République-Nation

Ils sont venus ils sont tous là
Le débonnaire Israélien
Son gentil homologue palestinien
L’aimable Ukrainien
Et quelques chefs d’Etats africains
Pas tyranniques pour un sou
Chers amis chers cousins

Des gens bien
De vrais républicains
D’inoxydables démocrates

Il y a aussi la Ligue arabe et le Qatar

Dans les tribunes de Bastia hier
Une banderole disait
« Le Qatar finance le PSG et le terrorisme »
Ça n’a pas plu au PSG
Les terroristes n’ont pas protesté

Il y a Davutoglu
Premier ministre d’une Turquie pas du tout intégriste
Qui flingue doucement les Kurdes
Seuls Musulmans présents hier à Marseille
Le PKK est toujours inscrit sur la liste
Des organisations terroristes
Alors qu’il les combat
Faudrait voir à ne pas contrarier Obama
Qui ne contrariera pas l’Arabie Saoudite
Ni la Turquie qui est dans l’OTAN

Il y a Viktor Orban aussi
Pas raciste pour un brin
Venu participer à la grande leçon de démocratie
Distillée par François Hollande

Au grand marché des tyrans d’eau douce
Demandez votre préféré

Et tant et tant de visages illustres
Angela Merkel serre de près François Hollande
Contente de savoir
Que la France bientôt s’appellera Frankreich
Toute l’Europe est là
Très satisfaite d’elle-même
De ses accords de Schengen
De ses frontières-passoires
De son fonds monétaire pas du tout inféodé aux grandes banques
Et des suicides en masse de retraités grecs

David Cameron est venu vanter ses écoles coraniques
Des poches de charia posées dans le Sussex

À propos d’école
Najat Vallaud-Belkacem est là aussi
Souriante et bien coiffée
Elle a autorisé les mères voilées à investir les écoles
Mais curieusement il n’y en a pas dans la manifestation

Le Serbe le Croate le Kosovar ont fait le déplacement
Ceux qui écoulent tranquillement les stocks des dernières guerres
Libre circulation des hommes et des kalachnikovs

Et tout le gouvernement
Ravi d’une telle aubaine

Quelques drapeaux français
Sont perdus au milieu d’une foule qui ne sait plus trop ce que c’est que d’être français
On ne chante pas la Marseillaise
À cause du sang impur
Ni l’Internationale
À cause d’à cause

Le Président serre des mains
Cher ami cher ami chère amie
On l’a prévenu il évite de congratuler les gardes du corps de Benyamin Netanyahou
La foule des Parisiens l’acclame
Il hésite entre la mine grave des enterrements
Et le sourire de celui qui rit dans les cimetières
Il devrait se méfier
Après tout ils ont applaudi Louis XVI
Avant de le traîner sous la bascule à Charlot

Je suis Charlie dit l’un
Je suis juif dit l’autre
Je suis flic dit un troisième
Ceux-là sont plus rares le flic sent plus mauvais vivant que mort
Mon cher mon cher mon cher ami
Un million de communautaristes individualistes réconciliés pour un après-midi
Par chance il fait beau
Demain il ne restera plus que des communautés
Qui se regarderont en chiens de faïence

Il y a aussi les absents
Six millions de Musulmans qui n’osent pas bouger et pensent que c’est un complot
Si Netanyahou est là, hein
Et tous ceux qu’Anne Hidalgo et François Lamy ont privés de manif
Le Camp du Bien sait ce qui est juste
Le camp du Bien sait ce qui est bien

On peut rire de tout
On ne peut pas rire avec tout le monde
Je ris avec mes amis
De toutes ces grandeurs minuscules défilant à Paris

Le grand frère américain avait un avion à prendre
Mais avant de partir
Il a sifflé tout le monde et appelé à une conférence sur le terrorisme à Washington
Les french poodles en ont salivé d’aise
Cher ami cher ami chère amie
On se voit le 18 février
D’ici là
Portez-vous bien et bonne année
Bonjour à votre dame
D’ici là
Les cendres de Charlie se seront dispersées.

(Pardon de m’être laissé aller à une veine vaguement lyrique que je réfrène depuis des années — promis, je ne le ferai plus, et j’en assume le ridicule).