Mélenchon versus Laïcité 2

RuizCela a commencé à l’université d’été de la France insoumise. Henri Pena-Ruiz, qui n’a plus rien à apprendre sur la laïcité, dont il a tout dit dans un Dictionnaire amoureux de la laïcité (chez Plon) sorti il y a trois ans,pena-dictionnaire explique aux militants dont il se sent proche, homme de gauche qu’il est depuis toujours, qu’on a le droit d’être islamophobe, comme celui d’être cathophobe ou athéophobe — et que c’est cela, la laïcité. Parce qu’on a le droit de critiquer une religion — pas les personnes. L’islam, pas les Musulmans. La Torah, mais pas les Juifs.
Que n’avait-il pas dit là… Le jour même, Tweeter s’enflamme (Tweeter passe son temps à s’enflammer, il vit d’incendies successifs), et voici l’un des plus ardents défenseurs de la laïcité républicaine, un homme par ailleurs d’une modestie et d’une douceur exemplaire, vilipendé par les réseaux sociaux.

Puis cela a rebondi il y a quelques jours, quand Mélenchon, qui avait décidé d’aller parader avec ses troupes à la manif des Frères musulmans, s’est fendu d’une critique acerbe contre Pena-Ruiz (qui est compagnon de route du front de gauche et de la France Insoumise depuis toujours, comme il a été celui du PC dans des ères géologiques antérieures), s’est fendu d’un tweet extrêmement agressif parce que le philosophe était allé apporter la contradiction à Eric Zemmour : « À Pena-Ruiz qui bavarde amicalement avec Zemmour et me laisse traiter d’islamo-gauchiste. Ses amis Chassaigne et Broissat qu’il a soutenu [sic !] au européennes seront à la marche le 10 novembre. Le sectarisme ne mène pas plus loin que ce plateau indigne. »
Passons sur le fait que Mélenchon, dans sa rage, ne maîtrise plus l’accord du participe avec le COD antéposé, et examinons le fond du problème. Faut-il refuser d’aller sur LCI ? Faut-il laisser Zemmour éructer tranquillement sans tenter de nuancer un propos sans nuances ?
J’ai posé la question à Pena-Ruiz. D’une longue interview qui sautait du coq à l’âne, comme il arrive toujours entre amis, j’ai retenu quelques phrases décisives.

JPB. Alors, quelles sont aujourd’hui tes relations avec Jean-Luc Mélenchon ?

HPR. Elles sont désormais inexistantes, sinon par ce tweet que tu cites, et qui me dit « sectaire » et « indigne » en décrivant comme un « bavardage amical » ce qui fut au contraire une confrontation sans concession avec Eric Zemmour. Je ne comprends pas pour ma part que l’on puisse traiter ainsi un camarade. Mon ami François Coq, entre autres, en fut aussi victime. Le moins que l’on puisse dire est que cela ne donne pas l’exemple de ce que pourrait être l’avenir en commun pour lequel nous militons. Cette façon de faire, dont je ne suis pas hélas la seule victime, dégoûte beaucoup de personnes de la France Insoumise. Elle est peu conforme avec le vœu annoncé de refonder la politique dans le sens d’une démocratie authentique dont le peuple serait l’acteur majeur. C’est une telle contradiction que souligne avec force mon ami Thomas Guénolé, qui a tout récemment rompu avec la France insoumise.

JPB. Oui, Guénolé, en faisant la promotion de son livrela Chute de la maison Mélenchon, n’a guère de mots tendres pour le lider maximo de LFI…

HPR. Il n’est pas tendre, car ce qu’il a vécu est terrible, et il a voulu en analyser les causes, sans transiger avec l’exigence de vérité.

JPB. Revenons à cette conférence de septembre. Les attaques t’ont fait du mal ?

HPR. Oui, et c’était d’autant plus inattendu que l’ambiance, lors de ma conférence, était très bonne. J’ai fait applaudir « la Rose et le réséda » d’Aragon…

JPB. « Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas, tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats »…Quelles que soient les qualités poétiques de cette ode à la Résistance, l’idée d’associer le communiste Gabriel Péri et le gaulliste chrétien Honoré d’Estienne d’Orves partait d’un bon sentiment : unir dans la Résistance au-delà des clivages…

HPR. Aujourd’hui une clarification est absolument nécessaire concernant l’orientation laïque de la FI. Je regrette qu’elle ne soit pas faite clairement par la direction de la FI, qui a pris la décision regrettable de participer à la marche contre l’islamophobie lancée par le CCIF, en contradiction avec les positions qu’elle défendait en Janvier 2015, après les attentats islamistes. Une grande manifestation contre tous les racismes me semblait nécessaire, en lieu et place d’une telle marche. Celle-ci est une grande victoire des Frères musulmans, qui sont en passe de gagner la bataille sémantique qu’ils ont engagée il y a des années : dorénavant, une partie de l’opinion, soigneusement manipulée, se range derrière l’idée qu’« islamophobie », qui selon l’étymologie recouvre la peur irraisonnée de l’islam, assortie de son rejet, veut dire aussi haine des personnes musulmanes, ce qui est absolument faux. C’est cette dérive du sens qu’il faut inlassablement dénoncer et combattre. Une dérive qui est malheureusement appuyée par les pays du Nord de l’Europe, ou par l’Angleterre et les Etats-Unis, qui n’ont jamais voulu comprendre ce que nous appelons « laïcité » en France.

JPB. Oui, « secularism » peine à recouvrir le concept français de laïcité…

HPR. Alors bien sûr, Julien Odoul, cet élu du Rassemblement National qui a cru intelligent de dénoncer publiquement une femme porteuse d’un voile en Bourgogne, ou Blanquer confondant sorties scolaires et société française en général, ont donné du grain à moudre aux extrémistes religieux. Ils ont permis une assimilation entre « islamophobe » et « républicain ».

JPB. Tu parles d’une erreur de Blanquer… Quelle est-elle ?

HPR. Ne pas avoir spécifié que la déontologie laïque excluait le recours à tout symbole religieux dans des sorties scolaires, et non pas au seul voile islamique. Tout vient en fait d’un manque de rigueur du Conseil d’Etat, qui n’a pas compris ce qu’était réellement une sortie scolaire — et qu’un « encadrant » n’est pas une « maman », comme s’est plue à le clamer toute la presse, mais un collaborateur occasionnel du service public — et soumis aux mêmes règles que le service public.

Quant à interdire le voile sur l’ensemble du territoire, c’est hors de question, pour moi : c’est par l’éducation que l’on convaincra les femmes de ne pas s’enfermer dans des pratiques religieuses aliénantes. J’explique cela dans un article de Marianne, à paraître bientôt.

JPB. C’est tout de même un signe flagrant d’infériorisation de la femme…

HPR. Certes , mais il ne faut pas confondre ce que l’on doit combattre par la loi,— notamment tout ce qui bafoue la déontologie laïque —, et ce qu’il faut faire reculer par la dénonciation des préjugés sexistes. Celle-ci relève de l’éducation populaire. Interdire le voile de façon générale, en dehors des contextes qui requièrent la neutralité, serait le glorifier — et donner raison aux manipulateurs qui en font le signe d’une discrimination anti-musulmans. Blanquer aurait dû dissocier, dans son propos, ce qui revenait au ministre — qui doit dire la loi — et ce qui revient à l’homme, qui a les opinions qu’il veut. Il a fait une confusion entre ces deux instances. C’était donner raison au CFCM, qui est pourtant manipulé par un courant wahhabiste et patriarcal, l’islam le plus rétrograde — et qui prétend s’ériger en victime. Comme a très bien dit Gilles Keppel, on a là affaire à une « islamisation par le bas ». Ces personnes pratiquent le littéralisme — alors même qu’Averroès, au XIIe siècle, était déjà favorable à une interprétation du Coran.

JPB. Oui — mais il a lui-même été en butte au retour du fanatisme littéraliste, à la fin de sa vie. C’est une tentation qui parcourt régulièrement le monde musulman.

HPR. En attendant, les Frères musulmans se servent des lois républicaines pour s’infiltrer dans la société française — alors même qu’ils rêvent de s’affranchir justement des lois de la République. Ils avancent masqués. La Femen qui s’est invitée, les seins nus, lors de la manifestation du 10 novembre,

femen

a été immédiatement bousculée et cachée — « couvrez ce sein que je ne saurais voir », dit Tartuffe !

JPB. Oui — et le voile participe de cette même obsession érotique qui ne dit pas son nom. Et comment analyses-tu la situation présente ?

HPR. Je plaide pour une intégration plutôt qu’une assimilation. Il faut que les particularismes — et c’est essentiel — n’entrent pas en conflit avec la loi républicaine. Sinon, on risque une conversion du communautarisme en stratégie d’affrontement. On a le droit de rejeter une religion — y compris la sienne — ou une politique. Pas un peuple. Critiquer l’islam, ce n’est pas du racisme anti-musulman. C’est le point de vue universaliste qui doit partout triompher : se demander sans cesse si la maxime de mon action est ou non universalisable donc compatible avec les droits de l’homme. Par exemple être contre l’excision, ce n’est pas rejeter tel ou tel segment de population : c’est défendre le principe universel du droit à l’intégrité physique. Je défends les principes universels, qui sont émancipateurs. Et ce à distance de toute polémique.

Jean-Paul Brighelli

Mélenchon versus Laïcité 1

melenchon-sexprime-avant-la-mani-1024x576Nathalie Bianco, que je ne connaissais que pour avoir feuilleté un joli roman sarcastique, les Courants d’air, et pour une tribune pleine de sens parue dans Tribune juive, a réagi avec mesure et efficacité à la présence de Jean-Luc Mélenchon à la manifestation politique des intégristes musulmans, a publié sur Facebook une adresse au Capo ultimo de la France insoumise
Comme dit Céline Pina en commentaire : « Pas un mot à enlever. »

Comme je suis pour l’instant banni de Facebook, je n’ai pas eu le temps de demander à Nathalie Bianco son autorisation. J’espère qu’elle ne m’en tiendra pas rigueur.

« Alors, Jean-Luc, comment ça va ?

Tu permets que je te tutoie, Camarade. Après tout « camarade » nous l’avons été, nous « peuple de gauche » et même si ce n’était plus trop le cas depuis longtemps, je continuais à nourrir une certaine forme de tendresse pour toi. Un peu comme avec un ex que l’on n’arrive pas à détester complètement et qu’on regarde toujours avec une pointe de nostalgie, même si on sait que c’est bel et bien terminé.

Il faut dire que tu as su m’en donner des frissons… Ton magnifique discours lors de l’enterrement de ton ami Charb vois-tu encore aujourd’hui je ne peux y repenser sans pleurer.
Et donc, alors, Camarade, c’était comment cette manifestation ? Raconte. Tu étais à l’aise au milieu des pires entrepreneurs identitaires et des intégristes ? Tu as serré des paluches ? J’ai vu qu’il y avait dans la manif des jeunes enfants à qui on a fait porter une étoile jaune. Tu as trouvé ça mignon qu’on compare le sort réservé aux enfants juifs séparés de leurs parents, déportés, exécutés, gazés à celui des enfants de confession musulmane qui ont à subir… quoi en fait ? Concrètement ?
Et Madjid Messaoudene, tu l’as vu alors ? Il est sympa ? T’as fait un selfie ? Tu sais ce grand type rigolo, élu de Saint Denis qui, au lendemain de la tuerie de Toulouse tweetait en rafale des blagues et des jeux de mots sur Mohamed Merah (je n’oublie pas merah cine / qu’est ce que tu merah-conte etc). Mort de rire. Enfin mort oui, surtout les enfants de l’école maternelle.
Bon, et à part ça… Il y avait du beau monde ? Tu l’as vu Nader Abou Anas ? Mais si enfin, le salafiste qui dit qu’une femme doit être obéissante à son mari et qu’elle ne doit sortir de chez elle qu’avec sa permission ! Il était là ?
Et l’autre, tu sais le rigolo, qui explique aux enfants qu’ils vont finir en cochon s’ils écoutent de la musique il est venu aussi ? Celui qui dit dans ses prêches qu’une femme non voilée n’a pas de pudeur et pas d’honneur et qu’elle ne doit pas s’étonner de subir des agressions tu vois de qui je parle ?
Et les gens de l’association « participation et spiritualité musulmane », tu les as croisés ? Mais si souviens-toi, les homophobes, les anti-avortements excités de la « Manif pour Tous » les potes de CIVITAS quoi. Ça y’est tu les remets ? Ils devaient être tout près des pancartes demandant l’abrogation des lois de 2004.
N’empêche, ça a dû te faire drôle, toi le progressiste, le laïque passionné, l’universaliste, toi qui expliquais en 2010 que les femmes voilées se stigmatisaient toutes seules, toi qui récusais le terme même d’islamophobie en défendant le droit à critiquer les religions, toi qui déplorais en 2018 que la religion devienne de plus en plus ostentatoire dans notre société…
Alors dis-moi Camarade, ça t’a fait quoi quand Marwan Muhamad, du CCIF, l’officine officieuse des Frères musulmans a fait scander à la foule « allahou Akbar » ? ça t’a pas un peu terrifié d’écouter ce cri qui aura été le dernier qu’auront entendu tes amis de Charlie Hebdo juste avant de s’écrouler ?
Et quand ils ont fait huer le nom des opposants qui sont déjà menacés, Mohamed Sifaoui, Bouvet, Zineb etc qu’as-tu fais Jean luc ? Tu as tapé dans tes mains en rythme aussi ou tu t’es discrètement bouché les oreilles ?
Je voudrais juste savoir Camarade. J’ai besoin de comprendre.
Est-ce qu’il y a un moment, même fugace où le souvenir de Charb, de son poing crânement levé, de son sourire malicieux, de son testament « lettre ouverte aux escrocs de l’islamophobie » t’a glacé le sang ?
Est-ce que à un moment, t’est revenu le souvenir de tes mots, si beaux, si forts à l’enterrement de ton ami : « La mort est passée. Elle rôde encore autour de nous et nous sentons son souffle froid (…)Tremblants de peine et sidérés, nous sommes venus nous réchauffer une fois de plus auprès de lui. Car Charb tisonnait si bien pour nous la braise rouge ! Rouge ! Contre la cendre des convenances boursouflées et des certitudes aveuglées, nos rires étaient ses incendies du vieux monde! (…) Charb, tu as été assassiné comme tu le pressentais par nos plus anciens, nos plus cruels, nos plus constants, nos plus bornés ennemis : les fanatiques religieux, crétins sanglants qui vocifèrent de tous temps. Charb, ils n’auront jamais le dernier mot tant qu’il s’en trouvera pour continuer notre inépuisable rébellion »
Je voudrais juste savoir Camarade. Ça fait quoi de renier ses valeurs dans l’espoir de glaner des voix communautaires ? ça fait quoi de trahir ses amis ?
Je voudrais juste savoir Camarade. Est-ce que ce soir, comme nous tu te prends la tête entre tes mains ? Est-ce que au moins, maintenant, tout seul, dans le secret de ton cœur, tu as honte « Camarade » ? »

Mélenchon à l’école : fi donc !

MélenchonCe mardi 27 février, Mélenchon, élu de la quatrième circonscription de Marseille, était longuement interviewé dans la Provence.
Le gros titre était sur la déclaration fracassante (en forme de porte ouverte que l’on enfonce), « Macron est l’ami des riches ». Cela ne m’aurait pas arrêté (sur le sujet, je recommanderai plutôt le livre de mon ami Gérard Filoche, tout récemment sorti, Macron ou la casse sociale, éditions de l’Archipel — Filoche avec qui Mélenchon signa jadis un livre, en 2000, quand ils cotisaient au même parti) si mes yeux ne s’étaient portés par hasard sur un bout de colonne, en bas de page, où le lider maximo du Vieux-Port et de ses environs (l’interview a été réalisée dans une gargote proche du quai des Belges) n’avait cru bon de ramener sa science sur l’éducation. Et pourquoi pas ? Après tout, il fut ministre délégué à l’enseignement professionnel, au temps lointain de Jospin et Jack Lang réunis.
Le problème c’est qu’à la question « Retirez-vous du positif dans la réforme de l’Education nationale ? », le grand manitou de la France insoumise répond, en toute décontraction :
« Le système qui se met en place dans les universités va créer une raréfaction de la ressource humaine intellectuelle du pays. C’est un système de marchandisation des diplômes par l’argent. Blanquer veut flatter l’ancienne génération dans la nostalgie du « c’était mieux avant ».
Ô Jean-Luc !
(Deux remarques en incises. 1. À Marseille, on interpelle à la romaine — c’est le « ô » vocatif de nos vieilles versions latines — pas le « oh » ni le « ho » modernes. En toute logique, il faudrait écrire ainsi l’interjection si fréquente ici — « ô con ! ».
Et 2. Je me permets de t’appeler Jean-Luc parce que nous nous sommes rencontrés, et plus d’une fois, chez Jean-Claude Gawsewitch au moment où tu sortais, chez Balland, En quête de gauche — en 2007, quand je sortais moi-même Une école sous influence). Donc, cela étant précisé…
Ô Jean-Luc ! Tu galèjes ou quoi ? « Une raréfaction de la ressource humaine intellectuelle du pays » ?
Primo, une certaine dose de sélection en fac ne vise qu’à supprimer dès l’entrée ces 50% d’étudiants venus faire du tourisme, et qui se plantent en première année, aussi laxistes que soient les universitaires qui corrigent leurs torchons. Secundo, l’extension indéfinie de certaines filières « en tension », comme on dit dans ces milieux — STAPS, par exemple — est un mauvais service rendu depuis des années à des étudiants qui découvrent trop tard que les débouchés sont en nombre restreint. Et qu’on les a envoyés dans le mur.

Et notre député et futur candidat à la mairie — à moins qu’il préfère laisser Castaner s’y installer, Forcalquier étant devenu trop petit pour le délégué général de la République en marche, une-deux, une-deux, une-deux — de rajouter :
« L’école primaire a toujours été une réussite en France. On dit que 20% des élèves ne savent ni lire, ni écrire, ni compter ! On se demande même s’ils savent marcher ou parler ! Non, il y a des élèves qui ont des grosses difficultés en maths, d’autres en lecture, d’autres en écriture. Tous finissent par se rattraper. Blanquer prend la posture de l’autorité. Ses débats sur la blouse ou le téléphone ne sont pas sérieux. Ce sont des diversions. L’école se désarticule faute de moyens. »
On appréciera ce « on » qui en français désigne l’imbécile d’en face, à distinguer du « nous » plein de noblesse et de dignité. « On raconte que… mais nous savons bien… » Dans ce « on », il y a à peu près tout ce que la France compte d’enseignants lucides — allez, 80%, les 80% qui ont condamné dès le premier mot la réforme du collège de Vallaud-Belkacem (forte de sa juste appréciation des statistiques, Najat abandonne finalement l’édition et rejoint l’institut de sondages IPSOS — sûr que ce qui en sortira ne sera pas du pipeau).

Et si l’école maternelle marche encore assez bien, ce n’est pas là (et c’est bien dommage, mais tu devrais te tenir au courant) que l’on apprend le lire / écrire. C’est en CP — et la plupart des « professeurs des écoles » recrutés depuis 1989 et la création des IUFM y appliquent des méthodes d’apprentissage létales. L’idéo-visuel cher à Foucambert, Goigoux et autres malfaiteurs encravatés, c’est l’arme fatale d’extinction des plus démunis. Ce ne sont pas les « moyens » (tu cotises à FO ou à la CGT, dis-moi ? Ça promet, si tu te présentes à Marseille) qui font défaut, mais l’application de méthodes efficaces.
Mais évidemment, si tu es conseillé par Danielle Obono, qui pense que « Vive la France » et « Nique la France », c’est la même chose

Eh non, ils ne finissent pas par « se rattraper ». Parce que dans les rues de Marseille, le même jour, j’ai photographié ça :IMG_20180228_074943

Allez, Jean-Luc, je t’aime bien, bien que tu n’aies jamais voulu répondre à mes questions pendant la campagne. Et bien que tu sois entouré d’imbéciles (un joli mot à double sémantisme masculin / féminin) de première grandeur. Reviens sur terre : les gens qui n’ont pas appris à lire / écrire / compter aux mômes les ont servis tout crus — et pour la vie — au néo-libéralisme que tu prétends combattre. Tu la joues dans le genre marxiste basique — « le facteur économique », tout ça… Mais ce n’est pas sur l’économie que ça se joue en ce moment : c’est sur la culture. Sur l’éducation. Mets un peu de maoïsme dans ton castrisme. Soit tu défends la nation, l’héritage français — l’héritage européen aussi, le latin par exemple, qui fut la lingua franca du continent (et même du Maghreb) bien avant que des crétins croient que nous devons quelque chose aux musulmans —, soit tu capitules devant les puissances d’argent. Parce que les banquiers ne craignent qu’une chose : un soubresaut de la conscience populaire, un retour des nations. Et l’école, au sujet de laquelle tu dis de si grosses bêtises, est le pivot de la révolution à venir — ou de notre anéantissement.

Jean-Paul Brighelli

Le moment populiste

Voilà deux mois que j’ai sur ma table le Moment populiste, d’Alain de Benoist (Pierre Guillaume de Roux Editeur). Deux mois que j’attends le bon moment de parler d’un livre intensément érudit et qui explore toutes les facettes d’un mot qui pue un peu aux narines des crétins — sauf qu’il rentre justement en grâce ces temps-ci.
Populisme : le terme pour ma génération a été longtemps associé à « poujadisme » (certification vintage Pierre Poujade 1953-1958, avec résurgence Gérard Nicoud et CIDUNATI, 1969), et ne concernait guère que les revendications des petits commerçants — à ceci près que l’Union Fraternité Française, qui obtint 52 députés en 1956 (dont Jean-Marie Le Pen, réélu en 1958) dépassa rapidement la stricte défense des Beurre-Œufs-Fromages.
Puis vint Georges Marchais, maillon indispensable pour comprendre comment un mot longtemps associé à l’extrême-droite a glissé peu à peu sur l’arc politique, au point d’être aujourd’hui l’œil du cyclone à partir duquel se définissent les politiques. À partir duquel s’est construite, surtout, « l’extraordinaire défiance de couches de la population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau » : c’est l’attaque du livre d’Alain de Benoist — et j’aimerais beaucoup qu’on lui fasse grâce des étiquettes a priori, dans une France qui justement, comme il l’analyse fort bien, s’ébroue hors du marigot gauche-droite.
Ce que des journalistes paresseux ont nommé le « trumpisme » (croient-ils vraiment que le peuple américain qui a voté pour le faux blond le plus célèbre au monde croit en ses vertus ?) n’est en fait que la mesure du « fossé séparant le peuple de la classe politique installée ». Inutile donc d’« accumuler les points Godwin » en criant au retour des années 1930 dès qu’un mouvement politique parle au peuple : en fait, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Nicolas Dupont-Aignan et tout ce qu’il reste du chevènementisme, ce sont moins les politiques qui parlent au peuple que le peuple qui parle aux politiques. Et qui même lui crie aux oreilles.
A émergé il y a une dizaine d’années un populisme new style. Alain de Benoist évoque la victoire du « non » au référendum de 2005, le référendum confisqué par les pseudo-élites qui nous gouvernent, droite et gauche mêlées — bien la preuve qu’il n’y a plus de droite ni de gauche quand il s’agit de défendre les avantages acquis de l’oligarchie au pouvoir. Je pencherais plutôt pour les élections de 2002, où entre les 16,86% de Jean-Marie Le Pen (ajoutons-y les 2,34% de Bruno Mégret et sans doute les 4,23% de Jean Saint-Josse) et les 5,33% de Jean-Pierre Chevènement de l’autre côté de l’arc électoral, cela fait quand même près de 30% de voix qui ne se portaient pas sur les deux partis traditionnels qui monopolisent depuis quarante ans les chaises musicales au sommet de la République.
Mais je comprends le raisonnement d’Alain de Benoist : l’élection de 2005 était la preuve par neuf qu’une seconde oligarchie, européenne celle-là, se superposait à la vieille oligarchie française. De surcroît, le cumul des mandats étant ce qu’il est, c’était pour ainsi dire la même classe politique de l’UMPS qui se partageait les dépouilles électorales, à Bruxelles comme à Paris. « La droite a abandonné la nation, la gauche a abandonné le peuple », dit très bien notre philosophe, citant Pierre Manent. Que la Gauche ne soit plus représentée que par un quarteron de bobos parisiens — qu’elle ait à ce point rompu avec le peuple (et la candidature de Jospin en 2002 est emblématique de cette scission) est une évidence. Que la Droite se soit européanisée, mondialisée, et ait renié le bonapartisme jacobin qui caractérisait la politique gaulliste est une autre évidence.
Et de citer le célèbre poème de Brecht, « Die Lösung » (« la Solution ») :
« Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ? »

Le populisme moderne est né d’une absence d’alternative. Rien à voir, sinon à la marge, avec le populisme des années de plomb : il ne s’agit pas de revanche (sur le traité de Versailles / les Juifs / les Francs-macs ou que sais-je) mais d’une révolte face à la confiscation de tous les pouvoirs par une minorité qui ne se reproduit qu’en pure consanguinité. D’une offense à la « common decency » chère à Orwell et à Jean-Claude Michéa (dont chaque livre, chaque interview fournit une occasion pour les Saint-Jean-Bouche-d’or de crier à la trahison des clercs). Le modèle en fait du populisme actuel n’est pas 1933, mais 1788.
Pour preuve (preuve aussi de la qualité des analyses d’Alain de Benoist, dont je ne vais pas vous faire une lecture exhaustive, achetez-le plutôt), le virage populiste de Jean-Luc Mélenchon, qui est rhétoriquement l’héritier de Marchais, et politiquement sur une ligne fort proche, quand on y pense un peu sérieusement, de celle de Marine Le Pen. C’est même l’opinion de cet imb… de Maurice Szafran, qui écrit désormais dans ChallengesSo long, Marianne

Oui, oui, je sais, les futurs électeurs de Mélenchon se pincent le nez en lisant cette dernière phrase. Mais ce sont les mêmes qui l’année dernière lisaient l’Ere du peuple, un titre habilement médité par le leader de la France insoumise, sans doute méditait-il déjà le slogan de sa campagne actuelle. Les mêmes qui dénoncent le népotisme de toute la classe politique (et Alexis Corbière, le second de Mélenchon, d’estimer que « l’affaire Fillon heurte le moment populiste où nous sommes »), les mêmes qui depuis quinze ans déplorent l’abandon du peuple par la gauche et « comprennent » que d’anciens communistes aient viré FN, dans les vieux bastions du PCF — dans le Nord notamment. Les mêmes qui lisent avidement Christophe Guilluy (longuement interviewé ce mois-ci dans Eléments, la revue que patronne Alain de Benoist — tiens, tiens), et savent bien que Gauche et Droite méprisent la France périphérique — et d’ailleurs, la France tout court.
Alexis Corbière explique donc dans l’interview pré-citée que le mot « populisme » fait aujourd’hui débat, que le peuple est contre l’oligarchie et le népotisme, et que la situation actuelle est pleine d’une violence potentielle qui l’amène à conclure à la nécessité d’une Asssemblée Constituante.
Cher Alexis Corbière, je crois qu’il est trop tard. Alain de Benoist analyse finement la disparition des « lendemains qui chantent » — et le rôle qu’a joué dans la montée du populisme l’effondrement de l’utopie socialiste, à l’Est. Seule une reddition en rase campagne de Hamon donnerait du sens à une candidature Mélenchon — mais la rue de Solférino maintiendra Hamon, parce qu’ils haïssent Mélenchon, au PS, et surtout parce qu’ils rêvent d’une victoire de MLP, qui permettrait, croient-ils, un sursaut pro-PS aux Législatives et la survie des Eléphants. J’ai bien peur (en fait, je n’ai pas peur du tout) que nous ne soyons plus en 1788, mais déjà en 1791. Ça va mal se passer dans les urnes, et ça va finir dans la rue.
Je dis « ça », exactement comme Céline au début du Voyage au Bout de la nuit (« Ça a débuté comme ça » — une phrase d’une fabuleuse circularité), non pour écrire populaire, mais parce que c’est le Ça freudien, le refoulé de tant de décennies, qui est en train de remonter. À jouer au plus fin avec le peuple, on finit par perdre — on ne peut pas le tromper tout le temps, même si on l’a trompé longtemps. Voilà, ça va finir comme ça.

Jean-Paul Brighelli

Le point sur les présidentielles

Benoît Hamon est donc l’heureux élu primaire, Emmanuel Macron va, court, vole et nous gonfle, Fillon est dans les enquiquinements — que le Canard ait été abreuvé par le Ministère des Finances (mais non, pas par Sapin ! Il y a de tout aux Finances, et surtout pas des gauchistes ! Il y a même des sarkozystes…) ou par une « officine » au service de — de qui ? De Rachida Dati ?
Hmm…

Il y a trois mois, alors que nous ne savions pas si le Président de la république en titre irait ou non à l’abattoir, je disais ma certitude que Macron était le plan B de Hollande, dont l’objectif final est de faire triompher le néo-libéralisme (qu’il soit de droite ou de gauche n’a aucun sens en pratique) et d’annihiler le PS, refuge des Cambadélis et autres Bartolone — tous des petites pointures, si on en croit ce que racontait complaisamment le même Hollande aux deux journalistes invités à ses levers et à ses couchers. J’ajoutais que Mélenchon était le caillou dans la chaussure de ce même Hollande — le miroir impitoyable dans lequel il se reconnaît en homme de droite.
Il fallait donc grignoter le Parti de gauche, qui est le remords personnifié, la preuve vivante que le PS est de droite. D’où l’Opération Hamon, bien parti pour devancer Mélenchon, en donnant à tous les déçus du PS un prétexte pour voter encore une fois pour ce parti de gougnafiers. Cocus de 2012, à vos bulletins ! Il y a du candaulisme chez certains électeurs de gauche… On prostitue la république à un Macron en faisant semblant de soutenir Hamon. Bien joué.

Sans compter que Hamon, l’homme qui justifie le fait qu’il n’y ait pas de femmes visibles dans certains quartiers, est islamo-compatible — ce que n’était pas Valls, dont on peut critiquer bien des points, mais pas son engagement laïc. Avec Hamon, on chasse sur les terres du NPA et du PIR. L’islamo-gauchisme n’est qu’un prétexte : l’essentiel, c’est que la France en tant que nation disparaisse, que les Français en tant que peuple disparaissent, remplacés par une mosaïque de communautés qui se regarderont peut-être en chiens de faïence, qui se tireront peut-être dans le dos, de temps en temps, mais qui consommeront. Et c’est bien l’essentiel.

Soutenir Hamon, mais pas trop. Ce n’est pas lui, l’Elu. On le reçoit à l’Elysée, mais on s’abstient de le raccompagner sur le perron. C’est à ces petits détails que l’on mesure aujourd’hui les grands hommes. Lire la suite