{"id":26,"date":"2006-04-19T05:31:30","date_gmt":"2006-04-19T05:31:30","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=26"},"modified":"2021-04-22T18:54:13","modified_gmt":"2021-04-22T16:54:13","slug":"ecoles-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/ecoles-en-france-26","title":{"rendered":"Ecole[s] en France"},"content":{"rendered":"<p>Voici le temps des escrocs.<br \/> Jeudi 13 avril, France 2 a diffus\u00e9, heureusement fort tard, un documentaire de Christophe Nock et Patricia Bodet (qui s\u2019\u00e9taient pr\u00e9c\u00e9demment fait remarquer pour leurs Chroniques de la violence ordinaire), intitul\u00e9 Ecole[s] en France.<br \/>L\u2019escroquerie commence d\u00e8s le titre, dans cette mise entre crochets du [s] : n\u2019est-ce pas vouloir faire croire que quelques cas peuvent porter t\u00e9moignage de ce qui se fait en France \u2014 dans toute la France ? Et le d\u00e9s\u00e9quilibre apparent (deux exemples pr\u00e9sent\u00e9s n\u00e9gativement, contre un seul suppos\u00e9 exemplaire) pose le p\u00e9dagogisme en victime, alors qu\u2019il r\u00e8gne en ma\u00eetre.<br \/>Second proc\u00e9d\u00e9, constant tout au long de l\u2019\u00e9pisode (et probablement de la s\u00e9rie, puisque ce n\u2019\u00e9tait l\u00e0 que le premier volet d\u2019une trilogie) : le d\u00e9calage soigneusement concert\u00e9 entre ce qui est montr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran et le commentaire, dit d\u2019une voix chaude, pos\u00e9e, hypnotique.<br \/>\u00c0 en croire le pr\u00e9sentateur, le documentaire \u00ab s\u2019attaque aux id\u00e9es re\u00e7ues \u00bb. Dans les faits, il va en ass\u00e9ner une pleine brass\u00e9e.<br \/>Voici une analyse objective de ce documentaire. Les citations sont fid\u00e8lement reproduites.<\/p>\n<p>D\u00e9but in medias res : un petit gar\u00e7on \u2014 Gr\u00e9gory, un nom de victime \u2014 est accabl\u00e9 par les questions d\u2019une m\u00e9chante ma\u00eetresse qui vient d\u2019expliquer le mot \u00ab extrait \u00bb et a le culot de lui demander de reformuler cette d\u00e9finition. Quasi larmes, quand la \u00ab m\u00e9chante \u00bb lui lance : \u00ab Tu es o\u00f9, l\u00e0, Gr\u00e9gory ? Tu \u00e9coutes ? \u00bb \u2014 une question que nous sommes quelques-uns \u00e0 avoir d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9, en classes, \u00e0 des myriades d\u2019\u00e9l\u00e8ves \u00e0 attention papillonnaire\u2026 <br \/>Une petite fille \u00e0 lunettes, prototype de la bonne \u00e9l\u00e8ve, r\u00e9pond, pour mieux enfoncer son petit camarade, sans doute\u2026<br \/>Je reparlerai de cette petite fille qu\u2019\u00e0 ce stade du documentaire, nous ne connaissons pas\u2026<br \/>L\u2019instit est tellement m\u00e9chante qu\u2019elle insiste, aupr\u00e8s de l\u2019\u00e9l\u00e8ve charg\u00e9e d\u2019\u00e9crire \u00ab extrait \u00bb au tableau, sur l\u2019orthographe du mot. Nous saurons par la suite que l\u2019orthographe est forc\u00e9ment socialement discriminante\u2026<br \/>On remarque pourtant que les \u00e9l\u00e8ves sont install\u00e9s face \u00e0 face, \u00e0 des tables dispos\u00e9es en carr\u00e9\u2026 J\u2019y reviendrai aussi.<br \/>Encha\u00eenement, off : \u00ab En France, on trouve que c\u2019est normal de pleurer \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u2026 \u00bb Nos \u00e9l\u00e8ves seraient \u00ab les plus stress\u00e9s du monde \u00bb d\u2019apr\u00e8s une enqu\u00eate de l\u2019OCDE ; \u00ab Si les performances suivaient, il n\u2019y aurait rien \u00e0 dire\u2026 \u00bb<br \/>Ou comment \u00e0 partir de pr\u00e9misses exactes, on arrive \u00e0 une conclusion soigneusement erron\u00e9e.<\/p>\n<p>Suivent quelques plans divers des trois \u00e9coles du reportage : \u00ab Nous avons suivi des m\u00e9thodes que tout oppose \u2014 sans jugement \u00bb. La pr\u00e9cision doit \u00eatre indispensable pour pr\u00e9parer le t\u00e9l\u00e9spectateur aux jugements de valeur qui vont \u00eatre ass\u00e9n\u00e9s 52 minutes durant. Il s\u2019agit juste, dit le commentateur, de \u00ab remettre en question les id\u00e9es re\u00e7ues \u00bb.<br \/>D\u00e9j\u00e0 ceux qui connaissent la question s\u2019interrogent. Les id\u00e9es re\u00e7ues, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ne sont-elles pas les id\u00e9es dominantes ? Et les id\u00e9es dominantes, ne sont-elles pas celles des p\u00e9dagogues \u00e0 la mode depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es ?<br \/>Mais voil\u00e0 : le reportage ne s\u2019adresse pas aux sp\u00e9cialistes. Il s\u2019adresse aux parents \u2014 dont il est remarquable qu\u2019ils sont absents pendant 52 minutes \u2014 sauf exception remarquable sur laquelle je reviendrai.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re \u00e9tape : Autun, \u00e9cole de pr\u00e9paration militaire. \u00ab L\u2019\u00e9cole des chefs \u00bb, dit la voix. On se doute qu\u2019il n\u2019aime pas les chefs, surtout en treillis \u2014 et quelques plans, pris \u00e0 hauteur de cuisse de capitaine-directeur, sont assez \u00e9loquents sur ce point. On voit, en arri\u00e8re-plan, des \u00e9l\u00e8ves rang\u00e9s en escadron chantant la Marseillaise (comme le documentaire se boucle sur ces m\u00eames \u00e9l\u00e8ves jouant la Marseillaise, on mesure la charge caricaturale de l\u2019ensemble). \u00ab Discipline, ordre, travail \u00bb sont les ma\u00eetres-mots du lieu : le slogan est dit avec des inflexions destin\u00e9es \u00e0 nous plonger dans une ambiance quasi p\u00e9tainiste.<br \/>Classe de sixi\u00e8me \u2014 et, en contrepoint, le commentaire : \u00ab Des contraintes fortes, cens\u00e9es leur faire r\u00e9ussir leur scolarit\u00e9 \u00bb : on appr\u00e9ciera le \u00ab cens\u00e9es \u00bb, qui stipule que seules des contraintes faibles sont r\u00e9ellement op\u00e9ratoires. Mise en condition pour ce qui va suivre.<br \/>L\u2019\u00e9cole d\u2019Autun, install\u00e9e \u00ab dans une vieille caserne \u00bb, est sous r\u00e9gime d\u2019internat. En dehors des grandes vacances, des \u00ab permissions sont accord\u00e9es en fonction des r\u00e9sultats \u00bb : voil\u00e0 nos bambins enr\u00e9giment\u00e9s\u2014 d\u2019ailleurs, ils porteront un uniforme. \u00ab D\u00e9sormais, ils ne sont plus enfants, mais \u00e9l\u00e8ves militaires \u00bb.<br \/>L\u00e0 interviennent les seuls plans de parents de tout le film. Des beaufs affal\u00e9s dans leur chaise devant un adjudant, ou un type au cr\u00e2ne ras\u00e9, qui quitte son enfant pour r\u00e9int\u00e9grer sa BMW, la voiture du facho\u2026 On nage en plein poncif.<br \/>On a remarqu\u00e9, au passage, que tous les \u00e9l\u00e8ves sont blancs, et sont m\u00e2les \u2014 ou peu s\u2019en faut : mais c\u2019est une gamine de couleur que l\u2019on va pourtant suivre \u2014 et d\u00e9j\u00e0 est instaur\u00e9 un regard biais\u00e9 qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans tout le documentaire.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me \u00e9cole : Domont, dans le Val d\u2019Oise. Ecole Jean Moulin. Une \u00e9cole standard, pour \u00ab classes moyennes \u00bb \u2014 elles n\u2019ont pas honte ?\u2026 \u00ab On y pratique l\u2019enseignement classique, dans les normes de l\u2019Education Nationale\u2026 \u00bb On y retrouve la ma\u00eetresse \u00ab tortionnaire \u00bb de l\u2019introduction \u2014 et notre regard est forc\u00e9ment inamical envers V\u00e9ronique, cette ma\u00eetresse d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui \u00ab n\u2019a qu\u2019une exigence : la r\u00e9ussite scolaire individuelle \u00bb. Nous apprendrons par la suite qu\u2019une vraie p\u00e9dagogie vise la r\u00e9ussite de tous, tous ensemble\u2026<br \/>Dans cette classe de CM1, voici Lola, la petite nouvelle. Elle s\u2019installe, pendant que le commentaire pr\u00e9cise que \u00ab chacun travaille pour soi, et pas de bavardages \u00bb, et que \u00ab Lola est un peu perdue \u00bb. Plans altern\u00e9s de Lola et du petit Gr\u00e9gory de la s\u00e9quence initiale \u2014 le r\u00e9alisateur avait-il d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue de ce qu\u2019il cherchait ?<br \/>J\u2019ai la r\u00e9ponse \u00e0 la question, mais je suis all\u00e9 la chercher sur le blog de France 2, ouvert \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9mission. Sylvain Connac, l\u2019instituteur (pardon : le professeur des \u00e9coles\u2026) du troisi\u00e8me \u00e9tablissement pr\u00e9cise lui-m\u00eame (style et orthographe conserv\u00e9s) :<\/p>\n<p>Bonsoir, <\/p>\n<p>Je me permets juste cette petite r\u00e9action parce que je trouve injuste et dangereux ce qui est parfois dit \u00e0 l&rsquo;encontre de ma coll\u00e8gue enseignante de Domont. <br \/>Je ne remets pas en cause le travail et la d\u00e9ontologie des auteurs de ce reportage, sais pour en avoir discut\u00e9 avec eux que le fait de suivre la petite Lola est le fruit que c&rsquo;est une des rares qui leur est apparue \u00ab\u00a0m\u00e9diatiquement\u00a0\u00bb int\u00e9ressante d\u00e8s le jour de la rentr\u00e9e. L&rsquo;histoire de son int\u00e9gration dans la classe renvoie une image fortuite et malheureuse de son enseignante. <br \/>Je m&rsquo;explique. <br \/>V\u00e9ronique m&rsquo;appara\u00eet comme une enseignante digne et respectueuse des enfants. Pour \u00eatre du m\u00e9tier, je peux avancer sans trop me tromper que ce que l&rsquo;on voit d&rsquo;elle n&rsquo;est pas pire que ce qui se passe au quotidien dans certaines classes. On ne voit ni insultes, ni menaces, ni chantage affectif, ni punitions humiliantes, ni cris ou hurlements. On assiste rarement \u00e0 de grands moments d&rsquo;ennuis. On voit une classe fournie, joliment d\u00e9cor\u00e9e, des enfants qui ne semblent pas souffrir d&rsquo;avoir une telle ma\u00eetresse, de r\u00e9elles situations de travail scolaire. <br \/>Il me semble que ce qui est montr\u00e9 dans ce premier opus est une situation qui a inconsciemment \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 V\u00e9ronique : souhaitant conduire l&rsquo;ensemble de la classe vers de la r\u00e9ussite individuelle, l&rsquo;approche p\u00e9dagogique que l&rsquo;on voit de ses pratiques ne permet pas autre chose que des interventions visant \u00e0 \u00ab\u00a0remettre sur les rails\u00a0\u00bb quelqu&rsquo;un qui risque de s&rsquo;en d\u00e9faire et d&rsquo;en entra\u00eener d&rsquo;autres. <br \/>Cela appara\u00eet comme dur mais c&rsquo;est l&rsquo;expression naturelle de la formation d&rsquo;un groupe qui g\u00e9n\u00e9re des situations d&rsquo;exclusions si le c\u0153ur de son action est anim\u00e9 par une seule personne (Cf. les travaux en psychologie sociale de Moreno ou Lewin). <br \/>J&rsquo;analyse \u00e9galement bon nombre de gestes professionnels montr\u00e9s comme faisant partie de ce que Bourdieu appelle les habitus, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;ensemble des codes sociaux qui sont transmis par la tradition, ici \u00e9ducative, tr\u00e8s forte en France. Ayant choisi de ne pas entrer dans des processus innovants, V\u00e9ronique a recours une fois de plus de mani\u00e8re transmise \u00e0 des codes scolaires dont la port\u00e9e peuvent \u00e9chapper \u00e0 tout un chacun. Parfois, ils peuvent engendrer des difficult\u00e9s. Je crois que le souci dans ces situations-l\u00e0 est autant port\u00e9 sur l&rsquo;enfant \u00e0 qui s&rsquo;adressent les injonctions qu&rsquo;\u00e0 toute la classe afin que ses membres ne fassent pas de m\u00eame. <\/p>\n<p>Je tiens enfin \u00e0 souligner que V\u00e9ronique est reconnue dans sa fonction d&rsquo;enseignante par les cadres de l&rsquo;EN (et ce n\u2019est jamais sans raison), qu&rsquo;elle a accept\u00e9 sans contrepartie les cam\u00e9ras dans sa classe. A noter que de nombreux \u00e9tudiants ont \u00e9norm\u00e9ment de mal \u00e0 trouver des classes de stage qui veulent bien les accueillir (les regards ext\u00e9rieurs font peur). Alors imaginez la TV ??? <\/p>\n<p>\u00ab Avant d\u2019entrer dans une classe, nul de laisse son inconscient au porte-manteau \u00bb (F. Oury) <\/p>\n<p>Coop\u00e9rativement <\/p>\n<p>Sylvain Connac <br \/>Ecole coop\u00e9rative Antoine Balard \u2013 Montpellier<\/p>\n<p>J\u2019adore ce \u00ab coop\u00e9rativement \u00bb qui cl\u00f4t chaque message sur le Net de Sylvain C*** \u2014 \u00e7a me rappelle les \u00ab sentiments mutualistes \u00bb que l\u2019on est cens\u00e9 pr\u00e9senter dans les courriers \u00e0 la MGEN ou \u00e0 la MAIF\u2026<br \/>Quant aux \u00ab processus innovants \u00bb, nous en aurons bient\u00f4t une id\u00e9e pr\u00e9cise\u2026<\/p>\n<p>Retour \u00e0 la petite Lola, film\u00e9e en gros plans \u00e9motionnels \u2014 alors que la ma\u00eetresse est prise en plans moyens visant \u00e0 la distancier au maximum \u2014 ou \u00e0 nous amener filmiquement \u00e0 prendre nos distances vis-\u00e0-vis d\u2019elle\u2026<br \/>\u00ab Elle a besoin d\u2019\u00eatre reconnue comme Lola, elle va se trouver d\u00e9sign\u00e9e comme un cas\u2026 \u00bb En fait, Lola est de ces \u00e9l\u00e8ves qui souhaiteraient imposer \u00e0 l\u2019enseignant une relation fortement individualis\u00e9e. Chantage affectif classique \u2014 d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de la recadrer assez vite, et lui faire comprendre qu\u2019elle sera ici une \u00e9l\u00e8ve comme les autres, sans favoritisme : mais \u00e7a, c\u2019est sans doute d\u00e9j\u00e0 torturant, pour \u00ab l\u2019apprenant \u00bb\u2026<br \/>\u00ab Comment faire pour exister ? \u00bb se demande le commentateur, inventant le discours int\u00e9rieur de Lola. Elle applique les consignes de travers, recopie de travers\u2026 \u00c0 noter que V\u00e9ronique \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se classique d\u2019un d\u00e9faut de vision \u2014 et nous verrons plus tard que Lola a effectivement besoin de lunettes : d\u2019ailleurs, nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 vu, parce que Lola est la petite fille parfaitement int\u00e9gr\u00e9e qui, dans la s\u00e9quence initiale, donnait la bonne r\u00e9ponse qui \u00e9chappait \u00e0 Gr\u00e9gory. L\u00e0-bas, elle \u00e9tait l\u2019\u00e9l\u00e8ve exemplaire. Ici, elle est l\u2019exemple de la r\u00e9volte, le bouc \u00e9missaire de la p\u00e9dagogie inf\u00e2me de V\u00e9ronique, cette institutrice \u00e0 l\u2019ancienne qui a le culot d\u2019exiger le silence\u2026<br \/>Les tables paraissent align\u00e9es de fa\u00e7on classique. Or, des informations annexes (confirm\u00e9es par la s\u00e9quence du lendemain) semblent indiquer que V\u00e9ronique les dispose toujours en carr\u00e9s \u2014 mais le r\u00e9alisateur filme en fonction de ses pr\u00e9suppos\u00e9s : un bourreau d\u2019enfants doit forc\u00e9ment aligner les tables \u00ab \u00e0 l\u2019ancienne \u00bb. Que n\u2019ont-ils eu la joie de trouver une estrade\u2026<br \/>Le lendemain \u2014 nous dit-on \u2014, chaque \u00e9l\u00e8ve doit amener et lire sa po\u00e9sie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Lola, probablement mat\u00e9e, lit (bien d\u2019ailleurs : il se confirme qu\u2019elle est une bonne \u00e9l\u00e8ve classique, pass\u00e9 le premier moment) \u00ab le Corbeau et le Renard \u00bb. Vous avez dit La Fontaine ? Le texte fonctionnera ult\u00e9rieurement comme un repoussoir, face \u00e0 l\u2019expression libre de l\u2019\u00e9cole id\u00e9ale. La Fontaine ! Quel classicisme insupportable\u2026 V\u00e9ronique est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 suspect\u00e9e de faire, comme aurait dit Bourdieu, un enseignement d\u2019h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me \u00e9cole \u2014 la panac\u00e9e apr\u00e8s les aberrations. Antoine Balard, \u00ab \u00e9cole coop\u00e9rative \u00bb de la banlieue la plus d\u00e9favoris\u00e9e de Montpellier \u2014 la Paillade. \u00ab Familles en tr\u00e8s grande difficult\u00e9 sociale \u00bb, dit le commentateur \u2014 et c\u2019est globalement vrai.<br \/>\u00ab Sylvain, instituteur, enseigne par ailleurs les sciences de l\u2019Education \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Montpellier \u00bb, nous pr\u00e9cise-t-on : \u00e0 l\u2019universit\u00e9 ou \u00e0 l\u2019IUFM ? Il a effectivement l\u2019onctuosit\u00e9 j\u00e9suite du p\u00e9dagogue selon saint Meirieu \u2014 ce qui se traduit, en style de commentateur, par : \u00ab Il combine diff\u00e9rents mod\u00e8les p\u00e9dagogiques \u00e0 la pointe de l\u2019innovation \u00bb. <br \/>En fait d\u2019innovation, il pratique la p\u00e9dagogie Freinet, qui n\u2019a jamais que soixante-dix ans d\u2019existence : classe unique (par choix p\u00e9dagogique, pas par obligation technique comme dans Etre ou avoir, o\u00f9 intervenait Georges Lopez \u2014 j\u2019y reviendrai), libre expression, \u00e9l\u00e8ves-tuteurs pour guider les plus petits, et r\u00e9daction d\u2019un journal de la classe. Il s\u2019agit, nous explique-t-on, de \u00ab mettre les enfants en \u00e9veil \u00bb. Probablement les autres enseignants \u2014 V\u00e9ronique \u2014 les mettent-ils sous l\u2019\u00e9teignoir.<br \/>Deuxi\u00e8me jour : discussion \u00ab philosophique \u00bb \u2014 c\u2019est le terme utilis\u00e9, et je sais qu\u2019il fait grincer les dents des philosophes de profession, mais bon\u2026 \u2014 sur \u00ab la honte \u00bb (il m\u2019a mis la honte\u2026). Les \u00e9l\u00e8ves de Sylvain sont \u00e0 peu pr\u00e8s exclusivement d\u2019origine maghr\u00e9bine ou africaine \u2014 ceux que le cam\u00e9raman a film\u00e9s, en tout cas. Et ce ne sont que des gar\u00e7ons qui parlent, ce qui dans un tel contexte est charg\u00e9 de sens, et pas forc\u00e9ment le bon sens : le rapport Obin, en 2004, indiquait d\u00e9j\u00e0 que dans nombre de classes, les petits gar\u00e7ons refusent de se mettre en rang derri\u00e8re les petites filles, cr\u00e9atures naturellement inf\u00e9rieures, comme chacun sait\u2026.<br \/>Je ne rel\u00e8ve pas le fait par hasard : il y a dans tout le documentaire une volont\u00e9 affirm\u00e9e de mettre en avant les enfants d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re. C\u2019est du communautarisme \u2014 ou de la discrimination positive \u2014 \u00e0 peine voil\u00e9e.<br \/>Dans cette discussion philosophique, on remarque que Sylvain ne reprend jamais un \u00e9l\u00e8ve au niveau de l\u2019expression souvent fautive : cela alt\u00e8rerait sans doute la libre expression de la science infuse des gamins\u2026 Il parle lui-m\u00eame une langue tr\u00e8s rel\u00e2ch\u00e9e (\u00ab On va se demander qu\u2019est-ce que c\u2019est que la honte \u00bb), sans doute pour se mettre \u00e0 hauteur d\u2019\u00e9l\u00e8ve (il est le seul des ma\u00eetres film\u00e9s \u00e0 \u00eatre pris en gros plans \u2014 la charge \u00e9motionnelle, \u00e0 nouveau : lui au moins est en symbiose avec ses \u00ab apprenants \u00bb).<br \/>S\u2019ensuit une tr\u00e8s longue s\u00e9ance d\u2019expression libre. Les \u00e9l\u00e8ves sont assis en cercle, dans la pure tradition des palabres africaines. On note la pr\u00e9sence d\u2019autres adultes, souriant complaisamment \u2014 des stagiaires IUFM, probablement, d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019a d\u00e9clar\u00e9 Sylvain lui-m\u00eame. Le ma\u00eetre est en repr\u00e9sentation.<br \/>Il affiche la formulation finale de la Honte sur un panneau intitul\u00e9 \u00ab Sagesses d\u2019enfants \u00bb : gros plans sur des phrases \u2014 sublimes, forc\u00e9ment sublimes, aurait dit Duras analysant l\u2019affaire Gr\u00e9gory \u2014 \u00e9crites avec des crayons de couleur. Allusion fine au po\u00e8me de Pr\u00e9vert, \u00ab le Cancre \u00bb, dans Paroles : \u00ab Et avec des craies de toutes les couleurs Sur le tableau noir du malheur Il dessine le visage du bonheur\u2026 \u00bb Ces formules color\u00e9es sont toutes sign\u00e9es de pr\u00e9noms exotiques \u2014 alors que deux \u00e9l\u00e8ves au moins de la classe ne sont ni maghr\u00e9bines, ni africaines. Mais sans doute n\u2019ont-elles rien de coh\u00e9rent \u00e0 dire \u2014 on va s\u2019en apercevoir bient\u00f4t.<br \/>En fait, nous sommes dans le politiquement correct \u00e0 haute dose. L\u2019u n des messages, \u0153ucum\u00e9nique et lib\u00e9ral en diable, pr\u00e9cise : \u00ab Une femme ne sert pas \u00e0 rester \u00e0 la maison \u00bb. Quelle audace\u2026<\/p>\n<p>Retour \u00e0 Autun.<br \/>On nus explique qu\u2019il n\u2019y a dans cette institution militaire que 30% de filles, \u00ab pour des raisons logistiques \u00bb (en fait, un probl\u00e8me de dortoirs et de sanitaires\u2026). Mais l\u2019\u00e9l\u00e8ve s\u00e9lectionn\u00e9e par le r\u00e9alisateur est une fille \u2013 probablement marocaine, comme la majorit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves de la Paillade.<br \/>Classe de sixi\u00e8me. Comme il y a une dict\u00e9e au Brevet, explique en substance le professeur de Fran\u00e7ais, je vais vous faire des dict\u00e9es \u2014 au moins une toutes les trois semaines. Ce n\u2019est pas un rythme accablant \u2014 j\u2019en faisais une tous les trois jours quand j\u2019enseignais en coll\u00e8ge, il y a vingt-cinq ans de \u00e7a. Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop pour la petite Im\u00e8ne.<br \/>La gamine, enjou\u00e9e, sympathique, \u00ab s\u2019est vite impos\u00e9e dans la classe par son sens des responsabilit\u00e9s et sa bonne humeur \u00bb, \u00ab elle d\u00e9coince tout le monde \u00bb, elle est \u00ab un \u00e9l\u00e9ment f\u00e9d\u00e9rateur du groupe \u00bb. Le commentaire vient en surimpression d\u2019une s\u00e9quence \u00ab sympa \u00bb \u00e0 la cantine. Comme on conna\u00eet d\u00e9sormais le r\u00e9alisateur, on s\u2019attend, forc\u00e9ment, \u00e0 une s\u00e9quence moins sympa.<br \/>Retour en classe (la s\u00e9quence est film\u00e9e comme si c\u2019\u00e9tait le m\u00eame jour, ce que d\u00e9ment l\u2019habillement de la prof \u2014 et d\u2019elle seule, puisque les \u00e9l\u00e8ves sont en uniforme, ce qui permet la confusion des temps). Dict\u00e9e (le Petit Nicolas, de Semp\u00e9 et Goscinny, sept ou huit lignes sans difficult\u00e9s majeures). Im\u00e8ne a z\u00e9ro, et quarante fautes (le maximum dans ce qui est annonc\u00e9, le fait m\u00eame d\u2019annoncer les notes et le nombre de fautes est probablement une pratique discriminante et humiliante, dirait Antibi, l\u2019immortel auteur de la constante macabre). Les recommandations de la prof pour la correction sont inaudibles, le son est descendu au maximum \u2014 dans un essai assez r\u00e9ussi pour entrer dans la subjectivit\u00e9 de l\u2019enfant \u2014 , la cam\u00e9ra reste fig\u00e9e sur la petite fille en larmes. \u00ab Le d\u00e9sespoir de Mabnuel ; les larmes d\u2019Im\u00e8ne ne sont pas \u00e9tonnants, commente la voix off. Chaque ann\u00e9e, 15% des enfants qui entrent en Sixi\u00e8me sont en grande difficult\u00e9 de lecture comme d\u2019\u00e9criture. Cette grande difficult\u00e9 est pour eux une immense souffrance. Il est pourtant faux d\u2019en d\u00e9duire que le niveau baisse. Dans les ann\u00e9es 50, le Certificat d\u2019Etudes Primaires \u00e9tait rat\u00e9 par plus de 50% des \u00e9l\u00e8ves, et 70% n\u2019avaient pas le niveau pour entrer en Sixi\u00e8me. Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, le niveau g\u00e9n\u00e9ral des enfants n\u2019est pas en r\u00e9gression, mais bien en constante progression\u2026 \u00bb<br \/>Autant pr\u00e9ciser tout de suite que le commentaire a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit avec l\u2019aide p\u00e9dagogique de Marie Satrin, conseill\u00e8re p\u00e9dagogique dans le Val d\u2019Oise. Autant pr\u00e9ciser tout de suite que le r\u00e9alisateur, Christophe Nock, a \u00e9t\u00e9 longuement interview\u00e9 dans les Cahiers p\u00e9dagogiques, l\u2019organe internes des Khmers rouges, comme dit Laurent Lafforgue (voir www.cahiers-pedagogiques.com\/ article.php3?id_article=2317 &#8211; 22k \u2013, et pour savoir d\u2019o\u00f9 vient et \u00e0 qui profite le film, jeter aussi un coup d\u2019\u0153il sur www.paris.iufm.fr\/IMG\/pdf\/Film_France2_27_mars06.pdf -).<br \/>L\u2019offensive est concert\u00e9e. Philippe Meirieu, sur son blog, explique qu\u2019il a quitt\u00e9 la direction de l\u2019IUFM de Lyon pour faire du cin\u00e9ma : \u00ab \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de mes activit\u00e9s d&rsquo;universitaire, j&rsquo;ai accept\u00e9 une mission confi\u00e9e par le Maire de Lyon : il s&rsquo;agit de faire monter en puissance la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision \u00e9ducative CAP CANAL. Celle-ci n&rsquo;est pr\u00e9sente, pour le moment, que sur Lyon et Grenoble : je vais tenter de permettre une diffusion plus large. Par ailleurs, elle est surtout cibl\u00e9e sur le primaire et je voudrais la d\u00e9velopper du c\u00f4t\u00e9 du secondaire, du sup\u00e9rieur, de la formation professionnelle, des parents, etc. Aujourd&rsquo;hui, tout le monde s&rsquo;accorde \u00e0 consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9ducation est un gros enjeu, une pr\u00e9occupation majeure. Je souhaite d\u00e9velopper ce m\u00e9dia o\u00f9 cette question est prise au s\u00e9rieux, sans invective, en regardant ce qui peut faire avancer les choses. \u00bb (interview donn\u00e9e au Progr\u00e8s de Lyon le 26 mars dernier, et reproduite sur le site de Philippe M*** \u2014 http:\/\/www.meirieu.com\/nouveautesblocnotes.htm).<\/p>\n<p>L\u2019enseignante d\u2019Autun, qui doit avoir pourtant son id\u00e9e sur la question, propose \u00e0 Im\u00e8ne un bilan orthophoniste (je serais curieux de savoir par quelle m\u00e9thode la petite fille a appris \u00e0 lire\u2026). Mais le commentaire est p\u00e9remptoire : \u00ab Un enfant sur huit est condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec permanent \u00bb. Suivent des images rapides du conseil de classe de Domont. \u00ab Orthographe : dix \u00e9l\u00e8ves sur vingt-cinq ont z\u00e9ro \u00bb, dit V\u00e9ronique. Ce que confirment tous ses coll\u00e8gues \u2014 des retardataires qui humilient les \u00e9l\u00e8ves via l\u2019orthographe, cette science des \u00e2nes. \u00ab Les petits fran\u00e7ais ont un probl\u00e8me particulier : leur langue est une des plus compliqu\u00e9es au monde \u00bb. Vieille antienne sur la simplification de l\u2019orthographe, et les r\u00e9fractaires aux r\u00e9formes n\u00e9cessaires : cela ne fait jamais que cinq si\u00e8cles que le d\u00e9bat est en cours.<br \/>La r\u00e9flexion permet de passer en souplesse aux m\u00e9thodes de lecture : \u00ab Depuis 2001 [loi Lang\u2026], les textes sont clairs, la m\u00e9thode au point \u00bb ; \u00ab c\u2019est cette m\u00e9thode que Sylvain utilise\u2026 \u00bb<br \/>Retour du h\u00e9ros. Sylvain applique la \u00ab m\u00e9thode naturelle \u00bb ch\u00e8re \u00e0 Freinet et aux globalistes, mais on nous pr\u00e9cise que \u00ab tout commence par la motivation \u00bb.<br \/>Suit une s\u00e9quence particuli\u00e8rement crapuleuse. \u00ab \u00c0 quoi \u00e7a sert de savoir lire et \u00e9crire ? \u00bb demande Sylvain. \u00ab \u00c0 faire un bon m\u00e9tier \u00bb, dit spontan\u00e9ment l\u2019un des gosses. Mauvaise r\u00e9ponse, apparemment : \u00ab Oui, mais c\u2019est quand tu seras grand. Mais maintenant ? \u00bb<br \/>\u00ab Lire du courrier \u00bb, sugg\u00e8re une petite blonde \u2014 la seule du lot. Tu en re\u00e7ois du courrier ? demande Sylvain \u2014 non \u00e0 elle, mais \u00e0 la cantonade. Hochements de t\u00eates n\u00e9gatifs. <br \/>Il est temps que le ma\u00eetre en arrive \u00e0 la doxa : \u00ab \u00c7a va vous servir \u00e0 aller faire les courses au magasin, vous allez pouvoir lire ce qu\u2019il y a marqu\u00e9 sur les bo\u00eetes\u2026 \u00bb<br \/>Remarque d\u2019un \u00e9l\u00e8ve musulman, et Sylvain acquiesce : \u00ab S\u2019il y a du cochon dans la bo\u00eete, tu as raison \u00bb.<br \/>Dans les ann\u00e9es 90, Philippe Meirieu, dans le m\u00eame esprit utilitariste, sugg\u00e9rait d\u2019apprendre \u00e0 lire en d\u00e9chiffrant les modes d\u2019emploi des appareils m\u00e9nagers. Il est d\u2019ailleurs revenu sur ses propos, en les critiquant, dans une interview au Figaro-magazine en janvier 2005. Mais Sylvain n\u2019en a cure\u2026<br \/>Il pr\u00e9cise tout de m\u00eame que lire permettra d\u2019acc\u00e9der \u00ab aux histoires dans les livres \u00bb \u2014 on est tout de m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<br \/>Mais en fait d\u2019histoires, celles qu\u2019il propose aux gamins ne viennent pas des livres (et pourquoi pas La Fontaine ? Vous n\u2019y pensez pas\u2026). Il fait raconter \u00e0 chacun une petite histoire de son cru, la r\u00e9dige lui-m\u00eame, ce qui permet aux enfants de d\u00e9chiffrer une histoire qu\u2019ils connaissent d\u00e9j\u00e0 \u2014 l\u2019un des piliers des m\u00e9thodes globales : la lecture devient acte de re-divination.<br \/>Le commentaire enfonce le clou : \u00ab Pour l\u2019orthographe et la lecture, on sait depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es que les enfants apprennent par comparaison et par reconnaissance. Ils n\u2019ont pas la facult\u00e9 de d\u00e9duire. Voil\u00e0 pourquoi la m\u00e9thode ancienne du b-a-ba produisait tant d\u2019\u00e9checs\u2026 \u00bb<br \/>Qu\u2019elle ait produit des r\u00e9ussites ne d\u00e9range personne. Que Rachel Boutonnet, et tant d\u2019autres, sa battent pour r\u00e9imposer une m\u00e9thode alphab\u00e9tique n\u2019effleure pas les certitudes tranquilles des r\u00e9alisateurs. Que le ministre lui-m\u00eame ait sugg\u00e9r\u00e9 fortement d\u2019en revenir \u00e0 la m\u00e9thode alphab\u00e9tique, au grand dam des p\u00e9dagogues institutionnels, ne les g\u00eane pas davantage.<br \/>Puis Sylvain pratique au tableau des exercices de reconnaissance de phon\u00e8mes identiques (pas de syllabes : mais l\u2019identification, par exemple, d\u2019un m\u00eame groupe \u2013av- dans avec, caverne, etc.). \u00ab \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de la m\u00e9thode globale \u00bb, dit le commentaire. Vraiment ?<br \/>Exercice enfin de r\u00e9daction. Dans une bo\u00eete de textes libres (forc\u00e9ment libres : les r\u00e9dactions \u00e0 sujet impos\u00e9 mettent sans doute l\u2019esprit en esclavage) sont gliss\u00e9es de petites r\u00e9dactions. On en choisira la meilleure (au gr\u00e9 des enfants), que l\u2019on va \u00e9crire au tableau afin de la toiletter orthographiquement \u2014 pas d\u2019apprentissage syst\u00e9matique, le ludique est charg\u00e9 de tout.<br \/>C\u2019est un petit r\u00e9cit sur un voyage au Maroc. Sylvain, nous dit-on, obtient les m\u00eames r\u00e9sultats que la moyenne nationale \u2014 sup\u00e9rieurs aux r\u00e9sultats moyens des ZEP : nous sommes bien oblig\u00e9s de croire les r\u00e9alisateurs sur parole. Mais dans Lib\u00e9ration de ce jeudi 13 avril (le documentaire a \u00e9t\u00e9 encens\u00e9 par Lib\u00e9, le Monde et T\u00e9l\u00e9rama, la sainte trilogie des relais p\u00e9dagogistes), cela devient : \u00ab Il met en pratique les travaux r\u00e9cents des chercheurs en sciences de l\u2019\u00e9ducation. Et sa classe a un niveau sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne nationale. \u00bb Point barre. L\u2019ensemble de l\u2019article est du m\u00eame tonneau : \u00ab Les \u00e9l\u00e8ves de Sylvain ne sont pas t\u00e9tanis\u00e9s d\u2019angoisse, mais vivants, autonomes et respectueux des r\u00e8gles qu\u2019ils ont contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9dicter. C\u2019est \u00e0 se demander pourquoi l\u2019Education Nationale s\u2019acharne \u00e0 m\u00e9priser les p\u00e9dagogues\u2026 \u00bb<br \/>Faut-il rappeler encore une fois que lesdits p\u00e9dagogues tiennent le haut du pav\u00e9 \u2014 \u00e0 commencer par celui de la hi\u00e9rarchie ?<br \/>Que \u2018on me comprenne bien. Je ne suis pas un d\u00e9vot de telle ou telle technique. Je r\u00e9p\u00e8te dans \u00c0 bonne \u00e9cole la formule de Montaigne : \u00ab Que le gascon y arrive, si le fran\u00e7ais n\u2019y eut aller \u00bb : en deux mots, le pragmatisme doit \u00eatre la r\u00e8gle, en p\u00e9dagogie r\u00e9elle. Mais justement, ce que l\u2019on nous propose ici est une r\u00e8gle \u2014 et la plus rigide de toutes.<\/p>\n<p>Retour \u00e0 Domont (loi des contrastes). \u00ab Chez V\u00e9ronique comme chez la plupart de ses coll\u00e8gues, l\u2019id\u00e9e de valorisation, de coop\u00e9ration, s\u2019efface derri\u00e8re l\u2019exigence de travail individuel et de r\u00e9sultat permanent. \u00bb Elle fait, ce jour-l\u00e0, une dict\u00e9e pr\u00e9par\u00e9e. \u00ab Pas \u00e9tonnant que les petits Fran\u00e7ais soient les plus stress\u00e9s\u2026 L\u2019erreur est syst\u00e9matiquement sanctionn\u00e9e\u2026 Pourtant, c\u2019est normal de se tromper\u2026 \u00bb<br \/>On appr\u00e9ciera le syllogisme. Si l\u2019erreur est fr\u00e9quente, alors, on n\u2019a pas \u00e0 la corriger\u2026<br \/>\u00ab Peur, blocages, stress \u00bb, continue la voix off. Retour sur Lola, qui s\u2019est manifestement tromp\u00e9e dans son cahier de textes \u2013 \u00e7a arrive. \u00ab Lola, qu\u2019est-ce qui t\u2019arrive ? Il faut que tu soies attentive \u00bb, ose lancer V\u00e9ronique. Sans transition, exercice de calcul mental : la cam\u00e9ra, toujours fix\u00e9e sur Lola, qui a une bonne bouille de vedette en herbe, se trompe sur son ardoise. Les maths (\u00e0 peine effleur\u00e9s, sauf dans cette s\u00e9quence) sont de la m\u00eame eau stressante que le fran\u00e7ais.<br \/>Il vaudrait sans doute mieux ne pas en faire\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 Autun, pour am\u00e9liorer l\u2019orthographe d\u2019Im\u00e8ne, la prof lui fait un cours particulier. <br \/>A la Paillade, pendant ce temps, on \u00e9crit des \u00ab textes libres \u00bb \u2014 ou un \u00ab dessin libre \u00bb, pour ceux qui ,ne savent pas \u00e9crire, et qui ont certainement, du coup, une chance d\u2019apprendre\u2026 Ils sont si passionn\u00e9s, nous explique-t-on, qu\u2019ils n\u2019entendent m\u00eame pas la cloche de la r\u00e9cr\u00e9\u2026<br \/>Heureusement que les r\u00e9alisateurs sont rest\u00e9s deux mois en immersion dans la classe. Ils ont au moins film\u00e9 ce moment exceptionnel\u2026 \u00ab Sylvain doit intervenir pour qu\u2019ils acceptent d\u2019arr\u00eater\u2026 \u00bb Le travail dans la joie, comme disaient\u2026<br \/>Le texte choisi finalement parmi ces passionnants travaux d\u2019\u00e9l\u00e8ves est \u00e9dit\u00e9 dans le journal de l\u2019\u00e9cole, et mis en ligne dans le r\u00e9seau des \u00e9coles Freinet, o\u00f9 chacun peut commenter les textes des autres. <br \/>Je dois pr\u00e9ciser qu\u2019il y a dans la classe de Sylvain un brouhaha incessant qui ne para\u00eet pas le g\u00eaner \u2014 et les \u00e9l\u00e8ves qui seraient handicap\u00e9s par ce bruit de fond n\u2019ont rien compris \u00e0 la p\u00e9dagogie moderne.<\/p>\n<p>On arrive \u00e0 la conclusion. \u00ab Le retard pris sur les meilleurs pays est inqui\u00e9tant. La nostalgie des temps anciens n\u2019arrange rien\u2026 Est)ce otre syst\u00e8me scolaire qui n\u2019affronte pas les enjeux de l\u2019\u00e9poque ? \u00bb Mais ces enjeux ne sont pas nomm\u00e9s !<br \/>Retour final \u00e0 Autun, o\u00f9 les \u00e9l\u00e8ves jouent la Marseillaise. Si on n\u2019a pas compris quel \u00e9tait le bon mod\u00e8le, et quels \u00e9taient les mod\u00e8les-repoussoirs, c\u2019est que l\u2019on est\u2026 cr\u00e9tin.<\/p>\n<p>Tout cela serait au fond tr\u00e8s secondaire, si l\u2019\u00e9mission n\u2019avait pas, en quelques heures, d\u00e9clench\u00e9 un lynchage m\u00e9diatique le V\u00e9ronique, qui apparemment ne s\u2019en remet pas (voir http:\/\/forums.france2.fr\/france2\/EcolesenFrance\/liste_sujet-1.htm). La r\u00e9action \u00ab moyenne \u00bb est caract\u00e9ris\u00e9 par ce genre de mail (\u00ab V\u00e9ronique, vous n&rsquo;aimez pas les enfants et je suis vraiment certain de votre incompr\u00e9hension totale du mot P\u00e9dagogie. Bon vent dans un autre m\u00e9tier et bon courage \u00e0 la petite Lola dans sa reconstruction apr\u00e8s le passage de l&rsquo;ouragan V\u00e9ronique dans sa petite vie\u2026 \u00bb). Et malgr\u00e9 quelques (rares) t\u00e9moignages de soutien (\u00ab Et pourtant, c&rsquo;est une instit formidable ! Mon fils est dans sa classe, et est tr\u00e8s heureux d&rsquo;y \u00eatre ! Le reportage &#8211; pour lequel Christophe Nick n&rsquo;est jamais all\u00e9 dans la classe en 7 semaines de tournage 6 heures par jour ! &#8211; est tr\u00e8s orient\u00e9 et ne montre la ma\u00eetresse que quand elle grogne, jamais dans les moments de vie de la classe&#8230; <br \/>Quant \u00e0 la petite Lola, quand on y regarde bien, elle n&rsquo;est pas perdue, elle ne fait que ce qu&rsquo;elle veut, et sait ensuite prendre son air malheureux&#8230; \u00bb), la messe est dite.<\/p>\n<p>Quelques enseignants de Sauver les Lettres ont r\u00e9agi \u00e0 leur tour \u00e0 l\u2019\u00e9mission. Je joins ici \u2014 pardon pour la longueur de l\u2019analyse \u2014 leurs commentaires indign\u00e9es. <\/p>\n<p>I. \u00ab Ce qui m&rsquo;a le plus choqu\u00e9 dans cette premi\u00e8re \u00e9mission, c&rsquo;est la volont\u00e9 du<br \/>r\u00e9alisateur de faire coller des images aux id\u00e9es qu&rsquo;il avait d\u00e9cid\u00e9 de<br \/>promouvoir: la souffrance des \u00e9l\u00e8ves \u00e9tait illustr\u00e9e par la pleurnicherie<br \/>d&rsquo;un petiot, par la grimace d&rsquo;une autre. Je veux bien admettre qu&rsquo;il y a<br \/>souffrance dans les \u00e9coles de France, mais, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une<br \/>pleurnicherie passag\u00e8re (qui n&rsquo;a pas pleur\u00e9 de rage, de d\u00e9pit, de honte,\u2026<br \/>dans une petite classe, et m\u00eame plus tard, et qui n&rsquo;en est pas mort?). Non!<br \/>La souffrance, si souffrance il y a, c&rsquo;est la souffrance de s&rsquo;ennuyer<br \/>pendant que les plus bavards palabrent avec le prof-animateur, c&rsquo;est la<br \/>souffrance de ne rien apprendre, alors que l&rsquo;on serait tellement mieux<br \/>dehors. C&rsquo;est la souffrance de ne rien comprendre (par exemple, lorsque vous<br \/>\u00eates \u00ab\u00a0plong\u00e9\u00a0\u00bb dans un bain de langue en sixi\u00e8me, dont vous ne saisissez pas<br \/>un tra\u00eetre mot).<br \/>Sylvain Connac est peut-\u00eatre un mec bien. En tous cas, c&rsquo;est un mec<br \/>convaincu et motiv\u00e9. On ne peut pas lui retirer cela. Cependant, ce qu&rsquo;il<br \/>fait, fait froid dans le dos: une sorte de lecture globale (mais, peut-\u00eatre<br \/>seulement pour la cam\u00e9ra, car, ses \u00e9l\u00e8ves m&rsquo;ont sembl\u00e9 bien se d\u00e9brouiller),<br \/>la grammaire par vote d\u00e9mocratique (\u00e7a c&rsquo;est v\u00e9ritablement scandaleux). Tout<br \/>cela (avec la s\u00e9ance de \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb en cerise sur le g\u00e2teau) m&rsquo;a sembl\u00e9<br \/>particuli\u00e8rement long, consommateur d&rsquo;un temps qui pourrait \u00eatre mieux<br \/>utilis\u00e9. <br \/>La dict\u00e9e inaugurale au coll\u00e8ge militaire \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e en 6\u00e8me, avec ses<br \/>r\u00e9sultats catastrophiques, m&rsquo;a sembl\u00e9 \u00eatre le r\u00e9sultat logique de la<br \/>p\u00e9dagogie de Sylvain Connac. Mais, je pense h\u00e9las que, seuls, les<br \/>t\u00e9l\u00e9spectateurs un peu au courant des pratiques \u00e9ducatives actuelles feront<br \/>ce type de rapprochement. Pour les autres, ils goberont tout cru ce que le<br \/>r\u00e9alisateur voulait leur faire avaler : il y a encore trop d&rsquo;enseignants<br \/>pass\u00e9istes \u00e0 l&rsquo;Education Nationale, c&rsquo;est eux qui sont la cause de la<br \/>douleur des \u00e9l\u00e8ves et de leurs pi\u00e8tres r\u00e9sultats. <br \/>En conclusion, cette \u00e9mission m&rsquo;a sembl\u00e9 \u00eatre un monument de manipulation,<br \/>m\u00eame si, par-ci par-l\u00e0, on y trouve, hors la volont\u00e9 du r\u00e9alisateur, des<br \/>moments de v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Philippe Brinon<\/p>\n<p>II. \u00ab Je n&rsquo;ai pas vu.<br \/>Mais Mathilde s&rsquo;est d\u00e9vou\u00e9e.<br \/>C&rsquo;est une \u00e9mission de propagande ouverte, reprenant point par point toute la doxa p\u00e9dago.<br \/>Ce documentaire est une r\u00e9ponse des journalistes \u00ab\u00a0bobos\u00a0\u00bb de France 2 qui avaient tent\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher la diffusion du reportage sur Rachel [Boutonnet] en automne. Rachel, en 6 minutes a fait exploser les choses.<br \/>Eux, prennent x heures (3 \u00e9missions) pour leur propagande. Au passage, ils massacrent la carri\u00e8re et la vie de la bonne instit, en ne gardant que les images de son d\u00e9vouement envers une petite qui vient d&rsquo;arriver et ne sait pas encore faire &#8230; pour transformer d\u00e9vouement en acharnement. On peut massacrer par l&rsquo;image, quand c&rsquo;est pour la bonne cause. Les gentils journalistes de gauche, comme James Bond, ont le permis de mentir et de tuer.<br \/>C&rsquo;est en France que le parti p\u00e9dago est le plus pr\u00e9sent chez les journalistes. Ils veulent nous dire quoi penser. Je suis partisan de r\u00e9actions \u00e9crites indign\u00e9es envers F2 &#8230; mais je n&rsquo;ai pas vu l&rsquo;\u00e9mission..<br \/>Comment oser faire une \u00e9mission sur l&rsquo;\u00e9cole, sans consulter \u00e0 aucun moment, aucun d&rsquo;entre nous ? Rachel, ils la connaissent. Elle repr\u00e9sente la vraie nouveaut\u00e9 journalistique sur la question scolaire. Elle a deux ou trois trucs \u00e0 dire et elle sait les dire &#8230; Ils font une \u00e9mission de propagande pour expliquer au petit peuple comment penser &#8230; et mm que penser. Mais le \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb peuple s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait son opinion, le soir, entre 5 et 7, en aidant ses enfants de CP devant les manuels de lecture modernes. Le \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb peuple a une opinion.<br \/>France 2 rejoint la presse roumaine de Ceausescu. \u00bb<\/p>\n<p>Marc Le Bris<\/p>\n<p>III. \u00ab La critique n&rsquo;en est pas simple car il y a l&rsquo;impact des images. Il est \u00e9vident que l&rsquo;instit-Freinet (qui ma\u00eetrise parfaitement ses techniques p\u00e9dagogiques) est infiniment plus \u00ab\u00a0sympa\u00a0\u00bb et que c&rsquo;est cela que retient le t\u00e9l\u00e9spectateur. L&rsquo;analyse de JK est juste mais, comme il le dit lui-m\u00eame, il est difficile de faire passer le message aupr\u00e8s des \u00ab\u00a0non-initi\u00e9s\u00a0\u00bb . <br \/>Le pire, c&rsquo;est le commentaire qui, sous une apparence de neutralit\u00e9, renforce les partis-pris de l&rsquo;approche (plaisir vs souffrance) et du montage. En enfilant les id\u00e9es re\u00e7ues au nom d&rsquo;une lutte contre les id\u00e9es re\u00e7ues. Il faudrait introduire la dimension du temps, par d\u00e9finition absente du \u00ab\u00a0pr\u00e9sentisme\u00a0\u00bb de l&rsquo;image. Et le faire \u00e0 un double niveau :<br \/>&#8211; pour les \u00e9l\u00e8ves eux-m\u00eames : qu&rsquo;auront-ils vraiment appris au bout du compte, c&rsquo;est-\u00e0-dire quand ils seront sortis de l&rsquo;\u00e9cole?<br \/>&#8211; dans la dimension historique et c&rsquo;est la question de la \u00ab\u00a0baisse du niveau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques mots sur ce dernier point, o\u00f9 je peux aller plus vite que sur la question Freinet. La voix-off reprend l&rsquo;antienne du \u00ab\u00a0niveau qui monte\u00a0\u00bb sur le th\u00e8me des 50% qui avaient le certificat d&rsquo;\u00e9tudes. Or ce chiffre ne veut rien dire du tout si on ne le rapporte pas \u00e0 des contextes historiques qui sont \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Pr\u00e8s de 50% de la totalit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves faisaient au moins un an de plus (CC, EPS, lyc\u00e9e) que le certif. Cela signifie que le certif n&rsquo;\u00e9tait pas, comme on l&rsquo;imagine aujourd&rsquo;hui, un dipl\u00f4me terminal n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans le march\u00e9 du travail (comme un BEP, un bac ou une licence). On n&rsquo;avait absolument pas besoin du CEP pour travailler dans la France d&rsquo;avant-guerre. Ni \u00e0 la ferme ou chez un artisan, ni \u00e0 la mine ou \u00e0 l&rsquo;usine. Le certif ouvrait des portes qui, toutes choses \u00e9gales par ailleurs, sont aujourd&rsquo;hui du niveau ma\u00eetrise (d\u00e9valuation de la valeur d&rsquo;\u00e9change des dipl\u00f4mes). Mais il avait surtout une valeur d&rsquo;usage, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il sanctionnait un \u00ab\u00a0niveau d&rsquo;instruction\u00a0\u00bb. La plupart de ceux qui avaient le certif n&rsquo;en faisaient rien du tout puisque l&rsquo;\u00e9conomie ne pouvait offrir suffisamment de postes correspondant \u00e0 ce ce type de \u00ab\u00a0qualification\u00a0\u00bb. Ils l&rsquo;accrochaient donc au-dessus de leur chemin\u00e9e et la seule utilit\u00e9 du dipl\u00f4me \u00e9tait de montrer aux voisins et amis qu&rsquo;on \u00e9tait une \u00ab\u00a0personne instruite\u00a0\u00bb. C&rsquo;est cela qui explique le chiffre relativement faible de \u00ab\u00a0r\u00e9ussites\u00a0\u00bb et non pas, comme sous-entendent les Prost et les Meirieu, que le niveau d&rsquo;exigences \u00e9tait si \u00e9lev\u00e9 que la moiti\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves \u00e9chouaient en \u00ab\u00a0primaire\u00a0\u00bb alors qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui tout le monde entre au coll\u00e8ge (d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas du primaire au sens actuel). Le taux de r\u00e9ussite au CP \u00e9tait presque de 100%. Le probl\u00e8me c&rsquo;est que sa valeur d&rsquo;\u00e9change \u00e9tant structuralement faible, il n&rsquo;y avait que 50% des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 le pr\u00e9senter. Une double raison \u00e0 cela : les instits ne pr\u00e9sentaient qu&rsquo;une partie de leurs \u00e9l\u00e8ves, ceux qui justement allaient r\u00e9ussir mais, en outre, beaucoup de parents ne souhaitaient absolument pas que leurs gamins poursuivent des \u00e9tudes : on avait besoin de bras \u00e0 la ferme et d&rsquo;argent \u00e0 la maison. Et le plus vite possible. Savoir lire, \u00e9crire, compter \u00e9tait plus que suffisant pour la plupart des parents. Et ces savoirs-l\u00e0, les \u00e9l\u00e8ves les avaient acquis tr\u00e8s vite, beaucoup plus vite qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui et bien avant les 13 (puis 14) ans du certif. En fait, le chiffre de 50% est une moyenne. La France \u00e9tait coup\u00e9e en deux et l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 depuis le d\u00e9but XIX jusqu&rsquo;en 1939 : une moiti\u00e9 \u00e9tait \u00e0 60% et l&rsquo;autre \u00e0 40%. Or il n&rsquo;y avait pas une moiti\u00e9 g\u00e9ographique des \u00e9l\u00e8ves qui \u00e9tait faite de \u00ab\u00a0cr\u00e9tins\u00a0\u00bb ni non plus des exigences plus faibles au certif dans la moiti\u00e9 du territoire. La diff\u00e9rence tient au rapport des familles \u00e0 l&rsquo;instruction. Il y avait une moiti\u00e9 des familles qui \u00ab\u00a0croyait\u00a0\u00bb plus que l&rsquo;autre \u00e0 la gratuit\u00e9 du savoir (ie \u00e0 sa valeur d&rsquo;usage). Pourquoi? C&rsquo;est, pour le coup, une longue histoire (des mentalit\u00e9s) que je ne peux d\u00e9velopper ici.<\/p>\n<p>Je ne sais pas si ce que je dis est tr\u00e8s clair. De toute fa\u00e7on c&rsquo;est presque impossible \u00e0 \u00ab\u00a0faire passer\u00a0\u00bb \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit de choses tr\u00e8s simples car purement factuelles. \u00bb<\/p>\n<p>Pedro Cordoba<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici le temps des escrocs. 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