{"id":4288,"date":"2022-04-10T18:19:04","date_gmt":"2022-04-10T16:19:04","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4288"},"modified":"2022-04-10T18:19:05","modified_gmt":"2022-04-10T16:19:05","slug":"extases-et-orgasmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/extases-et-orgasmes-4288","title":{"rendered":"Extases et orgasmes"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><br>Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin (1598-1680), <em>L&rsquo;Extase de la bienheureuse Ludovica Albertoni<\/em>, 1674 \u2014 Eglise San Francisco a Ripa (Rome)<br>(que je pr\u00e9f\u00e8re finalement \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Extase_de_sainte_Th%C3%A9r%C3%A8se#\/media\/Fichier:Ecstasy_of_St._Teresa_HDR.jpg\">la tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre <em>Extase de Sainte Th\u00e9r\u00e8se<\/em><\/a>, Eglise Santa Maria della Vittoria \u2014 Rome aussi).<br><br>J\u2019ai de tout temps pratiqu\u00e9 avec d\u00e9lectation l\u2019art du centon, qui consiste \u00e0 coller les uns aux autres des fragments emprunt\u00e9s \u00e0 de bons auteurs, de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019on ne per\u00e7oive point les sutures. Rien de tr\u00e8s original, de grands auteurs s\u2019y sont amus\u00e9s. Blaise Cendrars par exemple a d\u00e9coup\u00e9 dans <em>le Myst\u00e9rieux Docteur Cornelius<\/em> (1912-1913), un fabuleux roman-feuilleton de Gustave Le Rouge, la substance d\u2019un recueil de po\u00e8mes intitul\u00e9 <em>Kodak<\/em> (1919).<br>Il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, je me suis diverti \u00e0 collationner des citations de grandes mystiques et d\u2019en tisser un monologue, pr\u00e9vu pour le th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 tonalit\u00e9 \u00e9rotique. J\u2019ai eu la chance de rencontrer alors une jeune Normalienne sp\u00e9cialiste d\u2019Economie qui accepta de le dire, pour une seule repr\u00e9sentation, v\u00eatue des seules dentelles suggestives de l\u2019arsenal le plus provoquant de la lingerie f\u00e9minine \u2014 soutenue par un saxophone qui improvisa magnifiquement (\u00e0 la fa\u00e7on dont Miles Davis composa en temps r\u00e9el <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Wc4tT-55ZzI\">la musique d\u2019<em>Ascenseur pour l\u2019\u00e9chafaud<\/em> <\/a>en regardant le film) sur cette r\u00e9citation accompagn\u00e9e d\u2019un mime sans \u00e9quivoque, tant il \u00e9tait limpide que l\u2019on parlait de d\u00e9sir, de chair, de passion sous pr\u00e9texte de religion. Apr\u00e8s la sublimation des saintes et bienheureuses auxquelles j\u2019empruntais les mots de l\u2019extr\u00eame impudeur et de la d\u00e9votion totale, nous op\u00e9rions une sorte de retour \u00e0 la mati\u00e8re, passant des espaces \u00e9th\u00e9r\u00e9s de la foi \u00e0 la manifestation physique et solide du d\u00e9sir. <br>L\u2019assistance resta, pendant trente minutes, suspendue aux mots et aux formes de la cr\u00e9ature qui faisait ainsi revivre Catherine de G\u00eanes, Catherine de Sienne, Jeanne Guyon, Louise du N\u00e9ant, Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila,  Sainte Rose de Lima et quelques autres.<br>Je vous en livre une petite partie, en esp\u00e9rant d\u00e9clencher parmi mes lecteurs des vocations mystiques qui les pr\u00e9cipiteront aux genoux des cr\u00e9atures de leur choix afin de leur faire partager leur extase \u2014 qui est aussi une forme de sublimation, au sens propre. La bienheureuse Ludovica Albertoni, sculpt\u00e9e par Le Bernin, ne passait-elle pas pour pratiquer la l\u00e9vitation (1) et s\u2019arracher \u00e0 l\u2019horreur du sol ?<br><br><br>\u00ab O passion d\u00e9sir\u00e9e ! Passion \u2014 tu montres la voie que doit suivre la cr\u00e9ature dou\u00e9e de raison, et ils se trompent ceux qui veulent suivre les plaisirs plut\u00f4t que les souffrances ; car nul ne peut parvenir au P\u00e8re que par le Fils, et toi, Toi le Verbe, nous ne pouvons te suivre et te go\u00fbter sinon dans les souffrances. Et si l&rsquo;\u00e2me ne veut pas souffrir, il faut forc\u00e9ment qu&rsquo;elle souffre, et si elle veut porter ses peines avec le soleil de la lumi\u00e8re, alors elle ne sent aucune fatigue, comme Dieu dans le Verbe ne souffrit aucunement, bien que volontairement elle fut porteuse de peines\u2026<br>\u00ab Je demeure l\u00e0, sans agir, toute ab\u00eem\u00e9e dans mon n\u00e9ant, sans savoir bien distinctement ce qu&rsquo;il op\u00e8re en mon \u00e2me.<br>\u00ab Mon \u00e2me, qui se meurt du d\u00e9sir de mourir, est si oppress\u00e9e qu&rsquo;elle para\u00eet sur le point de se s\u00e9parer du corps, et elle \u00e9prouve pourtant une vraie crainte de mourir. Elle voudrait voir sa souffrance diminuer, pour ne pas mourir encore. Oh faiblesse de la nature ! le d\u00e9sir de mourir ne me quitte pas, et je ne peux trouver rem\u00e8de \u00e0 ma souffrance, tant que le Seigneur ne le veut pas. Mon \u00e2me incline \u00e0 la mort \u00e0 cause de sa souffrance, et elle incline aussi \u00e0 la mort \u00e0 cause de sa joie et de ses consolations. Je me meurs, il ne manque plus qu&rsquo;un rien \u00e0 mon \u00e2me pour se d\u00e9tacher du corps. Je ne serais presque plus que mon \u00e2me, si le Seigneur n&rsquo;avait fait de mon corps le purgatoire de mon \u00e2me &#8211; pour l&rsquo;attirer \u00e0 lui sans autre purgatoire.<br>Etre sans croix, c&rsquo;est \u00eatre sans J\u00e9sus.<br>\u00ab Je suis une mis\u00e9rable qui m\u00e9rite des peines infinies, sans aucune consolation. Toutes les cr\u00e9atures ne m&rsquo;en sauraient donner assez sur la perte que j&rsquo;ai faite ; c&rsquo;est que Dieu ne veut plus de moi, il a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de m&rsquo;abandonner \u00e0 mes ennemis et \u00e0 moi-m\u00eame, parce que je persiste dans mes fautes, sans prendre soin de m&rsquo;en corriger ; et pourtant je tremble de peur de commettre quelque gros p\u00e9ch\u00e9. Ces jours pass\u00e9s, j&rsquo;\u00e9tais en si grande col\u00e8re contre moi, qu&rsquo;il me prenait envie de me donner mille coups ; mes peines devinrent encore plus insupportables lorsque je voulus me vaincre moi-m\u00eame. La violence que je faisais pour me dompter mettait la nature au d\u00e9sespoir. \u00bb<br><br>Merci \u00e0 A-L. V. d\u2019avoir \u00e0 l\u2019\u00e9poque incarn\u00e9 ces d\u00e9licats fantasmes.<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><br>PS. Cette histoire de <em>l\u00e9vitation<\/em> m\u2019\u00e9voque infailliblement un passage de <em>N\u2019en jetez plus<\/em>, l\u2019un des grands San-Antonio, paru en 1971, o\u00f9 l\u2019on trouve ce passage d\u00e9licat :<br><br>\u00ab Mahatma, je vais vous dire. Elle s\u2019approche de B\u00e9ru \u00e0 reculons. Ses ondulations s\u2019accentuent si fort qu\u2019on ne lui voit plus de bassin, comme dispara\u00eet une h\u00e9lice en prenant de la vitesse. Elle recule encore. Le B\u00e9ru \u00e9met un soupir qui ferait \u00e9clater le c\u0153ur d\u2019un sycomore g\u00e9ant. Voil\u00e0 qu\u2019elle est plaqu\u00e9e contre lui. Attendez ! Partez pas chez votre amie Ninette, c\u2019est pas fini. On aborde le tout \u00e0 fait formidable supr\u00eame ; le fantastiquement salace (mais \u00e7a lasse pas). Causons net : il a \u00e9t\u00e9 happ\u00e9, B\u00e9ru. Litt\u00e9ralement ! Elle se l\u2019est goinfr\u00e9 par la malle arri\u00e8re, sans qu\u2019il ait eu un geste \u00e0 faire ! Et ne volatil pas qu\u2019elle se met en route dans ma direction ! Prodigieusement extraordinaire, oui ou crotte ? (si j\u2019ose me permettre). Capter un jules en marchant, j\u2019avais encore jamais vu. De cette mani\u00e8re hardie, surtout ! Il flatouille des cannes, le Mastar. Il a les yeux en perdition, tout blancs. Il sait plus o\u00f9 mettre ses paupi\u00e8res, tellement qu\u2019il lui en vient ! Elles lui pendent sur la vitrine, longues comme des oreilles d\u2019\u00e9pagneul ! Il bave son r\u00e2telier d\u2019adulte \u00e0 imp\u00e9riale.<br>    Attendez ! Puisque vous l\u2019avez voulu, y\u2019a pas de raison que je stoppe mon r\u00e9cit avant l\u2019arr\u00eat complet des r\u00e9acteurs. D\u00e9tachez pas encore vos ceintures de s\u00e9curit\u00e9.<br>    Sur moi donc, ce couple s\u2019avance, d\u2019une d\u00e9marche incroyable, la femme castagnettant des noix \u00e0 vous en faire grimper la mayonnaise jusqu\u2019\u00e0 la fl\u00e8che de Notre-Dame, l\u2019homme raclant du chausson dans un laisser-haler qui raconte son inertie.<br>    \u00c7a y est ! Ils sont l\u00e0 ! PI 3-1416 stoppe \u00e0 quelques centim\u00e8tres de ma personne. Ses ongles m\u2019agrippent, me faufilent entre le r\u00e9seau nerveux. J\u2019ai la pavaneuse comme une barre fixe. Miss Bagdad m\u2019entreprend alors avec ses avants. \u00c0 tout seigneur tout donneur : elle m\u2019a r\u00e9serv\u00e9 ses charmes number ouane. J\u2019ai droit au morceau de bravoure ; \u00e0 l\u2019apoth\u00e9ose. Pour vous donner une notion de ce qui arrive, elle nous jonctionne comme qui dirait. Vous voyez bien, mes pauvres minus que je ne pouvais pas vous d\u00e9crire une prouesse de ce tonneau ! C\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 tomber dans la plomberie de bas \u00e9tage.<br>    Elle nous \u00e9pisse, la bougresse ! Positivement. \u00catre \u00ab cul-et-chemise \u00bb n\u2019est rien, compar\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019on est devenus, B\u00e9ru et m\u00e9zigue. Y\u2019a des crachoteurs qui vont baver comme quoi j\u2019exag\u00e8re ! Qui vont se r\u00e9pandre tout azimut en affirmant que je brode ! Qu\u2019ils viennent prendre un jeton, ces \u00e9touff\u00e9s du bulbe ! Ils verront de quelle sublime mani\u00e8re elle capture les hommes, la belle Irakienne. J\u2019sais pas dans quelle institution on lui a appris \u00e0 rendre ses orifices pr\u00e9hensiles. Pas aux \u00ab Oiseaux \u00bb, probable. On me fait marrer, les Occidentaux, les occis dantesques ! Se croyent \u00e0 l\u2019avant-garde du progr\u00e8s, de la technique, de la civilisation !<br>    Mes fesses, oui ! D\u2019abord c\u2019est quoi, le progr\u00e8s ? La civilisation ? Un \u00e9lan vers le mieux-vivre ? Un aff\u00fbtage des possibilit\u00e9s humaines ? Un moyen d\u2019aller plus loin dans LA Connaissance. Je pr\u00e9tends que Mlle Mahatma H\u00e2ari fait plus pour l\u2019homme que n\u2019importe quel prix Nobel de physique. Ah ! la ch\u00e9rie ! Ah ! la ch\u00e8re \u00e2me ! Mais c\u2019est pas fini encore. Y\u2019a mieux ! Y\u2019a pire ! Plus incroyable ! Plus fortiche ! Soudain les vibrations de notre camarade s\u2019op\u00e8rent en forme de pas de vis (ne devrais-je pas plut\u00f4t \u00e9crire pas de vice ?), une esp\u00e8ce de force ascendante (\u00e0 laquelle nos vigueurs ne sont pas \u00e9trang\u00e8res) op\u00e8re. ET ELLE QUITTE LE SOL !<br>    Vous avez lu, compris, admis ? Elle ne touche plus terre que par personnes interpos\u00e9es. Donc, on ne peut pas appeler cela de la l\u00e9vitation, faut cr\u00e9er le terme. Ce serait en fait de la l\u00e9bitation ! \u00bb<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin (1598-1680), L&rsquo;Extase de la bienheureuse Ludovica Albertoni, 1674 \u2014 Eglise San Francisco a Ripa (Rome)(que je pr\u00e9f\u00e8re finalement \u00e0 la tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre Extase de Sainte Th\u00e9r\u00e8se, Eglise Santa Maria della Vittoria \u2014 Rome aussi). 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