« J’accuse », le meilleur film français de l’année

70812242_537826866985689_2297347585585657558_nL’Affaire Dreyfus est l’un de ces mythes sur lesquels s’est construite la République française. Il était donc délicat d’y toucher. Il fallait trouver un biais, à la fois pour construire une fiction vraie, rendre compte du mythe, et, parce qu’on est dans un genre — le film historique — soumis comme le roman du même nom à un principe de double historicité, savoir à quelle modernité parle cette histoire de la fin du XIXe siècle.
La solution de facilité, c’était de tout centrer sur Zola — après tout, « J’accuse », c’est lui, même si c’est Clemenceau qui a trouvé le titre. Mais alors on faisait un documentaire… En prenant Georges Picquart, militaire fidèle, antisémite assumé, comme héros de l’Affaire, Polanski a renversé la perspective.
Pour cela, il fallait s’appuyer non sur une documentation rigide et étouffante, mais sur une œuvre de fiction : le roman D. (titre originel : An Officer and a Spy) écrit par Robert Harris (l’auteur d’Imperium, un excellent roman historique sur le dernier siècle de la République romaine). Et ne pas hésiter à inventer des scènes, pourvu qu’elles soient significatives — Dumas n’a pas fait autre chose avec l’histoire de la Fronde dans Vingt ans après. Ainsi, Picquart rencontre Zola, Clemenceau, et toute la clique des « intellectuels » (le mot a été forgé à cette occasion par les anti-dreyfusards), alors qu’il ne l’a jamais vu qu’à son procès. Et alors ? Des historiens scrupuleux, appointés par la presse bien-pensante (Libé surtout, qui n’en finit plus de s’acheter des indulgences auprès du lectorat féminin, LGBT et islamique) ont reproché ces quelques inexactitudes au metteur en scène. Qu’ils aillent se faire cuire un œuf : J’accuse conviendra fort bien aux collégiens, c’est enlevé, passionnant comme un film de prétoire sans en avoir les lourdeurs américaines, et excellemment joué.

C’est donc un très bon film historique. Et je m’étonne (non, je ne m’étonne pas) que Libé, qui eut autrefois des chroniqueurs marxistes, n’ait pas repris la postulation lukacsienne de la double historicité pour bâtir une critique intelligente (mais à l’impossible, nul n’est tenu) d’un film qui joue — forcément — sur les deux registres, dans sa reconstruction d’un mythe républicain : le procès de Dreyfus, le combat des dreyfusards, et la réhabilitation tardive d’un officier juif présenté pour ce qu’il était — une vieille ganache venant réclamer, in fine, ses droits à un avancement bien problématique au grade de lieutenant-colonel ; et parallèlement la suspicion portée sur notre époque, où les appareils d’Etat ne sont pas plus transparents qu’en 1896, et où les foules s’émeuvent si facilement, enflammées par la presse hier, par les réseaux sociaux aujourd’hui.

Il est significatif que le titre français, J’accuse, ne soit pas le titre international (An officer and a spy, traduction de l’autre titre originel, l’Ufficiale e la spia, puisqu’il s’agit d’une co-production frano-italienne). « J’accuse » renvoie à l’artefact premier du mythe républicain, cet article de l’Aurore dans lequel Zola, sous la houlette de Clemenceau qui tenait absolument à dégommer le gouvernement de l’époque, et le président de la République en titre, Félix Faure — qui ne vit pas la conclusion de l’affaire, son destin s’étant arrêté dans la bouche de Mme Steinheil —, met en accusation Esterhazy et toute la hiérarchie militaire. Ce qui lui valut une condamnation, et des péripéties sans nombre. Et peut-être une mort précoce, par la grâce d’une cheminée opportunément bouchée qui refoula le monoxyde de carbone. But that’s another story.

C’est à cet aspect de mythe bien français que correspond, à mon sens, un casting très particulier — et éblouissant. Outre Jean Dujardin, qui est toujours extraordinaire pourvu qu’il ait un vrai cinéaste exigeant derrière lui, outre Emmanuelle Seigner, toujours sensuelle, le générique fait défiler l’un après l’autre de grands noms de la Comédie-Française : Grégory Gadebois, que j’avais vu dans le Cyrano de Podalydès et dans Ubu roi ; Hervé Pierre, vu dans l’Illusion comique de Corneille, et dans les Oiseaux d’Aristophane ; Didier Sandre, découvert jadis dans le Dom Juan ou le Misanthrope de Vitez, — et dans le Cyrano de Podalydès aussi ; Eric Ruf, auquel on doit un fabuleux Peer Gynt en 2012 — et qui jouait Christian dans ce même Cyrano ; sans oublier Denis Podalydès lui-même…

Est-il si étrange que Polanski soit allé pêcher ses acteurs à la Comédie-française (rien de plus « français » que l’Affaire Dreyfus), et particulièrement parmi les acteurs de Cyrano, une pièce dont la « première », fin décembre 1897, est un triomphe de la francitude en plein milieu de « l’Affaire », un moment de réconciliation nationale dans ces années de division nationale ?
Puisque c’est un film historique, disons-le tout net : le travail de re-création de la IIIe République, entre goût de l’ordre, barbes bien taillées et petites vertus — rien n’est gratuit dans ce film, pas même la scène, en arrière-plan, de french cancan —, est prodigieux. Les vieux officiers, encore teintés de catholicisme bon teint (alors que le débat sur la laïcité, qui portera finalement la loi de 1905, fait rage) et d’aristocratisme désuet, sont merveilleusement campés, et leurs sous-fifres (le commandant Henry, exécuteur des basses œuvres qu’on lui commande) magnifiquement croqués. C’est un système que décrit Polanski ; et il fait de Georges Picquart, antisémite comme les 9/10èmes de la société de son époque (y compris Zola si vous avez le moindre doute, lisez ou relisez l’Argent : c’était en 1891, bien avant que l’écrivain prenne parti « Pour les Juifs » dans les colonnes du Figaro ; y compris Jaurès, qui prendra fait et cause pour Dreyfus par la suite, mais dénonce, en décembre 1894, « le prodigieux déploiement de la puissance juive pour sauver l’un des siens ») le héros involontaire de la révision du procès et de la mise en cause d’Esterhazy. Après tout, je n’exclus pas qu’au monument de Yad Vashem, il y ait des antisémites repentis, des gens qui, quelles que fussent leurs opinions ponctuelles, avaient lu Kant et faisaient passer les universaux avant les articles de Léon Daudet.

Quant à l’écho contemporain du film, il n’est pas à dénicher, quoi qu’en pense une certaine presse, dans les déclarations opportunistes de telle ou telle grande oubliée de l’histoire du cinéma, mais dans ces scènes où l’on voit la foule à deux doigts de lyncher Dreyfus d’abord, Picquart ensuite. Des foules manipulées par des médias qui tous avaient un lectorat à flatter. Le Figaro même, qui pourtant avait ouvert largement ses colonnes à Zola (c’est dans ce journal que l’écrivain jeta sa phrase fameuse, « la vérité est en marche, rien ne l’arrêtera plus »), finit par les refermer et resta dans l’expectative, vu le nombre de désabonnements… C’est ce qui fournira à l’Aurore de Clemenceau cette splendide opportunité du « J’accuse ».

Ne boudez pas votre plaisir : cela dure 132 minutes, et ça les vaut bien. On ne s’ennuie pas un instant, parce que l’Histoire intelligemment traitée est un thriller, et pas un pensum.

Jean-Paul Brighelli

PS. Adèle Haenel, (dont je n’avais jamais entendu parler) qui a choisi Mediapart (pas le Palais de Justice) pour accuser Christophe Ruggia, l’un des metteurs en scène avec lesquels elle a jadis tourné, se retrouve cette semaine en couverture de Elle — un objectif dans la vie pour une starlette sans réelle épaisseur. Mais quel rapport avec le film de Polanski ?
Il fallait tout l’ingéniosité sémantique de Libé pour en trouver un : « J’accuse, le film, authentifie et justifie donc Adèle Haenel », écrit Camille Nevers dans ce qui fut jadis un quotidien de gauche. La concomitance des accusations d’Adèle Haenel et de Valentine Monnier et de la sortie du film de Polanski, opportunément mis en cause pour des faits improuvables qui remontent à il y a cinquante ans, a attisé la hargne de tous les compagnons indéfectibles des combats féministes et intersectionnels, contre celui qui est l’un des plus grands cinéastes du dernier demi-siècle. Une façon de ne parler du film qu’en regard d’une actualité fabriquée de toutes pièces, et une manière de tout ramener au niveau du nombril, typique de notre époque où les égos se ramassent à la pelle dans les caniveaux. On applaudit bien fort… Heureusement que Laurent Joffrin a émis un jugement plus dialectique que ses petits camarades. Et la déprogrammation annoncée en Seinte-Saint-Denis dont je m’inquiétais encore il y a quelques jours n’aura finalement pas lieu.

Couper tout ce qui (vous) dépasse

70812242_537826866985689_2297347585585657558_nDonc, Polanski, pas question, c’est un violeur en série — même si la dernière preuve que l’on en a remonte à cinquante ans, qu’il a été jugé en Californie pour cela, et que sa victime a depuis longtemps tiré un traits sur les faits. Gauguin, pas question non plus — c’est un infâme Blanc colonisateur qui a abusé de très jeunes Polynésiennes à la fin du XIXe siècle. On sait depuis lurette que Céline est infréquentable, et qu’il faut jeter le Voyage au bout de la nuit avec l’eau du bain des pamphlets. Quant à Heidegger, à en croire ce Vincent Cespedes, philosophe expert en narcissologie, il est hors de question de continuer à l’enseigner, il doit rejoindre Horst Tappert au musée des horreurs nazies.Capture d’écran 2019-11-21 à 02.03.01 Quoi qu’ait pu en penser Hannah Arendt, qui ne cachait pas son admiration pour son maître, et qui vaut bien Cespedes, rayon philo. Mais une Juive qui couche avec un nazi et l’adule, c’est suspect, dirait l’immortel auteur du Concours de professeur des écoles (Vuibert, 1999 — grande année dans l’histoire du pédagogisme), elle doit être victime d’un syndrome de Galatée…

Ajoutons, pour faire bon poids, qu’il faut aussi se débarrasser de Voltaire, qui dans le Dictionnaire philosophique attaque les Juifs de la Bible afin de faire un croc-en-jambe au Christianisme, et qui dit aussi du mal de Mahomet dans la pièce éponyme, ce qui doit déplaire à Jean-Luc Mélenchon, ces jours-ci… Qu’il vaut mieux ne plus enseigner Montesquieu, qui certes plaide contre l’esclavage, mais en utilisant le mot « nègre », un mot qui met le lecteur de couleur hors de sa zone de confort — mais voilà, il n’y pas de « safe space » sur Bonnet d’âne… Pour ne rien dire de Racine, qui a peut-être empoisonné à l’arsenic Marquise qui fut sa maîtresse… Ou Hugo qui a bien fait souffrir Adèle, son épouse, et Adèle, sa fille — sans parler de Juliette Drouet, l’une de ses 3000 maîtresses (hé oui…), qu’il traitait fort mal… Pas du tout #MeToo, le père Hugo…
Sans oublier Camus, qui lorsqu’il roulait (pour la dernière fois de sa vie) vers Paris, ce 4 janvier 1960, avait rendez-vous dans l’après-midi avec trois femmes différentes, de deux heures en deux heures — et l’une d’entre elles avait largement l’âge d’être sa fille, quelle horreur… Ou Sartre et Beauvoir, qui abusèrent de la pauvre Bianca Bienenfeld, en se la passant et repassant —et surtout, en se moquant d’elle dans leur correspondance, quels mufles…
De surcroît, ils soutenaient l’un et l’autre la révolution russe — tout comme Aragon. Au goulag de la bien-pensance moderne !
Et je ne dirai rien du Caravage ou de Benvenuto Cellini, d’abominables assassins. Ni de Picasso, qui aimait tant faire pleurer Dora Maar — et dont les diverses femmes et maîtresses, dont l’écart d’âge avec le Maître laisse augurer de sombres choses, ont eu des fortunes diverses, rarement heureuses. Un monstre.

Or donc, J’accuse — inspiré d’un texte de Zola qui est quand même un monument fondateur de notre République — est interdit en Seine-Saint-Denis, un département pas du tout islamisé dont les élus s’achètent à bon compte une vertu nouvelle. Comme dit très bien Céline Pina : « Un film qui parle d’antisémitisme en Seine-Saint-Denis, c’est du nanan à quelques mois des municipales. Thomassin [mairesse de Bondy] et Cosme [le président PS de la collectivité Est Ensemble] réussissent la convergence des clientélismes : en censurant J’accuse ils servent l’antisémitisme des banlieues, empêchent la connaissance d’un évènement historique fondateur et de questions politiques passionnantes et servent la soupe aux féministes intersectionnelles qui se taisent sur Cologne, se font très discrètes sur Ramadan, mais renchérissent dès que c’est un mâle blanc qui est mis en cause. Si en plus il est juif, alors là, c’est la fête. » Polanski ou Woody Allen, même causes, mêmes effets — même si le FBI, malgré deux enquêtes scrupuleuses, n’a jamais rien prouvé sur l’auteur d’Annie Hall, et que toutes les accusations reposent sur la parole d’un fils de Mia Farrow quelque peu manipulé par sa mère — j’en connais d’autres.

Et Pina de parler de « racolage électoral » — quelle vilaine pensée…

L’Obs, en rapportant cette censure de J’accuse, a cru bon de titrer « Les élus crient à la « censure » » — en mettant le mot entre guillemets, comme s’il était inapproprié. Mais quel autre terme employer ?
Tant qu’à faire, je suggère à la municipalité de Bondy — et à toutes les autres — de veiller à ce que ne subsistent plus dans leurs bibliothèques municipales d’ouvrages des sus-nommés. Ni, dans leurs vidéothèques, de films de D.W. Griffith, qui fait l’apologie du Ku-Klux-Klan dans Naissance d’une nation — un chef d’œuvre, par ailleurs. Ou de Fatty Arbuckle, compromis dans une sale histoire meurtre et que les ligues de vertu condamnèrent bien avant son procès — dont il sortit blanchi, mais brisé : toute ressemblance avec des faits d’actualité…
Et plus de films d’Erroll Flynn, qui a fini ses jours entre les bras (quel joli euphémisme !) d’une nymphette tout droit sortie de Lolita — qu’il faut également brûler, et vite, tout le monde sait que les jeunes filles n’ont aucune sexualité avant l’âge légal…

Nous vivons une époque formidable, disait le regretté Reiser. Jadis (en 1953 — grande année) Ray Bradbury stigmatisait, dans Fahrenheit 451, ces régimes qui envoient leurs pompiers brûler les livres. Désormais, le Camp du Bien (un Bien à géométrie variable, qui stigmatise les vieux cinéastes juifs et défend les damnés de la Terre à condition qu’ils soient Frères musulmans) manipule les grands ciseaux d’Anastasie : ne pouvant pas encore couper les génitoires de tous ces tripoteurs de donzelles, on coupe leurs films.Capture d’écran 2019-11-20 à 16.17.19

Gauguin, auquel s’est intéressée cette fois la presse anglo-saxonne, rapidement relayée par la bien-pensance hexagonale (le Huffington Post ne regrettait-il pas l’année dernière que le film d’Edouard Deluc avec Vincent Cassel n’insistât pas sur la pédophilie de l’artiste ?) , c’est bien pire. Non content de coucher avec des mineures (et peu importe aux castrateurs que le concept ne fût pas fonctionnel à Tahiti en 1892), il est un méchant Blanc colonisateur qui abuse de sa position dominante. L’inter-sectionnalité des luttes le voue aux gémonies à plusieurs titres. Le Qatari qui en 2015 a acheté Quand te maries-tu ? pour 300 M$ ne devait pas être au courant.Paul_Gauguin,_Nafea_Faa_Ipoipo-_(When_Will_You_Marry-)_1892,_oil_on_canvas,_101_x_77_cm Mais en bon musulman, il s’en fichait, sachant que Mahomet a épousé Aïcha quand elle avait 6 ans — ou 9 ans, les interprétations varient : en tout cas, même si en Arabie, les concepts modernes n’étaient pas en usage au VIIe siècle, elle n’était pas bien vieille quand elle a offert sa virginité au prophète, que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui.

Sérieusement, qui peut adhérer à ces billevesées, sinon quelques féministes malades (et non, ce n’est pas un pléonasme, il existe nombre de féministes saines), quelques journalistes en manque de scoop, quelques personnalités de gauche en manque de popularité ? « Epuration » est un vilain mot, qui renvoie à de vilaines périodes. Les années 2010-2020 en font désormais partie. Pas de quoi en être fier.

Jean-Paul Brighelli

Pendez les cinéastes octogénaires !

Capture d’écran 2018-01-22 à 11.19.56Il y eut Polanski — et à en croire les féministes enragées, ce n’est pas fini : elles veulent toujours sa peau alors que la principale intéressée, Samantha Geimer, qui vient de signer d’ailleurs la pétition réclamant pour les femmes le droit d’être draguées, demande elle-même qu’on lui fiche la paix avec cette vieille histoire. Puis Woody Allen, qui aurait tripatouillé sa fille adoptive, Dylan, quand elle avait 7 ans (pas avant ? Vous êtes sûres, mesdames ?).
Dylan Allen a publié une lettre d’accusation il y a quatre ans, lors de la remise du Golden Globe Life Achievement Award à Woody Allen. Comme le remarque le journaliste Nicolas Kristof, les accusations contre le cinéaste remontent à 1993 — au moment où Woody Allen et Mia Farrow se séparaient avec une certaine acrimonie : elles ont été explorées par la justice américaine, qui est rarement complaisante (ne serait-ce qu’en fonction de la publicité qu’un procureur pourrait en tirer — voir DSK ou justement Polanski), et ladite justice n’a rien trouvé à poursuivre.
Rappelons que dans le droit des pays démocratiques, c’est à l’accusation de faire la preuve — et que les dires d’une gamine de sept ans manipulée par sa mère n’en constituent pas une. Oui — mais elle en a aujourd’hui plus de trente, elle doit bien savoir…
Pas même : diverses affaires arrivées en justice ont mis en évidence le phénomène des « souvenirs inventés », greffés dans la mémoire d’une personne fragile par un psy ambitieux ou un parent aigri. Y compris de faux souvenirs d’inceste. On peut de bonne foi raconter d’invraisemblables calembredaines. Les flics, qui savent que des innocents s’accusent parfois de meurtres qu’ils n’ont pas commis, prennent d’ailleurs ces accusations avec des pincettes — surtout des décennies après les faits.
« Oui, mais alors, comment distinguer de vraies horreurs de suspicions imaginaires ? Et de réels harcèlements devront-ils rester impunis ? »

Certaines féministes en arrivent aujourd’hui à suggérer que ce soit à l’accusé de faire la preuve qu’il n’est pas coupable. Excès de zèle, méconnaissance du Droit ? Pas même : leur objectif est bien de ramener l’homme dans la cage qu’il n’aurait jamais dû quitter. La castration ou la mort. « Mon dieu, délivrez-nous du mâle. Et tant qu’à faire, obligeons-les à devenir végans : peut-être avec le temps l’absorption quotidienne de jus de navet rendra-t-elle impossible les turgescences suspectes dont ils nous menacent… » Bref, pendons les hommes !
Ah mince, cela ne fera qu’accroître la fatale turgescence…pendu-en--rectionEffet collatéral inattendu, les hommes qui menacent vraiment l’intégrité des femmes — en les obligeant à s’habiller comme ci et à se comporter comme ça, en refusant de s’asseoir à côté d’elles à l’école, ou de prendre un volant qu’elles ont contaminé par le seul fait de l’avoir tenu —, ceux-là ne sont pas dans le collimateur des chiennes de garde et de mégarde.
Les cinéastes octogénaires, en revanche… Les mâles blancs dominateurs et sûrs d’eux… Les Occidentaux ex-colonialistes… Ah, tous ces Hercule de pacotille à qui nos modernes Omphales vont tirer l’oreille…47949743.parisaug05557Non seulement les castratrices de service, à force de se vouloir toutes victimes, passent désormais pour des demeurées, ce qui ne rend guère service aux femmes qu’elles croient protéger, mais elles défendent curieusement une idée de la vertu que l’on pensait enterrée depuis la mort de Tante Yvonne, qui sous De Gaulle surveillait la bienséance française — une censure préalable qui avait volé en éclats après 1968. Il y a bien d’autres chantiers que ceux de nos nouvelles Ligues de vertu : l’égalité des salaires, la fin des violences conjugales (dans tous les sens : 123 femmes sont mortes l’année dernière sous les coups de leurs compagnons, mais entre 25 et 30 hommes succombent chaque année aux sévices de leurs compagnes, ça fait 150 morts de trop), une politique d’incitation scolaire à oser toutes les carrières (même si ces dernières années les femmes ont envahi massivement le Droit et la Médecine — et les études vétérinaires — après avoir déferlé sur les secteurs de sciences humaines, au point que 80% des profs de Lettres et de Langues sont aujourd’hui des femmes), elles sont encore sous-représentées dans les carrières scientifiques, alors même qu’elles réussissent mieux que les garçons). Là, il y a du boulot.
Ou encore, en demandant l’interdiction d’une foultitude de sites pornographiques qui proposent de la femme une image stéréotypée, dégradante et surtout incitative à des harcèlements en série : je ne saurais trop vous recommander la série « Punished for stealing porn vidéo » (3 660 000 liens…), où des vigiles de supermarché violent des malheureuses suspectées d’avoir piqué de la marchandise, ou « Boss fucks secretary » (23 400 000 entrées…), qui n’a besoin d’aucun commentaire — deux scénarii d’une sophistication suprême.

Mais l’urgence ne réside pas dans la vengeance post-rupture d’épouses acariâtres — et Mia Farrow s’y connaît, dans le genre. Elle ne réside pas dans l’hypocrisie d’acteurs déclarant, après coup, qu’il leur a répugné de jouer pour Woody Allen, et que leur cachet ira à des organismes de protection des femmes battues : Thimotee Chalamet en Tartuffe, ça lui ira comme un gant. Elle ne réside pas dans la justification de promotions-canapé dont on tâche de se convaincre, a posteriori, qu’elles ont été extorquées — ni dans la dénonciation de propos un peu lestes ou carrément balourds dont on assure que 15 ans plus tard, on ne s’est toujours pas remise — un excellent prétexte pour faire parler de soi.

J’aime la marquise de Merteuil ou la Juliette de Sade — pas cette bande de tourterelles effarouchées qui crient au loup pour oublier que ce sont elles qui l’ont tiré par la queue. Qu’une foule d’hommes aient besoin de se faire remettre à leur place, je l’admets. Qu’un certain nombre aient eu des comportements criminels, j’en suis convaincu. Que des femmes s’en soient senties gênées, voire traumatisées, c’est certain. Mais que la simple qualité d’homme fasse de tous les parangons de virilité des suspects ordinaires, et qu’il faille leur donner la chasse, comme jadis Penthée fuyant les Ménades,penthee_menadesvoire les dépecer vivants, comme les mêmes l’expliquèrent un jour au malheureux Orphée,5249341229_e7e722d309_b voilà qui me donne à penser que cette civilisation court sur une pente fatale où les rapports homme / femme, à défaut d’être normalisés, seront psychiatrisés ou judiciarisés — et tout le monde y perdra. À commencer par le féminisme, complètement dévoyé — et ridiculisé — par les surenchères de quelques castratrices qui qui devraient se pencher davantage sur le sort des petites filles excisées de nos jours en France — 60 000 par an, à en croire les associations spécialisées.

Alors lâchez les baskets de Polanski, Allen ou Spacey — pour des faits qui en France seraient couverts, et au-delà, par la prescription la plus sévère — 20 ans pour un crime. Et cessez d’identifier chaque homme comme un violeur en puissance, si vous ne voulez pas que de mauvaises langues trouvent bientôt que cette obsession ressemble fort, au choix, à un désir ou à un dépit.

Jean-Paul Brighelli

Osez le crétinisme : à propos d’un certain totalitarisme féminin

Capture d’écran 2017-11-14 à 06.19.51« My men are rounding up twice the usual number of suspects », dit le capitaine Renault au début de Casablanca — il collabore alors à fond avec les Allemands. Et à la fin, il ordonne à ses hommes : « Round up the usual suspects » — même si à ce moment-là, il vient de verser dans la Résistance. Dans les deux cas, ce sont les mêmes boucs émissaires qui paient les pots cassés…
Et à propos de pots cassés (1), ce sont aujourd’hui les « suspects habituels », Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau, qui sont livrés aux hyènes. Polanski a l’habitude — même s’il en a assez de fournir un prétexte aux folliculaires en panne de copie. Ce Français (il est né à Paris) qui n’a jamais commis de délit en France devrait vivre à l’abri des lois de la République. Il en est loin : les autorités le laissent insulter, malmener, vilipender par quelques viragos pour lesquelles il n’y a jamais de présomption d’innocence, ni de prescription, ni de pardon possible. Des sycophantes qu’une autorité rigoureuse devrait embastiller, mais auxquelles on tend des micros complaisants. Il m’a regardée sans mon consentement ? Crime contre l’humanité ! Il a distraitement plongé son regard assassin dans mon corsage généreusement ouvert ? Léché du bout des cils mon popotin qui faisait dans la ville le signe de l’infini ? Au bûcher !
Ou comme l’inénarrable Emma Sulkowicz, qui a porté plainte contre le partenaire avec qui elle avait fait l’amour, alléguant qu’il l’avait cette fois-là sodomisée sans son consentement – quoiqu’elle lui ait envoyé plusieurs messages amicaux les jours suivants. Ou comment un bon moment se transforme, avec un peu de malignité inconsciente, en souvenir de viol : Emma n’est pas pour rien fille de deux psychologues.
Ledit étudiant non seulement n’a pas été poursuivi — l’autorité judiciaire, dans un pays où l’on ne rigole pas avec ce genre d’accusations, n’a pas trouvé matière à l’inculper —mais l’université Columbia lui a versé un dédommagement discret. Encore heureux que ce soit toujours à l’accusation de faire la preuve. Pour le moment.
Ce qui n’a pas empêché Sulkowicz de traîner le matelas du supposé délit à travers le campus pour être sûre de se faire remarquer.mattress-performance-emma-sulkowicz Puis, en juin dernier, elle s’est fait ficeler par un maître du shibari, suspendre à une poutre, insulter, gifler et fouetter. Cela s’appelle « The ship is sinking ». Ah.1495727080691-IMG_0127-1024x576-1Aucune contradiction dans cette manifestation de body art appliqué. Il y a dans toute outrance — et le féminisme hystérique en est une parmi d’autres — un désir exhibitionniste qui cherche à se satisfaire à bon compte. Les manifestations anti-Polanski devant la Cinémathèque sont du même tonneau.Capture d’écran 2017-11-14 à 06.20.27Deux « performances » artistiques qui en France vaudraient sans doute à Emma Sulkowicz un engagement prochain dans l’atelier Arts plastiques de quelque ESPE de province…

Jean-Claude Brisseau, dont vous vous rappelez peut-être Noces blanches, a été condamné en 2005 pour harcèlement de deux actrices de so film Choses secrètes. Il n’a pas fait appel du jugement, il a exécuté sa peine, et il a commenté les faits, sans les nier, dans un livre d’abord, puis dans un film, l’Ange exterminateur. Affaire close — ou qui devrait l’être…
Il faut être sérieusement tarée pour exiger de la Cinémathèque française, qui avait programmé une rétrospective de ses œuvres à l’occasion de la sortie de son prochain film, qu’elle annule cette manifestation. Après avoir harcelé Polanski en ce même lieu pour une occasion similaire.
Comme l’a très bien dit Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française (un homme de gauche, persécuté sous Sarkozy, membre éminent de Médiapart avant sa nomination : sa longue interview est passionnante), une telle attitude est la négation des fondements du Droit tels que les avait exprimés Beccaria dans son traité Des délits et des peines (1764). Une peine effectuée règle une fois pour toutes la dette du criminel envers la société. C’est assez qu’une condamnation soit inscrite au casier judiciaire. Nous ne sommes plus à l’époque de Hugo où Javert pouvait poursuivre Jean Valjean des années durant parce qu’il avait volé un pain. Oui, mais — disent nos féministes enragées —, peut-être a-t-il aussi tripatouillé Cosette ? ET même si elle ne s’en est pas plainte…
Frédéric Bonnaud, qui a invité Roman Polanski et a choisi d’annuler la rétrospective Jean-Claude Brisseau, s’exprimait justement dans les locaux de Mediapart, son ancienne maison. Il fallait que ce garçon pondéré soit vraiment excédé par les harpies qui le harcèlent pour parler « d’un véritable choc totalitaire et d’un retour à l’ordre moral sous les ordres de véritables ligues de vertu ». Et d’ajouter : « En France, on veut notre Weinstein à nous et on trouve qui? Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau, les suspects habituels (…) La rétrospective a été annoncée en juin… Pas une réaction, ça ne choque personne (…) Coupable un jour coupable toujours…Nous ne sommes pas de taille, je le dis à la barbe d’Osez le féminisme: « Vous avez gagné, on supprime Jean-Claude Brisseau » parce que nous ne sommes pas de taille à lutter », répond-il. Avant d’évoquer le prix de la sécurisation de la cinémathèque. « Mettre dix gardes du corps dans le hall pour que le mec qu’on invite ne se fasse pas casser la gueule, ça coûte 10.000 euros, confie-t-il. Nous ne voulions pas inviter Brisseau avec des flics, des gardes du corps et sous la pression ». Et de conclure sur le manque de soutien « des intellectuels de gauche ou de droite » (si, si, je suis là !) face à des femmes qu’il qualifie de « demi-folles ».
Juste « demi » ? Elles veulent leur livre de chair — taillée dans les bas morceaux, si possible.

La Société des réalisateurs a choisi de faire chorus avec les manifestantes. Cela me rappelle Bruno Le Maire condamnant dans un premier temps « Balance ton porc », et après s’être fait frotter les oreilles par tel ou telle, revenant immédiatement sur ses propos.

Bien sûr, je ne mets pas toutes les femmes dans le même sac bon pour l’asile. Ces agissements ne sont le fait que d’une poignée de pétasses. Elles parlent fort parce qu’elles sont peu nombreuses. Mais notre démocratie (la perversion de la république, rappelez-vous Montesquieu) en est là : elle se laisse prendre en otage par des groupes infimes — pas même des communautés. Quatre islamistes ici, cinq féministes là. Les uns prétendent parler au nom de tous les musulmans, qui globalement les exècrent ; les autres pensent s’exprimer au nom de toutes les femmes, qui généralement les méprisent. Mais les pouvoirs constitués — les médias, en particulier — leur donnent une importance qui outrepasse, de très loin, leur surface effective.
Ô hommes, mes frères, approchez et venez m’entendre. Vous êtes coupables avant même d’avoir agi, coupables d’être mâles (faut-il toutefois rappeler à ces mégères que « con » et « vagin » sont des mots masculins ? Où le pouvoir mâle ne va-t-il pas se nicher ! Ah, mais il est vrai que « bite » est féminin — c’est à n’y rien comprendre, quand on s’acharne à croire que les mots sont sexués !). En attendant, évitez désormais de prendre un ascenseur avec une femme, laissez les portes de vos bureaux ouvertes quand vous en recevez une, n’interrogez que des élèves mâles, faites chambre à part, ça vous évitera de les entendre ronfler quand elles rentreront de leurs beuveries féministes, et si une femme vous suit, claquez-lui la porte au visage : parce que la lui tenir, comme me l’a fait un jour remarquer l’une d’elles, c’est vous apercevoir qu’elle est une femme, c’est déjà la violer.

Jean-Paul Brighelli

(1) Mes lecteurs n’étant pas forcément au fait de l’argot sexuel des siècles passés, je leur rappelle que « se faire casser le pot » signifie « se faire sodomiser ». Voir Proust, la Prisonnière, pp. 173 et sq. : « J’aime bien mieux que vous me laissiez une fois libre pour que j’aille me faire casser… » Aussitôt dit sa figure s’empourpra, elle eut l’air navré, elle mit sa main devant sa bouche comme si elle avait pu faire rentrer les mots qu’elle venait de dire et que je n’avais pas du tout compris. (…) Jusque-là je m’étais hypnotisé sur le dernier mot : « casser », elle avait voulu dire casser quoi ? Casser du bois ? Non. Du sucre ? Non. Casser, casser, casser. Et tout à coup, le regard qu’elle avait eu au moment de ma proposition qu’elle donnât un dîner me fit rétrograder aussi dans les mots de sa phrase. Et aussitôt je vis qu’elle n’avait pas dit « casser », mais « me faire casser ». Horreur ! c’était cela qu’elle aurait préféré. Double horreur ! car même la dernière des grues, et qui consent à cela, ou le désire, n’emploie pas avec l’homme qui s’y prête cette affreuse expression. Elle se sentirait par trop avilie. Avec une femme seulement, si elle les aime, elle dit cela pour s’excuser de se donner tout à l’heure à un homme. »
Cela peut aussi signifier « se faire dépuceler » — voir la Cruche cassée, de Greuze.

Polanski et le chœur des demi-vierges

Elles ont eu non sa peau (mais elles aimeraient bien), mais au moins la peau de sa nomination comme président des prochains César. L’un des plus grands cinéastes aujourd’hui vivants, le metteur en scène de Cul-de-sac, Rosemary’s baby, Chinatown, Tess, The Ghost Writer et j’en passe, est tricard aux yeux d’une bande de pseudo-féministes qui cherchent à faire parler d’elles en accablant les autres, faute de créer quoi que ce soit qui arrive à la cheville des œuvres du Polonais maudit.
Polanski est demandé depuis les années 1970 par un procureur californien avide de publicité pour une affaire qualifiée de viol où une fille mineure a été offerte par sa mère, et avec son consentement, à un cinéaste adulte. Ciel ! Et la fille en question n’a jamais voulu porter plainte, et correspond toujours avec son séducteur. En France, il n’est accusé de rien du tout. Quand bien même, il y aurait belle lurette que tout cela serait tombé sous le coup de la prescription. Lire la suite