La haine de la culture

roselyne-bachelotOn se souvient que dans 1984, le Ministère de la Vérité (« Miniver » en novlangue) s’occupe de la Propagande, et celui de l’Amour est chargé de la torture. Nous n’en sommes pas loin : au Ministère de la Culture on nous a installé Roselyne Bachelot. Dans la novlangue du macronisme comme dans celle inventée par Orwell, les mots signifient à peu près le contraire de ce qu’ils disent.
J’avoue que j’ai eu autrefois un préjugé favorable pour Bachelot, dont les tailleurs flamboyants contrastaient avec le sérieux tristounet des sarkozystes. Une pharmacienne au ministère de la Santé, pourquoi pas ? J’aurais dû me méfier, on y a bien installé depuis un médecin qui passe son temps à inquiéter les gens bien portant, qui sont probablement des malades qui s’ignorent, comme dit Knock, et à désespérer les vieux…
Puis elle a révélé sa nature profonde, en devenant l’une de ces créatures médiatiques interchangeables avec lesquelles on fait de jolies couvertures pour les hebdos-télé. Avoir participé aux Grosses têtes a laissé des traces. C’était une femme souriante et apparemment consciente de ses limites, un bon point pour un ministre auquel ses laquais murmurent chaque matin « Monseigneur est beau » — comme Montand dans la Folie des grandeurs — et qui finissent ordinairement par le croire. Elle est devenue une caricature.

Ça a débuté comme ça : si elle avait été ministre de la Culture le 28 février dernier, lorsque J’accuse a été récompensé (fort justement) par l’Académie de l’entre-soi cinématographique, « je me serais levée et je serais partie », comme Adèle Haenel, pour protester contre l’attribution d’une énième récompense majeure au plus grand réalisateur français.
Qu’un ministre, qui par fonction doit rester au dessus de la mêlée, prenne modèle sur les comportements hystériques d’un quarteron de starlettes nulles et d’acteurs à la ramasse désireux de se faire un peu de publicité sur le dos d’un génie, voilà qui nous donne une idée de la dégringolade de la fonction, depuis Malraux. Qu’un ministre se rapetisse à son être de femme, et qu’une femme se ramène à sa fonction ovarienne et déclare sa solidarité avec quelques imbéciles du même sexe me sidère. Mais je ne devrais pas m’étonner, après tout, juste après les Césars, et parce que j’expliquais en cours que 1. Polanski était français et ne ressortait pas des lois américaines et que 2. en tout état de cause, et quelle que soit la qualification d’actes commis il y a 60 ans avec la bienveillance de la mère de la victime supposée et le pardon réitéré de cette dernière, il n’y avait même pas lieu d’enquêter, les faits étant prescrits ; et qu’enfin 3. si nous devions traîner en justice tous les grands artistes ou écrivains, de l’un ou l’autre sexe, qui furent de très vilains garnements, le monde de la culture serait un désert global… j’ai eu la surprise de trouver, sur les murs de mon lycée, cet implacable raisonnement mathématique produit par des élèves de classe préparatoire — une bonne indication de la hausse continue du niveau : « Polanski violeur / Brighelli complice ».
Et « Céline antisémite / Brighelli complice » ? Je n’y ai pas eu droit juste parce que ces demeurées n’y ont pas pensé, ou qu’elles n’en sont pas encore à avoir lu Céline ?

Sur ce, confinement. Bachelot, qui doit pourtant être vaguement chargée de la défense du Livre, a décidé dans une langue qui n’est pas exactement celle de Molière que les libraires seraient juste autorisés au « click and collect ». Autant leur mettre une balle dans la nuque tout de suite. Ceux qui avaient tout juste survécu en mai mourront pour le compte.
D’autant qu’au même moment, les rayons « librairie » des grandes surfaces continuaient à vendre la bibliothèque rose, et que la FNAC était autorisée à rester ouverte, sous prétexte que la chaîne vend aussi des équipements informatiques indispensables au télé-travail.
Roselyne Bachelot est donc — comme le reste du gouvernement, d’ailleurs — ministre de ces acteurs majeurs de la vie intellectuelle que sont Auchan et Leclerc, et d’un groupe qui vend pêle-mêle « produits » culturels et gadgets de geeks. Dans une fiction orwellienne, ce « ministère de la Culture » ne garderait plus son nom que par antiphrase. D’ici peu, Cyril Hanouna revendiquera le Ministère de l’Education. Il pourra y défendre la laïcité…

Devant le tollé provoqué par cette décision ubuesque, le gouvernement a courageusement franchi le pas : la FNAC et les grandes surfaces ont elles aussi interdiction de vendre des livres. Un peu comme si les salariés du public, protestant contre les salaires supérieurs de leurs homologues du privé, obtenaient finalement que ces derniers soient ramenés au SMIC. L’idée même d’interdire des rayons spécifiques dans des magasins par ailleurs ouverts ne pouvait germer que dans la tête des acculturés qui nous gouvernent. Idée qui ouvre un boulevard à Amazon et autres distributeurs internationaux. L’ubérisation de la culture est en bonne voie.

Evidemment un livre — même tout fraîchement sorti des presses — est toujours un regard rétrospectif. Et la modernité, qui veut croire qu’elle a tout inventé, ne regarde qu’en avant. Il en est de même pour les films — et les vendeurs de CD / DVD sont eux aussi les objets de la vindicte bachelotienne : ça ne peut être un hasard. Nous ne regarderons donc que ce qui sera proposé dans les lucarnes des GAFAM pendant un mois. Avec un peu de chance, nous en prendrons l’habitude, nous quémanderons une nouvelle série Netflix comme les chiens jappent pour avoir leur pâtée. Certains se résigneront plus aisément, puisqu’il leur suffit d’avoir le Coran. Avec un peu de chance, nous finirons tous bêtes à bouffer du foin — à l’image de certains zéros qui ne multiplient que parce qu’ils sont ministres.

Jean-Paul Brighelli

Confiteor ! Miserere !

les-gendarmes-ont-prefere« Peccavi, pater optime ! » dit-il d’un air contrit à Olivier Véran. Ce début eut un grand succès. Les gens adroits parmi les politiques virent qu’ils avaient affaire à un homme qui n’en était pas aux éléments du métier… » Voilà ce que Stendhal aurait écrit s’il avait sous-titré le Rouge et le Noir « Chronique de 2020 ».
Car il s’agit bien de faire acte de contrition. De nous repentir de nos fautes. D’accepter notre pénitence.

L’interdiction des parcs et jardins, la fermeture des espaces verts, la surveillance par drones des sommets pyrénéens et des causses du Larzac, les plages du Languedoc ou des Landes interdites, le massif de Marseilleveyre interdit aux excursionnistes marseillais, les pôvres, et des dizaines de millions d’euros d’amendes récoltés par les apôtres zélés du Pouvoir Médical n’avaient aucune utilité pratique, si tant est que le confinement en ait eu un. Mais il avait un sens moral. Nous avions fauté, nous étions suspectés de pécher encore — en actions, et grâce à la loi Avia, l’un des multiples à-côté du coronavirus, en paroles également.

Qu’aurait donné l’épidémie de SIDA si au lieu de se répandre dans les années 1980, elle avait éclaté en cette année 2020, où tant de gens pètent de trouille ? Aiguillonnés par des ministres imposant à la foule docile un nouveau code de conduite, aurions-nous béni les « sidatoriums » proposés par J.M. Le Pen pour circonscrire le « cancer gay » ? Qu’auraient fait les enseignants devant des élèves fraîchement transfusés, des étudiants sodomites ou des héroïnomanes en liberté ? Si la mortalité du Covid-19 est de 0,3% en moyenne, celle du SIDA en ces années d’avant l’AZT était de 100%.
Or, que fit-on alors ? On diffusa des spots publicitaires conseillant de « sortir couvert » (et encore, pas pendant les fêtes de Noël), , et c’est tout. Les back-rooms des boîtes du Marais restèrent ouvertes. Benetton en fit une pub. Pour inquiets que nous fussions à force de voir nos amis mourir, nous persistâmes à vivre et à aimer. Et sans confesser nos fautes, ni nous flageller en public, prêcheurs d’amour libre que nous étions…

Il a suffi aujourd’hui qu’un quarteron de scientifiques à compétences floues hausse le ton pour que la France ait peur. L’épidémie recule sur tous les fronts, mais des voix s’élèvent pour que les films ne célèbrent plus le rapprochement des corps, exaltent les gestes-barrières et les masques FFP2. Enfoncé, le Code Hays qui interdisait de 1930 à 1965 de montrer des époux dans la même lit sans que l’un de leurs pieds touche le sol — et tout habillés, encore. Ridiculisée, la chasse aux sorcières, où McCarthy fit trembler l’Amérique avec la peur du blob rouge géant qui allait engloutir tous les enfants de Coca-Cola et du beurre de cacahouète.
Un virus à couronne, appartenant à une vaste famille identifiée depuis des décennies et qui a déjà fait parler d’elle sans causer d’effroi particulier, a déstabilisé la France, et bon nombre de pays ordinairement peu réceptifs aux psychoses collectives.
Trop de bien-être. Trop de laisser-aller. Trop de couples enlacés, de mains tendues, et d’éternuements dans le soleil matinal. Trop peu de discipline. Un totalitarisme à prétexte scientifique s’instaure, instille une crainte massive, légitime toutes les exactions gouvernementales et patronales. Via le télé-travail institutionnalisé grâce au virus, vous bosserez 48 heures par semaine. Vous accepterez des réductions de salaire, comme British Airways qui a coronaviré ses pilotes, puis les a réembauchés avec 50% de baisse, après un sermon édifiant d’Alex Cruz, son PDG. Vos vacances, grignotées. Vos enfants, abêtis des pieds à la tête. Et vous, ubérisés jusqu’au trognon.

« Tu ferais mieux de gagner le pardon du gouvernement par ton repentir », dit encore Olivier Véran. Et le Français moyen qu’il sermonne ainsi de répliquer : « Ah ! Je me repens, Seigneur, si vous saviez comme je me repens, et ma fille aussi se repent, et mon gendre sacrifie une vache tous les ans, et mon petit-fils, qui va sur ses sept ans, nous l’avons élevé dans la repentance… » — enfin, c’est à peu près ce qu’ils diraient, pour peu qu’ils aient des lettres, et qu’ils aient lu les Mouches, où Sartre analyse (fort bien) le mécanisme de la culpabilité collective.

C’est dit : je vais de ce pas à la plage, et je dénoncerai aux brigades de la Vertu les parents inconscients qui s’étendent mollement sur leurs serviettes en attendant que leurs bambins aient construit leurs châteaux de sable : tous debout, tous en mouvement, tous « dynamiques ». Dans nombre de camps disciplinaires les détenus devaient marcher, marcher encore. Eh bien, nous y revoilà — et avec enthousiasme.

Jean-Paul Brighelli

Olivier Véran en proie au double bind

Capture d’écran 2020-05-03 à 15.28.26Il y a… quelques années, j’enseignais la Communication à Paris-III. Et quitte à décevoir mes étudiants, j’avais axé mon cours sur l’essence de la communication, qui n’est pas du tout l’ouverture à l’autre et l’échange d’informations, mais la conquête du pouvoir. Bien communiquer, dans l’idéal, c’est faire taire l’autre. Le modèle absolu, c’est « le Corbeau et le Renard » : le rusé goupil y dit juste ce qu’il faut (dire trop excède toujours le projet) pour que la « volatile malheureuse », comme dit ailleurs La Fontaine, lâche sa proie. Communication impeccable, performatif pur, feed back sans paroles, reste zéro.

Je m’étais passionné à cette époque pour l’Ecole de Palo-Alto et les écrits de Bateson, Watzlawick et consorts. En particulier, le double bind, cette « double contrainte » qui vise à rendre fou l’interlocuteur. « Fais ceci et ne le fais pas » — en même temps, comme dit l’autre… C’est l’une des clés des comportements psychotiques, le sujet soumis à de tels impératifs contraires finit paralysé, incapable de décider quoi que ce soit — et finalement absorbé par le serpent, que ce soit celui de la Genèse ou celui de Mowgli.

J’ai pensé à ces vieux cours en écoutant l’interview d’Olivier Véran réalisée le 2 mai par le Parisien. Notre distingué ministre de la Santé venait de présenter au conseil des ministres un texte prolongeant de deux mois — jusqu’au 24 juillet, et davantage si nécessaire — l’état d’urgence sanitaire : ils n’y croient pas, au gouvernement, à l’extinction de l’épidémie annoncée par Didier Raoult.

Et puis il faut reconnaître que c’est bien pratique, un état d’urgence : cela vous permet de légiférer par ordonnances dans des domaines qui n’ont aucun rapport avec la santé, et d’annoncer tranquillement la fin des 35 heures et leur remplacement par les 48 heures, la suppression des ITT, le décalage des vacances, la création d’une milice appelée poétiquement « brigade d’anges gardiens », et autres joyeusetés susceptibles de paniquer encore davantage le pauvre populo, confiné jusqu’à l’automne ou peu s’en faut.
Mais « en même temps », il faut opérer le déconfinement, parce que la France va tout droit vers la faillite et l’illettrisme. Attention, pas partout, pas pour tout le monde, certains seront plus punis que d’autres. Inquiéter / rassurer. Sortez, ne sortez pas. Sortez masqués. Tremblez de peur, mais allez bosser. Confiez vos enfants à l’Ecole, mais gardez-les chez vous.

De quoi mettre la population entière en état de psychose. Olivier Véran est un docteur dont l’ordonnance vous rend malade. Il rassure tout en inquiétant. Le malade sort de chez lui tout à fait tétanisé, et se précipite, hagard, dans tous les magasins où il trouvera, pour une somme tout à fait déraisonnable, des masques protecteurs qui d’ailleurs ne protègent guère, mais qui seront obligatoires dans les transports en commun, sous peine d’amende. On ouvre les écoles et le métro, mais on maintient les bars fermés et les plages closes. Marseille se déconfine à la bonne franquette ? Des brigades à cheval surveillent le bord de mer, des vedettes d’intervention rapide se ruent sur toute barque, des drones surveillent les calanques. Il va de soi que l’archipel du Frioul, les longues plages de la Corniche et les hauteurs de Marseilleveyre sont des lieux hantés de coronavirus. Comme les plages des Landes et du Languedoc — départements « verts », si j’en crois la belle infographie officielle.

Rappelez-vous le docteur Knock et sa jouissance à savoir « que, dans quelques instant, il va sonner dix heures, c’est la deuxième prise de température rectale, et que, dans quelques instants, deux cent cinquante thermomètres vont pénétrer à la fois… » La médecine dont on nous accable est une médecine punitive — et il faudra bien que j’explique un jour quels péchés mortels on nous fait payer en ce moment. En attendant, il ne fait pas bon se vanter de défier la médecine selon le bon docteur Véran / Knock :

« KNOCK : Ce que je n’aime pas, c’est que la santé prenne des airs de provocation, car alors vous avouerez que c’est excessif. Nous fermons les yeux sur un certain nombre de cas, nous laissons à un certain nombre de gens leur masque de prospérité. Mais s’ils viennent ensuite se pavaner devant nous et nous faire la nique, je me fâche. C’est arrivé ici pour M. Raffalens.
LE DOCTEUR : Ah ! le colosse ? Celui qui se vante de porter sa belle-mère à bras tendu ?
KNOCK : Oui, il m’a défié près de trois mois… Mais ça y est.
LE DOCTEUR : Quoi ?
KNOCK : Il est au lit. Ses vantardises commençaient à affaiblir l’esprit médical de la population. »

Si vous n’avez pas le covid-19, vous n’en serez pas moins malade, grâce au double bind habilement distillé et instillé par le bon docteur Véran — au nom du principe de précaution, et de l’intérêt bien compris des labos qui cherchent un traitement très onéreux que les plus pauvres mêmes s’efforceront de se payer, tant l’angoisse sera montée dans la foule, avec des conférences de presse tout à fait optimistes et des médias parfaitement indépendants. Il ferait beau voir que l’on vous soignât avec « des remèdes de quatre sous » — Knock toujours.

Jean-Paul Brighelli

Chronique intégralement dédiée à JCG, généraliste qui offre à tous les internes venus s’aguerrir dans son cabinet un exemplaire du chef d’œuvre de Jules Romains — et à qui je dois l’essentiel de mes connaissances médicales : bien manger, bien dormir, bien vivre, et cesser de se poser des questions idiotes.

L’instant mouton

Comme un seul homme ils se sont confinés. Dès qu’on le leur a dit. Dès qu’on les a sifflés. Ils ont sagement rempli les Ausweis inventés par le gouvernement, et ne sortent plus qu’en catimini, guettés par une peur du gendarme qu’ils n’ont jamais, éprouvée à ce point, la France étant depuis toujours un pays qui aimait flirter avec la limite. Mais c’est fini. Ils se relaient pour sortir le chien, mesurent exactement le kilomètre fatal qui leur est octroyé autour de leur immeuble, et consentent à cuisiner des pâtes et du riz à tous les repas. Fin de la gastronomie française. D’ailleurs plus personne n’invite qui que ce soit. On se fait des apéros virtuels, sur Skype. C’est plus prudent, si c’est moins convivial.
Ils ont aussi abandonné sur ordre leurs parents âgés placés en maisons de retraite, avec lesquels plus aucun contact n’est autorisé. Et quand ils meurent, ils ne sont pas les bienvenus au cimetière.
Ils ont aussi, sur ordre, renoncé aux livres, aux films, au théâtre. Le pays des Lumières s’est clos à la Culture.

Qui a donné les ordres ? Non pas le gouvernement, qui n’a jamais été dans cette affaire qu’une courroie de transmission quelque peu erratique, mais un collège d’experts scientifiques investi de tous les pouvoirs.
Je les vois d’ici se frotter les mains en savourant l’instant mouton qu’ils ont imposé au peuple qui prétendument résistait encore et toujours… « Cher confrère, si on faisait les écoles ? Cher ami, si on interdisait aux bars et aux restos de rester ouverts ? Cher collègue, fermons les bibliothèques — la lecture du Vidal leur suffira bien… »
Peut-être vous rappelez-vous Knock — qu’ils n’ont pas lu, pour la plupart, ils ne sont pas très doués pour les Lettres, à tel point qu’ils récusent d’emblée ceux d’entre eux qui sont arrivés en Médecine en sortant d’un Bac littéraire. Vers la fin de la pièce, l’homme qui a mis au lit la quasi-totalité du canton se frotte les mains et d’un air illuminé, s’écrie : « Songez que, dans quelques instant, il va sonner dix heures, c’est la deuxième prise de température rectale, et que, dans quelques instants, deux cent cinquante thermomètres vont pénétrer à la fois… » (Jules Romains, Knock, III, 6, 1924)

Triomphe de la médecine. Les médicastres sont au pouvoir, et imposent leurs vues souveraines sur une population sommée par des médias insatiables de rester chez elle, les mains dans l’évier et le nez sous masque.
Les chaînes d’info en continu recrutent à tour de bras les nouveaux puissants du jour. N’importe quel hurluberlu, pourvu qu’il porte une blouse blanche, est désormais susceptible de vivre ses 15 minutes de gloire télévisuelle. Certains — les « bons clients », comme on dit sur les chaines — plus souvent que d’autre. On en a même trouvé un, à tête et tenue de croque-mort, pour venir tous les soirs égrener la comptabilité macabre de l’épidémie. Et les foules angoissées basculent alors sur les médias adéquats pour entendre les litanies de ce nouveau Savonarole. Tous ensembles figés devant l’étrange lucarne. À la même heure.

Comme disait Rabelais :
« Soudain, je ne sçay comment, le cas fut subit, je n’eus loisir le consyderer. Panurge sans autre chose dire iette en pleine mer son mouton criant & bêlant. Tous les aultres moutons criant & bêlant en pareille intonation commencèrent soy jecter & saulter en mer après à la file. La foule estoit à qui premier saulteroit après leur compagnon. Possible n’estoit les en garder. Comme vous sçavez estre du mouton le naturel, toujours suyvre le premier, quelque part qu’il aille. Aussi le dict Aristote, lib. 9. De histo. animal., estre le plus sot & inepte animal du monde. » (Quart livre, chap..VIII, 1552)

À bien considérer ce mimétisme de la trouille, on s’aperçoit qu’il ne date pas d’hier. Ça n’a pas commencé avec le coronavirus. Cela fait déjà un certain temps que, comme disait Roger Gicquel en 1976, la France a peur. Sauf que le présentateur ajoutait aussitôt : « Oui, la France a peur et nous avons peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois. » Parce que la peur, jugeait-il, est mauvaise conseillère. Désormais, elle est conseillée.
C’est que c’est bien pratique, la trouille. Cela confine la pensée avant même les corps. Cela interdit de vivre, d’être libre, d’être heureux. Gros coup réussi là par quelques morticoles avides de pouvoir, faute d’avoir pu. On croyait les économistes installés pour des siècles au sommet de l’Etat, mais ils ont été balayés par les experts de l’infiniment petit. Gros coup d’Etat.

On a connu des peurs similaires. Florence, à la fin du XVe siècle, trois ans durant, s’est abandonnée à Savonarole. Elle a érigé un « bûcher des vanités » où elle a sacrifié ses livres et ses œuvres d’art. Botticelli a brûlé nombre de ses toiles les plus belles. « Repentez-vous ! » hurlait le moine diabolique. Si la ville la plus intelligente de son époque a pu se laisser aller à tant de misère, c’est qu’il y a parfois dans l’homme un réflexe de peur primale qui submerge tout raisonnement. Mais les tavernes florentines ont rouvert, malgré lui, on a arrêté le faux prophète, on l’a torturé, puis pendu et brûlé. Ainsi périssent les menteurs.

Si ce pogrom de 1496 vous rappelle quelque chose, vous avez gagné. Régulièrement l’instant mouton se révèle pour ce qu’il est : un instant fasciste. L’instant où l’individu consent à abolir sa liberté, parce qu’on a instillé en lui une peur supérieure à l’instinct d’aller à sa guise, d’aimer comme il le sent, de parler à l’aventure.

La France s’est révélée pleutre à plusieurs reprises ces dernières années. Une intense campagne médiatique a fait basculer l’opinion, en septembre 1992, dans le camp du Oui à Maastricht. Les Français se sont repris, et en 2005 ils ont voté contre le traité établissant une constitution pour l’Europe — contre l’avis de tous les principaux partis. On a contourné leur vote deux ans plus tard, on les a fait cocus d’une victoire — et ils n’ont rien dit. L’instant mouton, l’instant fasciste.

C’en était fini, le règne des grands argentiers commençait, le discours sur la dette, bla-bla-bla, les efforts à faire, les impôts à payer, 80 km / heure… Puis le règne des morticoles est arrivé. Pas de rassemblement de plus de deux personnes. Sur la France entière, même dans des régions — la Lozère par exemple — où il n’y a pas un seul malade. Ils ne veulent voir qu’une seule tête — courbée, si possible. Des drones surveillent nos déplacements, des puces surveillent nos téléphones, on a même pensé faire porter un bracelet électronique à toute la population. Des hélicoptères sont même dépêchés en montagne pour traquer les randonneurs susceptibles d’infecter — infecter qui, au fait ? Les mouflons ?
Les plages sont interdites — pas seulement les plages très fréquentées, pas les Catalans l’été, mais les immensités languedociennes ou landaises, où la « distanciation sociale », comme disent ces spécialistes du confinement, est pourtant de fait. Les parcs sont clos, les bois interdits — parce qu’il n’est pas question de rire. La morale nouvelle interdit de s’amuser. Vous courrez un kilomètre — pas cent mètres de plus. Vous ne vous arrêterez pas pour dire bonjour à la voisine — sous peine d’amende. Vous n’achèterez que des produits indispensables — comme si le futile n’était pas essentiel. Et vous n’irez pas sous les fenêtres de votre grand-mère emprisonnée dans un EHPAD — sous peine de sanction. Laissez-la donc mourir sous Ritrovil. C’est pour son bien et le vôtre.

Ainsi parle non pas le corps médical, composé de praticiens consciencieux qui font de leur mieux, mais quinze ou vingt « spécialistes » désignés hors de toute consultation et qui mettent le pays en coupe réglée. Sachez-le : dorénavant les concours de médecine n’évalueront plus la capacité à soigner, mais l’habileté à lécher les pieds de ces experts auto-proclamés.

Quelques pays ont évité le confinement — avec de meilleurs résultats que la France, voyez la Suède. Quelques autres commencent à exploser et voient des manifestations anti-confinement. Mais pas la France. En France, on en veut encore, on veut se confiner jusqu’à la mort — qui viendra de toute manière, et qui risque de venir vite, parce que la peur du Covid empêche les autres malades de se soigner. Et ils rempliront les morgues, très bientôt.

On vous prépare une sortie de confinement encore plus exigeante, encore plus totalitaire, à grands coups d’ordonnances scélérates que les Français confinés n’ont même pas vu passer — et qu’ils n’ont pas le droit de contester. Vacances raccourcies, temps de travail allongé, chômage massif, enseignants terrorisés par leurs élèves. Nous sommes mûrs pour l’article 16. « Dans quelques instants, soixante-cinq millions de thermomètres vont pénétrer à la fois… »

Jean-Paul Brighelli

PS. Tiens, je vais me remettre deux films sublimes sur la liberté : Seuls sont les indomptés, de David Miller — Kirk Douglas refuse d’obtempérer, ce n’est pas dans son cul que l’on plantera un thermomètre. Et le Rebelle, de King Vidor — où un architecte de génie — Gary Cooper, grandiose ¬— est brimé par ses confrères, parce qu’il ne construit pas dans le style classique, ni selon les normes qu’ils ont décidées. Si cela vous rappelle quelque chose, c’est que tout espoir n’est pas perdu.Capture d’écran 2020-04-28 à 05.45.15

Faire cours quand même

Reprendrai-je les cours le 11 mai ? Oui, sans doute, si mon lycée est rouvert (mais j’ai expliqué par ailleurs, il y a déjà une petite quinzaine, que ça ne se fera certainement pas de façon massive, immédiate et simultanée, et qu’il vaudrait mieux tester avant élèves et enseignants, pour savoir qui est susceptible de contaminer ou non ses interlocuteurs. Mais je le ferai. Même si j’ignore à ce stade si les classes de CPGE font ou non partie de cet « enseignement supérieur » qui, curieusement, est dispensé de se réactiver avant septembre : sans doute des étudiants sont-ils susceptibles de se gérer seuls, alors que des petits, qui depuis un mois encombrent leurs familles (et bien sûr que c’est ainsi que c’est vécu dans nombre de foyers — de foyers d’incendies, souvent) doivent être pris en charge par des adultes, aujourd’hui leurs parents, qui déjà n’en peuvent plus, demain par leurs enseignants.
J’entends avec une certaine stupéfaction, je dois le dire, le chœur des profs s’élever contre la mesure proposée hier par Macron, et dont la déclinaison sera précisée ce soir par Blanquer. « Droit de retrait », « je ne reprendrai pas tant que tout le monde n’aura pas été vacciné » (soit d’ici un an ou deux, au mieux — et encore, plus de 35% des Français renâclent à l’idée d’être soumis à un vaccin dont souvent ils rejettent le principe même), « c’est moi qui prends le plus de risques face à ces porteurs de germes que sont les enfants », et j’en passe. Un grand courage physique et moral. Un sens aigu de la mission.

Nous prenons des risques toute notre carrière. Une classe est une serre chaude pour germes et virus de toutes factures. Il faut être sérieusement hypocondriaque pour refuser de faire cours alors que, de l’avis du ministre, nous avons déjà perdu « 5 à 8% » des élèves — en fait, bien davantage, particulièrement dans les classes (sociales) les plus désavantagées, qui n’ont guère les moyens intellectuels de suppléer les enseignants, et ne disposent pas des moyens techniques pour se brancher sur Pronote ou même recevoir des mails. Les élèves de CP qui, à la mi-mars, hésitaient encore en déchiffrant un texte court ont complètement oublié. Si nous ne reprenons pas, ils en sauront encore moins en septembre — lorsqu’on les aura propulsés en CE1. Oui — mais on adaptera les cours… Belle occasion de descendre encore le niveau. Meirieu l’aurait inventé qu’il n’aurait pas fait mieux.
Belle occasion en fait de constituer des classes de niveau — oui, mais l’école doit être égalitaire, disent les syndicats. Plus bas, toujours plus bas ! Coupons les têtes qui dépassent ! Coronavirus ou non, « élitisme » est resté un très vilain mot. Quelques mois de Covid-19, et une génération entière est perdue pour les études — sauf justement ceux qui ont eu à la maison les moyens de surmonter l’épreuve. L’égalitarisme engendre toujours le favoritisme qu’il prétend combattre.

Non que j’ai une envie folle de retrouver mes élèves. Depuis un mois je leur envoie des cours — sans aucun retour. J’ignore même s’ils lisent ce que je leur expédie : la dernière initiative qu’ils ont eue, juste avant le confinement, ce fut d’écrire sur les murs du lycée « Polanski violeur, Brighelli complice » (j’en ai gardé la photo, je la regarde de temps en temps pour me tenir chaud), parce que je leur avais expliqué le Droit, dont ils ignorent tout. Et, un peu plus tard, de passer sur Bonnet d’âne pour me signaler que « cette période de coronavirus a le mérite de vous empêcher de faire cours ce qui vous empêche de débiter vos inepties sexistes », ou, mieux encore, « la seule bonne nouvelle dans tout ça, c’est que ça a l’air de tuer majoritairement des hommes ». Comme l’adresse IP des auteurs (eh non, ça ne se met pas au féminin, pas en français !) apparaît à chaque livraison, ce sera certainement agréable de savoir lesquelles de ces jeunes imbéciles qui se croient intelligentes — caractéristique commune à tous les crétins — sont responsables de ces douceurs exquises.
Alors, pourquoi m’abîmer la santé à aller parler de Michel Leiris et des subtilités de l’Âge d’homme à des élèves qui m’aiment autant ?

Parce que c’est mon job, et que c’est le job qui m’a fait tenir, depuis 45 ans, comme dit le sergent Riggs, dans les moments de découragement, de déprime, ou de tentations noires. Dans un collège campagnard avec 2h1/2 de trajet journalier (et autant au retour, cinq ans durant) comme dans des lycées de ZEP de la région parisienne — vingt ans durant : aucun héroïsme particulier, c’était le job pour lequel j’avais signé.
Parce que mon job est de répandre, partout et toujours, les Lumières — même si des inconscientes croient que leur parole vaut la mienne sous prétexte qu’elles ont un vagin et que c’est avec lui qu’elles pensent, faute d’avoir un cerveau. Mon job, c’est de faire cours face à face. D’essuyer la suie de bêtise et d’ignorance qui obscurcit ces cervelles adolescentes. Et de transmettre le peu que je sais de la littérature — mais j’en sais tout de même un peu plus qu’eux.
Le reste…

Alors ceux de mes collègues qui font passer leur petite santé avant les impératifs du métier me font penser à des soldats qui refuseraient de marcher à l’ennemi parce qu’ils risquent de se casser un ongle dans l’entreprise. Tout fait mal, chers collègues. Tout est risque — et vous en prenez bien davantage, statistiquement parlant, en entrant sous la douche ou en traversant la rue. On n’arrive pas à mon âge sans avoir eu quelquefois la tentation d’en finir. J’ai parfois l’impression que ce que je vis, c’est du rab.
Alors le corona ou autre chose…

Ce qui m’embête davantage, c’est que dans sa grande sagesse Emmanuel Macron a parlé de rouvrir les écoles, mais pas les bars. Où diable vais-je pouvoir prendre le café matinal et lire la Provence avant d’aller en cours ? Dans une salle des profs (je n’ai jamais consenti à utiliser la machine à café de l’établissement, j’ai horreur de ce qui en sort) peuplée de fantômes au visage barré de bâillons ? Oh comme ça va être drôle, de faire cours à travers un chiffon ! Je devrais m’en trouver un élégant, histoire d’être appelé « bel maschio » — un jeu de mots dont Roger Vailland a tiré tout le jus, en 1954.
Evidemment avec 45 élèves par classe serrés comme des sardines, la « distanciation sociale » (Brecht aurait adoré l’idée, probablement, il en aurait fait une pièce) sera dure à respecter. Tant pis. Après tout, les bouillons de culture, cela fait 45 ans que je vis avec.
Et puis, dans « bouillon de culture », il y a quand même « culture ». Et ça, c’est le job.

Jean-Paul Brighelli

Total Milgram

Vous vous rappelez certainement l’expérience menée en 1963 par Stanley Milgram à l’université de Yale. Il s’agissait d’évaluer la capacité d’obéissance d’étudiants culturellement favorisés — capables, à près de 70%, d’envoyer des décharges électriques létales parce qu’ils en avaient reçu l’ordre d’une autorité jugée incontestable.
Nous sommes aujourd’hui dans une expérience de ce type — en grand. Loin de moi de penser que le coronavirus a été inventé pour réduire les résistances du corps social, mais il est exploité dans ce but, avec une efficacité sidérante — ou peut-être pas si sidérante que ça.

Il est évident que les mesures prophylactiques de base n’ont pas été prises — pas en France. Elles l’ont été en Corée, et dans tous les pays qui ont précocement testé toute la population. Elles l’ont été en Chine, et dans les pays qui ont réussi à établir un cordon sanitaire sérieux autour des zones infectées. Mais pas ici, où la moitié de Paris est partie infester l’île de Ré. Pas ici où l’on cache notre incapacité à fournir des tests ou des masques sous des considérations pseudo-scientifiques, et des chiffres de contagion et de mortalité assénés chaque soir par Jérôme Salomon. L’un des moments les plus attendus par les téléspectateurs, tant le ton monocorde du directeur général de la Santé est hypnotique. Bravo. Voilà un homme vraiment bien choisi.

Le but est non seulement de faire peur, mais de créer un état de repli sur soi caractéristique du comportement animal — l’escargot dans sa coquille, le lapin dans son terrier. Pus la peur est grande, et mieux on accepte le confinement en espace exigu.
Parce qu’on ne s’est même pas soucié de la qualité du terrier. Les éminences qui nous gouvernent ont de l’espace, ils ont des jardins pour promener Nemo, ils ont des chauffeurs. Nous, nous avons 5 personnes dans 45m2, avec des voisins qui s’engueulent. Quand je pense que l’on plaint les prisonniers en état de surpopulation carcérale…

Ces conditions extrêmes font elles-mêmes partie de l’expérience. L’obéissance attendue (et obtenue, globalement, à part dans des banlieues rebelles par essence, et pointées du doigt comme irresponsables) est au rendez-vous.
Il faudrait se demander ce qui, dans les mois ou les années qui ont précédé, nous a rendus à ce point aptes à une expérience de type fasciste, où chacun surveille tout le monde. Les dénonciations de comportements antisociaux commencent à pleuvoir dans les commissariats. Les personnels hospitaliers sont priés de déguerpir de leurs logements, ils ont des têtes de porteurs de virus.
Ce n’est pas la personnalité du Chef qui compte, mais la mise en place de contraintes progressives, acceptées les unes après les autres.

De source sûre, le gouvernement avait déjà décidé, à la mi-mars, de 45 jours de confinement. Mais il les a distillés par tranches de deux semaines. Nous sommes dans le deuxième lot, tout le monde a compris que cela durera jusqu’à la fin avril. La probable reprise des cours, annoncée pour le 4 mai, marquera la fin de l’enfermement.
Mais pas la fin de la crise, parce qu’elle est bien pratique. Le gouvernement n’a pas sorti l’article 16, il a utilisé l’état de crise sanitaire, avec lequel il peut bien davantage, parce qu’il génère l’obéissance, née de la peur — et de la répression magnifiquement appliquée par une police et une gendarmerie aux ordres. Il n’y a pas de petits profits. L’argent des contredanses pour infraction routière ne rentre plus, puisqu’on ne se déplace qu’en sauts de puces, mais celui des infractions au confinement (« Comment ? Vous n’avez acheté qu’une baguette ? 135 euros d’amende — stockez le pain chez vous ») commence à abonder.

Alors tant qu’à faire, autant utiliser l’expérience à fond. Puisque la population accepte des mesures d’extrême contrainte, autant vérifier ce qu’elle est capable d’encaisser, via des ordonnances auxquelles l’opposition, qui ne voudrait surtout pas avoir l’air de ne pas être solidaire, ne s’oppose guère. C’était trop tentant de vérifier in vivo jusqu’où peut aller la « servitude volontaire » d’une nation tout entière. Ce qu’on peut lui faire avaler après l’avoir mis en état de terreur et de repli sur soi.
La suppression des 35 heures, par exemple : sous prétexte de continuité économique, voilà que 35 = 48 — et même 60. Le beau prétexte de la crise permet de faire mentir les maths. Ou la suppression du congé hebdomadaire : après la mythique semaine des quatre jeudis, voici la semaine sans dimanche. Ou le report des vacances — étant entendu que l’on pourra comptabiliser comme autant de congés payés le grand moment du confinement. Cet été, on va bosser pour remettre la France sur les rails, bla-bla-bla.

Ce gouvernement rêvait de supprimer tous les acquis sociaux hérités des ordonnances de 1945 — et après. C’est fait, et je n’entends personne protester. « Il le faut bien » — voilà ce que les grands médias serinent chaque jour.

La suspension du SMIC est à venir — mais elle viendra. Vous serez très profondément ubérisés. Parce que vous ne croyez tout de même pas que vos salaires profiteront des mannes aujourd’hui versées par la Banque Centrale Européenne…
Regardez la façon dont le gouvernement gère le salaire des infirmiers — qui protestaient depuis des mois, et que l’on a fait taire en invoquant leur responsabilité médicale et en exaltant leur dévouement — bla-bla-bla. Pas question de les augmenter, alors que les salaires des infirmiers français sont au plus bas sur l’échelle OCDE.Capture d’écran 2020-03-29 à 07.32.12 On s’est contenté d’inciter à les applaudir. Comme on disait autrefois, ce sont là des viandes creuses qui ne coûtent pas cher et ne nourrissent guère…
Il y en a qui doivent travailler chaque jour à inventer de nouvelles initiatives qui creuseront encore l’obéissance — et annihileront l’esprit de contestation. Croyez-vous sincèrement que qui que ce soit, dans ce gouvernement, ait l’idée de rapatrier en France les industries que nous avons laissé filer en Extrême-Orient ? Produire des masques pour la prochaine épidémie ? Oui — à Wuhan. Avoir des réactifs pour les prochains tests ? Oui — en Allemagne ou en Corée. Jospin a jadis décrété que notre pays serait dorénavant une nation de « services » — et on s’y tiendra. Ce n’est pas pour rien que l’on a supprimé en 15 ans près de 100 000 lits d’hôpital dans l’Hexagone. Si vous vous imaginez que l’on construira des hôpitaux nouveaux…

La cerise sur le gâteau, ce sera l’accaparement des fonds possédés par les Français sur leurs comptes bancaires — au nom du nécessaire sauvetage des banques : tout le discours sur l’effondrement de la Bourse — provoqué entre autres par les prises de bénéfices de certains gros investisseurs, comme je l’ai expliqué dans un précédent billet — vise à nous faire accepter des mesures monstrueuses, pour le plus grand profit de ces mêmes investisseurs.
Notez que l’on peut aussi décider de dévaluer de fait la monnaie, sous prétexte de « coup de fouet » — pensez donc à qui recevra le fouet. Diviser par cent, par exemple, comme lors du passage au « nouveau franc » en 1963, la valeur de l’euro. Vous aviez 10 000 euros en caisse ? Vous aurez cent balles.

Vous aurez remarqué que l’on ne parle plus du remboursement de la Dette (j’adore ce « la » emphatique, comme s’il s’agissait de la Bête des vieux textes bibliques), alors que l’on nous éblouit avec la valse des milliers de milliards débloqués par des institutions qui hier encore rechignait à donner vingt sous aux Gilets jaunes. Un effondrement concerté du système ne pourra être compensé que par des confiscations devant lesquelles vous ne protesterez pas — parce que vous serez anesthésiés par deux mois de contraintes fortes, qui d’ailleurs dureront, grâce aux messages aimablement relayés par des médias aux ordres. Parce qu’un virus ne disparaît pas dans la nature. Prochaine campagne : « Il va falloir vivre avec ». On parie ?

Jean-Paul Brighelli