{"id":4137,"date":"2021-08-18T19:44:54","date_gmt":"2021-08-18T17:44:54","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4137"},"modified":"2021-09-29T09:06:30","modified_gmt":"2021-09-29T07:06:30","slug":"amour-passion-9-%c2%bd-weeks","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/amour-passion-9-%c2%bd-weeks-4137","title":{"rendered":"Amour passion, 9  \u00bd weeks"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2021\/08\/af50f39893dc4490477bc2c352aae4e7-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"483\" height=\"530\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, vous avez vu le film d\u2019Adrian Lyne, ce clip dilat\u00e9 \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique publicitaire, v\u00e9hicule destin\u00e9 \u00e0 exalter la belle gueule (\u00e0 l\u2019\u00e9poque) de Mickey Rourke et la plastique exaltante de Kim Basinger. Vous avez m\u00eame, \u00e0 l\u2019occasion \u00e9cout\u00e9 \u00e0 nouveau sur YouTube le blues d\u00e9capant de Joe Cocker, <em>You can leave your hat on<\/em>. J\u2019en parlerai la semaine prochaine, avec un sp\u00e9cial Strip-tease, de Salom\u00e9 \u00e0 Dita Von Teese en passant par Morgiane, la servante d\u2019Ali-Baba.<br><br>Mais peu d\u2019entre vous ont lu le roman remarquable qui sert de base au sc\u00e9nario du film, roman sign\u00e9 Elizabeth McNeill, de son vrai nom Ingeborg Day. C\u2019est dommage, c\u2019est le r\u00e9cit quasi autobiographique (le sous-titre est : <em>A Memoir of a Love Affair<\/em>) d\u2019une passion \u2014 coup de foudre et feu de paille.<br><br>La dur\u00e9e d\u2019une passion reste controvers\u00e9e. Cr\u00e9billon, dans <em>les Egarements  du c\u0153ur et de l\u2019esprit<\/em>, raconte qu\u2019en son temps, \u00ab la premi\u00e8re vue d\u00e9cidait une affaire, mais, en m\u00eame temps, il \u00e9tait rare que le lendemain la v\u00eet subsister; encore, en se quittant avec cette promptitude, ne pr\u00e9venait-on pas toujours le d\u00e9go\u00fbt. \u00bb Vingt-quatre heures, peut-\u00eatre m\u00eame l\u2019espace d\u2019une nuit, c\u2019est la dur\u00e9e que s\u2019autorise le narrateur de ce bijou (unique dans la carri\u00e8re de Vivant Denon, \u00e9gyptologue par ailleurs) qu\u2019est <em>Point de lendemain<\/em> (1777) \u2014 et qui inspira au cin\u00e9ma <em>les Amants<\/em>, le film de Louis Malle.<br> <br>En s\u2019embourgeoisant, l\u2019amour-passion a pris ses aises. Jean Chalon, en 1971, parlait joliment d\u2019<em>Un Eternel amour de trois semaines<\/em>. Graham Greene, dans le magnifique <em>End of the Affair<\/em> (voir absolument le film de Neil Jordan), ne lui accorde gu\u00e8re plus. Il faut \u00eatre un n\u00e9o-romantique comme Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder pour penser que <em>l\u2019Amour dure trois ans<\/em> (1997). \u00c7a fait beaucoup.<br><br>Neuf semaines, trois jours et quelques heures me para\u00eet une jolie limite. Surtout quand on les vit sur la cr\u00eate des relations sado-masochistes. La domination accept\u00e9e, la relation Top \/ Bottom, comme on dit dans ce milieu sp\u00e9cialis\u00e9e, ne peut se perp\u00e9tuer, sauf \u00e0 sombrer dans le ridicule des habitudes (\u00ab ma ch\u00e9rie, quelques coups de fouet avant de faire un gros dodo ? \u00bb).<br>L\u2019histoire que raconte Ingeborg Day \/ Elizabeth McNeill (c\u2019est sous son pseudo que vous trouverez son roman sur votre site de soldes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9) est \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re du film gentiment d\u00e9shabill\u00e9 d\u2019Adrian Lyne. Plus que de sado-masochisme (en 1986, montrer un couple qui ach\u00e8te une cravache et l\u2019essaie sur place \u00e9tait une audace, que les banalit\u00e9s \u00e9c\u0153urantes de <em>Fifty Shades of Gray<\/em> ont platement d\u00e9mocratis\u00e9e), les \u00ab m\u00e9moires \u00bb de la narratrice racontent une emprise (une vraie, hein, pas celle \u00e9voqu\u00e9e r\u00e9cemment par une gourgandine en mal de notori\u00e9t\u00e9), un esclavage consenti qui peut aller tr\u00e8s loin, puisque le Ma\u00eetre force l\u2019Esclave \u00e0 agresser un bourgeois, dans un ascenseur, en le mena\u00e7ant d\u2019un couteau, ou \u00e0 se donner \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre devant lui \u2014 patience je ferai bient\u00f4t un essai entier sur le candaulisme.<br><br>La passion comme son nom l\u2019indique, est souffrance \u2014 parce que d\u00e9possession. L\u2019Autre occupe toute la place et d\u00e9poss\u00e8de le corps de son Moi. Il ne s\u2019agit pas d\u2019amour, mais de vampirisme. Le \u00ab je t\u2019aime \u00bb, sujet \/ objet \/ verbe, est une relation syntaxique ordonn\u00e9e. L\u2019emprise est d\u00e9sordre, Satan s\u2019invite au bal.<br>Divulg\u00e2chons la conclusion : l\u2019h\u00e9ro\u00efne ne s\u2019en sort qu\u2019au prix d\u2019une rupture brutale et d\u2019une th\u00e9rapie longue et difficile. On sort de l\u2019amour-passion comme d\u2019une addiction : par le sevrage, la souffrance, parfois la mort.<br>Ou, comme le h\u00e9ros de Graham Greene (l\u00e0 aussi, le roman \u00e9tait \u00e9troitement autobiographique), par l\u2019\u00e9criture. Vers le d\u00e9but de son r\u00e9cit, Maurice Bendrix, l\u2019hypostase de Greene, \u00e9crit avec lucidit\u00e9 : \u00ab This is a record of hate far more than of love. \u00bb Parce que la passion, en nous amenant \u00e0 nous ha\u00efr nous-m\u00eames, attise un sentiment parall\u00e8le envers l\u2019autre. On l\u2019aime d\u2019une haine absolue, on le hait d\u2019un amour total. <br>De cette contradiction na\u00eet l\u2019\u00e9criture. Il n\u2019y a pas de bon roman de l\u2019amour conjugal, et pour cause, il y manque un d\u00e9s\u00e9quilibre et une dialectique. L\u2019amour-passion, c\u2019est Kant qui baise Hegel \u2014 et r\u00e9ciproquement.<br><br>Il n\u2019y a qu\u2019une exception \u00e0 cette bri\u00e8vet\u00e9 incandescente : l\u2019amour-passion dure, et s\u2019enkyste, lorsqu\u2019il est \u00e0 sens unique. \u00c7a peut mal tourner \u2014 voir <em>Ph\u00e8dre<\/em>. \u00c7a peut durer au-del\u00e0 de la mort \u2014 voir <em>Rebecca<\/em>. Mais direz-vous, c\u2019est de la folie : oui, on appelle cela l\u2019amour fou. Voir Breton.<br>Il y a encore une solution. Quand l\u2019amour est mort, \u00e9pousez donc l\u2019objet de votre passion. Et faites-en la m\u00e8re de vos enfants \u2014 c\u2019est la solution qu\u2019adopte Swann en \u00e9pousant Odette de Cr\u00e9cy. \u00ab Dire que j&rsquo;ai g\u00e2ch\u00e9 des ann\u00e9es de ma vie, que j&rsquo;ai voulu mourir, que j&rsquo;ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n&rsquo;\u00e9tait pas mon genre ! \u00bb Et crac, direction la mairie. On n\u2019\u00e9pouse bien que des \u00eatres que l\u2019on n\u2019aime plus, c\u2019est le plus s\u00fbr moyen pour que \u00e7a dure.<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien s\u00fbr, vous avez vu le film d\u2019Adrian Lyne, ce clip dilat\u00e9 \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique publicitaire, v\u00e9hicule destin\u00e9 \u00e0 exalter la belle gueule (\u00e0 l\u2019\u00e9poque) de Mickey Rourke et la plastique exaltante de Kim Basinger. 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