Ecoles ouvertes, écoles fermées

4SJJXRWNTOH3DGEV6HUO7THLHEJ’ai suffisamment expliqué l’année dernière pourquoi les écoles devaient rester ouvertes. Encore une fois, j’ai été Cassandre dans mon coin, l’immense majorité des enseignants préférant une réclusion frileuse et un enseignement à distance problématique.
Si problématique que son évaluation, en septembre, n’a laissé aucun doute : l’école à la maison a été catastrophique, en particulier pour les élèves les plus fragiles — même si les autres, tous les autres, ont salement trinqué eux aussi. Ni le matériel, ni les compétences auxiliaires des parents, mobilisés pour une tâche qui n’est pas la leur, n’ont été à la hauteur. Mais surtout, seul un imbécile peut croire qu’un enseignement en distanciel aura le même effet qu’une présence réelle, face à face.
Résultat ? De nombreux médecins, explique le Figaro, plaident pour un reconfinement. Je les suspecte de chercher à perpétuer leur pouvoir par tous les moyens — l’un d’entre eux a doctement expliqué que nous en avions pour dix ans, de masques, de distanciation et de spécialistes d’épidémiologie sur toutes les chaînes. Ils ont pris goût au maquillage, sans doute.
En même temps, les pédiatres sonnent l’alerte. Ils n’ont jamais eu en consultation autant d’adolescents en phase pré-suicidaire. Non seulement la distance nuit à la qualité de l’enseignement, mais elle tue.
Oui, mais le virus aussi, bla-bla-bla. Même si — c’est avéré — les écoles ne constituent pas des accélérateurs de l’épidémie. C’est plutôt en famille que l’on se contamine, et avec le ramadan qui commence dans quelques jours, ça ne va pas être joli-joli — alors que la Seine-Saint-Denis affiche des taux de positivité déjà élevés. Parions que l’on mettra sur le dos de Blanquer, contre lequel quelques profs encore plus frileux que les autres viennent de porter plainte pour mise en danger de leur droit à la paresse, le sursaut de contaminations qui s’en suivra.
Neuf élèves d’une prépa scientifique dans mon lycée sont corona-positifs. Tous internes, et plusieurs d’entre eux avaient participé au carnaval sauvage qui a déferlé sur Marseille il y a huit jours. Rien à voir avec leur présence en classe.
Bien sûr, des écoles ouvertes facilitent le travail des parents : mais je ne vois pas très bien en quoi c’est un tort. Mais surtout, elles facilitent l’acquisition des connaissances. Je ne veux pas faire de la peine à mes collègues, mais entre leur binette sur Zoom ou une série sur Netflix, les élèves ont choisi depuis lurette.
Alors, certains ont préféré le mensonge pour faire pression sur le ministère. Un membre du SNES du lycée Eugène-Delacroix de Drancy a affirmé que pour 2400 élèves, on comptait 20 parents morts. Ça a fait les choux gras de la presse à sensation — autrement dit, toute la presse : le Covid a permis à l’ensemble des quotidiens et des hebdomadaires de devenir en un an de parfaits clones d’Ici-Paris.
Sauf que la nouvelle était fausse : notre sycophante avait compté les « familles » au sens large, incluant les grands-parents, les oncles les tantes, et sans distinguer ceux qui étaient morts du Covid ou d’autre chose. Juste un gros khoronnard…

Rien d’étonnant de la part d’un syndicat qui hurle qu’il faut réduire, et encore réduire, les programmes et les épreuves du Bac. Et si nous le supprimions tout à fait, camarades ?
Il est essentiel que l’on continue à enseigner en direct. Essentiel que l’on fasse travailler les élèves. Essentiel, lorsque le protocole sanitaire l’impose, que l’on fasse à distance le travail que l’on ne peut pas faire en direct — au lieu de se dire, comme certains, qu’être payé plein pot pour faire la moitié du job, c’est assez confortable… Nous avons durablement bousillé une génération. Tenez-vous vraiment à l’abîmer davantage ?

Jean-Paul Brighelli

Enseigner quand même

title-1616788562Haro sur Blanquer ! La flambée de cas en Île-de-France et ailleurs alarme les professionnels — doctes docteurs du Conseil sanitaire, et syndicats enseignants qui font de la retape en plaidant pour une fermeture totale des écoles.

En fait, cette augmentation des cas est parallèle à l’augmentation des dépistages. On chercherait à diagnostiquer la myopie ou l’obésité, les résultats suivraient l’augmentation du nombre de tests.
On peut chercher des poux sur la tête du ministre de l’Education, c’est un rituel auquel aucun de ses prédécesseurs n’a échappé, sauf les ministres de Hollande qui, estampillés « à gauche », passaient à travers les gouttes alors qu’ils détruisaient le système éducatif. Je ne lui reprocherais personnellement que d’avoir fermé les écoles au mois de mars dernier : la reprise s’est avérée très difficile en mai, les dégâts constatés étaient terrifiants, en septembre. Les bons élèves ont trinqué, ceux qui étaient en difficulté ont morflé. Mettons cela sur le compte de nos méconnaissances de l’époque.

Mais aujourd’hui, se prononcer pour la fermeture de toutes les classes est tout simplement criminel. Déjà le principe de la « demi-jauge » qui dans les lycées amène les élèves à ne fréquenter l’établissement qu’une semaine sur deux génère des dégâts pédagogiques. Et vous voulez tout arrêter ?
Les organisations de parents d’élèves y sont opposées — alors même que le souci de la santé de leur précieuse progéniture passe forcément avant celle de leur instruction. Ce n’est pas pour être tranquille ou aller travailler : c’est parce qu’ils ont réalisé, de mars à août derniers, que c’est un métier d’enseigner, et qu’ils n’en étaient pas capables.

D’ailleurs, examinons les chiffres, cités dans un tout récent article du Monde : « 21 183 cas sont confirmés parmi les élèves (+ 4 025 en vingt-quatre heures) et 2 515 chez les enseignants (+ 443 cas en vingt-quatre heures). Ces données, rapportées aux effectifs globaux, oscillent entre 0,17 % du total (pour les élèves) et 0,22 % (pour les adultes). »

Autrement dit, rapportés à la masse, ce sont des chiffres insignifiants. D’autant que la santé des élèves n’est pas réellement concernée : ces jeunes gens passent à travers les gouttes, il n’y a chez eux moins de cas graves que de vaccinés tués par AstraZeneca. Quant aux enseignants atteints, ils le sont peut-être par contact avec leurs élèves, ils peuvent l’être aussi ailleurs. Comme nous tous. Comme Blanquer, qui a eu le Covid et en a réchappé — au grand dam de certains qui le vouent aux gémonies.

Il est essentiel que les enfants et les adolescents restent en contact direct avec leurs maîtres. Toutes les analyses réalisées après le premier confinement convergent : même quand l’enseignement à distance a pu se passer correctement — et ce fut rare —, la transmission a diablement souffert.
Ce ne serait pas trop grave si les élèves partaient d’un très bon niveau. Mais ce n’est pas le cas — et ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs, ou des pédapitres. Les élèves ont un urgent besoin de cours, parce qu’ils sont déjà en déshérence. Vingt ans d’absurdités pédagogiques et de décisions létales portent leur fruit : l’Education en France est au ras du plancher. Je n’ai cessé de le dire, et de me faire traiter d’affabulateur. Ah oui ?

Que des enseignants « fragiles » se mettent à l’abri, admettons. Mais que l’on cesse de faire cours, voilà qui serait criminel. D’autant que les risques réels sont très limités. Hervé Le Bras expliquait dans un autre article du Monde, en février dernier, que « la crainte engendrée par le Covid-19 semble en relation inverse de sa létalité ». Moins c’est dangereux, et plus on a peur.

Le vrai danger n’est pas de se retrouver malade — on vous soignera, et des traitements existent, voyez avec quelle rapidité les ministres atteints reprennent le collier —, mais d’abrutir définitivement cette « génération Z » (et la « génération α » qui lui a succédé) qui est déjà au ras du plancher. Calculez le rapport avantages / risques : voulez-vous vraiment que tous les enfants sortent de vos mains parfaitement idiots, comme le demandait Maurice Maschino dès 1984 ? Acculturés ? Incapables de s’insérer dans le monde à venir, sous prétexte d’un virus qui tue préférentiellement les plus de 80 ans — et encore, surtout ceux qui allaient mourir de toute façon ?

Il n’est jamais agréable d’être malade. C’est un inconvénient immédiat. Mais il n’est pas nécessaire d’être détruit parce que des mesures outrancières vous auront annulé. Ça, c’est un inconvénient global.
Nous sommes en train de malmener sérieusement les jeunes. Le Bac 2020 n’avait pas de valeur réelle. D’aucuns veulent annuler, sous un prétexte sanitaire qui ne tient pas la route, le Bac 2021. J’ai proposé par ailleurs qu’on en finisse avec le Bac, qu’on octroie à tous les élèves un Certificat de fin d’études, et qu’on laisse Parcoursup décider de leur entrée dans le monde universitaire. Ce serait une décision énergique et justifiée. Mais maintenir la fiction d’un Bac dont les enseignants, chauffés à blanc par des syndicats irresponsables, refuseraient de faire passer les épreuves…

Il faut enseigner, enseigner sans trêve. Ce que nous avons constaté en septembre dernier, outre des carences d’instruction évidentes, c’est une inappétence au travail. Après des mois passés à manipuler une télécommande devant des écrans, les élèves avaient perdu l’habitude, et donc le goût d’apprendre. Vous tenez vraiment à rééditer l’expérience ?

Jean-Paul Brighelli

 

PS. Voici que Marine Le Pen, qui franchement devrait prendre sa retraite, est elle aussi favorable à la fermeture des écoles. Ça se voit qu’elle n’a plus d’enfants en âge scolaire.

Mourir de solitude

mains-4

Rarement l’hypocrisie, individuelle et collective, aura atteint de tels niveaux. Le gouvernement et les citoyens sont parcourus d’une grande ferveur altruiste : protégeons les personnes âgées ! Veillons sur nos vieux !
Que c’est beau…
Procédons par ordre, et commençons par l’amont.

Nous sommes tellement altruistes que nous avons convaincus nos parents d’aller mourir en EHPAD, loin de nous. Mourir, oui — parce qu’on n’en sort que les pieds devant. Lisez le magnifique roman de Jacques Chauviré, Passage des émigrants : un fils bien intentionné (et désireux de s’approprier le logement de ses parents) convainc ses père et mère d’aller dans une « maison de retraite », comme on disait encore en 1977.unnamed

Elle y mourra, et lui aussi — et tous deux « émigrent » de bâtiment en bâtiment, au fur et à mesure de l’aggravation de leurs bobos, jusqu’au mouroir qui est la destination finale de tous. L’auteur était médecin gériatre, il raconte (merveilleusement) ce qu’il a vu et tenté d’accompagner au mieux des années durant.
Certes, nos vieux parents sont parfois atteints de pathologies peu compatibles avec le maintien à la maison. Certes, la vie moderne et l’exiguïté des logements empêchent souvent de les prendre avec soi. Mais combien ne sont là que « pour leur bien » — ou faut-il écrire « pour leurs biens » ?

D’autant que cela revient cher, un EHPAD. En moyenne, 1977€ par mois (tarif 2018) — avec de fortes disparités selon les régions, 1616 € dans la Meuse (ah, mourir dans la Meuse, c’est mourir deux fois !), 3154 € à Paris ou dans les Hauts-de-Seine. Avec un sommet à près de 10 000 € par mois, dans un hospice pour vieux militaires. Et que pour cette somme (qui permet de s’installer en pension complète dans un hôtel convenable des Alpes, ou de s’inscrire dans une croisière autour du monde avec des prestations convenables (surtout au tarif 3000 !) et une assistance médicale au cas où, on donne à manger à « nos vieux » les saloperies indigestes dont certains se sont indignés. « Une tasse de soupe (même pas un bol), un ramequin de semoule, une compote industrielle, un morceau de fromage industriel pour enfant et 2 tranches de pain industriel ». Byzance !
Ah, mais tous ces excès alimentaires sont « validés par la diététicienne », clame un EHPAD breton. J’espère qu’elle est assez bien payée pour s’asseoir sur sa conscience.

J’aime faire la cuisine. Je sais ce que ça coûte, de bien manger quand on sait cuisiner — une dizaine d’euros par jour pour deux personnes. 300 € par mois — allez, 400 si vous voulez manger de la viande tous les jours : daubes de joue de bœuf, bourguignons, pot-au-feu, coustillous comme on dit aussi chez moi (des travers de porc), terrines de queue-de-bœuf, choucroutes au jarret longuement confit, coucous boulettes, hauts de côtes d’agneau en ragoûts, etc..
Le reste, bien sûr, de ce que paient nos vieux dans les EHPAD, c’est l’intendance, les soins éventuels, le salaire des personnels (pourtant mal payés) — et les profits des firmes qui contrôlent ces mouroirs.
Et je n’évoquerai que pour mémoire la conception très personnelle que les EHPAD ont de l’hygiène et de la liberté de mouvement. Il y a des prisons plus ouvertes. Et on y mange mieux.

Et qu’on ne me dise pas que cela contrarie le régime des uns ou des autres. Un médecin incompétent avait ordonné à mon père de ne plus consommer de sucre, à cause d’une possibilité de lointain diabète. Un autre, mieux avisé, conseilla à ma mère de lui proposer quand même un gâteau de temps en temps : « Le temps qu’il développe un vrai diabète, dit-il avec raison, il sera mort dix fois. » Et le fait est que…

Alors le coronavirus débarqua pour aiguiser notre altruisme.

Les visites sont interdites — mais pas le travail des personnels contaminés. Le Covid est devenu dans les hôpitaux la première des maladies nosocomiales : vous y allez pour quelques examens de routine, pour une opération bénigne ou des soins urgents, vous en sortez par la morgue. Et vous n’aurez même pas eu la consolation de revoir vos proches, interdits de séjour. On les tue pour leur bien, et dans une solitude qui les tue deux fois (et alors, dans la Meuse…). Pareil dans les EHPAD. Ah mais avec le vaccin tout s’arrangera : ils mourront un mois plus tard, de ne pas voir leurs proches, de ne pas pouvoir discuter avec leurs amis au sein de l’établissement, d’être parqués comme des détenus dans leurs chambres, et de bouffer de la merde.
Ce qui a fait passer la bête verticale de l’étape simiesque à l’étape humaine, c’est l’invention des rites funéraires. Nous sommes ceux qui s’occupent des morts — au lieu de les manger, comme autrefois. Le gouvernement, en édictant des règles « pour le bien » des vieillards, les tue une première fois — avant de les laisser mourir pour le compte.
Des plaintes ont déjà été déposées. J’espère qu’elles seront nombreuses.

Quand j’entends les fanatiques du masque, du couvre-feu et du confinement réclamer des mesures encore plus drastiques « pour sauver la vie de nos vieux », il me vient l’envie de ressortir la boîte à claques. Les personnes âgées meurent des conditions qu’on leur impose, et encore mieux que les jeunes, qui paraît-il dépriment. Que d’articles sur la déprime des étudiants ! Combien sur l’extinction programmée des vieux ?
Ils sont les premiers (et presque les seuls) touchés gravement par l’épidémie. En moyenne, le Covid leur fait perdre six mois de vie — ça, c’est pour le quantitatif. Mais du côté du qualitatif, l’absence de leurs proches, la solitude imposée à des personnes qui par définition ont perdu peu à peu tous leurs amis (c’est cela, vieillir, c’est voir son monde disparaître), les conditions de confort très approximatif, pas un geste tendre, pas un baiser, cela vous tue bien plus sûrement qu’un virus.
Et je n’évoquerai que pour mémoire le conseil de ce responsable de la Santé préconisant, au moment des fêtes, de faire manger Papy et Mamie à la cuisine, loin des enfants. Ces temps-ci, les salopards se ramassent à la pelle.

Nous transmutons nos angoisses en pseudo-altruisme (« c’est pour les vieux ! »), afin de nous donner bonne conscience à moindres frais. C’est immonde.
Nous savions d’expérience immémoriale que les épidémies induisent des comportements irrationnels. Mais là, notre égocentrisme se donne le prétexte de la rationalité pour étaler sa suffisance.
Parce que notre altruisme est, comme souvent, un égoïsme non assumé. Nous ne sauverons pas des personnes très âgées atteintes de pathologies diverses. Mais nous pouvons les aider dans les derniers mois, les derniers jours, à partir entourées de l’affection des leurs. Nous pouvons leur rendre les derniers devoirs — cela aussi, c’est interdit par le règlement interne des EHPAD et des hôpitaux. Sinon, comme le dit fort bien la rabbine Delphine Horvilleur, ces morts nous demanderont des comptes « à travers les vivants ».
Nous pouvons, nous devons être humains. C’est tout ce que demandait une tribune récemment parue dans le Figaro.
Et je le dis très clairement : ceux qui me lisent et qui ne sont pas d’accord avec ces vérités d’évidence, qu’ils soient membres du gouvernement ou simples quidams, ne sont pas humains.
Ah, mais pardon, ils sont altruistes…

Jean-Paul Brighelli

Le Bac en proie au coronavirus

photo-d-illustration-lbp-philippe-bruchot-1594128562Philippe de Villiers porte plainte contre le ministre de l’Education qui veut instituer deux Bacs, le tout courant, et en contrôle continu, pour l’enseignement public, et un autre, plus relevé, et en épreuves écrites finales, pour les lycées privés hors contrat. Contrairement à ce qu’il affirme dans Valeurs actuelles (« On pénalise les meilleurs élèves pour garantir dans la durée la médiocrité de l’Education nationale »), il ne s’agit pas d’un projet discriminatoire (sérieusement, vous imaginez Blanquer stigmatiser le privé ?) mais de la conséquence d’une réalité : tandis que le public était autorisé à diviser les classes de lycée en deux, et d’alterner les groupes, le privé (y compris le privé sous contrat) a massivement continué à faire cours en classe entière. Les Terminales du privé en savent donc potentiellement deux fois plus que celles du public, où grâce à la vigilance des syndicats qui soignent leur popularité en effrayant un corps professoral où l’on ne compte aucun décès dû directement au Covid, ni aucun élève, les programmes sont effilochés et divisés en présentiel / distanciel. Le cru 2021 sera aussi faible et dérisoire que le Bac 2020.

Ce qui suit ouvre des pistes de réflexion sur notre examen national, réduit à peu de choses ces vingt dernières années, et à rien depuis deux ans.

Quand Jean-Michel Blanquer est arrivé rue de Grenelle, il avait un immense chantier devant lui : comment gommer, aussi vite que possible, les effets catastrophique du ministère Vallaud-Belkacem — et plus globalement de cinq ans d’une Gauche qui avait offert tous les leviers de commande à des pédagogistes déjà bien installés.
Mme Vallaud-Belkacem avait démantibulé ce qui restait d’enseignement. Mais femme, maghrébine, de gauche, elle possédait toutes les vertus qui la rendaient intouchable aux yeux des syndicats. De surcroît, notoirement incompétente, elle illustrait à merveille le fameux mot de Françoise Giroud : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente. » C’était fait et nous nous en réjouissons…

Blanquer a peut-être eu tort de ne pas s’attaquer de front à ces chantiers ouverts par son prédécesseur, de la Maternelle au lycée. Il a préféré prendre le problème par les deux bouts, en suggérant que les instituteurs devraient désormais apprendre à lire et à écrire aux enfants — une atteinte insupportable aux droits sacrés de l’autonomie pédagogique de la Bêtise — et en réformant le Bac.

La réforme des cursus était indispensable. La section S était devenu un fourre-tout, la section L un débarras. Il fallait certainement revivifier le système, en orientant les « bons en maths » vers une section où ils en feraient pour de bon, et en proposant aux autres des voies parallèles susceptibles de les séduire sans les accabler sous la trigonométrie. Objectif atteint, l’option Spécialité Maths ne garde presque plus en Terminale que ceux qui comprennent, ce qui n’est pas une mauvaise chose.

Réformer le Bac était une gageure. L’examen était si dévalué qu’il aurait mieux valu, comme je l’ai proposé inlassablement, le remplacer par un Certificat de fin d’études — en le « secondarisant » complètement. Et laisser l’enseignement supérieur, via Parcoursup, faire le tri. Ou, si l’on me passe la métaphore, opter pour la proportionnelle intégrale, en lieu et place du scrutin nominal à deux tours — l’écrit et l’oral.

Blanquer a préféré injecter une dose de proportionnelle dans un système globalement intouché. Les « E3C », ces épreuves intermédiaires passées en Première et en Terminale, veulent introduire du contrôle continu tout en gardant l’examen final. Les pourcentages adjugés aux uns et aux autres sont aussi byzantins que les propositions de François Bayrou — par exemple mettre les régions très peuplées en proportionnelle, et garder le scrutin uninominal à deux tours pour le reste de la population. Toute solution bâtarde est en soi une mauvaise idée.
Sur ce vint le virus.

On sait ce qu’il est advenu de la cuvée Bac 2020. Avec plus de 95% de réussite, c’est une parodie d’examen. Le cru Bac 2021, issu d’un enseignement à mi-temps où les enseignants n’auront pas, en moyenne, traité la moitié du programme, lui ressemblera comme un frère. Il sera peut-être pire, les élèves sont revenus début septembre avec une appétence au travail singulièrement diminuée par des mois de confinement et de maniement des télé-commandes. De surcroît, savoir que l’an dernier des cancres ont obtenu le Bac leur fait revendiquer pour juin prochain le même privilège.

Alors, posons la question. Pourquoi ne pas profiter du désastre dans lequel le Covid a précipité le système éducatif pour supprimer carrément cette formalité ? Le Bac n’est plus un examen — il n’est même plus un rite de passage. Un parchemin de valeur nulle — qui recrute au niveau Bac ? Uber, peut-être. Ou Deliveroo.
Les enseignants, libérés de la perspective d’épreuves peu significatives mais obligatoires, pourraient traiter le programme comme ils l’entendent. Bien sûr, les établissements dominés par les facariens n’auraient pas bonne presse. Mais justement, laissons les parents (qui n’auront plus de prétexte pour venir casser la figure des profs) inscrire leurs rejetons où ils le désirent, dans la limite des places disponibles. Ou, comme à Paris, remodelons Affelnet, le logiciel qui dispatche en lycée les élèves de fin Troisième, et créons une mixité scolaire en fonction de l’Indice de position sociale du collège d’origine — somme toute plus parlant que la dichotomie boursier / non boursier, surtout dans une capitale peuplée de CSP++.

Le Bac est un symbole du passé. Le Bac 2021 a autant de rapports avec celui créé par Napoléon, ou avec celui que vous avez passé, que vous-même avec vos ancêtres. Rayons-le d’un trait de plume, et laissons l’enseignement supérieur faire le tri : les meilleurs cursus prendront les meilleurs — comme aujourd’hui —, et les autres modèreront leurs prétentions.
« Ecole à deux vitesses ! » crieront les syndicats. Mais c’est déjà le cas, chers collègues : croyez-vous que les cursus exigeants choisissent les candidats en fonction de leurs notes ? L’établissement d’origine, privé ou public, compte au moins pour la moitié de l’appréciation. J’ai même vu des commentaires déterminants du genre « dans tel lycée, c’est Untel qui enseigne les maths » — parce que nous ne sommes pas tous égaux, figurez-vous.

Il reste un peu plus d’un an à Blanquer pour en finir avec les dépouilles de l’ancien monde. Quitte à être un ministre impopulaire — et c’est très injuste quand on pense au désastre de Vallaud-Belkacem dont personne ne dit mot —, autant imposer une vraie réforme qui permettra d’enseigner sans la menace d’un couperet qui de toute façon n’a plus aucune signification.

Jean-Paul Brighelli

Mon Covid à Barcelone

Benoît Barthes est Français, et vit à Barcelone — il y a pire comme destin. Je lui ai demandé de se présenter, il y a consenti avec une sobriété qui force l’admiration : « Ex-parisien vivant à Barcelone depuis 8 ans, un demi-siècle au compteur, je suis ce qu’on appelle très vaguement un apporteur d’affaires, c’est-à-dire que j’apporte des affaires pour une poignée d’entreprises françaises dans le domaine de l’ingénierie industrielle. La littérature est ma passion, j’aime lire et j’aime écrire, et tout compte fait, c’est une raison d’être suffisante. » Je le rejoins, sur cette dernière phrase, en tous points.
Je le savais dans la capitale catalane, pour laquelle j’ai un goût très vif. L’idée de lui demander de nous narrer la survie de cette grande ville en ces temps d’épidémie s’imposa d’elle-même.

Jean-Paul Brighelli

« L’été dernier nous avons découvert une Barcelone inédite : il n’y avait pas de touristes. Chose inouïe, on pouvait traverser la Ciutat Vella en vélo à toute allure alors que d’ordinaire la foule compacte qui la gorge tout entière six mois de l’année sur douze et déambule comme une lave lente dans l’entrelacs de ses ruelles en écoutant les clichés approximatifs des guides formés sur Wikipédia, décourage les Barcelonais de s‘y aventurer ne serait-ce que pour une brève course. La Cathédrale et son parvis cessèrent de servir d’arrière-plan à des centaines de milliers de selfies journaliers, on pouvait y pénétrer sans avoir à faire la queue sous le cagnard et visiter enfin ce beau morceau d’histoire gothique dédié à la patronne de la ville, sainte Eulalie. Même les opposants au tourisme les plus déterminés (et ils ne se sont pas privés de se faire entendre ces dernières années allant jusqu’à bloquer l’accès de la Sagrada Familia au cri de « Tourists Go Home ! ») n’auraient osé imaginer pouvoir un jour lire tranquillement au Parc Güell au son des oiseaux et du froufrou des feuillages, face au panorama urbain que termine l’horizon d’une Méditerranée scintillante. Ce parc conçu précisément comme un sanctuaire de silence et de quiétude, forêt incrustée dans la ville et sertie des céramiques de Gaudi, s’est transformé en quelques années en un parc d’attraction bondé compromettant non seulement le silence mais le désir de s’enfouir dans la nature pour s’y rencontrer soi-même. Lire au Parc Güell en été, susurrer des douceurs à l’oreille de sa bien-aimée sur un des bancs de céramiques ceignant la célèbre esplanade, examiner sa vie, ses amours, ses tracas, ses espoirs, au cours d’une promenade solitaire parmi les arbres, tout cela était devenu aussi incongru que, je ne sais, jouer une sonate de Schubert sur le pas de tir de la fusée Ariane au moment de son lancement, par exemple, ou travailler sa voix de soprano à côté des chutes du Niagara. Et ceux qui y enseignaient le yoga dans quelque recoin à peu près épargné par les troupeaux de visiteurs ne tardaient pas à replier leurs tapis en raison du passage incessant des vendeurs à la sauvette fuyant les policiers.
« Et les Ramblas, ces fameuses Ramblas décrites dans tous les guides touristiques comme un des lieux les plus pittoresques de la ville et dont on se demande bien pourquoi la terre entière vient y traîner ses tongs vu qu’on n’y trouvera plus un seul Barcelonais prenant son vermouth de 19 h sous les arbres de l’allée centrale, le Covid les rendit enfin praticables. Il nous avait frayé le passage, on y circulait à pied, en vélo, en voiture, comme dans un patelin paisible aux trottoirs parsemés, avec un mélange d’excitation et d’étonnement et le sentiment paradoxal de découvrir une cité interdite.
« Les plages elles aussi redevinrent des plages. Finis ces dépotoirs des années antérieures qui nous faisaient préférer des baignades à quelques encablures de la capitale catalane, là où l’on est sûr que le touriste ne viendra pas vider sa vessie d’insatiable buveur de mojito. On put étendre nos serviettes sur du sable propre et nager dans des eaux limpides que même les méduses, sans doute déçues de ne pas trouver le long des 5 km de plages barcelonaises leurs doses habituelles de contaminants de toutes sortes et de pisse mêlée de shit, de cocaïne, de vodka, de biè̀re, décidèrent pour une fois de bouder. Ce fut un été sans méduses et sans canettes sur le sable, coup dur pour les manteros, ces vendeurs ambulants d’origine pakistanaise et africaine qui sillonnent le sable à longueur de journée sous le soleil, les bras chargé de paréos et de sacs remplis de glaçons et de bières et criant sans relâche leurs marchandises dans un anglais tout juste reconnaissable.

« Ô Covid, si tu n’étais pas aussi meurtrier je chanterais tes louanges ! Grâce à toi, mon été barcelonais fut un été sans regret. Et dieu sait pourtant si j’avais de bonnes raisons de pester contre toi qui m’avais, à l’occasion du premier confinement, infligé une saignée des plus rudes dans ma trésorerie de travailleur free-lance. Il y avait tant de choses à déplorer à cause de ce fichu virus qu’on n’osait se féliciter trop ouvertement d’une sorte de libération. Et pourtant qui pouvait sans hypocrisie regretter l’absence de touristes cet été à Barcelone ? La vache à lait qu’ils représentent n’est guère une vache sacrée pour ses habitants qui ont vu peu à peu leur ville se laisser dévorer par un organisme tentaculaire nécessitant pour sa croissance de se nourrir de possessions locales : des appartements, des bars, des commerces des rues, des quartiers, des plages, une portion entière de la cité — son cœur même.

« Mais la saison touristique a passé et ces réjouissances inavouables n’ont plus lieu d’être maintenant que Covid le Conquérant a installé ses quartiers d’hiver dans notre ville refroidie. Sous la baguette du gouvernement de Catalogne, Barcelone compose avec l’ennemi campant en son sein. Après un confinement automnal des plus stricts, à peu près semblable au premier, la capitale catalane a rouvert ses salles de spectacles, ses bars, ses restaurants avec des conditions infiniment contraignantes. La ville, toque de queda (couvre-feu) oblige, ferme les yeux à vingt-deux heures, si bien que les restaurants dans leur grande majorité ne prennent pas la peine d’ouvrir le soir et se contentent d’un seul service en mi-journée. Vingt-deux heures, c’est le moment où, en temps normal, les restaurants commencent à faire le plein ici. Quant à ceux qui résistent malgré tout, leurs tables restent majoritairement inoccupées : le protocole sanitaire stipule une limitation de la fréquentation et de toute façon bien des clients frustrés à l’idée de devoir chronométrer leur sortie vespérale choisissent de rester chez eux.
« Tout semble fait d’une manière générale pour décourager les consommateurs sans désespérer les commerces. On freine et on incite, sans quitter des yeux l’indicateur-clé, ce fétiche nommé tasa de incidencia (taux d’incidence). De lui dépendent tous les ajustements régaliens du gouvernement catalan. Les chiffres étant ce qu’ils sont, il y a fort à craindre que les restrictions perdurent : toque de queda à 22 h, interdiction de sortir de Barcelone le week-end, interdiction de franchir les frontières de la Catalogne le reste du temps, centres commerciaux et boîtes de nuit fermés, limitation du taux de fréquentation de tout établissement destiné à recevoir du public, lieux de culte soumis aux mêmes restrictions…
« Pour l’heure aucun des grands noms de la restauration barcelonaise ne se risque à proposer un menu spécial Noche Vieja (réveillon du Nouvel An), et si la Mairie de Barcelone a daigné orner les rues de ses illuminations rituelles, elles brilleront davantage au moment de quitter 2020 dans le silence des rues désertes, sous nos fenêtres de Barcelonais confinés. »

Benoît Barthes / Jean-Paul Brighelli

De Gaulle, vite !

de_gaulle_mai68-7e04dDans une remarquable interview parue dans le Figaro du 9 novembre — jour anniversaire de la mort de De Gaulle, qui sert de fil conducteur à l’entretien —, Henri Guaino revient sur la politique du gouvernement actuel face à l’épidémie et face au risque terroriste.
Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas l’enthousiasme qui l’étouffe. Parce qu’il a un raisonnement politique global, un raisonnement national — un raisonnement gaullien — au lieu de le diffracter en « politique sanitaire » et « politique sécuritaire » — politique politicienne en un mot. Au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le Président de la République les a dispatchées entre de multiples fusibles. « La réponse gaullienne, dit Guaino, aurait consisté à ne pas diluer les responsabilités des mesures prises entre le gouvernement, le Parlement, le conseil scientifique, puis les préfets et les maires, ce qui a eu, entre autres, pour effet que chaque décideur gère avant toute chose son risque pénal plutôt que la crise sanitaire. Il aurait été plus gaullien et plus conforme à l’esprit des institutions que, pour mettre entre parenthèses toutes les libertés fondamentales, le président de la République, qui n’encourt pas de risque pénal, mette en œuvre l’article 16 de la Constitution, précisément fait pour ce genre de situation. Ainsi aurait-il porté, lui seul, la responsabilité politique des décisions. »
Mais l’ombre de l’affaire du sang contaminé, dans les années SIDA, plane sur les décisions avortées. Macron a préféré « se cacher derrière la science pour prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec la science. » Il s’ensuit que « la dissolution du Conseil scientifique lèverait cette ambiguïté malsaine. » Car enfin, décourager le port de masques en mars, était-ce de la science ? Les imposer dans la rue, quand les contaminations se font en espaces clos, est-ce de la science ? Fermer les petits commerces et laisser les grandes surfaces ouvertes, quand la Catalogne fait exactement l’inverse, est-ce de la science ? Non — mais cela sert les intérêts de grands groupes, où sont peut-être positionnés les copains.
Cela permet aussi d’instaurer une politique de la peur. Franchissant le point Godwin avec perspicacité, Guaino remarque que la dernière fois que l’on a joué la peur contre les Français, c’était sous Vichy — alors que De Gaulle jouait la carte du courage. Mais on ne lit pas beaucoup de courage derrière tous ces visages masqués. Imaginez-vous De Gaulle, qui à la Libération de Paris a descendu les Champs-Elysées debout, sans courir, alors que des tireurs embusqués le prenaient pour cible, affublé d’un masque ?

Il en est de même pour le terrorisme. « Ce qui serait gaullien, ce serait de prendre enfin la mesure de ce que nous devons affronter, c’est-à-dire une véritable guerre de civilisation sans merci menée contre nous ». Menée non seulement par des terroristes fanatisés, mais par « des minorités agissantes qui travaillent sans relâche à la culpabilisation de l’Occident et au communautarisme devant lesquels, par lâcheté collective, nous nous aplatissons depuis des décennies. » Oui — mais les considérations électoralistes l’ont emporté au fil des ans sur le raisonnement politique. Et nous voici prenant des mesures savantes contre un virus dont nous ne savons pas grand-chose, et n’osant pas en prendre contre un ennemi dont nous savons tout.

C’est drôle, quand on y pense, ce désir de Général. Benoît Duteurtre en avait fait une magnifique pochade il y a quelques années avec le Retour du Général — seul à même de faire accepter d’honnêtes mayonnaises maison, et d’ignorer les consignes sanitaires de l’Europe, qui obligent les bistros à utiliser de la mayo industrielle… Et aujourd’hui, le voici convoqué pour contrôler les frontières et courir sus à l’islamiste qui s’en vient égorger nos fils et nos compagnes…

Une seule solution : refaire une Nation. Recréer ce destin collectif qui fut de tout temps le génie de la France. En finir avec les lubies intéressées de la mondialisation. La nation n’est pas une notion dépassée, comme s’efforcent de nous le faire croire des commentateurs aux ordres de quelques banquiers intéressés à la dilution de l’entité France.
Il faut réagir vite — sinon, dans les basques d’une épidémie dont nous constatons, en France, les dégâts, bien plus importants que chez nos voisins, et donc la nocivité de la politique sanitaire suivie, ce sera un fascisme réel qui s’instaurera, comme le nazisme s’est insinué dans les fourgons d’une république de Weimar en déliquescence. Ce n’est pas au conseil scientifique, un organisme non élu et désigné selon des critères troubles, de résoudre un problème qui est en fait une question de civilisation. Et je ne voudrais pas que demain, le choix s’opère entre la mort par épidémie et la soumission à un ordre nouveau — la charia, par exemple.

Jean-Paul Brighelli