{"id":3212,"date":"2020-07-29T15:13:04","date_gmt":"2020-07-29T13:13:04","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=3212"},"modified":"2021-04-22T18:48:03","modified_gmt":"2021-04-22T16:48:03","slug":"land-of-murders-le-film-de-votre-ete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/land-of-murders-le-film-de-votre-ete-3212","title":{"rendered":"Lands of murders : le film de votre \u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/land-of-murders-le-film-de-votre-ete-003212\/maxresdefault-5\" rel=\"attachment wp-att-3217\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3217\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2020\/07\/maxresdefault-1024x576.jpg\" alt=\"maxresdefault\" width=\"584\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/07\/maxresdefault-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/07\/maxresdefault-300x169.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/07\/maxresdefault-768x432.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/07\/maxresdefault-500x281.jpg 500w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/07\/maxresdefault.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a>L\u2019histoire des remakes se confond globalement avec celle des navets. <em>\u00c0 bout de souffle<\/em> enseignait \u00e0 Jean Seberg, devant le cadavre de Belmondo, ce que signifiait vraiment \u00ab d\u00e9gueulasse \u00bb ; mais le remake de Jim McBride, en 1983, a disparu de nos m\u00e9moires. Sam Peckinpah a fait avec \u00a0un chef d\u2019\u0153uvre du film noir en couleur, o\u00f9 Steve McQueen expliquait par l\u2019exemple l\u2019usage d\u2019une chevrotine gros grains \u2014 mais qui se souvient du remake de Roger Donaldson en 1994 ? M\u00eame en prenant un grand metteur en sc\u00e8ne vous finissez avec une bouse : tout le monde se rappelle le film de Sidney Lumet, <em>12 hommes en col\u00e8re<\/em>, mais qui sait que William Friedkin en a fait une p\u00e2le copie en 1997 \u2014 avec quatre Noirs am\u00e9ricains et une femme, histoire d\u2019\u00eatre en phase avec l\u2019horreur culturelle du politiquement correct\u2026<br \/>\nJe peux continuer. Il est rarissime que la copie soit meilleure que l\u2019original.<\/p>\n<p>Alors, lorsqu\u2019elle est au moins aussi bonne que la premi\u00e8re version, cela vaut le coup de le signaler. <a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/la-isla-minima-00845\">J\u2019avais dit il y a cinq ans tout le bien que je pensais de <em>La Isla m\u00ednima<\/em><\/a>, le sublime film de Roberto Rodriguez. Eh bien Christian Alvart, avec <em>Land of murders<\/em>, en a fait une version allemande, tout aussi glauque, tout aussi politique (non, je ne demanderai pas pour la centi\u00e8me fois pourquoi les Espagnols, les Allemands, les Anglais, les Argentins, les Am\u00e9ricains et tous les autres savent faire des films politiques, et pourquoi les Fran\u00e7ais se cantonnent dans l\u2019observation microscopique du nombril d\u2019acteurs surestim\u00e9s). Aux verts gluants du mod\u00e8le initial, tir\u00e9s des marais du Guadalquivir, r\u00e9pondent les bleus froids de G\u00f6rlitz, ville improbable des confins de la Saxe, arros\u00e9e par la Neisse et par des flots de bi\u00e8re. Au couple de flics espagnols, l\u2019un \u00ab moderne \u00bb, l\u2019autre form\u00e9 par la police franquiste, r\u00e9pond un couple de flics allemands, un Wessi mut\u00e9 l\u00e0 par repr\u00e9sailles, et un Ossi qui a appris dans la STASI les bonnes mauvaises mani\u00e8res de faire parler un t\u00e9moin \u2014 ou de punir\u00a0un criminel avant que les tribunaux et les droits de l\u2019homme s\u2019en m\u00ealent. \u00ab Borderline \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/culture\/article\/2020\/07\/22\/lands-of-murders-une-copie-mais-pas-en-toc_6046907_3246.html\">dit Philippe Ridet dans <em>le Monde<\/em><\/a>. Que dirait le \u00ab quotidien de r\u00e9f\u00e9rence \u00bb si un poulet fran\u00e7ais expliquait la vie et la voie des aveux aux racailles de chez nous comme Markus Bach (jou\u00e9 par Felix Kramer, \u00e9norme) le fait avec une spontan\u00e9it\u00e9 touchante dans ce film ?<\/p>\n<p>\u00ab Mais nous avons d\u00e9j\u00e0 vu <em>La Isla m\u00ednima<\/em> \u00bb, me direz-vous\u2026 Nous connaissons l\u2019histoire \u2014 des jeunes filles enlev\u00e9es, viol\u00e9es, mutil\u00e9es, tortur\u00e9es, et jet\u00e9es dans les marais puants qui entourent une ville morte que des Wessis ach\u00e8tent \u00e0 la d\u00e9coupe en sucrant 20% des salaires\u2026 Sachez-le, amis europ\u00e9anistes, c\u2019est \u00e0 ce genre de travail de boucherie sociale qu\u2019ont servi vos sacrifices sur l\u2019Euro \u2014 calqu\u00e9 sur le mark pour aider \u00e0 la r\u00e9unification des Allemagnes, et de\u00a0fait utilis\u00e9 pour enfoncer dans la crasse, la mis\u00e8re et l\u2019exploitation des Ossis, laiss\u00e9s pour compte du Reich reconstitu\u00e9. <em>Le Monde<\/em>, poliment, en reste aux questions (\u00ab Les \u00ab Ossis \u00bb ont-ils gagn\u00e9 au change, en troquant le communisme agonisant pour le capitalisme triomphant ? Les \u00ab Wessis \u00bb sont-ils des bienfaiteurs ou des \u00e9quarrisseurs de ce qui reste de la splendeur de la RDA ? \u00bb) alors que le film donne\u00a0des r\u00e9ponses.<br \/>\nPeu importe que vous connaissiez la fin. Apr\u00e8s tout, quand les spectateurs du XVIIe si\u00e8cle allaient voir jouer <em>Ph\u00e8dre<\/em>, ils connaissaient la trame de l\u2019histoire \u2014 ils avaient appris leur mythologie. Aucun \u00ab suspense \u00bb chez Racine, juste un fabuleux exercice de style pour dire quelque chose sur son temps et son Dieu.<br \/>\nM\u00eame chose ici. Christian Alvart (\u00e0 la r\u00e9alisation, au sc\u00e9nario et \u00e0 la photographie, ce gar\u00e7on est dou\u00e9) est un remarquable styliste \u2014 c\u2019est ce qui manque le plus aux films hexagonaux ces derniers temps. Et un directeur d\u2019acteurs sans doute impitoyable, tant les greluches sont niaises, les tueurs sadiques et les flics impitoyables.<\/p>\n<div id=\"ligne\"><\/div>\n<p>Sadiques, dis-je\u2026 Christian Alvart a bien remarqu\u00e9 (comme autrefois Pasolini dans <em>Sal\u00f2<\/em>) qu\u2019il y a un rapport entre le sadisme et les rapports \u00e9conomiques et politiques de domination. C\u2019est ce qu\u2019il d\u00e9cortique avec application, sans discours th\u00e9orique \u2014 tout par l\u2019exemple. Vous pouvez d\u00e9pecer une structure industrielle en soumettant les ouvriers qui y travaillaient \u00e0 des sacrifices\u00a0immondes, et d\u00e9couper des gamines avec des pinces rouill\u00e9es. C\u2019est le m\u00eame Pouvoir dans les deux cas qui assujettit les corps, ceux des ouvriers comme ceux des gamines qui r\u00eavaient d\u2019ailleurs \u2014 ah, Berlin\u2026 Mais on ne fuit pas la Saxe \u2014 on y consomme de la bi\u00e8re, de la vodka (dernier souvenir de la tutelle sovi\u00e9tique, et apr\u00e8s tout on est \u00e0 la fronti\u00e8re polonaise) et de la solitude.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, \u00e7a se passe \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, avant qu\u2019Angela Merkel donne \u00e0 tous s\u00e9curit\u00e9, Europe et prosp\u00e9rit\u00e9 \u2014 non, je rigole\u2026 Un grand film, pas de chez nous : comment imaginer un \u00e9quivalent de ce tr\u00e8s beau et tr\u00e8s puissant remake dans notre beau pays, o\u00f9 il n\u2019y a aucune friche \u00e9conomique, gr\u00e2ce aux Allemands qui ont respect\u00e9 notre outil industriel, aucune jeune provinciale r\u00eavant d\u2019ailleurs (ah, Paris\u2026) et pas plus de sadiques que de suppressions d\u2019emploi post-confinement.<\/p>\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire des remakes se confond globalement avec celle des navets. \u00c0 bout de souffle enseignait \u00e0 Jean Seberg, devant le cadavre de Belmondo, ce que signifiait vraiment \u00ab d\u00e9gueulasse \u00bb ; mais le remake de Jim McBride, en 1983, a disparu de nos m\u00e9moires. 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