{"id":3346,"date":"2021-02-11T18:59:26","date_gmt":"2021-02-11T16:59:26","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=3346"},"modified":"2021-04-22T18:48:01","modified_gmt":"2021-04-22T16:48:01","slug":"hollywar-lideologie-en-24-images-seconde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/hollywar-lideologie-en-24-images-seconde-3346","title":{"rendered":"Hollywar, l\u2019id\u00e9ologie en 24 images \/ seconde"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/hollywar-lideologie-en-24-images-seconde-003346\/61gomejkfl\" rel=\"attachment wp-att-3349\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-3349\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2021\/02\/61gOmeJKfL-188x300.jpg\" alt=\"61gOme+JKfL\" width=\"188\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/02\/61gOmeJKfL-188x300.jpg 188w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/02\/61gOmeJKfL-768x1223.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/02\/61gOmeJKfL-643x1024.jpg 643w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/02\/61gOmeJKfL.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/a>Cela fait un certain temps que je voulais rendre compte du livre de Pierre Conesa, <em>Hollywar<\/em>, paru en 2018 chez Robert Laffont. Sous-titr\u00e9 \u00ab Hollywood, arme de propagande massive \u00bb, il d\u00e9crit dans le d\u00e9tail, cat\u00e9gorie par cat\u00e9gorie, la fa\u00e7on dont, d\u00e8s le d\u00e9part, \u00e0 l\u2019aube du XXe si\u00e8cle, la machine \u00e0 filmer am\u00e9ricaine a fabriqu\u00e9 le socle de l\u2019Histoire et du pouvoir am\u00e9ricains.<br \/>\n\u00ab Hollywood est la plus intelligente et la plus efficace machine \u00e0 st\u00e9r\u00e9otypes de l\u2019histoire contemporaine \u00bb, \u00e9crit l\u2019auteur. Et d\u2019analyser comment l\u2019Am\u00e9rique blanche s\u2019est constitu\u00e9e cin\u00e9matographiquement (et successivement) face aux Noirs, aux Peaux-Rouges, \u00e0 \u00ab toutes les nuances de Jaune \u00bb, puis globalement aux basan\u00e9s (peu importe au cin\u00e9ma hollywoodien que le m\u00e9chant soit arabe ou iranien, pour le spectateur moyen, c\u2019est pareil \u2014 ce qui doit faire hurler \u00e0 Riyad ou \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran), puis face aux Blancs nazis ou communistes (et, sous Bush Jr et Trump, le Fran\u00e7ais, n\u00e9cessairement veule et l\u00e2che).<\/p>\n<p>En vrai scientifique, l\u2019auteur passe assez rapidement sur les chefs d\u2019\u0153uvre, r\u00e9serv\u00e9s au fond \u00e0 une intelligentsia internationale qui compte peu, et s\u2019int\u00e9resse aux films que voient effectivement les Am\u00e9ricains : les \u00ab petits \u00bb films des ann\u00e9es 1950, quand on avait deux bandes pour le prix d\u2019une, ou les \u00ab blockbusters \u00bb des ann\u00e9es 2000 font appel aux m\u00eame r\u00e9flexes : instiller la peur, d\u00e9signer la menace (qui n\u2019est pas toujours \u00ab fant\u00f4me \u00bb, comme dans <em>Star Wars<\/em>), exalter l\u2019homme de la rue et son bon sens am\u00e9ricain \u2014 ce que Conesa appelle le h\u00e9ros \u00ab jacksonien \u00bb \u2014, et \u00ab s\u2019assurer que les films de guerre se terminent par la victoire \u00bb.<br \/>\nC\u2019est ainsi que <em>le Pont de la rivi\u00e8re Kwa\u00ef<\/em>, inspir\u00e9 d\u2019un roman fran\u00e7ais de Pierre Boulle qui se termine par l\u2019\u00e9chec de la mission, a \u00e9t\u00e9 tritur\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 ce que, providentiellement (ah, cette chute d\u2019Alec Guinness sur le d\u00e9tonateur qui envoie le pont et le train dans la rivi\u00e8re, pile au bon moment !) l\u2019histoire se termine bien : victoire du Bien, destruction du pont, chute du train dans la rivi\u00e8re, et grand massacre de Japonais.<br \/>\nL\u2019objectif, dans cette nation qui a peu d\u2019Histoire (cela fait quand m\u00eame 500 ans qu\u2019elle pr\u00e9tend sortir de l\u2019\u0153uf), est de faire de son cin\u00e9ma une grande \u00e9pop\u00e9e collective. Le western a jou\u00e9 un r\u00f4le magistral dans cette r\u00e9\u00e9criture du pass\u00e9. Le film de guerre aussi : combien de guerres du Vietnam ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9es sur l\u2019\u00e9cran ! En 1985 (cela ne fait jamais alors que dix ans que Saigon est tomb\u00e9e), Sylvester Stallone (dans <em>Rambo II, la Mission<\/em>) entreprend de regagner la guerre \u00e0 lui tout seul en allant d\u00e9livrer des prisonniers de guerre. 300 millions de dollars de recettes (pour 25 de budget), cela donne une id\u00e9e de la fa\u00e7on dont le film a \u00e9t\u00e9 pl\u00e9biscit\u00e9.<br \/>\nComme dit Conesa, quel film fran\u00e7ais aurait eu l\u2019audace de montrer un commando retournant en Alg\u00e9rie apr\u00e8s 1962 pour venger les soldats \u00e9mascul\u00e9s par le FLN ?<\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019une diff\u00e9rence majeure appara\u00eet entre la production fran\u00e7aise (la troisi\u00e8me au monde, rappelons-le, apr\u00e8s les Am\u00e9ricains et les Indiens de Bollywood) et la production am\u00e9ricaine. Les USA sont un pays \u00ab s\u00fbr de lui et dominateur \u00bb, comme disait l\u2019autre\u2026 Un pays qui n\u2019a pas rendu les armes \u00e0 toutes les forces de dispersion et de d\u00e9sint\u00e9gration auxquelles la France s\u2019est livr\u00e9e sans combattre. Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, lui, s\u2019occupe d\u2019histoires sentimentales d\u2019une mi\u00e8vrerie insoutenable, de familles recompos\u00e9es, d\u2019Arabes et de Noirs maltrait\u00e9s par une police l\u00e9g\u00e8rement fascisante (\u00e0 croire qu\u2019Assa Traor\u00e9 \u00e9crit des sc\u00e9narios \u00e0 la cha\u00eene). Il ne s\u2019int\u00e9resse plus \u00e0 l\u2019histoire mill\u00e9naire de ce \u00ab cher et vieux pays \u00bb (cherchez donc le dernier film historique de poids), elle surfe sur l\u2019actualit\u00e9 la plus vulgaire, ou maltraite de grands classiques : la presse sp\u00e9cialis\u00e9e s\u2019acharne ainsi \u00e0 faire croire que Ladj Ly a pondu une version des <em>Mis\u00e9rables<\/em> sup\u00e9rieure \u00e0 toutes celles qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Tapez \u00ab Les Mis\u00e9rables film \u00bb sur Google, et tout renvoie, sur les dix (!) premi\u00e8res pages, \u00e0 l\u2019\u0153uvrette de Ly \u2014 avec une (et une seule) insertion pour le film\u00a0de Robert Hossein avec Lino Ventura. \u00ab Un film qui bouscule la Macronie \u00bb titre <em>l\u2019Express<\/em> \u2014 alors qu\u2019en fait il la conforte, dans sa vision d\u00e9shistoricis\u00e9e et accultur\u00e9e de l\u2019Histoire de France. Du chef d\u2019\u0153uvre de Raymond Bernard (1934) o\u00f9 jouait (entre autres) le pharamineux Harry Baur, aucune nouvelle.<\/p>\n<p>Nous sommes honteux de notre histoire, honteux de notre rayonnement. Le fran\u00e7ais est la sixi\u00e8me langue la plus parl\u00e9e dans le monde, mais nous r\u00e9pugnons d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019enseigner, nous nous p\u00e2mons devant la fa\u00e7on dont on massacre la langue de Marivaux dans <em>l\u2019Esquive<\/em>, qui se pr\u00e9tend une r\u00e9vision du <em>Jeu de l\u2019amour et du hasard<\/em> \u2014 et il se trouve une foule de critiques pour nous assurer qu\u2019Abdellatif Kechiche est un vrai metteur en sc\u00e8ne. Pendons-les !<br \/>\nNon seulement nous ne savons plus faire de grands films, mais nous sommes incapables d\u2019en faire d\u2019efficaces. L\u2019id\u00e9ologie fran\u00e7aise est morte \u2014 et le pays avec elle. Nous avons export\u00e9 les Lumi\u00e8res aux quatre coins de la plan\u00e8te, mais nous devons nous en excuser. Nous avons invent\u00e9 la galanterie, mais nous devons l\u2019oublier. Nous avons aboli l\u2019esclavage bien avant les Am\u00e9ricains, mais nous devons nous flageller au souvenir des n\u00e9griers nantais.<\/p>\n<p>Pierre Conesa a certainement jou\u00e9, en forgeant le n\u00e9ologisme \u00ab Hollywar \u00bb, sur la proximit\u00e9 phon\u00e9tique entre \u00ab holly \u00bb, le houx, et \u00ab holy \u00bb, saint \/ sainte. C\u2019est bien une \u00ab Holywar \u00bb que m\u00e8ne l\u2019Am\u00e9rique contre tout ce qui voudrait la r\u00e9duire. Les universit\u00e9s peuvent bien bruire d\u2019invectives \u00ab woke \u00bb, le grand public am\u00e9ricain s\u2019en fiche, il pl\u00e9biscite les films qui glorifient le pays, il met des banni\u00e8res \u00e9toil\u00e9es dans toutes les classes, il entame le Super Bowl par un hymne national chant\u00e9 par tous les joueurs la main sur le c\u0153ur \u2014 pendant que nous avons autoris\u00e9, nous, Christian Karembeu \u00e0 snober la Marseillaise, et que nous l\u2019avons encore s\u00e9lectionn\u00e9 apr\u00e8s ce camouflet qui aurait d\u00fb le renvoyer \u00e0 sa ch\u00e8re Nouvelle-Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p>Nous avons renonc\u00e9 \u2014 et si quelque chose le prouve, c\u2019est l\u2019\u00e9cart entre la production hollywoodienne, toujours dominante, et les raclures de bidet de la cin\u00e9matographie fran\u00e7aise. Une d\u00e9cadence se rep\u00e8re aux d\u00e9missions qu\u2019elle tol\u00e8re. Et les politiques de quotas qui se mettent en place \u2014 voir le tr\u00e8s imb\u00e9cile rapport de Pap Ndiaye sur l\u2019introduction de la diversit\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, le \u00ab cygne noir \u00bb de Tcha\u00efkovski aura d\u00e9sormais int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019\u00eatre pour de bon \u2014 sont autant de courses \u00e0 qui se fera le plus servile face \u00e0 des id\u00e9ologies qui n\u2019ont pas peur de s\u2019afficher comme telles. L\u2019islam, par exemple.<\/p>\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fait un certain temps que je voulais rendre compte du livre de Pierre Conesa, Hollywar, paru en 2018 chez Robert Laffont. 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