{"id":108,"date":"2007-09-12T20:35:16","date_gmt":"2007-09-12T20:35:16","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=108"},"modified":"2021-04-22T18:53:58","modified_gmt":"2021-04-22T16:53:58","slug":"sauver-les-lettres-ter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/sauver-les-lettres-ter-108","title":{"rendered":"Sauver les Lettres ter"},"content":{"rendered":"<p>UNIVERSIT\u00c9 D\u2019\u00c9T\u00c9 SLL 2007 <br \/>8 et 9 septembre, ENS Ulm.<\/p>\n<p> Fran\u00e7oise Guichard, qui est plus attentive que moi en classe, a bien voulu me pr\u00eater le compte-rendu qu&rsquo;elle a fait, \u00e0 partir de ses notes, de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de Sauver les Lettres, le week-end dernier. J&rsquo;y ai rajout\u00e9 deux ou trois inconvenances, pour ne pas perdre la main, mais l&rsquo;ensemble est remarquablement exact \u2014 fid\u00e8le aux d\u00e9bats, au ton pr\u00e8s.<br \/> Ceux qui y \u00e9taient voudront bien rectifier, commenter, rajouter \u2014 ou m\u00e9dire.<\/p>\n<p> Oui, on sauvait les lettres, avec du monde et du beau monde, les 8 et 9 septembre \u00e0 l\u2019ENS-Ulm, qui ouvrait ses locaux au Collectif, \u00e0 ses membres, mais aussi \u00e0 celles et ceux qui se sentent concern\u00e9s peu ou prou par la d\u00e9fense de l\u2019Ecole et des humanit\u00e9s. \u00c0 partir d\u2019interventions riches et vari\u00e9es (de \u00ab l\u2019enseignement de la langue \u00bb aux \u00ab perspectives pour un nouvel enseignement des lettres \u00bb, en passant par une \u00ab r\u00e9flexion sur le socle commun au vu des directives europ\u00e9ennes sur l\u2019Ecole \u00bb), on peut dire que le tour des questions a \u00e9t\u00e9 fait, et avec talent, au terme de d\u00e9bats passionn\u00e9s, parfois contradictoires, toujours nourris \u2014 et amen\u00e9s \u00e0 d\u00e9boucher sur de vraies propositions quant \u00e0 l\u2019enseignement des lettres. <br \/> On commen\u00e7a tr\u00e8s fort, dans la \u00ab salle des R\u00e9sistants \u00bb (vaste programme\u2026), avec une table ronde sur \u00ab l\u2019enseignement de la langue, entre grammaire et linguistique \u00bb, confrontant \u00c9ric Pellet (qui enseigne la stylistique et la linguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris XII) et J.-Louis Chiss, professeur en sciences du langage et didactique du fran\u00e7ais \u00e0 Paris III \u2014 qui vint courageusement, il faut le reconna\u00eetre, se jeter dans la gueule du loup SLLien, qui l\u2019attendait au tournant avec le bon sourire fris\u00e9 du chat du Cheshire. <br \/> Et de ce point de vue, nos espoirs les plus fous ne furent pas d\u00e9\u00e7us : sans se renier (ce qui est tout \u00e0 son honneur en ces temps o\u00f9 les p\u00e9dagos d\u00e9couvrent brusquement les vertus de la transmission exigeante des savoirs), J.-L. Chiss (animateur du \u00ab Fran\u00e7ais aujourd\u2019hui \u00bb, revue de l\u2019AFEF, qui a beaucoup donn\u00e9 lors des r\u00e9formes de 1998) reprit, sur le ton assur\u00e9 qui est la marque des \u00e2mes pures, tous les poncifs du genre. Donc, \u00ab la \u00ab crise du fran\u00e7ais \u00bb, qu\u2019il s\u2018agisse du fonctionnement ou de l\u2019enseignement de la langue, remonte aux ann\u00e9es 30 (cf. l\u2019ouvrage \u00e9ponyme de Ch. Bailly, r\u00e9cemment r\u00e9\u00e9dit\u00e9 chez Droz) et m\u00eame aux ann\u00e9es 1880, celles de lois Jules Ferry : \u00ab nihil novi sub sole \u00bb, en somme \u00bb. Quant au diagnostic sur la crise, J.-L. Chiss n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 affirmer que \u00ab les sentiments des coll\u00e8gues, le v\u00e9cu du \u00ab terrain \u00bb, n\u2019\u00e9taient pas forc\u00e9ment pertinents \u00bb ; cette captatio benevolentiae pour le moins suicidaire obtint, on l\u2019imagine, le succ\u00e8s qu\u2019elle m\u00e9ritait. <br \/> Cela dit, les \u00e9l\u00e9ments de contextualisation apport\u00e9s par l\u2019intervenant (r\u00e9formes depuis les ann\u00e9es 70, crises de l\u2019allemand, de l\u2019anglais\u2026) n\u2019\u00e9taient pas inint\u00e9ressants, m\u00eame s\u2019ils visaient trop souvent \u00e0 minimiser les probl\u00e8mes ou \u00e0 les contourner. Retenons avant tout \u2014 m\u00eame si de mauvais esprits virent dans son expos\u00e9 une tendance contestable \u00e0 faire subir aux dipt\u00e8res des s\u00e9vices sexuels raffin\u00e9s \u2014 les points positifs du propos, en particulier la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas confondre le savoir des enseignants, dans sa complexit\u00e9 et ses terminologies parfois absconses, et le savoir enseign\u00e9. Notons aussi l\u2019accent mis par J.-L. Chiss sur la question du formalisme, \u00ab qui ne doit pas \u00eatre paralysant \u00bb : \u00ab Il faut aller des formes au sens et du sens aux formes \u00bb, d\u00e9clara-t-il, sans opposer grammaire de phrase et grammaire de texte. Certes, l\u2019orateur eut du mal \u00e0 convaincre la totalit\u00e9 de l\u2019assistance quand il expliqua que \u00ab les linguistiques nouvelles ne sont pas plus difficiles, cognitivement parlant, que la grammaire traditionnelle, mais simplement plus d\u00e9concertantes \u00bb. Retenons plut\u00f4t, pour nous en r\u00e9jouir, qu\u2019il affirma sans ambigu\u00eft\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 des cours de grammaire \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ce qui, pour un ancien r\u00e9dacteur du Fran\u00e7ais aujourd\u2019hui, constitue d\u00e9j\u00e0 un grand pas. <br \/> \u00c9ric Pellet est un praticien, professeur d\u2019Universit\u00e9 et auteur de manuels scolaires (chez Belin), plus proche du \u00ab terrain \u00bb si d\u00e9cri\u00e9 par son coll\u00e8gue, et bien plus pond\u00e9r\u00e9 dans son intervention. Il a pos\u00e9 clairement le probl\u00e8me des conflits dans lesquels se trouve prise la grammaire, entre modernistes et antimodernistes, entre \u00ab grammaire scolaire \u00bb et linguistique, entre tradition et modernit\u00e9. D\u2019une mani\u00e8re peut-\u00eatre trop optimiste, il a affirm\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui nous sommes entr\u00e9s dans une phase syncr\u00e9tique o\u00f9 les antagonismes s\u2019apaisent peu \u00e0 peu. De toute fa\u00e7on, a-t-il expliqu\u00e9, \u00ab la grammaire a toujours puis\u00e9, quelle que soit l\u2019\u00e9poque, dans les sciences du langage, \u2014 y compris notre grammaire scolaire, elle-m\u00eame formation syncr\u00e9tique du XIXeme si\u00e8cle, m\u00ealant la grammaire latine, celle de Port-Royal, celle des Encyclop\u00e9distes \u00bb. <br \/> La question est donc de savoir aujourd\u2019hui comment et \u00e0 quel niveau cette grammaire scolaire doit int\u00e9grer la linguistique, ce qui pose fatalement le probl\u00e8me du \u00ab jargon \u00bb : d\u00e9ictiques, connecteurs, discours\u2026 Certes, \u00c9. Pellet ironisa quelque peu sur le rapport Orsenna-Bentolila, selon lequel la grand-m\u00e8re doit comprendre la grammaire (c\u2019est lacanien, comme le montr\u00e8rent les succulents lapsus contr\u00f4l\u00e9s de Mme M.-Ch. Bellosta sur ce sujet) qu\u2019on enseigne \u00e0 son petit-fils. Est-il vraiment si grave d\u2019utiliser \u00ab d\u00e9terminant \u00bb \u00e0 la place d\u2019 \u00ab adjectif \u00bb ? La notion de \u00ab d\u00e9ictique \u00bb m\u00e9rite-t-elle d \u2018\u00eatre acquise ? M\u00eame si on ne partage pas le point de vue d\u2019\u00c9ric Pellet, on ne peut que se satisfaire de le voir s\u2019interroger sur le point essentiel : quelle est la validit\u00e9 de ces changements dans la terminologie ? Constituent-ils un progr\u00e8s p\u00e9dagogique ? Quelles sont les modalit\u00e9s et le rythme de ces modifications ? Et au fond, QUI d\u00e9cide ? <br \/> \u00c9. Pellet nous expliqua qu\u2019entre les commissions, les conseillers, les sp\u00e9cialistes, les inspecteurs g\u00e9n\u00e9raux\u2026 se jouent des jeux d\u2019influences aboutissant dans la pratique \u00e0 des \u00ab compromis monstrueux \u00bb (par exemple sur la notion de \u00ab discours \u00bb) et \u00e0 un empilement de terminologies qui ne pouvait conduire qu\u2019\u00e0 la plus vaste confusion, d\u2019autant qu\u2019elle fut accompagn\u00e9e, \u00e0 partir de 1996, par la disparition de cours sp\u00e9cifiques consacr\u00e9s \u00e0 la grammaire, &#8212; une erreur fatale selon l\u2019orateur. Bref, si changement il y a, il doit se faire \u00ab selon des principes de raison et de rationalit\u00e9 \u00bb. L\u2019alternative ne doit pas \u00eatre entre l\u2019ancien et le nouveau, mais entre ce qui est efficace et ce qui ne l\u2019est pas. On ne peut que se f\u00e9liciter de la justesse des conclusions d\u2019\u00c9. Pellet : plus qu\u2019une \u00ab chanson douce \u00bb, la grammaire est \u00ab une discipline qui, avec les math\u00e9matiques, donne tr\u00e8s t\u00f4t aux enfants l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019abstraction \u00bb, et constitue dans ce sens \u00ab l\u2019un des premiers outils de la conscience de soi \u00bb. <\/p>\n<p> Puis vint le tour de Christian Laval, docteur en sociologie, membre du GEODE (groupe d\u2019\u00e9tudes et d\u2019observation de la d\u00e9mocratie, Paris X-CNRS), auteur notamment de L\u2019\u00c9cole n\u2019est pas une entreprise (La D\u00e9couverte, 2004) et L\u2019Homme \u00e9conomique (Gallimard, 2007). Son expos\u00e9, \u00ab Socle commun des comp\u00e9tences et directives europ\u00e9ennes, les enjeux lib\u00e9raux sur l\u2019\u00e9cole \u00bb, a priori rebutant, s\u2019est av\u00e9r\u00e9 passionnant, m\u00eame s\u2019il a plong\u00e9 l\u2019assistance dans un certain accablement. <br \/> Pour comprendre les transformations de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif, a expliqu\u00e9 Ch. Laval, on ne peut plus se contenter du cadre national. Il faut aussi se rapporter \u00e0 l\u2019influence des grands organismes financiers commerciaux et \u00e9conomiques : OMC, FMI, Banque Mondiale, &#8212; et aussi de la Communaut\u00e9 Europ\u00e9enne, dont le groupe \u00ab \u00c9ducation et formation 2010 \u00bb constitue le think tank : quelques centaines de technocrates y travaillent, dans une opacit\u00e9 compl\u00e8te et hors de tout contr\u00f4le d\u00e9mocratique. Or, la logique de transformation des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs europ\u00e9ens est subordonn\u00e9e de plus en plus \u00e9troitement \u00e0 la d\u00e9marche \u00e9conomique ; l\u2019\u00e9ducation est soumise \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, dont elle est m\u00eame devenue l\u2019atout (\u00ab soci\u00e9t\u00e9 de la connaissance \u00bb), vu l\u2019importance pour les soci\u00e9t\u00e9s de la capacit\u00e9 \u00e0 innover : la mati\u00e8re grise et les ressources humaines sont \u00e9videmment un \u00ab plus \u00bb : pourquoi pas, apr\u00e8s tout, pourrait-on objecter. Mais les gouvernements sont pris en tenaille entre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9lever la d\u00e9pense \u00e9ducative tout en \u00ab serrant \u00bb la d\u00e9pense publique : tout ceci ne peut se r\u00e9soudre que par le report sur des ressources priv\u00e9es (hausse des co\u00fbts pour les familles), en clair la privatisation et la mise en march\u00e9.<br \/> Le probl\u00e8me de fond, selon Ch. Laval, c\u2019est que l\u2019Europe d\u2019apr\u00e8s-guerre ne s\u2019est pas construite sur des bases humanistes et culturelles, mais, d\u00e8s le d\u00e9part, sur la logique \u00e9conomique du \u00ab march\u00e9 commun \u00bb. L\u2019\u00e9ducation n\u2019\u00e9tait pas mentionn\u00e9e dans le trait\u00e9 de Rome, sauf au titre de la formation professionnelle \u2013 et elle lui restera li\u00e9e, pour ne pas dire qu\u2019elle va se r\u00e9duire \u00e0 la formation professionnelle. Et, au fur et \u00e0 mesure que les crises financi\u00e8res se succ\u00e8dent, que se pr\u00e9cise le d\u00e9crochage avec les USA et les pays \u00e9mergents, la question de l\u2019innovation se fait cruciale : l\u2019\u00e9ducation entre alors dans le trait\u00e9 de Maastricht, et dans le TCE de 2005, mais toujours en termes de comp\u00e9titivit\u00e9, de croissance et d\u2019emploi (rapport Delors) et de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 cognitive \u00bb, visant \u00e0 construire un nouveau mod\u00e8le fond\u00e9 sur la connaissance, la comp\u00e9tence et la communication, garants de la comp\u00e9titivit\u00e9.<br \/> Le moment essentiel de cette politique \u00e9ducative europ\u00e9enne est le Conseil de Lisbonne (2000) qui d\u00e9finit une strat\u00e9gie ambitieuse, dite \u00ab strat\u00e9gie de Lisbonne \u00bb, visant \u00e0 construire une politique de la connaissance, pour une nouvelle \u00e9conomie fond\u00e9e sur de nouveaux ressorts. Ce grand dessein \u00e9choue d\u00e8s 2005, et, constate avec m\u00e9lancolie Ch. Laval, on acc\u00e9l\u00e8re le processus, vu qu\u2019il n\u2019a pas march\u00e9\u2026 Pourquoi cela ? D\u00e8s 2002, s\u2019\u00e9tait mise en place une politique de r\u00e9alisation des objectifs, dite \u00ab MOC \u00bb (\u00ab m\u00e9thode ouverte de coordination \u00bb), pilot\u00e9e par un groupe d\u2019experts d\u00e9finissant et chiffrant des objectifs, rep\u00e9rant les bons indicateurs et comparant les niveaux de r\u00e9f\u00e9rence : tel pourcentage d\u2019\u00e9l\u00e8ves lit mal ou ne sait pas lire, tel pourcentage de filles \u00e9tudie les sciences, dans tel pays l\u2019enseignement secondaire co\u00fbte plus cher que dans tel autre\u2026 Les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs europ\u00e9ens ne s\u2019harmonisent plus que selon l\u2019argument statistique, et jamais selon l\u2019argument culturel, car on ne raisonne plus qu\u2019en termes de \u00ab moyenne europ\u00e9enne \u00bb : par exemple, il y a trop d\u2019enseignants en France, par rapport \u00e0 tel autre pays. O\u00f9 sont les consid\u00e9rations humanistes ou p\u00e9dagogiques ? Car cette m\u00e9thode technocratique et manag\u00e9riale ne pose jamais la question de l\u2019enseignement en termes de culture. C\u2019est une logique coh\u00e9rente qui touche l\u2019Europe, lib\u00e9rale, mais aussi mondiale, au sens o\u00f9 l\u2019UE transpose ce qui se fait de pire aux USA.<br \/> Comment r\u00e9sister \u00e0 cette transformation ? Comment aller contre l\u2019id\u00e9e que la question des comp\u00e9tences va \u00ab du berceau au tombeau \u00bb, et qu\u2019on est apprenant \u00ab tout au long de la vie \u00bb ? Ch. Laval semble d\u2019un optimisme mod\u00e9r\u00e9 : la marge de man\u0153uvre des gouvernements nationaux, \u00e0 supposer qu\u2019une v\u00e9ritable volont\u00e9 politique s\u2019y fasse jour, est extr\u00eamement r\u00e9duite. Ce qui est en question, c\u2019est une conception de l\u2019homme, qui devient avant tout un capital humain, une \u00ab ressource humaine \u00bb pour l\u2019\u00e9conomie, ce qui ne donne gu\u00e8re d\u2019espoir quant au destin de l\u2019humanisme et des valeurs r\u00e9publicaines auxquelles sont attach\u00e9s les d\u00e9fenseurs de l\u2019Ecole.<br \/>L\u2019intervention de Ch. Laval laisse les assistants songeurs \u2026 et on peut regretter que le Collectif n\u2019ait pas pr\u00e9vu de proposer quelques rouges gouleyants pour remonter le moral d\u2019un public quelque peu abasourdi ! <\/p>\n<p> Heureusement, le lendemain, dans la salle Dussanne, les \u00ab trois t\u00e9nors \u00bb, Michel Jarrety (Sorbonne IV), Henri Mitterand (Sorbonne III) et T. Todorov, qu\u2019on ne pr\u00e9sente plus, ont redonn\u00e9 du baume au c\u0153ur des d\u00e9fenseurs des lettres \u2014 m\u00eame si le combat s\u2019annonce difficile.<\/p>\n<p> Charg\u00e9 de pr\u00e9senter \u00ab l \u2019enseignement des lettres dans le cadre du socle (sic) \u00bb, Michel Jarrety \u2014 membre de la \u00ab commission Fumaroli \u00bb sur l\u2019enseignement des Lettres, dont on attend avec impatience le rapport, s\u2019il \u00e9chappe un jour au pataqu\u00e8s des int\u00e9r\u00eats corporatistes \u2014 nous fit p\u00e9n\u00e9trer dans les arcanes des commissions disciplinaires et commissions humanit\u00e9s, et des p\u00e9rip\u00e9ties qui se succ\u00e9d\u00e8rent lors de la r\u00e9flexion sur cet enseignement, o\u00f9 \u00e9taient pr\u00e9vus par exemple une demi-heure de d\u00e9bat hebdomadaire, la syst\u00e9matisation de la transversalit\u00e9, l\u2019usage de textes non litt\u00e9raires et autres pratiques culturellement sans grand int\u00e9r\u00eat. Il n\u2019est peut-\u00eatre pas utile d\u2019entrer dans le d\u00e9tail des querelles m\u00e9rovingiennes qui oppos\u00e8rent et opposent encore universitaires et inspecteurs g\u00e9n\u00e9raux (par exemple sur les cat\u00e9gories grammaticales), sauf \u00e0 noter la pesanteur d\u2019un syst\u00e8me qui ne parvient pas \u00e0 remettre en cause les programmes qu\u2019il a d\u00e9finis ant\u00e9rieurement. O\u00f9 en est-on aujourd\u2019hui ? Que veut le ministre ? Que peut le ministre ? \u00c0 en croire Michel Jarrety, tout cela ne semble pas tr\u00e8s clair. <\/p>\n<p> Henri Mitterand, sp\u00e9cialiste bien connu de Zola et auteur de (bons) manuels de lyc\u00e9e, intitule hardiment son intervention \u00ab Un peu d\u2019airs et de lumi\u00e8res \u00bb, au pluriel, et fait passer sur la salle, effectivement, le souffle et la lueur qui font du bien \u00e0 tous ! Il n\u2019a jamais particip\u00e9 \u00e0 quelque commission que ce soit, explique-t-il avec humour, mais il a LU les programmes, avec tout son bon sens, et son diagnostic est s\u00e9v\u00e8re : les programmes 2000-2001, dits \u00ab programmes Viala \u00bb, sont ceux de l\u2019obscurit\u00e9, de l\u2019\u00e9touffement, du dess\u00e9chement. \u00ab Ils manquent d\u2019air(s), de respiration \u00bb. Car les Instructions Officielles ignorent toute la relation sensible du lecteur \u00e0 l\u2019\u0153uvre, \u00e9touffant tout bonheur de lecture sous les seules consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9riques et rh\u00e9toriques. Tout travail de prise de conscience est \u00e9touff\u00e9 par le corset conceptuel de la linguistique et de la rh\u00e9torique, comme si ces programmes avaient oubli\u00e9 qu\u2019 \u00ab interpr\u00e9ter c\u2019est comprendre le sens et entendre l\u2019air \u00bb. Quant \u00e0 la terminologie, poursuit Henri Mitterand d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s en verve, elle est bien galvaud\u00e9e : Benveniste et Jakobson y sont fort mal dig\u00e9r\u00e9s. Pour ce qui est de la rh\u00e9torique, elle est limit\u00e9e \u00e0 la \u00ab rh\u00e9torique restreinte \u00bb, sans dispositio ni compositio. Jamais de po\u00e9tique de l\u2019\u00e9cho sonore des textes : Meschonnic semble le grand inconnu de ces programmes-l\u00e0.<br \/> Bref, toute pens\u00e9e de l\u2019art, de la beaut\u00e9, de la valeur dispara\u00eet, explique Henri Mitterand sans m\u00e2cher ses mots. Plus de distinction, aucune place n\u2019est faite \u00e0 \u00ab la respiration singuli\u00e8re des grands textes \u00bb. Les \u00e9l\u00e8ves sont priv\u00e9s de toute r\u00e9flexion sur l\u2019art, donc sur la v\u00e9rit\u00e9 et sur le monde, par cet \u00e9touffement de l\u2019usage de l\u2019analyse et des lumi\u00e8res de la raison, par l\u2019ignorance des contenus et de tout ce qui nourrit l\u2019\u0153uvre (histoire, soci\u00e9t\u00e9, corps..). Tout se passe comme si les textes, pris comme pr\u00e9textes, visaient \u00e0 priver l\u2019enseignement des lettres de tout pouvoir humaniste et \u00e9ducatif. En somme, d\u00e9clare M. Mitterand, se pr\u00e9sentant lui-m\u00eame en \u00ab franc-tireur irresponsable \u00bb, UN CHANGEMENT RADICAL S\u2019IMPOSE, car s\u2019il y a eu des progr\u00e8s avec le retour du roman dans les nouveaux programmes de Premi\u00e8re, ce n\u2019est pas suffisant. Il faut \u00ab rendre \u00e0 l\u2019\u0153uvre en soi toute sa place \u00bb, \u00ab donner \u00e0 l\u2019\u00e9crivain la priorit\u00e9 sur le genre et le groupe \u00bb, \u00ab respecter les \u0153uvres au lieu de les triturer ou de les ch\u00e2trer \u00bb, sans pour autant n\u00e9gliger \u00ab l\u2019apport des instruments pr\u00e9cieux que sont la linguistique, la s\u00e9miotique, la narratologie \u00bb, &#8212; mais utilis\u00e9s \u00ab comme des outils, qui ne doivent servir qu\u2019\u00e0 l\u2019analyse du sens et de la valeur d\u2019art de l\u2019\u0153uvre \u00bb. Henri Mitterand est clair sur ce point : la t\u00e2che du collectif \u00ab Sauver les lettres \u00bb doit \u00eatre d\u2019\u00e9laborer des contre-programmes et des contre-propositions ; car rien ne sera possible tant que n\u2019aura pas saut\u00e9 le verrou des programmes 2001. Mais tout se passe comme si l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9forme de fond effrayait le ministre, qui partage pourtant nombre de nos constats, conclut Henri Mitterand en appelant les politiques au courage.<\/p>\n<p> Enfin Todorov vint : directeur honoraire du centre de recherche sur les arts et le langage, membre du conseil national des programmes de 1994 \u00e0 2002, il a d\u00e9nonc\u00e9 d\u00e8s 2005, dans la revue Le D\u00e9bat, et encore cette ann\u00e9e avec La Litt\u00e9rature en p\u00e9ril, le danger des d\u00e9rives formalistes et technicistes dans l\u2019enseignement des lettres. Aujourd\u2019hui, T. Todorov ne participe plus \u00e0 aucune commission, et jette sur l\u2019enseignement des lettres \u00ab le regard \u00e9loign\u00e9 de l\u2019ethnologue \u00bb. Le point de d\u00e9part de sa r\u00e9flexion, c\u2019est \u00ab l\u2019insatisfaction \u00bb devant ce qui se passe au coll\u00e8ge comme au lyc\u00e9e, devant la conception de la litt\u00e9rature r\u00e9gnant dans notre soci\u00e9t\u00e9, devant la presse litt\u00e9raire et ce qui s\u2018y \u00e9crit. <br \/> Pour ce qui est de l\u2019enseignement, l\u2019\u00e9tat des lieux n\u2019est pas bon : les fili\u00e8res litt\u00e9raires et l\u2019enseignement des lettres se portent bien mal. \u00c0 qui attribuer ces difficult\u00e9s ? <br \/>\u00ab L\u2019ennemi est diffus \u00bb, et ne se r\u00e9sume pas \u00e0 tel ou tel individu au minist\u00e8re ou ailleurs. Du reste, il n\u2019y a pas, ou pas seulement, une volont\u00e9 de nuire, de la part de gens qui pour la plupart sont venus de l\u2019enseignement. En fait, \u00ab le minist\u00e8re est \u00e0 l\u2019image de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine \u00bb&#8230; Au lieu de le d\u00e9plorer, \u00ab ce qui serait aussi inutile que de d\u00e9plorer la pluie en Irlande \u00bb, il nous faut \u00ab faire avec \u00bb, c\u2019est le seul moyen d\u2018avancer, et faire des propositions.<br \/> La question qui se pose aujourd\u2019hui est \u00e0 la fois de savoir comment enseigner la litt\u00e9rature et quoi enseigner.<br \/>Comment enseigner ? Il faut avant tout \u00ab \u00e9viter le technicisme, le formalisme, la rh\u00e9torique \u00bb : l\u2019enseignement de la litt\u00e9rature a \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9 par celui des m\u00e9thodes litt\u00e9raires, qui est devenu le but m\u00eame de cet enseignement, alors que \u00ab ce ne sont que des moyens, sur lesquels, surtout au coll\u00e8ge, il ne faut pas outre mesure s\u2019attarder \u00bb. Car la faute n\u2019incombe pas aux m\u00e9thodes d\u2019analyse structurale en elles-m\u00eames, mais au fait qu\u2019on les a transform\u00e9es en mati\u00e8res \u00e0 \u00e9tudier, quand \u00ab ce ne sont que des outils pour acc\u00e9der au sens des textes \u00bb. La mati\u00e8re qui est le cadre m\u00eame o\u00f9 nous nous situons, poursuit T. Todorov, c\u2019est l\u2019histoire ; or, on ne peut imaginer que les historiens enseignent les m\u00e9thodes de l\u2019analyse historique avant d\u2019avoir enseign\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements.<br \/> Ce qu\u2019on doit \u00e9tudier, c\u2019est le sens des \u0153uvres, \u00ab de quoi elles parlent \u00bb \u2014 et l\u2019auteur de \u00ab Litt\u00e9rature et signification \u00bb sait ce qu\u2019il veut dire (un Bulgare qui se consacre aux \u00ab Liaisons dangereuses \u00bb ne peut \u00eatre tout \u00e0 fait mauvais). \u00ab La litt\u00e9rature, dit-il, est la toute premi\u00e8re science humaine \u00bb, proposant une r\u00e9flexion sur l\u2019humain, l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, les rapports humains, le monde humain, les r\u00e9alit\u00e9s humaines, mart\u00e8le l\u2019orateur. \u00c0 travers les textes, l\u2019\u00e9l\u00e8ve apprend \u00e0 mieux penser l\u2019humain : connaissance de soi, connaissance d\u2019autrui, dimension de v\u00e9rit\u00e9, voil\u00e0 tout ce qu\u2019ils offrent, et \u00ab c\u2019est pour cela que nous continuons \u00e0 lire les textes du pass\u00e9 \u00bb. T. Todorov m\u00e9nage alors une petite parenth\u00e8se en \u00e9voquant (sans commentaire, mais les yeux au ciel et le sourire en coin), un d\u00e9bat qu\u2019il a r\u00e9cemment eu avec un jeune romancier contemporain sp\u00e9cialiste du langage SMS en coll\u00e8ge (tout le monde a reconnu l\u2019in\u00e9narrable B\u00e9gaudeau), et qui lui expliqua sans ciller que, Corneille \u00e9tant devenu illisible par les \u00e9l\u00e8ves, il convenait de les int\u00e9resser avec des sch\u00e9mas actanciels\u2026 Puis, revenant aux choses s\u00e9rieuses, Todorov affirme que \u00ab les professeurs de lettres sont \u00e0 la fois des sp\u00e9cialistes de l\u2019analyse litt\u00e9raire et de la condition humaine \u00bb. Voil\u00e0 pourquoi \u00ab les \u00e9l\u00e8ves des s\u00e9ries L devraient \u00eatre les meilleurs en droit, psychologie, m\u00e9decine, travail social \u00bb. Mais actuellement le sens g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9tudes litt\u00e9raires est tr\u00e8s diff\u00e9rent. Il faut donc \u00ab renouer avec cette fonction noble et irrempla\u00e7able de la litt\u00e9rature, voie royale de la connaissance du monde humain \u00bb. La premi\u00e8re exigence serait donc de coordonner l\u2019enseignement de l\u2019histoire, de la philosophie, des lettres, de l\u2019histoire de l\u2019art, car l\u2019objectif ultime est le sens. <br \/>Qu\u2019enseigner ? La litt\u00e9rature \u2014 m\u00eame si c\u2019est un concept poreux et historiquement situ\u00e9. Qui est litt\u00e9rature, et qui ne l\u2019est pas ? Litt\u00e9rature fran\u00e7aise, ou \u00e9trang\u00e8re ? S\u2019ouvrir aux textes litt\u00e9raires non francophones, europ\u00e9ens, mondiaux, est fondamental, explique le mari de Nancy Huston : \u00ab Se mettre \u00e0 la place de l\u2019autre, voil\u00e0 la litt\u00e9rature \u00bb. Et ce sont \u00ab les grandes \u0153uvres \u00bb que l\u2019on doit \u00e9tudier, les plus aptes \u00e0 faire comprendre la condition humaine : on peut \u00e9videmment partir de textes plus faciles ou plus proches, mais plus on avance dans les \u00e9tudes, plus il est imp\u00e9ratif d\u2019avoir lu les grands textes de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et mondiale. <br \/>Comment enseigner ? Il ne devrait y avoir \u00ab aucune restriction particuli\u00e8re quant aux m\u00e9thodes pour lire les textes \u00bb : historique, structurale, peu importe ! L\u2019essentiel est, qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, les \u00e9l\u00e8ves r\u00e9agissent \u00e0 la richesse de ce qu\u2019ils ont per\u00e7u. <\/p>\n<p> Au cours du d\u00e9bat qui suit, on souligne dans le public le r\u00f4le n\u00e9faste du lobby des sciences de l\u2019\u00e9ducation, et de certains inspecteurs qui, selon l\u2019un des orateurs, sont \u00ab de v\u00e9ritables adjudants \u00bb.<br \/>Quand le sage T. Todorov pr\u00f4ne la politique des \u00ab petits pas \u00bb, H. Mitterand, en bon sp\u00e9cialiste de Zola, insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de CR\u00c9ER UN FORT MOUVEMENT D\u2019OPINION PUBLIQUE, sans se d\u00e9courager et en n\u2019oubliant pas que le capitaine Dreyfus n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9habilit\u00e9 en un jour ! Michel Jarrety sugg\u00e8re quant \u00e0 lui de confier la r\u00e9flexion sur les programmes \u00e0 des groupes d\u2019experts ind\u00e9pendants de ceux que Laurent Laforgue appelait nagu\u00e8re les \u00ab Khmers rouges \u00bb de l\u2019\u00e9ducation. \u00c0 quelqu\u2019un, radical, qui sugg\u00e8re de \u00ab faire le m\u00e9nage \u00bb \u00e0 l\u2019Inspection G\u00e9n\u00e9rale, Michel Jarrety affirme la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir ce corps \u2014 ne serait-ce qu\u2019afin d\u2019\u00e9viter que l\u2019inspection devienne une pr\u00e9rogative des chefs d\u2019\u00e9tablissement, ce qui serait \u00e9videmment la pire des solutions. <\/p>\n<p> Agn\u00e8s Joste (SLL canal historique) prend enfin la parole pour proposer une analyse du rapport de l\u2019IG sur la fili\u00e8re litt\u00e9raire (d\u00e9cembre 2006), qui propose une \u00ab \u00e9valuation des mesures prises pour revaloriser la fili\u00e8re litt\u00e9raire \u00bb. Nous passerons assez rapidement sur ce point, en vous renvoyant \u00e0 son analyse sur http:\/\/www.sauv.net\/filiereLcr.php. Disons pour synth\u00e9tiser que si le rapport constate la crise de la fili\u00e8re L, il a tendance \u00e0 la justifier et m\u00eame \u00e0 ent\u00e9riner \u00e0 moyen terme sa disparition : parmi trois sc\u00e9narios possibles (dont l\u2019un visait purement et simplement \u00e0 faire fusionner les L et les ES), il semble que l\u2019on s\u2018achemine vers la solution d\u2019une fili\u00e8re quasi technologis\u00e9e, avec cinq options (arts et culture, litt\u00e9rature et civilisation, sciences humaines, droit et institutions, ma\u00eetrise de la langue et communication). Un tronc commun proposerait des math\u00e9matiques de type S, et maintiendrait fran\u00e7ais et philosophie afin de r\u00e9pondre aux comp\u00e9tences europ\u00e9ennes du type \u00ab argumenter, dialectiser, d\u00e9battre \u00bb (nombreux soupirs dans l\u2019assistance). Aucun programme, ni pour les dominantes ni pour une partie du tronc commun, mais un \u00ab cahier des charges \u00bb bien \u00e9vasif. Bref, on peut craindre que le fran\u00e7ais disparaisse en tant que tel, sauf dans l\u2019option \u00ab litt\u00e9rature et civilisation \u00bb. Enfin \u2014 ce qui inqui\u00e8te fort les professeurs de philosophie \u2014, la philo serait coup\u00e9e en deux entre premi\u00e8re et terminale, avec un contr\u00f4le continu en premi\u00e8re, et des modalit\u00e9s d\u2019\u00e9valuation non d\u00e9finies en terminale. <br \/> Et il semblerait que l\u2019on projette de laisser \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve choisir ses coefficients au baccalaur\u00e9at\u2026<\/p>\n<p> Lors du d\u00e9bat qui cl\u00f4t la s\u00e9ance, M.-Ch. Bellosta souligne la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir d\u2019urgence pour une fili\u00e8re L qui meurt, et donc de faire des propositions. Michel Jarrety intervient quant \u00e0 lui sur l\u2019importance des langues anciennes, qui furent longtemps l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019identification de la fili\u00e8re litt\u00e9raire, \u2014 suivi en cela par notre amie Isabelle Voltaire (le second pilier, avec Pedro Cordoba, qui \u00e9tait l\u00e0 lui aussi, de \u00ab Reconstruire l\u2019Ecole \u00bb) qui rappelle que la pr\u00e9\u00e9minence des math\u00e9matiques sur les lettres remonte \u00e0 la loi Edgar Faure de 1969, pour qui \u00ab la marque d\u2019excellence du latin (devait) passer aux math\u00e9matiques \u00bb pour des raisons d\u00e9j\u00e0 \u00e9conomiques et li\u00e9es aux injonctions de l\u2019OCDE. Un professeur de lettres en CPGE fait observer que si les programmes de lettres sont mauvais, ils sont aussi mal enseign\u00e9s, avec des m\u00e9thodes inductives st\u00e9riles, qui font perdre un temps fou, et des s\u00e9quences didactiques qui paralysent \u00e9l\u00e8ves et enseignants. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une refonte de l\u2019enseignement en IUFM dans le sens d\u2019une ouverture sur d\u2019autres approches que le constructivisme est alors rappel\u00e9e. <br \/>Et c\u2019est \u00e0 un coll\u00e8gue venu du \u00ab terrain \u00bb cher \u00e0 J.-L. Chiss que revient le mot de la fin : si on part du bilan lucide dress\u00e9 par nos quatre intervenants, force est de constater que les \u00ab petits pas \u00bb dont parle T. Todorov sont sympathiques, certes, mais insuffisants vu la gravit\u00e9 de la situation, et qu\u2019il nous faudra tous redoubler d\u2019efforts, agir et proposer \u2014 et nous entendre, y compris avec nos pires amis.<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise Guichard \/ Jean-Paul Brighelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UNIVERSIT\u00c9 D\u2019\u00c9T\u00c9 SLL 2007 8 et 9 septembre, ENS Ulm. 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