{"id":2005,"date":"2017-12-18T18:23:05","date_gmt":"2017-12-18T16:23:05","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=2005"},"modified":"2021-04-22T18:48:42","modified_gmt":"2021-04-22T16:48:42","slug":"lhomme-surnumeraire-de-patrice-jean-editions-rue-fromentin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/lhomme-surnumeraire-de-patrice-jean-editions-rue-fromentin-2005","title":{"rendered":"L\u2019Homme surnum\u00e9raire, de Patrice Jean (Editions rue Fromentin)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/lhomme-surnumeraire-de-patrice-jean-editions-rue-fromentin-002005.html\/l-homme-surnumeraire-1138619816_l\" rel=\"attachment wp-att-2012\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2012\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L.jpg\" alt=\"l-homme-surnumeraire-1138619816_L\" width=\"500\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L.jpg 500w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L-150x150.jpg 150w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L-300x300.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L-32x32.jpg 32w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L-50x50.jpg 50w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L-64x64.jpg 64w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L-96x96.jpg 96w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/l-homme-surnumeraire-1138619816_L-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a>\u00ab Dom Juan fut la premi\u00e8re \u0153uvre que l\u2019on me confia, apr\u00e8s que J\u00e9r\u00f4me Beaussant m\u2019eut expos\u00e9 savamment les raisons de \u00ab l\u2019abrogation de quatre passages moralement contestables \u00bb. Au fond, il y avait peu de r\u00e9\u00e9criture, puisque la fin tragique du h\u00e9ros disait assez la vil\u00e9nie de son libertinage. \u00ab En soi, m\u2019expliqua Beaussant, le libertin n\u2019est pas un sale type, mais ce qu\u2019il y a de plus r\u00e9pr\u00e9hensible dans son attitude, c\u2019est son horrible machisme, sa revendication satisfaite de mentir aux femmes. Non, \u00e7a, on ne peut pas le laisser passer. J\u2019ai donc r\u00e9duit \u00e0 l\u2019extr\u00eame tout ce qui rend Dom Juan sinon sympathique, du moins ce qui pourrait, dans ses tirades, exalter un na\u00eff lecteur. Et j\u2019ai supprim\u00e9 enti\u00e8rement la sc\u00e8ne o\u00f9 il s\u00e9duit Charlotte, la femme de Pierrot : aujourd\u2019hui, le racisme social de Moli\u00e8re est archa\u00efque, on ne peut plus mettre en sc\u00e8ne des paysans parlant le patois pour se moquer d\u2019eux. C\u2019est vraiment abject. \u00bb<br \/>\n\u00ab Je r\u00e9sumai donc une grande partie de l\u2019acte II, en \u00e9radiquant le patois et le m\u00e9pris social. Vider un auteur de son g\u00e9nie pour remplacer sa verve par de plats dialogues \u00e9tait \u00e0 ma port\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment, l\u2019un des h\u00e9ros tragiquement m\u00e9diocres du roman de Patrice Jean, se retrouve charg\u00e9 de la mise au point d\u2019une collection intitul\u00e9e \u00ab Litt\u00e9rature humaniste \u00bb, classiques mis au go\u00fbt du politiquement correct. Beaussant coupe, et Cl\u00e9ment intercale dans les coupes des \u00e9l\u00e9ments permettant de suivre l\u2019intrigue sans succomber aux tentations d\u00e9l\u00e9t\u00e8res d\u2019une litt\u00e9rature en libert\u00e9. \u00ab Lorsque Beaussant m\u2019informait qu\u2019il avait <em>c\u00e9lin\u00e9<\/em> une \u0153uvre, c\u2019est qu\u2019il n\u2019en restait, dans le volume et dans l\u2019esprit, presque rien. Le verbe, on l\u2019aura compris, se r\u00e9f\u00e9rait \u00e0 C\u00e9line : <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>, gros roman de plus de six cents pages, avait subi une cure d\u2019amaigrissement, de sorte qu\u2019il se pr\u00e9sentait, dans notre collection, sous la forme d\u2019une petite plaquette d\u2019\u00e0 peine vingt pages, dont le contenu printanier, guilleret et fleuri, n\u2019aurait pas choqu\u00e9 les s\u00e9ides les plus soumis au politiquement correct. \u00bb<br \/>\nJ\u2019ai ador\u00e9 ce livre retors (r\u00e9sumons-le sans rien dire : Patrice Jean exploite jusqu\u2019au bout les d\u00e9lices suspectes de la mise en abyme, et jusqu\u2019\u00e0 la lie l\u2019enivrement de h\u00e9ros d\u00e9risoires \u2014 jusqu\u2019\u00e0 une femme de m\u00e9nage vierge et frapp\u00e9e de saintet\u00e9, comme la bonne de <em>Th\u00e9or\u00e8me<\/em>, si vous vous rappelez le film de Pasolini jadis grand prix de l\u2019office catholique, en pleine assomption apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 bibliquement <em>connue<\/em>\u00a0par l\u2019ange \u2014 Terence Stamp \u2014 venu visiter Sodome.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, rien n\u2019est totalement neuf sous le soleil. La r\u00e9\u00e9criture en conformit\u00e9 avec les codes et la vertu contemporains (accorder au masculin devient une jouissance suspecte) a \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9e jadis par James Finn Garner, qui reformula dans les ann\u00e9es 1990 les contes de f\u00e9es selon les diktats du politiquement correct.<a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/lhomme-surnumeraire-de-patrice-jean-editions-rue-fromentin-002005.html\/pcbs-cover-lrg\" rel=\"attachment wp-att-2009\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2009\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2017\/12\/pcbs-cover-lrg.jpg\" alt=\"pcbs-cover-lrg\" width=\"1526\" height=\"2149\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/pcbs-cover-lrg.jpg 1526w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/pcbs-cover-lrg-213x300.jpg 213w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/pcbs-cover-lrg-768x1082.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2017\/12\/pcbs-cover-lrg-727x1024.jpg 727w\" sizes=\"auto, (max-width: 1526px) 100vw, 1526px\" \/><\/a> Mais l\u00e0, il s\u2019agit de chefs d\u2019\u0153uvres de la philosophie (\u00f4tons de la <em>G\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em> toute r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9sormais irrecevable \u00e0 \u00ab la superbe brute blonde r\u00f4dant en qu\u00eate de proie et de carnage \u00bb) et de la litt\u00e9rature.<br \/>\nEt qu\u2019en pense l\u2019institution ? \u00ab Les professeurs de coll\u00e8ge et de lyc\u00e9e, toujours enclins \u00e0 promouvoir les id\u00e9es de progr\u00e8s et d\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique, recommand\u00e8rent \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves notre collection apur\u00e9e. Quelques ronchons tent\u00e8rent de s\u2019y opposer, mais la grande masse du corps professoral tenait plus aux droits de l\u2019homme qu\u2019\u00e0 la litt\u00e9rature. \u00bb<br \/>\nComme il les conna\u00eet bien ! C\u2019est qu\u2019il est prof de Lettres lui-m\u00eame \u2014 et talentueux, ce qui par les temps qui courent commence \u00e0 friser l\u2019oxymore. Un homme qui pense aussi mal ne peut \u00eatre fondamentalement mauvais. Eug\u00e9nie Basti\u00e9, <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/vox\/culture\/2017\/09\/29\/31006-20170929ARTFIG00313-patrice-jean-qu-un-ecrivain-puisse-etre-en-paix-avec-son-temps-me-parait-vraiment-curieux.php\">qui l\u2019a interview\u00e9 fin septembre<\/a>, lui a d\u2019ailleurs sans grand mal arrach\u00e9 quelques horreurs (ou quelques \u00e9vidences, selon que l\u2019on se situe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la pens\u00e9e conforme).<\/p>\n<p>Quant \u00e0 d\u00e9finir ce qui n\u2019est plus dicible\u2026 \u00ab Les femmes, les Noirs et les musulmans, dis-je un soir \u00e0 Lise, sont les nouvelles vaches sacr\u00e9es ! Pas touche, ou alors en pr\u00e9cisant qu\u2019un salopard de couleur ne repr\u00e9sente pas toute la communaut\u00e9. Idem pour les femmes, ne les critiquons pas. Et d\u2019ailleurs, toute d\u00e9finition de \u00ab la \u00bb femme renvoie \u00e0 une essentialisation naus\u00e9abonde. \u00bb<br \/>\nCl\u00e9ment (et Patrice) \u00ab aiment afficher, devant leurs amis \u00e9pouvant\u00e9s, des id\u00e9es qu\u2019ils jugent \u00ab naus\u00e9abondes \u00bb, de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019autrefois, devant des bigots, les libertins s\u2019amusaient \u00e0 nier l\u2019existence de Dieu. \u00bb \u00c0 vrai dire, la liste des id\u00e9es \u00ab naus\u00e9abondes \u00bb s\u2019allonge chaque jour. Il en est du politiquement correct comme de la Vraie Foi : peu \u00e0 peu tout l\u2019offense. Et il est si facile de se voiler la face, plut\u00f4t que de gifler les inquisiteurs qui vous agressent.<br \/>\nCe roman est une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019abjection. Quelque chose me dit que Patrice Jean est lui aussi un m\u00e9contemporain.<\/p>\n<p>C\u2019est le plus enthousiasmant avec les vrais bons romans : ils ouvrent des perspectives au-del\u00e0 de ce qu\u2019ils racontent, ils incitent \u00e0 produire du texte au-del\u00e0 de leurs phrases. \u00c0 prolonger la fiction, ou \u00e0 s\u2019en servir pour ouvrir le r\u00e9el, comme le couteau ouvre les hu\u00eetres.<br \/>\n<em>L\u2019Homme surnum\u00e9raire<\/em> m\u2019a ainsi donn\u00e9 envie de croiser Daniel Pennac et Patrice Jean \u2014 qu\u2019ils veuillent bien l\u2019un et l\u2019autre m\u2019en excuser\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Ecoutez, Malauss\u00e8ne\u2026<br \/>\nOh comme j\u2019ai horreur quand la reine Zabo commence ainsi ses phrases ! Vous pouvez \u00eatre s\u00fbr qu\u2019elle va vous aligner de l\u2019insoutenable, de l\u2019indicible, hautement corrosif, et vous voici prisonnier de votre l\u00e2chet\u00e9, de votre servilit\u00e9 \u2014 oui, oui, j\u2019\u00e9coute\u2026<br \/>\n&#8211; Voil\u00e0. J\u2019ai eu une id\u00e9e \u2014 une de plus ! Les Cent romans indispensables remis au go\u00fbt du jour ! Cent bouquins \u00e0 r\u00e9\u00e9crire, Malauss\u00e8ne ! Vous avez du boulot pour les deux ans \u00e0 venir \u2014 \u00e0 raison de deux titres par semaine\u2026<br \/>\n&#8211; Heu\u2026<br \/>\nJe sais, c\u2019est une r\u00e9partie pitoyable. Mais l\u2019id\u00e9e encore envelopp\u00e9e de la Reine Zabo ne m\u2019emballait gu\u00e8re.<br \/>\n&#8211; Par exemple\u2026 <em>Moby Dick<\/em> \u2014 hein, c\u2019est quelque chose, <em>Moby Dick<\/em> ! Mais cet acharnement \u00e0 vouloir tuer une esp\u00e8ce en voie de disparition \u2014 et blanche, de surcro\u00eet ! Alors voil\u00e0 : votre capitaine Achab, vous en ferez un Japonais, un tueur de baleines, et vous cr\u00e9erez un personnage bien contemporain, un journaliste int\u00e8gre au service de GreenPeace \u2014 qui convertira le Jap \u00e0 l\u2019\u00e9cologie profonde ! C\u2019est beau, non ?<br \/>\n&#8211; R\u00e9\u00e9crire <em>Moby Dick<\/em> ? Vous n\u2019y allez pas un peu fort ?<br \/>\n&#8211; Des modifications \u00e9l\u00e9mentaires ! Juste en surface ! La couleur de la peau, la nationalit\u00e9, la langue, la culture et la philosophie de l\u2019ouvrage, trois fois rien ! Un personnage \u00e0 cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces \u2014 vous avez l\u2019imagination qu\u2019il faut !<br \/>\n&#8211; Vous\u2026 vous voulez commencer par <em>Moby Dick<\/em> ?<br \/>\n&#8211; Entre autres. Vous connaissez le m\u00e9tier, Malauss\u00e8ne, vous savez qu\u2019il faut sortir des s\u00e9ries, pas des livres isol\u00e9es. C\u2019est comme en art, hein, <em>Twelve are Better than One<\/em>, comme disait ce pauvre Warhol ! Alors douze volumes pour\u2026 pour le mois prochain.<br \/>\nJe jetai un coup d\u2019\u0153il sur la liste qu\u2019elle me tendait. <em>Les Mis\u00e9rables. Moby Dick. Les Liaisons dangereuses. Madame Bovary<\/em>\u2026<br \/>\n&#8211; <em>Madame Bovary<\/em>\u2026 commen\u00e7ai-je.<br \/>\n&#8211; H\u00e9 bien quoi ? \u00c7a vous botte, vous, cette bonne femme emp\u00eatr\u00e9e dans un adult\u00e8re\u2026<br \/>\n&#8211; Deux, dis-je.<br \/>\n&#8211; Raison de plus ! De la culpabilit\u00e9, un suicide \u2014 \u00e7a ne va pas, non ? Vous allez me remettre \u00e7a au go\u00fbt du jour. D\u2019abord, je la veux lesbienne, Bovary ! Quand les hommes sont insuffisants, c\u2019est entre femmes que \u00e7a se r\u00e8gle ! Albertine \u00e0 la place de Rodolphe ! Une femme a besoin d\u2019un homme comme un poisson d\u2019une bicyclette !<br \/>\n\u00ab Et l\u2019autre, l\u00e0 \u2014 comment l\u2019appelez-vous ?<br \/>\n&#8211; L\u00e9on\u2026<br \/>\n&#8211; Un acteur de films pornos, je veux \u2014 et elle va l\u2019\u00e9puiser ! Bovary et Rocco, comme on dit Judith et Holopherne ! \u00c0 la fin, elle le castre ! Elle se balade dans Rouen avec la bite de Rocco dans la menotte ! Comme dans <em>l&rsquo;Empire des sens<\/em> ! Oshima <em>forever<\/em> ! Et elle fait op\u00e9rer ce pauvre Charles, qui n&rsquo;a rien \u00e0 faire de sa nouille pr\u00e9cuite \u2014 un mari transgenre, \u00e7a, \u00e7a va payer ! Elle renoue avec Albertine \u2014 ce sera mieux si elle est un peu typ\u00e9e, hein, Albertine, j\u2019ai Dani\u00e8le Obono parmi mes lectrices \u2014, et ils finissent en m\u00e9nage \u00e0 trois ! Et quand elle baisera avec sa ch\u00e9rie \u2014 vous voyez \u00e7a : noir \/ blanc, un coup dessus, un coup dessous, chantilly \/ caramel ! \u2014, elles attacheront le mari sur un fauteuil \u2014 un peu de candaulisme ne peut pas g\u00e2ter l\u2019affaire !<br \/>\n&#8211; Mais\u2026<br \/>\n&#8211; Non ! Pas de mais ! Jamais de mais ! Mais, connais pas ! Notre public, ce sont des femmes ! Ce sont les femmes qui lisent ! Pas les hommes ! Les hommes boivent de la bi\u00e8re en regardant le foot ! Vous croyez que \u00e7a les amuse, les femmes, le ch\u00e2timent de l\u2019adult\u00e8re et toutes ces fadaises ?<br \/>\n&#8211; Et la gamine \u2014 Berthe ?<br \/>\n&#8211; Eh bien quoi ? C&rsquo;est\u00a0un b\u00e9b\u00e9 ensemble, Emma et Albertine, avec des paillettes achet\u00e9es au Danemark \u2014 soyons moderne !<br \/>\n\u00ab Et d\u00e9placez l\u00e9g\u00e8rement l\u2019action, la Normandie de l\u2019int\u00e9rieur, c\u2019est moyen. \u00c0 Deauville ! Bord de mer ! Air salin ! Vivifiant ! Les vagues, les embruns, le casino, les courses\u2026<br \/>\n\u00ab Vous nous ferez \u00e7a tr\u00e8s bien, Malauss\u00e8ne\u2026 \u00bb<br \/>\n&#8211; Mais\u2026 Les<em> Liaisons<\/em>\u2026 Il y a d\u00e9j\u00e0 une Wonder Woman, l\u00e0-dedans\u2026<br \/>\n&#8211; La Marquise de Merteuil ? Certes \u2014 mais C\u00e9cile ? Une gourde, C\u00e9cile ! Et c\u2019est une sc\u00e8ne de viol, non \u2014 Valmont la viole ou je ne m\u2019y connais pas\u2026<br \/>\nJe la regardai, en pensant avec horreur \u00e0 l\u2019homme qui avait peut-\u00eatre un jour tent\u00e9 l\u2019escalade de cet Anapurna \u2014 sous la contrainte\u2026<br \/>\n&#8211; En fait, Valmont, je vais vous dire : un p\u00e9d\u00e9 ! Un type qui a tant besoin de se prouver qu\u2019il aime les femmes, c\u2019est suspect, forc\u00e9ment ! Ce n\u2019est pas avec C\u00e9cile qu\u2019il couche \u2014 c\u2019est avec Danceny ! Il se r\u00e9v\u00e8le ! Le <em>coming out<\/em> de Valmont ! Personne n\u2019y a pens\u00e9. Heureusement que je suis l\u00e0 !<br \/>\n&#8211; Danceny, vous le voulez noir, lui aussi ?<br \/>\n&#8211; N\u2019en rajoutez pas, Malauss\u00e8ne ! Et puis \u00e7a a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait par les Am\u00e9ricains, dans <em>Sexe Intentions<\/em> ! Non, une fiotte bien de chez nous, et \u00e0 la fin, quand ils se battent en duel \u2014 un symbole ou je ne m\u2019y connais pas, voyez la fin de <em>Spartacus<\/em>, quand Kirk Douglas dit \u00e0 Tony Curtis qu\u2019il l\u2019aime tout en lui enfon\u00e7ant son glaive, ha ha ! \u2014 ils se roulent une pelle au moment o\u00f9 ils sont fer contre fer\u2026 Et Mme de Tourvel portera leur enfant \u2014 un peu de Gestation Pour Autrui ne peut g\u00e2cher la f\u00eate\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 vos plumes, amis lecteurs ! Faites donc des propositions vertueuses en cette p\u00e9riode de l\u2019Avent. B\u00e2tissez les sc\u00e9narios r\u00e9nov\u00e9s de la biblioth\u00e8que que m\u00e9rite notre monde. En commen\u00e7ant par la <em>Bible<\/em> et le <em>Coran<\/em>, qui ont une tendance fort r\u00e9pr\u00e9hensible au carnage et au ch\u00e2timent des homosexuels. De l\u2019amour, de l\u2019amour, de l\u2019amour ! \u00ab De la passion, de l\u2019infortune, de la vertu par dessus tout, que de belles choses ! Au milieu de ce brillant cort\u00e8ge, on s\u2019ennuie quelquefois \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, mais on le rend bien \u00bb (<em>Liaisons<\/em>, lettre CV). Croyez-moi, vous ne vous ennuierez gu\u00e8re \u00e0 la lecture de <em>l\u2019Homme surnum\u00e9raire<\/em>, o\u00f9 les infortunes des h\u00e9ros sont comme celles de Justine \u2014 lucides, cocasses et piment\u00e9es.<\/p>\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n<p>PS. Le roman ne se limite pas, loin de l\u00e0, \u00e0 m\u00e9dire du politiquement correct \u2014 il est bien plus profond, surtout quand il joue \u00e0 \u00eatre superficiel (pour m\u00e9moire, est superficiel aujourd&rsquo;hui tout roman bien \u00e9crit). Mais je n&rsquo;allais quand m\u00eame pas tout vous dire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Dom Juan fut la premi\u00e8re \u0153uvre que l\u2019on me confia, apr\u00e8s que J\u00e9r\u00f4me Beaussant m\u2019eut expos\u00e9 savamment les raisons de \u00ab l\u2019abrogation de quatre passages moralement contestables \u00bb. Au fond, il y avait peu de r\u00e9\u00e9criture, puisque la fin tragique du h\u00e9ros disait assez la vil\u00e9nie de son libertinage. \u00ab En soi, m\u2019expliqua Beaussant, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[1355,1354,422],"class_list":{"0":"post-2005","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-non-classe","7":"tag-lhomme-surnumeraire","8":"tag-patrice-jean","9":"tag-politiquement-correct"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2005","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2005"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2005\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2005"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2005"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2005"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}