{"id":4340,"date":"2022-07-02T11:23:52","date_gmt":"2022-07-02T09:23:52","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4340"},"modified":"2022-07-02T11:23:53","modified_gmt":"2022-07-02T09:23:53","slug":"orgies-partouzes-gang-bangs-et-tournantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/orgies-partouzes-gang-bangs-et-tournantes-4340","title":{"rendered":"Orgies, partouzes, gang-bangs et tournantes"},"content":{"rendered":"\n<p>Thomas Couture (1815-1879), <em>Les Romains de la de\u0301cadence<\/em>, 1847<br><br>\u00ab Tenez, poursuivit-il, voici l\u2019arrangement que je vous conseille de prendre pour cette sc\u00e8ne-ci : Clairwil va commencer ; quoiqu\u2019elle br\u00fble d\u2019\u00eatre foutue, je veux qu\u2019on lui fasse d\u00e9sirer l\u2019engin qui va la percer. Juliette, prends ce beau vit d\u00e9j\u00e0 du choix de ton amie, branle-le tout pr\u00e8s de son con, frotte-lui en le clitoris, mais ne l\u2019enfonce pas. Toi Borgh\u00e8se, chatouille l\u00e9g\u00e8rement l\u2019entr\u00e9e du con de la patiente ; \u00e9chauffe-la, mets-la en fureur, et quand la rage \u00e9clatera dans ses yeux, nous la satisferons, mais il faut qu\u2019elle soit couch\u00e9e dans les bras de l\u2019un de ces jeunes gens : il faut qu\u2019en la soutenant, ce beau gar\u00e7on lui branle le trou du cul d\u2019une main, les t\u00e9tons de l\u2019autre, et qu\u2019il baise sa bouche. Pour irriter encore les sens de notre amie, nous lui ferons introduire, de chaque main, un vit dans les cons d\u2019Elise et de Raimonde, o\u00f9 ils ne feront que s\u2019\u00e9chauffer un moment ; les deux autres jeunes gens vous enconneront sous ses yeux, afin de compl\u00e9ter le d\u00e9sordre dont nous voulons embraser son \u00e2me. La coquine, en effet, n\u2019y tint pas six minutes ; elle \u00e9cume, elle jure\u2026 elle d\u00e9raisonne, et voyant qu\u2019il devient impossible de la faire languir plus long-tems, les six valets, en moins d\u2019une heure, lui passent sur le corps, et la font mourir de plaisir. Olympe et moi, pressions les vits au sortir du con de notre amie. Elise et Raimonde nous branlaient, nous fouettaient, nous chatouillaient, nous l\u00e9chaient. Sbrigani mettait ordre \u00e0 tout, et nous d\u00e9chargions comme des gueuses. Toutes les mani\u00e8res de foutre, toutes les d\u00e9bauches, tous les raffinements furent mis en usage ; celui de tous, que nous employ\u00e2mes le plus, fut de recevoir, \u00e0 la fois, trois vits, deux dans le con, un dans le cul. On n\u2019imagine pas, avec des fouteurs adroits, le plaisir que donne cette jouissance\u2026 \u00bb (Sade, <em>Histoire de Juliette<\/em>, 1795)<br><br>La partouze ressemble un peu \u00e0 la gestion de l\u2019Education Nationale selon les syndicats : la quantit\u00e9 remplace la qualit\u00e9. Sauf chez Sade, bien s\u00fbr : <br><br>\u00ab Et quelles sont les tailles adopt\u00e9es, dit Clairwil que Raimonde branlait ; \u2014 Vous n\u2019aurez jamais rien au-dessous de six pouces de circonf\u00e9rence sur huit de long. \u2014 Fi donc ! cette mesure est bonne pour Paris\u2026 mais \u00e0 Naples o\u00f9 il y a des monstres\u2026 pour moi, je vous avertis que je ne prends rien au-dessous de huit pouces de tour sur un pied de long : ni nous non plus, r\u00e9pond\u00eemes-nous, Olympe et moi, presqu\u2019en m\u00eame temps ; peut-\u00eatre aurons-nous moins, par cet arrangement, mais nous aurons meilleur\u2026\u2026 Moins ? dit Clairwil, je ne vois pas pourquoi diminuer le nombre ; au contraire, je tiens autant \u00e0 la qualit\u00e9, qu\u2019\u00e0 la quantit\u00e9, moi ; je prie donc Sbrigani, de nous avoir trente hommes tous les matins, dans les proportions que je viens de donner : c\u2019est dix pour chacune de nous ; en supposant qu\u2019ils nous foutent trois coups chacun, y a-t-il donc de quoi se r\u00e9crier : quelle est celle de nous qui ne peut pas courir trente postes avant que de prendre son chocolat ? \u00bb<br><br>En mettant le pouce \u00e0 2,54cm (de sorte que huit pouces de tour, c\u2019est un peu plus de vingt centim\u00e8tres), et le pied \u00e0 30cm et des poussi\u00e8res, voil\u00e0 de quoi faire r\u00eaver bien des jeunes filles. Apr\u00e8s tout, le \u00ab Rocco \u00bb sur lesquelles les chastes vierges font leurs gammes, moul\u00e9 sur le membre de qui vous savez, n\u2019en a gu\u00e8re plus de 23. Petit joueur\u2026<br><br>C\u2019est la base de la sc\u00e8ne finale de <em>l\u2019Anti-vierge<\/em>, le second tome des aventures d\u2019Emmanuelle (1960), d\u2019Emmanuelle Arsan. L\u2019h\u00e9ro\u00efne, \u00e0 la derni\u00e8re page, est enfin combl\u00e9e \u2014 au propre et au figur\u00e9 :<br><br>\u00ab Les gar\u00e7ons l\u2019atteignent, au pied du bungalow : elle se laisse tomber sur le sable, leur abandonne son corps haletant, sa bouche, que le premier \u00e0 la prendre mord de d\u00e9sir ? Elle sent un sexe dur comme le rocher proche se frotter \u00e0 ses cuisses, heurter son pubis. Elle comprend son impatience, s\u2019ouvre \u00e0 lui, s\u2019offre sans condition \u00e0 la violence de ses coups. Elle est heureuse que son vainqueur n\u2019ait pas cherch\u00e9 \u00e0 obtenir son consentement, qu\u2019il la prenne \u00e0 son bon plaisir, sans se soucier de l\u2019attendrir, se ruant au fond d\u2019elle comme par h\u00e2te de la f\u00e9conder. Ensuite, ce sera le tour des autres.<br>Mais non : apr\u00e8s cette premi\u00e8re furie, il se contr\u00f4le, savoure avec plus de subtilit\u00e9 ce corps qu\u2019il a d\u00e9sir\u00e9 ; et ses baisers, maintenant, \u00e9meuvent Emmanuelle autant que la force de son rut.<br>Abruptement, il roule sur le c\u00f4t\u00e9, puis sur le dos, l\u2019entra\u00eenant, de sorte qu\u2019elle est d\u00e9sormais au-dessus de lui. Elle comprend l\u2019intention de ce mouvement, lorsqu\u2019elle sent des mains nouvelles caresser ses fesses, les \u00e9carter, et une autre verge, irr\u00e9sistiblement, y p\u00e9n\u00e9trer, sans que son premier amant se soit retir\u00e9 de son sexe. Le sel de la mer a s\u00e9ch\u00e9 ses muqueuses, mais elle refuse de songer, en un tel moment, \u00e0 se plaindre de la br\u00fblure : comment pourrait-elle \u00eatre autre chose qu\u2019heureuse ? Le plaisir de ces virilit\u00e9s g\u00e9melles dans son ventre et ses reins est aussi son plaisir. Elle les imagine longues, fortes, cambr\u00e9es, souveraines, r\u00e9solues \u00e0 se satisfaire \u2014 s\u00e9par\u00e9es, mais de si peu, par de minces membranes. Elle voudrait que cet obstacle m\u00eame s\u2019abolisse et que les hommes \u00e0 force de la creuser et d\u2019\u00e9roder, chacun de leur c\u00f4t\u00e9, ses parois, finissent par accoler en elle, chair contre chair, leurs sexes nus, les presser et les frotter, fraternellement, l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et les confondre en une \u00e9jaculation ineffable.<br>Mais ce n\u2019est pas assez encore : un ultime acc\u00e8s, une autre ressource voluptueuse de son corps reste libre. Les doigts qui la saisissent aux tempes, elle les attendait : elle rel\u00e8ve le visage et le phallus du troisi\u00e8me m\u00e2le entre dans sa bouche.<br>B\u00e2illonn\u00e9e ! Quand elle voudrait crier de joie ! Rire, chanter, c\u00e9l\u00e9brer son sort enviable et l\u2019orgueil de ces myst\u00e8res. \u00bb<br><br>Un tel r\u00e9cit, lu quand j\u2019avais dix ans, a certainement contribu\u00e9 \u00e0 forger en moi un go\u00fbt \u2014 que je tente de contr\u00f4ler \u2014 pour les interminables adverbes en -ment\u2026 En tout cas, je n\u2019ai eu de cesse de reproduire cette sc\u00e8ne, au gr\u00e9 des soir\u00e9es qui s\u2019organisaient, impromptues, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue Foch, ou dans tel sauna de Strasbourg-Saint-Denis. C\u2019est tout le d\u00e9cor des partouzes que raconte Catherine Millet dans <em>La Vie sexuelle de Catherine M<\/em> (2001).<br>C\u2019est aussi le sch\u00e9ma toujours recommenc\u00e9 du gang-bang du cin\u00e9ma pornographique. Entre taylorisme et gestion du temps au plus pr\u00e8s \u2014 mod\u00e8le Franck B. Gilbreth Jr. La rationalisation de l\u2019enfilade et de la triple p\u00e9n\u00e9tration. <em>Ad libitum<\/em>\u2026<br><br>L\u2019orgie est au d\u00e9part tout autre chose. Elle est \u00e9tymologiquement l\u2019\u1f44\u03c1\u03b3\u03b9\u03b1, du verbe \u1f14\u03c1\u03b3\u03c9, qui signifie \u00ab faire \u00bb. Il faut passer par le compos\u00e9 \u1f31\u03b5\u03c1\u03bf\u03c5\u03c1\u03b3\u03ad\u03c9, calqu\u00e9 par les Latins en <em>sacrifico<\/em>, faire des sacrifices, pour comprendre qu\u2019il s\u2019agit \u00e0 l\u2019origine de f\u00eates en l\u2019honneur de Bacchus \/ Dionysos, o\u00f9 l\u2019on cherche l\u2019ivresse, sans forc\u00e9ment penser \u00e0 \u00ab sacrifier \u00e0 V\u00e9nus \u00bb, comme on dit en fran\u00e7ais courant\u2026 C\u2019est le sujet du <a href=\"https:\/\/fr.m.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:Poussin_The_Triumph_of_Pan.jpg\"><em>Triomphe de Pan<\/em>, de Poussin<\/a> \u2014 ou celui du tableau de <a href=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/c\/c1\/Cornelis_Cornelisz._van_Haarlem_-_The_Wedding_of_Peleus_and_Thetis_-_WGA05242.jpg\">Cornelis van Haarlem sur <em>les Noces de Th\u00e9tis et de P\u00e9l\u00e9e<\/em><\/a>. Et quand <a href=\"https:\/\/d2mpxrrcad19ou.cloudfront.net\/item_images\/634307\/9441642_fullsize.jpg\">Picasso intitule <em>Bacchanale<\/em> un m\u00e9li-m\u00e9lo de chairs enlac\u00e9es<\/a>, c\u2019est un pur abus de langage.<br><br>Evidemment, on commence par les plaisirs de la table, puis \u00e7a d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Les deux <em>Banquets des dieux<\/em> de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Frans_Floris#\/media\/Fichier:Frans_Floris_-_Banquet_of_the_Gods_-_WGA7943.jpg\">Franz Floris<\/a> ou de <a href=\"https:\/\/musees.angers.fr\/collections\/incontournables\/incontournable\/40-le-banquet-des-dieux-hendrick-van-balen-1575-1632-et-jan-brueghel-de-velours-1568-1625\/index.html\">Hendrick van Balen<\/a> saisissent le moment d\u2019avant, mais <a href=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/7\/7a\/Rijckere%2C_Bernaert_di_-_Le_Festin_des_Dieux_-_16th_century.jpg\/1014px-Rijckere%2C_Bernaert_di_-_Le_Festin_des_Dieux_-_16th_century.jpg\">Bertrand de Rijkere<\/a> ou <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Auguste_Lev%C3%AAque#\/media\/Fichier:LevequeBacchanalia.jpg\">Auguste L\u00e9v\u00eaque<\/a> peignent l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s. Mais si un peu d\u2019alcool l\u00e8ve les inhibitions et fluidifie le sang, l\u2019abus de boissons fortes a souvent des effets d\u00e9primants sur la libido masculine, qui s\u2019obstine lamentablement sur six heures et demie, si je puis ainsi m\u2019exprimer.<br><br>L\u2019orgie sadienne confronte complices et victimes non consentantes \u2014 la contrainte fait partie du jeu. La partouze moderne se passe strictement entre adultes consentants \u2014 sauf dans l\u2019industrie pornographique, o\u00f9 diverses actions en justice r\u00e9centes semblent impliquer que le consentement est le cadet des soucis de certains r\u00e9alisateurs. C\u2019est d\u2019ailleurs typique de cette industrie : on n\u2019imagine pas qu\u2019une starlette du Hard puisse se sentir viol\u00e9e \u2014 tout comme Monsieur Tout-le-Monde s\u2019\u00e9tonne qu\u2019une \u00e9pouse soit violable. Ou une prostitu\u00e9e. Apr\u00e8s tout, c\u2019est leur m\u00e9tier, dit Monsieur Tout-le-Monde, qui a du Droit une id\u00e9e tr\u00e8s approximative.<br>Ou une salope dans une cit\u00e9. C\u2019est sur cet a-priori culturel que se construisent les tournantes.<br><br>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 j\u2019ai rencontr\u00e9 aux Editions Ramsay, pour lesquelles je travaillais, une certaine Elisa Brune, qui venait de sortir <em>La Tournante<\/em>, un roman polyphonique \u2014 chacun donnant son point de vue sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Le livre et l\u2019\u00e9crivain manifestaient une vraie virtuosit\u00e9 de l\u2019expression et \u00e9taient riches de promesses futures. <br>Un crabe qui marchait trop vite a rattrap\u00e9 Elisa Brune il y a quelques ann\u00e9es, sans qu\u2019elle donne le grand livre que j\u2019attendais d\u2019elle. <br>J\u2019ai relu son roman, qui analyse en profondeur l\u2019univers de ces partouzes du sous-sol des immeubles, dans les \u00ab quartiers \u00bb les plus difficiles. O\u00f9 l\u2019on traite de pute toute fille non voil\u00e9e. O\u00f9 une gamine qui a fait une fellation pour 20 euros dans les chiottes du coll\u00e8ge est consid\u00e9r\u00e9e par tous ses \u00ab potes \u00bb comme de la chair \u00e0 labourer dans les caves, les garages et les parkings. Et o\u00f9 la copine d\u2019un petit ca\u00efd est mise \u00e0 la disposition de la bande \u2014 et somm\u00e9e d\u2019aimer \u00e7a, la salope\u2026<br>Et \u00e7a ne vient pas du \u00ab milieu \u00bb, des conditions de vie, du d\u00e9faut d\u2019\u00e9ducation. \u00c7a vient de l\u2019int\u00e9rieur. Du tr\u00e9fonds. La seule diff\u00e9rence moderne, c\u2019est que ces salopards filment la sc\u00e8ne, et la diffusent en temps r\u00e9el.<br><br>Il n\u2019y a s\u00e9rieusement qu\u2019une probl\u00e9matique dans l\u2019\u0153uvre de Sade : c\u2019est l\u2019immortalit\u00e9 du Mal \u2014 et sa banalit\u00e9, comme l\u2019a tr\u00e8s bien r\u00e9sum\u00e9 plus tard Hannah Arendt. La certitude, pour le Divin Marquis comme pour Pascal cent ans auparavant, que nous sommes mi-anges mi-b\u00eates, et que souvent la B\u00eate pr\u00e9domine. <br>Sylvie Germain en a fait le th\u00e8me de son dernier roman, <a href=\"https:\/\/www.marianne.net\/culture\/litterature\/on-a-lu-la-puissance-des-ombres-sylvie-germain-et-le-mal\">comme je l\u2019ai expliqu\u00e9 par ailleurs<\/a>. C\u2019\u00e9tait au c\u0153ur de la r\u00e9flexion de Dosto\u00efevski ou de Graham Greene \u2014 ou de Stephen King : voir <em>Un \u00e9l\u00e8ve dou\u00e9<\/em>, o\u00f9 la main passe, d\u2019un vieux tortionnaire nazi \u00e0 un petit jeune homme propre sur lui. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=dGLMpdoEuSw\">Le film qu\u2019en a tir\u00e9 Bryan Singer en 1998<\/a> \u00e9tait une merveille qui d\u00e9plut fortement aux bien-pensants, pour lesquels seules des circonstances historiques particuli\u00e8res poussent l\u2019homme au-del\u00e0 du bien et du mal. Mais bien s\u00fbr !<br><br>Le Mal n\u2019est pas \u00e9radicable, il est constitutif de la b\u00eate humaine, nous sommes violence, exploitation, abus et obsession, et notre seul m\u00e9rite est de parfois juguler nos passions \u2014 mais si rarement\u2026 D\u2019o\u00f9 notre go\u00fbt de la guerre, qui donne libre champ \u00e0 ces pulsions mal refoul\u00e9es. La guerre est cette merveilleuse situation o\u00f9 l\u2019on a le droit et le devoir de tuer, torturer, violer, et j\u2019en passe. Et les amateurs se recrutent facilement.<br><br>Bien s\u00fbr, dire \u00e7a nous expose \u00e0 toutes sortes de remarques oiseuses de la part des petits saints qui nous entourent et voudraient passer pour des parangons de vertu. Maupassant a racont\u00e9 les aventures d\u2019un juge criminel, qui en arrive \u00e0 faire condamner \u00e0 mort un innocent suspect\u00e9 de ses crimes \u2014 c\u2019est dans Un fou, paru en 1885. J\u2019entends d\u2019ici Guy ricaner en \u00e9crivant, lui qui pensait que la vertu est rare \u2014 et suspecte. La violence est inn\u00e9e en l\u2019homme \u2014 et en la femme. <br>Par exemple Clairwil, l\u2019amie de Juliette :<br><br>\u00ab On n\u2019imagine pas, ma ch\u00e8re Juliette, ce que c\u2019est que de vieillir avec le crime ; il prend en nous de si terrible racines, il s\u2019identifie tellement \u00e0 notre existence, que nous ne respirons exactement plus que pour lui. Croirais-tu que je regrette tous les instants de ma vie o\u00f9 je ne me souille pas d\u2019horreurs. Je voudrais ne faire que cela ; je voudrais que toutes mes id\u00e9es tendissent \u00e0 des crimes, et que mes mains ex\u00e9cutassent, \u00e0 tout instant, ce que viendrait de concevoir ma t\u00eate. Oh ! Juliette, comme le crime est d\u00e9licieux, comme la t\u00eate s\u2019enflamme \u00e0 l\u2019id\u00e9e de franchir impun\u00e9ment tous les freins ridicules qui captivent les hommes. Quelle sup\u00e9riorit\u00e9 l\u2019on acquiert sur eux, en brisant, comme nous le faisons, tout ce qui les contient, en transgressant leurs lois, en profanant leur religion, en reniant, insultant, bafouant leur ex\u00e9crable Dieu ; en bravant jusqu\u2019aux pr\u00e9ceptes affreux, dont ils osent dire, que la nature compose nos premiers devoirs. Ah ! mon chagrin maintenant, je te l\u2019ai dit, est de ne rien trouver d\u2019assez fort ; quelqu\u2019\u00e9pouvantable que puisse \u00eatre un crime, il me para\u00eet toujours au-dessous des projets de ma t\u00eate. Ah ! si je pouvais embraser l\u2019univers, je maudirais encore la nature, de ce qu\u2019elle n\u2019aurait offert qu\u2019un monde \u00e0 mes fougueux d\u00e9sirs. \u00bb<br><br>On aura reconnu des r\u00e9f\u00e9rences group\u00e9es \u00e0 N\u00e9ron, Caligula et au Dom Juan de Moli\u00e8re, tous gens fort recommandables en ce qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient affranchis des contraintes morales, laissaient parler la nature et tentaient de contrarier la surpopulation. La vertu n\u2019exhibe que l\u2019impuissance ou l\u2019hypocrisie.<br><br>\u00ab Il peut sembler \u00e9vident qu\u2019un sadique et un masochiste doivent se rencontrer. Que l\u2019un aime \u00e0 faire souffrir, l\u2019autre \u00e0 souffrir, para\u00eet d\u00e9finir une telle compl\u00e9mentarit\u00e9 qu\u2019il serait dommage que la rencontre ne se produise pas \u00bb, \u00e9crit lucidement Gilles Deleuze (in \u00ab Le Froid et le cruel \u00bb, <em>Pr\u00e9sentation de Sacher-Masoch<\/em>, Editions de Minuit, 1967). C\u2019est une question de nature, pas d\u2019histoire ou de traumatismes enfouis. Inutile de faire de la psychologie, il faut accepter les faits, accepter ce que l\u2019on est \u2014 et esp\u00e9rer que la rencontre du sadique et du masochiste se cantonne aux relations entre adultes consentants, entre lesquels tout est permis, au gr\u00e9 des accords pr\u00e9alables : pas plus de cent coups de cravache d\u2019affil\u00e9e, et un <em>safe word<\/em> pour obtenir une suspension de s\u00e9ance.<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Thomas Couture (1815-1879), Les Romains de la de\u0301cadence, 1847 \u00ab Tenez, poursuivit-il, voici l\u2019arrangement que je vous conseille de prendre pour cette sc\u00e8ne-ci : Clairwil va commencer ; quoiqu\u2019elle br\u00fble d\u2019\u00eatre foutue, je veux qu\u2019on lui fasse d\u00e9sirer l\u2019engin qui va la percer. Juliette, prends ce beau vit d\u00e9j\u00e0 du choix de ton amie, branle-le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":4347,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[2862,2860,2857,2865,2856,2805,2847,2850,363,1822,2866,2853],"class_list":["post-4340","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","tag-bacchanale","tag-dionysos","tag-elisa-brune","tag-emmanuelle-arsan","tag-gang-bang","tag-histoire-de-juliette","tag-orgies","tag-partouzes","tag-sade","tag-stephen-king","tag-sylvie-germain","tag-tournantes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4340","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4340"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4340\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4347"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4340"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4340"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4340"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}