{"id":3374,"date":"2021-03-03T08:03:21","date_gmt":"2021-03-03T06:03:21","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=3374"},"modified":"2021-04-22T18:48:01","modified_gmt":"2021-04-22T16:48:01","slug":"celebration-de-fernandel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/celebration-de-fernandel-3374","title":{"rendered":"C\u00e9l\u00e9bration de Fernandel"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/celebration-de-fernandel-003374\/topaze\" rel=\"attachment wp-att-3380\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-3380\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/files\/2021\/03\/Topaze-226x300.jpg\" alt=\"Topaze\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/03\/Topaze-226x300.jpg 226w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/03\/Topaze-768x1019.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/03\/Topaze-772x1024.jpg 772w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/03\/Topaze.jpg 814w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/a>2021 est un beau mill\u00e9sime sur le front des c\u00e9l\u00e9brations et autres anniversaires. Ce sera Baudelaire en avril, Napol\u00e9on en mai, Fr\u00e9d\u00e9ric Dard (San Antonio) en juin, La Fontaine en juillet, Brassens en octobre, Flaubert en d\u00e9cembre. Je parlerai en leur temps de tous ces gens-l\u00e0, parce qu\u2019ils figurent tous \u00e0 divers titres dans mon panth\u00e9on personnel. Baudelaire parce qu\u2019il a \u00e9crit de bien belles choses, Fr\u00e9d\u00e9ric Dard parce que San Antonio (je crois que je les connais tous \u00e0 peu pr\u00e8s par c\u0153ur), La Fontaine parce que j\u2019ai une admiration sans bornes pour l\u2019artiste qu\u2019il \u00e9tait, Brassens parce que je l\u2019ai tellement jou\u00e9 que le manche de ma guitare en est creus\u00e9.<br \/>\nFlaubert, j\u2019anticiperai m\u00eame un peu, une exposition sur Salammb\u00f4 doit s\u2019ouvrir \u00e0 Rouen en avril. Je r\u00eave d\u2019en rendre compte. Salammb\u00f4 ! Je donnerais ma main droite pour avoir \u00e9crit la premi\u00e8re phrase du roman, \u00ab C\u2019\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d\u2019Hamilcar \u00bb \u2014 coup de trompette en A majeur.<\/p>\n<p>En attendant, il y a 50 ans, le 26 f\u00e9vrier 1971, disparaissait Fernand Contandin. Qui \u00e7a ? Fernandel ! M\u00eame qu\u2019un certain Olivier de Bruyn l\u2019ex\u00e9cute cette semaine dans <em>Marianne<\/em>, en ressortant tous les clich\u00e9s que peut attendre le populo : brave type, incroyablement populaire, sans oublier \u00ab l\u2019accent \u00bb.<br \/>\nEt de citer sa collaboration avec Pagnol : <em>Ang\u00e8le, Regain, le Schpountz, la Fille du puisatier<\/em>\u2026<br \/>\nEn choisissant d\u2019\u00e9liminer de la liste le chef d\u2019\u0153uvre qui aurait pu donner \u00e0 son article un petit quelque chose en plus : <em>Topaze<\/em>.<\/p>\n<p>Je tiens Pagnol pour l\u2019un des grands \u00e9crivains du si\u00e8cle. Lisez donc <em>Jazz<\/em>, ou l\u2019intellectuel d\u00e9senchant\u00e9, lisez <em>les Marchands de gloire<\/em>, l\u2019une des charges les plus violentes contre la guerre, \u00e9crite au lendemain de la victoire. Pagnol a souffert des adaptations nullissimes par Alexandre Korda de la \u00ab trilogie marseillaise \u00bb auxquelles on persiste \u00e0 l\u2019assimiler \u2014 ah, l\u2019accent du Quai de Rive-Neuve reconstitu\u00e9 par ce Parisien de Pierre Fresnay ! Yves Robert a fait un honn\u00eate travail avec <em>la Gloire de mon p\u00e8re<\/em> et<em> le Ch\u00e2teau de ma m\u00e8re<\/em> \u2014 sans parvenir \u00e0 ins\u00e9rer le sous-texte tragique de ces deux fragments autobiographiques, la mort du chevrier, Lili des Bellons, pendant la guerre, et surtout celle de la m\u00e8re de Pagnol, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1910, quand son fils avait tout juste 15 ans et \u00e9tait \u00e9l\u00e8ve au lyc\u00e9e Thiers avec Albert Cohen. C\u2019est le souvenir de ces deux catastrophes, l\u2019une nationale et l\u2019autre intime, qui donne au soleil du Garlaban une nuance noire.<\/p>\n<p>Ou lisez <em>Topaze<\/em>.<\/p>\n<p>Topaze a donn\u00e9 \u00e0 Fernandel l\u2019occasion de prouver deux choses. Primo, qu\u2019il pouvait, si on lui en donnait l\u2019occasion, \u00eatre encore meilleur que Jouvet \u2014 qui ne d\u00e9m\u00e9rite pas dans la premi\u00e8re version film\u00e9e de la pi\u00e8ce, en 1933, mais qui est loin, tr\u00e8s loin de la performance de Fernandel en 1951. Secundo, que ce faux sympa (qui \u00e9tait un vrai tyran domestique, fou de jalousie, qui s\u00e9questrait litt\u00e9ralement son \u00e9pouse) \u00e9tait un vrai m\u00e9chant \u2014 et l\u2019on adore le moment o\u00f9 il r\u00e9v\u00e8le sa vraie nature.<\/p>\n<div id=\"ligne\"><\/div>\n<p>Pendant trois actes (la pi\u00e8ce en a quatre), Fernandel, petite barbichette, air s\u00e9rieux et accabl\u00e9, choisit de ne pas se ressembler. Il est un \u00ab petit pion \u00bb (en fait, un instituteur au rabais dans une pension priv\u00e9e men\u00e9e par une ordure exemplaire qui l\u00e8che le cul des baronnes cubiques \u00e0 manteau de fourrure), amoureux transi de sa jeune coll\u00e8gue qui est une vraie garce (Jacqueline Pagnol \u2014 et le choix par Pagnol de son \u00e9pouse pour jouer ce r\u00f4le d\u2019arriviste pr\u00eate \u00e0 coucher avec des hommes plus \u00e2g\u00e9s pour se construire une s\u00e9curit\u00e9 est une d\u00e9licate critique d\u2019une femme que j\u2019ai rencontr\u00e9e et qui ne pensait effectivement qu\u2019\u00e0 l\u2019argent). Puis il devient l\u2019homme de paille confit de pr\u00e9jug\u00e9s et de morale d\u2019un \u00ab pr\u00e9varicateur \u00bb, homme politique v\u00e9reux (tr\u00e8s bel exemple de pl\u00e9onasme) qui fait des affaires sur le dos de ses concitoyens et entretient une poule de luxe (H\u00e9l\u00e8ne Perdri\u00e8re, tout en fourrures et boucles d\u2019oreilles). Enfin, au quatri\u00e8me acte, il redevient Fernandel \u2014 menton ras\u00e9, sourire envahissant, et dents de canasson carnassier, saloperie en prime : c\u2019est au moment o\u00f9 il joue le jeu de la vilenie sociale qu\u2019il est enfin lui-m\u00eame. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=SrrBJr6-vVM\">Au moment o\u00f9 il se lance dans l\u2019\u00e9loge de l\u2019argent<\/a>, face \u00e0 son ancien coll\u00e8gue (Pierre Larquey, exemplaire) qui tentait de le ramener \u00e0 sa condition d\u2019humble rat\u00e9.<br \/>\nSans une once d\u2019accent marseillais. Signifiant ainsi que tout le reste, le brave type, le comique troupier, le paysan d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements, le na\u00eff que des com\u00e9diens trompent all\u00e8grement, n\u2019\u00e9tait qu\u2019une fa\u00e7ade. Le vrai Fernandel est l\u00e0, impitoyable, affam\u00e9, et lubrique.<br \/>\nLa comparaison avec Bourvil aurait pu s\u2019appuyer sur cette performance : tous deux ont su aller au-del\u00e0 de leur image. Mais le journaliste-culture (l\u2019un des deux mots doit \u00eatre de trop) pr\u00e9f\u00e8re opposer ces deux grands g\u00e9nies du comique et du contrepied. Il aurait d\u00fb s\u2019informer\u2026 Et ne pas penser que <em>Don Camillo<\/em>, qui ne vaut que par la performance de Sylvie, com\u00e9dienne d&rsquo;exception, dans le r\u00f4le de la vieille institutrice, \u00e9tait le sommet de l&rsquo;art de Fernandel.<\/p>\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2021 est un beau mill\u00e9sime sur le front des c\u00e9l\u00e9brations et autres anniversaires. Ce sera Baudelaire en avril, Napol\u00e9on en mai, Fr\u00e9d\u00e9ric Dard (San Antonio) en juin, La Fontaine en juillet, Brassens en octobre, Flaubert en d\u00e9cembre. 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