

0036199PS. Ajoutons une note positive : courez donc vite voir l’Insulte, le film de ZIad Doueiri. C’est un grand film politique — et accessoirement un très bon film de prétoire, comme les Américains ne savent plus les faire. Et il a déplu au Monde !