{"id":3221,"date":"2020-08-06T17:12:59","date_gmt":"2020-08-06T15:12:59","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=3221"},"modified":"2021-04-22T18:48:03","modified_gmt":"2021-04-22T16:48:03","slug":"aragon-est-un-con","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/aragon-est-un-con-3221","title":{"rendered":"Aragon est un con"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/aragon-est-un-con-003221\/2012-11-27aragon-triolet\" rel=\"attachment wp-att-3224\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3224\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2020\/08\/2012-11-27aragon-triolet-1024x440.jpg\" alt=\"2012-11-27aragon-triolet\" width=\"584\" height=\"251\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/08\/2012-11-27aragon-triolet-1024x440.jpg 1024w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/08\/2012-11-27aragon-triolet-300x129.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/08\/2012-11-27aragon-triolet-768x330.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/08\/2012-11-27aragon-triolet-500x215.jpg 500w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2020\/08\/2012-11-27aragon-triolet.jpg 1048w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a>De 1995 \u00e0 1997, le minist\u00e8re de l\u2019Education mit Aragon au programme des Terminales Litt\u00e9raires \u2014 en m\u00eame temps que Chr\u00e9tien de Troyes, Calderon et Maupassant. Je travaillais \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour les \u00e9ditions Vuibert, qui me demand\u00e8rent de monter une \u00e9quipe pour r\u00e9diger quelque chose de coh\u00e9rent sur ce programme copieux.<br \/>\nEt c\u2019est ainsi que je fus contraint \u2014 quoique moi-m\u00eame je m\u2019int\u00e9ressasse prioritairement \u00e0 Maupassant et \u00e0 sa <em>Partie de campagne<\/em>, je fus amen\u00e9 \u00e0 \u00e9crire aussi la partie sur\u00a0Aragon \u2014 \u00e0 jeter un \u0153il, et un peu plus, sur ce recueil para\u00eet-il po\u00e9tique intitul\u00e9 <em>les Yeux d\u2019Elsa<\/em>.<\/p>\n<p>J\u2019avoue que j\u2019avais peu pratiqu\u00e9 l\u2019Aragon post-surr\u00e9aliste. Le fils de haut flic (son p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9fet de police, et a fait probablement adopter au nouveau-n\u00e9 le patronyme d\u2019Aragon parce que c\u2019\u00e9tait celui d\u2019un commissaire de police sous ses ordres) ne m\u2019a jamais int\u00e9ress\u00e9 que jusqu\u2019en 1928, dans sa p\u00e9riode surr\u00e9aliste. D\u2019<em>Anicet ou le panorama<\/em> (1921) au <em>Paysan de Paris<\/em> (1926) en passant par <em>le Mouvement perp\u00e9tuel<\/em> (1926), Aragon \u00e9tale avec une splendide d\u00e9sinvolture les dons nombreux dont il avait \u00e9t\u00e9 gratifi\u00e9. Il \u00e9tait alors avec Breton, Eluard et Soupault le quatri\u00e8me pilier du Surr\u00e9alisme.<br \/>\nNancy Cunard, une femme vraiment lib\u00e9r\u00e9e qui en a fait son amant, l\u2019emm\u00e8ne avec elle sous des horizons vari\u00e9s. Sa rupture laisse Aragon d\u00e9sempar\u00e9, pauvre ch\u00e9ri \u2014 et la publication \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque du <em>Con d\u2019Ir\u00e8ne<\/em> (1927) nous fait saisir ce que la belle Anglaise reprochait au po\u00e8te : c\u2019est le roman \u00e9rotique niais d\u2019un petit-bourgeois touche-pipi, \u00e0 mille lieues des chefs d\u2019\u0153uvre que produisait Pierre Mac Orlan, sous divers pseudonymes, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Et Nancy Cunard, qui avait couch\u00e9 avec tout ce que le Paris des\u00a0Ann\u00e9es folles\u00a0comptait de grandes pointures intellectuelles, ne pouvait se satisfaire de ce beau gosse bien habill\u00e9 mais \u00e9jaculateur pr\u00e9coce. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle fr\u00e9quente un musicien de jazz noir, Henry Crowder, mieux \u00e0 m\u00eame de satisfaire ses b\u00e9ances intellectuelles \u2014 et gr\u00e2ce auquel elle publiera la premi\u00e8re anthologie de textes \u00e9crits par des Noirs. Aragon a senti qu\u2019il ne faisait pas le poids, et a tent\u00e9 de se suicider. Par malheur, il n\u2019y est pas arriv\u00e9.<br \/>\nD\u00e8s 1927, il avait fait une premi\u00e8re tentative en adh\u00e9rant au Parti communiste. M\u00eame si <em>le Trait\u00e9 du style<\/em> (1928), en protestant contre l\u2019ex\u00e9cution de Sacco et Vanzetti, pouvait encore passer pour une provocation, d\u00e9j\u00e0 y affleurait le conformisme id\u00e9ologique le plus abscons.<br \/>\nAlors, en septembre 1928, entre en sc\u00e8ne la mim\u00e9sis de celui qui aurait pu \u00eatre un honorable po\u00e8te du second rang \u2014 Elsa Triolet.<\/p>\n<p>Elle n\u2019a pour lui que des sentiments fort vagues. L\u2019amour de sa vie, c\u2019est Ma\u00efakovski (un immense po\u00e8te, lui), qui par malheur lui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 sa s\u0153ur, Lili Brik. Aragon sera la poire de compensation d\u2019angoisse de notre Russe d\u00e9confite. Le suicide de Ma\u00efakovski, en rendant impossible pour Elsa la conqu\u00eate de l\u2019homme aim\u00e9, l\u2019enracine dans la vie d\u2019Aragon, qui conna\u00eet alors, tout \u00e0 son engagement pour le PC, une p\u00e9riode d\u2019une st\u00e9rilit\u00e9 remarquable. \u00ab Tu \u00e9tais un riche qui a lui-m\u00eame mis ses biens sous s\u00e9questre \u00bb, lui dit Elsa. Bien vu. Lui-m\u00eame adoptant par anticipation la phras\u00e9ologie orwellienne qui vous fait dire le contraire de ce qui est, \u00e9crira plus tard : \u00ab Ma vie en v\u00e9rit\u00e9 commence \/ Le jour o\u00f9 je t\u2019ai rencontr\u00e9e \/ Toi dont les bras ont su barrer \/ Sa route \u00e0 ma d\u00e9mence \u00bb (<em>le Roman inachev\u00e9<\/em>, 1956). Comprenez bien que, comme diraient les Surr\u00e9alistes qui se sont vraiment f\u00e2ch\u00e9s de cette d\u00e9fection r\u00e9pugnante, c\u2019est un cadavre qui parle.<\/p>\n<p>Aragon est donc d\u00e9j\u00e0 mort lorsqu\u2019il part avec Elsa en URSS \u2014 pendant un an, le temps de se rendre compte que Staline est un h\u00e9ros. Jetez donc un \u0153il sur <em>Pers\u00e9cut\u00e9 pers\u00e9cuteur<\/em> (1931) ou <em>Hourra l\u2019Oural<\/em> (1934). \u00ab Vive le Gu\u00e9p\u00e9ou \u00bb vous donnera une id\u00e9e de ce que l\u2019on pr\u00e9tend \u00eatre de la po\u00e9sie\u00a0quand on s\u2019est soumis \u00e0 une id\u00e9ologie :<br \/>\n\u00ab Je chante le Gu\u00e9p\u00e9ou qui se forme<br \/>\nEn France \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est<br \/>\nJe chante le Gu\u00e9p\u00e9ou n\u00e9cessaire de France<br \/>\nJe chante les Gu\u00e9p\u00e9ous de nulle part et de partout<br \/>\nJe demande un Gu\u00e9p\u00e9ou pour pr\u00e9parer la fin d\u2019un monde<br \/>\nDemandez un Gu\u00e9p\u00e9ou pour pr\u00e9parer la fin d\u2019un monde<br \/>\nPour d\u00e9fendre ceux qui sont trahis<br \/>\nPour d\u00e9fendre ceux qui sont toujours trahis<br \/>\nDemandez un Gu\u00e9p\u00e9ou vous qu\u2019on plie et vous qu\u2019on tue<br \/>\nDemandez un Gu\u00e9p\u00e9ou<br \/>\nIl vous faut un Gu\u00e9p\u00e9ou<br \/>\nVive le Gu\u00e9p\u00e9ou figure dialectique de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme \u00bb<\/p>\n<p>Jamais conformisme plus plat n\u2019a pr\u00e9tendu \u00eatre de la litt\u00e9rature. On ne lui en veut pas, rappelez-vous, il est mort. Le probl\u00e8me, c\u2019est que ses camarades ne s\u2019en sont pas aper\u00e7us, \u00e9tant eux-m\u00eames d\u00e9c\u00e9d\u00e9s d\u00e8s leur adh\u00e9sion au Parti : le PC, comme autrefois les J\u00e9suites, exigeait de vous \u00ab l\u2019ob\u00e9issance du cadavre \u00bb.<br \/>\nEt pour bien marquer le fait qu\u2019il est d\u00e9sormais d\u00e9funt, Aragon \u00e9pouse Elsa, en 1939, dans la plus parfaite tradition bourgeoise.<\/p>\n<p>Arrive la guerre. Les vrais po\u00e8tes posent la plume et se battent (Ren\u00e9 Char) ou partent sous des cieux moins hostiles \u00e0 la litt\u00e9rature (Breton aux Etats-Unis, Benjamin P\u00e9ret au Mexique). Aragon, lui, rameute ceux qui sont rest\u00e9s en France et coordonne ce monument de nullit\u00e9 po\u00e9tique bien-pensante qu\u2019est <em>l\u2019Honneur des po\u00e8tes<\/em>. Penser que tant de profs soumettent encore des gosses qui ne leur ont rien fait au \u00ab Libert\u00e9 \u00bb d\u2019Eluard, magnifique po\u00e8me d\u2019amour \u00e0 la gloire de Nush, l\u2019\u00e9pouse du po\u00e8te, transform\u00e9 en cinq secondes en ramassis pr\u00eat-\u00e0-penser\u2026 P\u00e9ret, en 1945, publiera <em>le D\u00e9shonneur des po\u00e8tes<\/em>, dans lequel il explique ce que sont ces po\u00e9sies de circonstance et d\u2019\u00e9cole communale : \u00ab Pas un de ces \u2018\u2019po\u00e8mes\u2019\u2019 ne d\u00e9passe le niveau lyrique de la publicit\u00e9 pharmaceutique \u00bb, \u00e9crit-il avec un certain sens de la mesure.<br \/>\nC\u2019est que \u00ab po\u00e9sie engag\u00e9e \u00bb est un oxymore, je regrette d\u2019avoir \u00e0 le dire \u00e0 des enseignants qui pr\u00e9tendent avoir fait des \u00e9tudes de Lettres.<\/p>\n<p><em>Aur\u00e9lien<\/em>, \u00e9crit pendant la guerre, est encens\u00e9 par les amateurs de plagiat. Apr\u00e8s une premi\u00e8re phrase de qualit\u00e9 (\u00ab La premi\u00e8re fois qu&rsquo;Aur\u00e9lien vit B\u00e9r\u00e9nice, il la trouva franchement laide \u00bb), ce qui suit est effroyable de niaiserie : \u00ab Elle lui d\u00e9plut, enfin. Il n&rsquo;aima pas comment elle \u00e9tait habill\u00e9e. Une \u00e9toffe qu&rsquo;il n&rsquo;aurait pas choisie. Il avait des id\u00e9es sur les \u00e9toffes. Une \u00e9toffe qu&rsquo;il avait vue sur plusieurs femmes. \u00bb Penser que des profs de Lettres donnent ces pauvret\u00e9s en exemple d\u2019incipit r\u00e9ussi me bouleverse. H\u00e9, les mecs, relisez Flaubert ! Relisez Stendhal ! Relisez Laclos !<br \/>\nSuivent 635 pages (en Folio) qui sont, pour leur meilleure part, <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01956640\/document\">un odieux emprunt <\/a>au <em>Gilles<\/em> de Drieu La Rochelle, un ami auquel Aragon ne sauvera pas la vie en 1945. Ainsi, il restait seul ma\u00eetre \u00e0 bord, apr\u00e8s la sortie de route de sa n\u00e9m\u00e9sis de droite.<\/p>\n<p>Comme ses anciens amis ne se firent pas faute de l\u2019\u00e9crire, le fils de flic ne demandait qu\u2019\u00e0 ressurgir. Le Comit\u00e9 National des Ecrivains, cr\u00e9\u00e9 en 1941, se d\u00e9barrasse assez vite de tout ce qui n\u2019\u00e9tait pas d\u2019ob\u00e9dience tristement communiste (Mauriac ou Paulhan), et s\u2019arroge le droit de distribuer les certificats de bons et loyaux services patriotiques \u2014 ce qui, de la part d\u2019un parti qui avait scrupuleusement respect\u00e9 le pacte germano-sovi\u00e9tique, ne manquait pas de sel ni de culot.<br \/>\n\u00c0 la t\u00eate des <em>Lettres fran\u00e7aises<\/em>, Aragon \u00e9pure donc la litt\u00e9rature, \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00eame o\u00f9 Paulhan, qui n\u2019avait vraiment rien \u00e0 se reprocher c\u00f4t\u00e9 R\u00e9sistance, plaidait dans sa <em>Lettre aux directeurs de la R\u00e9sistance<\/em> pour un \u00ab droit \u00e0 l\u2019aberration \u00bb. Sortent donc pour un temps de toute perspective \u00e9ditoriale non seulement C\u00e9line, qui ha\u00efssait assez le monde pour n\u2019en avoir rien \u00e0 foutre, sinon des droits d\u2019auteur perdus, mais Giono, Marcel Aym\u00e9 (pour un temps) ou Montherlant. Aragon, qui en 1933 avait man\u0153uvr\u00e9 pour que Ren\u00e9 Crevel soit vir\u00e9 du PC, ce qui amena le po\u00e8te \u00e0 se suicider deux ans plus tard (apr\u00e8s avoir \u00e9pingl\u00e9 sur son veston son dernier po\u00e8me, si je puis dire : \u00ab Pri\u00e8re de m&rsquo;incin\u00e9rer. D\u00e9go\u00fbt \u00bb), s\u2019est retrouv\u00e9 seul \u00e0 la t\u00eate de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Sans concurrence la vie est moins rude \u2014 heureusement qu\u2019il y eut Sartre, Beauvoir et Camus pour relever le gant.<br \/>\nEt comme il faut bien mettre du beurre dans les \u00e9pinards tout en flattant sa compagne, aussi nulle soit-elle, Aragon se d\u00e9brouilla pour qu\u2019un mauvais roman d\u2019Elsa Triolet, <em>le Premier accroc co\u00fbte deux cents francs<\/em>, d\u00e9croche le Prix Goncourt en 1944. Chapeau.<\/p>\n<p><em>Les Yeux d\u2019Elsa<\/em>, donc, est paru en 1942. Je passe sur les pi\u00e8ces purement \u00ab engag\u00e9es \u00bb (voir la \u00ab Plainte pour le Grand Descort de France \u00bb) qui sont \u00e0 la po\u00e9sie pure ce que mon cul est \u00e0 la commode, et entrons dans le vif du sujet.<br \/>\nAragon, dans sa grande tentative d\u2019auto-flagellation, est capable, \u00e0 force d\u2019auto-suffisance et de discours p\u00e9remptoires, de faire croire que les banalit\u00e9s les plus us\u00e9es sont de la po\u00e9sie. Aragon est celui qui pour dire qu\u2019Elsa est blonde et qu\u2019elle a les yeux bleus, \u00e9crit :<br \/>\n\u00ab Le ciel n&rsquo;est jamais bleu comme il l&rsquo;est sur les bl\u00e9s<br \/>\nLes vents chassent en vain les chagrins de l&rsquo;azur<br \/>\nTes yeux plus clairs que lui lorsqu&rsquo;une larme y luit<br \/>\nTes yeux rendent jaloux le ciel d&rsquo;apr\u00e8s la pluie<br \/>\nLe verre n&rsquo;est jamais si bleu qu&rsquo;\u00e0 sa brisure \u00bb<\/p>\n<p>Avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019un maniement adroit (il a toujours \u00e9t\u00e9 un grand technicien) de l\u2019alexandrin lui conf\u00e8rera un statut \u00e9gal \u00e0 celui de Hugo \u2014 <a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/victor-hugo-etait-un-con-003202\">dont nous savons d\u00e9sormais quoi penser<\/a>\u2026<br \/>\nAragon enfoncera la clou de la banalit\u00e9 dans les ann\u00e9es qui suivent. Dans <em>la Diane fran\u00e7aise<\/em> (1944), il ne manque pas de r\u00e9p\u00e9ter cinq fois \u00ab Il n\u2019y a pas d\u2019amour heureux \u00bb pour conclure : \u00ab Mais c\u2019est notre amour \u00e0 tous deux \u00bb. Ce serait Edith Piaf, il n\u2019y aurait rien \u00e0 dire. La M\u00f4me avait un merveilleux talent pour \u00e9crire et chanter des romances \u00e0 faire pleurer Margot. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=paGL1peO_Ew\"><em>L\u2019Hymne \u00e0 l\u2019amour<\/em><\/a>, dont elle a \u00e9crit le texte, est largement au niveau des po\u00e8mes d\u2019Aragon \u2014 moins la pr\u00e9tention. Ecoutez donc :<br \/>\n\u00ab Le ciel bleu sur nous peut s&rsquo;effondrer<br \/>\nEt la terre peut bien s&rsquo;\u00e9crouler<br \/>\nPeu m&rsquo;importe, si tu m&rsquo;aimes<br \/>\nJe me fous du monde entier\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Aragon continue cependant \u00e0 aligner les pensums. Il avait commenc\u00e9 le cycle du \u00ab Monde r\u00e9el \u00bb en 1934 avec <em>les Cloches de B\u00e2le<\/em>, puis <em>les Beaux quartiers<\/em>, <em>les Voyageurs de l\u2019imp\u00e9riale<\/em>, <em>Aur\u00e9lien<\/em>, et enfin le pav\u00e9 des pav\u00e9, <em>les Communistes<\/em> (1949-1951, r\u00e9\u00e9crit en 1966-1967). Prolixit\u00e9 de la m\u00e9diocrit\u00e9. Elsa veillait \u00e0 l\u2019orthodoxie des textes. Aragon en finit par ne plus \u00e9crire que par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Elsa : ainsi <em>Blanche ou l\u2019oubli<\/em> est une ch\u00e2sse pour <em>Luna Park<\/em>, \u00e9crit par la Triolet en 1959 \u2014 c\u2019est le second tome de <em>l\u2019\u00c2ge de nylon<\/em>.<\/p>\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 Aragon une seule fois. C\u2019\u00e9tait apr\u00e8s la mort d\u2019Elsa (1970), quand le monument national du Parti se d\u00e9cida \u00e0 laisser parler son amour des gar\u00e7ons, que tout le monde soup\u00e7onnait d\u00e8s les ann\u00e9es 1920 \u2014 voir la fa\u00e7on dont Breton se cabre, dans la fameuse enqu\u00eate des Surr\u00e9alistes sur la sexualit\u00e9, quand il est question de p\u00e9d\u00e9rastie (\u00ab J\u2019accuse les p\u00e9d\u00e9rastes de proposer \u00e0 la tol\u00e9rance humaine un d\u00e9ficit mental et moral qui tend \u00e0 s\u2019\u00e9riger en syst\u00e8me et \u00e0 paralyser toutes les entreprises que je respecte \u00bb dit Breton \u2014 <a href=\"http:\/\/melusine-surrealisme.fr\/site\/Revolution_surrealiste\/Revol_surr_11.htm\">c\u2019est page 33 du n\u00b011 de<em> la R\u00e9volution Surr\u00e9aliste<\/em><\/a>). Il y avait alors une pissoti\u00e8re derri\u00e8re Notre-Dame, et passant dans la rue du Clo\u00eetre Notre-Dame, je vis sortir de l\u2019\u00e9dicule un homme \u00e0 grand chapeau, emmitoufl\u00e9 dans une cape noire. Il releva la t\u00eate, un lampadaire providentiel me montra alors la face l\u00e9g\u00e8rement couperos\u00e9e et les m\u00e8ches blanches, \u00e9chapp\u00e9es du chapeau, du plus grand po\u00e8te communiste du si\u00e8cle \u2014 peu de chose, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De 1995 \u00e0 1997, le minist\u00e8re de l\u2019Education mit Aragon au programme des Terminales Litt\u00e9raires \u2014 en m\u00eame temps que Chr\u00e9tien de Troyes, Calderon et Maupassant. Je travaillais \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour les \u00e9ditions Vuibert, qui me demand\u00e8rent de monter une \u00e9quipe pour r\u00e9diger quelque chose de coh\u00e9rent sur ce programme copieux. 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