{"id":4129,"date":"2021-08-09T12:31:52","date_gmt":"2021-08-09T10:31:52","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4129"},"modified":"2021-09-29T08:57:03","modified_gmt":"2021-09-29T06:57:03","slug":"shim-chong-fille-vendue-de-hwang-sok-yong","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/shim-chong-fille-vendue-de-hwang-sok-yong-4129","title":{"rendered":"Shim Chong, fille vendue, de Hwang Sok-Yong"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/08\/61aALlU0ZEL-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"452\" height=\"501\" \/><\/figure>\n\n\n<p>Il a fallu quelques \u00e9diteurs courageux \u2014 dont Zulma, qui a publi\u00e9 le roman de Hwang Sok-Yong, immense auteur c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les deux Cor\u00e9es \u2014 pour amener la litt\u00e9rature cor\u00e9enne sur les devantures des libraires fran\u00e7ais. Avec des d\u00e9calages temporels parfois extravagants : <em>Shim Chong<\/em> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2003, et publi\u00e9 en 2010 ; et que dire de <em>la Route de Sampo<\/em>, immense succ\u00e8s publi\u00e9 en 1973 et traduit trente ans plus tard ?<br>Shim Chong n\u2019est pas encore nubile quand elle est vendue par son p\u00e8re \u00e0 un trafiquant chinois qui la fourgue dans un bordel. \u00c0 partir de l\u00e0, elle \u00e9voluera, toujours vers le haut \u2014 un sch\u00e9ma commun \u00e0 toutes les histoires de pauvres filles qui ont fait de la galanterie un moyen de parvenir, comme disait B\u00e9roalde de Verville dans le roman homonyme (1616). C\u2019est le fil d\u2019\u0153uvres bien connues comme <em>Moll Flanders<\/em> (Daniel Defoe, 1722), <em>Fanny Hill<\/em> (John Cleland, 1748), ou <em>Margot la ravaudeuse<\/em> (Fougeret de Monbron, 1753). Ou <em>la Vie de Marianne<\/em> de Marivaux. Mais les \u00e9rudits \u00e9voqueront aussi le grand anc\u00eatre, <em>la P\u00edcara Justina<\/em> publi\u00e9 en 1605 par L\u00f3pez de \u00dabeda. Les anciens \u00ab hussards \u00bb se rappelleront que Jacques Laurent, sous le pseudonyme de C\u00e9cil Saint-Laurent, avait r\u00e9activ\u00e9 l\u2019ancienne recette dans <em>Caroline ch\u00e9rie<\/em> (1947). Et les amoureuses de Geoffrey de Peyrac se souviendront que la s\u00e9rie des Ang\u00e9lique \u00e9pouse le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9.<br>Dans chacun de ces romans, l\u2019h\u00e9ro\u00efne, partie d\u2019en bas, traverse toutes les couches de la population, et parall\u00e8lement parcourt des paysages fort divers, accumulant les exp\u00e9riences. Chong, par exemple, apr\u00e8s avoir d\u00fb quitter sa Cor\u00e9e natale, est exp\u00e9di\u00e9e \u00e0 Nankin, puis \u00e0 Formose, Singapour, aux \u00eeles Ry\u016bky\u016b et au Japon, dans ce demi-si\u00e8cle qui va de la guerre de l\u2019opium et de la victoire ais\u00e9e des Occidentaux face \u00e0 un empire d\u00e9labr\u00e9 aux premi\u00e8res aventures coloniales de l\u2019empire nippon, en passant par l\u2019expansion \u00e9conomique anglaise.<br><br>Le premier \u00ab ma\u00eetre \u00bb de Chong est un vieillard \u2014 pas forc\u00e9ment libidineux, mais d\u00e9sireux de retrouver quelques forces en dormant avec une toute jeune fille. Horreur p\u00e9dophilique ? Oui \u2014 mais alors, mettez dans le m\u00eame sac la <em>Bible<\/em>, qui nous montre le roi David, d\u00e9j\u00e0 fort \u00e2g\u00e9, couchant avec une Sunamite, Abisag, pour lui d\u00e9rober \u00ab un reste de chaleur tout pr\u00eat \u00e0 s\u2019exhaler \u00bb, comme dit Racine : voir la toile de Pedro Am\u00e9rico, <em>David et Abisag<\/em> (1879). On a m\u00eame appel\u00e9, un temps, cette pratique le sunamitisme : et au-del\u00e0 du champ biblique, elle est la base des <em>Belles endormies<\/em>, le saisissant r\u00e9cit de Kawabata (1960), que l\u2019ami Fr\u00e9d\u00e9ric Cl\u00e9ment a illustr\u00e9 avec talent en 1997 dans un coffret pour collectionneurs avertis.<div><br>Chen, le vieillard, ne fait pas grand mal \u00e0 la jeune fille. \u00ab Le vieillard tendit le bras pour attraper, \u00e0 la hauteur de la t\u00eate de Chong, l\u2019assiette o\u00f9 des jujubes \u00e9taient attach\u00e9s en chapelet par un fil. Il en prit trois qu\u2019il mit dans sa bouche, puis, relevant les jambes de la jeune fille et s\u2019agenouillant, il introduisit les fruits l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre dans le vagin. \u00bb<br>Singuli\u00e8res boules de geisha\u2026 Apr\u00e8s lui avoir fait fumer de l\u2019opium, ce qui provoque chez elle une \u00ab d\u00e9flagration \u00bb puis \u00ab une onde incandescente qui court de ses cuisses \u00e0 ses pieds \u00bb, il dort aupr\u00e8s d\u2019elle, et au petit matin, tandis qu\u2019elle sommeille encore, \u00ab il caressa la chatte de la jeune file, introduisit deux doigts dans son vagin, tira la ficelle, d\u00e9gagea les jujubes. Les fruits pliss\u00e9s et frip\u00e9s \u00e9teint redevenus charnus. Le vieillard \u00f4ta le fil, puis m\u00e2cha les jujubes l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. \u00bb<br>Le jujube bien m\u00fbr a le go\u00fbt et l\u2019apparence de la datte \u2014 qui fut probablement ce fameux lotos qui faisait perdre aux marins d\u2019Ulysse l\u2019id\u00e9e m\u00eame de leur patrie. Dans la Gen\u00e8se, c\u2019est sans doute une figue qu\u2019Adam et Eve partagent \u2014 figue dont D.H. Lawrence nous apprend comment elle se mange dans Women in love (1920). Une figue, et pas une pomme \u2014 encore que le jujube encore vert ait un go\u00fbt de pomme. En tout cas, c\u2019est bien une pomme que Fragonard a d\u00e9pos\u00e9 sur la table de nuit, au bout de la langue diagonale qui structure le Verrou.<br>Mais tous les fruits sont bons pour ce qui est des m\u00e9taphores \u00e9rotiques. Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 Paris en 1972, il y avait rue de l\u2019Ancienne Com\u00e9die un resto tr\u00e8s bon march\u00e9 o\u00f9 la tenanci\u00e8re, qui avait d\u00fb pratiquer le m\u00eame m\u00e9tier que Cheng dans l\u2019une de ses nombreuses vies ant\u00e9rieures, appelait (\u00e0 voix tr\u00e8s haute) le banana split un \u00ab r\u00eave de jeune fille \u00bb. <br><br>La vie de Chong est, au sens plein du terme, un roman pornographique : il raconte des histoires de prostitu\u00e9es, de maquereaux, de maisons closes, tout u  petit peuple qui tente de survivre au milieu des canonnades occidentales, des fumeries d\u2019opium, des pi\u00e8ces d\u2019argent en forme de sabot de cheval, o\u00f9 la chair fra\u00eeche s\u2019ach\u00e8te come partout mais parvient parfois \u2014 rarement, il est vrai \u2014 \u00e0 s\u2019assujettir ces m\u00e2les si d\u00e9pendants de leurs jujubes fl\u00e9tris \u2014 eh non, la m\u00e9taphore ne nous avait pas \u00e9chapp\u00e9.<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><\/div><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il a fallu quelques \u00e9diteurs courageux \u2014 dont Zulma, qui a publi\u00e9 le roman de Hwang Sok-Yong, immense auteur c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les deux Cor\u00e9es \u2014 pour amener la litt\u00e9rature cor\u00e9enne sur les devantures des libraires fran\u00e7ais. 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