Osez le crétinisme : à propos d’un certain totalitarisme féminin

Capture d’écran 2017-11-14 à 06.19.51« My men are rounding up twice the usual number of suspects », dit le capitaine Renault au début de Casablanca — il collabore alors à fond avec les Allemands. Et à la fin, il ordonne à ses hommes : « Round up the usual suspects » — même si à ce moment-là, il vient de verser dans la Résistance. Dans les deux cas, ce sont les mêmes boucs émissaires qui paient les pots cassés…
Et à propos de pots cassés (1), ce sont aujourd’hui les « suspects habituels », Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau, qui sont livrés aux hyènes. Polanski a l’habitude — même s’il en a assez de fournir un prétexte aux folliculaires en panne de copie. Ce Français (il est né à Paris) qui n’a jamais commis de délit en France devrait vivre à l’abri des lois de la République. Il en est loin : les autorités le laissent insulter, malmener, vilipender par quelques viragos pour lesquelles il n’y a jamais de présomption d’innocence, ni de prescription, ni de pardon possible. Des sycophantes qu’une autorité rigoureuse devrait embastiller, mais auxquelles on tend des micros complaisants. Il m’a regardée sans mon consentement ? Crime contre l’humanité ! Il a distraitement plongé son regard assassin dans mon corsage généreusement ouvert ? Léché du bout des cils mon popotin qui faisait dans la ville le signe de l’infini ? Au bûcher !
Ou comme l’inénarrable Emma Sulkowicz, qui a porté plainte contre le partenaire avec qui elle avait fait l’amour, alléguant qu’il l’avait cette fois-là sodomisée sans son consentement – quoiqu’elle lui ait envoyé plusieurs messages amicaux les jours suivants. Ou comment un bon moment se transforme, avec un peu de malignité inconsciente, en souvenir de viol : Emma n’est pas pour rien fille de deux psychologues.
Ledit étudiant non seulement n’a pas été poursuivi — l’autorité judiciaire, dans un pays où l’on ne rigole pas avec ce genre d’accusations, n’a pas trouvé matière à l’inculper —mais l’université Columbia lui a versé un dédommagement discret. Encore heureux que ce soit toujours à l’accusation de faire la preuve. Pour le moment.
Ce qui n’a pas empêché Sulkowicz de traîner le matelas du supposé délit à travers le campus pour être sûre de se faire remarquer.mattress-performance-emma-sulkowicz Puis, en juin dernier, elle s’est fait ficeler par un maître du shibari, suspendre à une poutre, insulter, gifler et fouetter. Cela s’appelle « The ship is sinking ». Ah.1495727080691-IMG_0127-1024x576-1Aucune contradiction dans cette manifestation de body art appliqué. Il y a dans toute outrance — et le féminisme hystérique en est une parmi d’autres — un désir exhibitionniste qui cherche à se satisfaire à bon compte. Les manifestations anti-Polanski devant la Cinémathèque sont du même tonneau.Capture d’écran 2017-11-14 à 06.20.27Deux « performances » artistiques qui en France vaudraient sans doute à Emma Sulkowicz un engagement prochain dans l’atelier Arts plastiques de quelque ESPE de province…

Jean-Claude Brisseau, dont vous vous rappelez peut-être Noces blanches, a été condamné en 2005 pour harcèlement de deux actrices de so film Choses secrètes. Il n’a pas fait appel du jugement, il a exécuté sa peine, et il a commenté les faits, sans les nier, dans un livre d’abord, puis dans un film, l’Ange exterminateur. Affaire close — ou qui devrait l’être…
Il faut être sérieusement tarée pour exiger de la Cinémathèque française, qui avait programmé une rétrospective de ses œuvres à l’occasion de la sortie de son prochain film, qu’elle annule cette manifestation. Après avoir harcelé Polanski en ce même lieu pour une occasion similaire.
Comme l’a très bien dit Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française (un homme de gauche, persécuté sous Sarkozy, membre éminent de Médiapart avant sa nomination : sa longue interview est passionnante), une telle attitude est la négation des fondements du Droit tels que les avait exprimés Beccaria dans son traité Des délits et des peines (1764). Une peine effectuée règle une fois pour toutes la dette du criminel envers la société. C’est assez qu’une condamnation soit inscrite au casier judiciaire. Nous ne sommes plus à l’époque de Hugo où Javert pouvait poursuivre Jean Valjean des années durant parce qu’il avait volé un pain. Oui, mais — disent nos féministes enragées —, peut-être a-t-il aussi tripatouillé Cosette ? ET même si elle ne s’en est pas plainte…
Frédéric Bonnaud, qui a invité Roman Polanski et a choisi d’annuler la rétrospective Jean-Claude Brisseau, s’exprimait justement dans les locaux de Mediapart, son ancienne maison. Il fallait que ce garçon pondéré soit vraiment excédé par les harpies qui le harcèlent pour parler « d’un véritable choc totalitaire et d’un retour à l’ordre moral sous les ordres de véritables ligues de vertu ». Et d’ajouter : « En France, on veut notre Weinstein à nous et on trouve qui? Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau, les suspects habituels (…) La rétrospective a été annoncée en juin… Pas une réaction, ça ne choque personne (…) Coupable un jour coupable toujours…Nous ne sommes pas de taille, je le dis à la barbe d’Osez le féminisme: « Vous avez gagné, on supprime Jean-Claude Brisseau » parce que nous ne sommes pas de taille à lutter », répond-il. Avant d’évoquer le prix de la sécurisation de la cinémathèque. « Mettre dix gardes du corps dans le hall pour que le mec qu’on invite ne se fasse pas casser la gueule, ça coûte 10.000 euros, confie-t-il. Nous ne voulions pas inviter Brisseau avec des flics, des gardes du corps et sous la pression ». Et de conclure sur le manque de soutien « des intellectuels de gauche ou de droite » (si, si, je suis là !) face à des femmes qu’il qualifie de « demi-folles ».
Juste « demi » ? Elles veulent leur livre de chair — taillée dans les bas morceaux, si possible.

La Société des réalisateurs a choisi de faire chorus avec les manifestantes. Cela me rappelle Bruno Le Maire condamnant dans un premier temps « Balance ton porc », et après s’être fait frotter les oreilles par tel ou telle, revenant immédiatement sur ses propos.

Bien sûr, je ne mets pas toutes les femmes dans le même sac bon pour l’asile. Ces agissements ne sont le fait que d’une poignée de pétasses. Elles parlent fort parce qu’elles sont peu nombreuses. Mais notre démocratie (la perversion de la république, rappelez-vous Montesquieu) en est là : elle se laisse prendre en otage par des groupes infimes — pas même des communautés. Quatre islamistes ici, cinq féministes là. Les uns prétendent parler au nom de tous les musulmans, qui globalement les exècrent ; les autres pensent s’exprimer au nom de toutes les femmes, qui généralement les méprisent. Mais les pouvoirs constitués — les médias, en particulier — leur donnent une importance qui outrepasse, de très loin, leur surface effective.
Ô hommes, mes frères, approchez et venez m’entendre. Vous êtes coupables avant même d’avoir agi, coupables d’être mâles (faut-il toutefois rappeler à ces mégères que « con » et « vagin » sont des mots masculins ? Où le pouvoir mâle ne va-t-il pas se nicher ! Ah, mais il est vrai que « bite » est féminin — c’est à n’y rien comprendre, quand on s’acharne à croire que les mots sont sexués !). En attendant, évitez désormais de prendre un ascenseur avec une femme, laissez les portes de vos bureaux ouvertes quand vous en recevez une, n’interrogez que des élèves mâles, faites chambre à part, ça vous évitera de les entendre ronfler quand elles rentreront de leurs beuveries féministes, et si une femme vous suit, claquez-lui la porte au visage : parce que la lui tenir, comme me l’a fait un jour remarquer l’une d’elles, c’est vous apercevoir qu’elle est une femme, c’est déjà la violer.

Jean-Paul Brighelli

(1) Mes lecteurs n’étant pas forcément au fait de l’argot sexuel des siècles passés, je leur rappelle que « se faire casser le pot » signifie « se faire sodomiser ». Voir Proust, la Prisonnière, pp. 173 et sq. : « J’aime bien mieux que vous me laissiez une fois libre pour que j’aille me faire casser… » Aussitôt dit sa figure s’empourpra, elle eut l’air navré, elle mit sa main devant sa bouche comme si elle avait pu faire rentrer les mots qu’elle venait de dire et que je n’avais pas du tout compris. (…) Jusque-là je m’étais hypnotisé sur le dernier mot : « casser », elle avait voulu dire casser quoi ? Casser du bois ? Non. Du sucre ? Non. Casser, casser, casser. Et tout à coup, le regard qu’elle avait eu au moment de ma proposition qu’elle donnât un dîner me fit rétrograder aussi dans les mots de sa phrase. Et aussitôt je vis qu’elle n’avait pas dit « casser », mais « me faire casser ». Horreur ! c’était cela qu’elle aurait préféré. Double horreur ! car même la dernière des grues, et qui consent à cela, ou le désire, n’emploie pas avec l’homme qui s’y prête cette affreuse expression. Elle se sentirait par trop avilie. Avec une femme seulement, si elle les aime, elle dit cela pour s’excuser de se donner tout à l’heure à un homme. »
Cela peut aussi signifier « se faire dépuceler » — voir la Cruche cassée, de Greuze.