{"id":4386,"date":"2022-09-15T07:25:06","date_gmt":"2022-09-15T05:25:06","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4386"},"modified":"2022-09-15T07:25:07","modified_gmt":"2022-09-15T05:25:07","slug":"de-ladultere-considere-comme-lun-des-beaux-arts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/de-ladultere-considere-comme-lun-des-beaux-arts-4386","title":{"rendered":"De l\u2019adult\u00e8re consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des beaux-arts"},"content":{"rendered":"\n<p>Sandro Botticelli, <em>Ve\u0301nus et Mars<\/em>, c.1483<br><br><br>Il y a des hommes dont j\u2019ai finalement refus\u00e9 d\u2019\u00eatre le n\u00e8gre. Michel Charasse, par exemple, qui en deux entretiens pr\u00e9alables s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une franche ordure \u2014 et m\u00eame pas dr\u00f4le. Et puis il y a des livres que j\u2019ai regrett\u00e9 de ne pas avoir co-\u00e9crits : la rencontre \u00e9tait positive, le sujet excitant, mais les circonstances ont fait que\u2026 \u00e7a ne s\u2019est pas fait.<br><br>G\u00e9rard Strouk, par exemple. Ce gyn\u00e9cologue-obst\u00e9tricien parisien venait de sortir (2001) <em>Je vais \u00eatre papa<\/em>, un ouvrage o\u00f9 il racontait comment il organisait, dans sa maternit\u00e9 des Lilas, des groupes de discussion r\u00e9serv\u00e9s aux futurs papas, pour les pr\u00e9venir de ce qui allait se passer dans leurs vies. Non seulement la grossesse de leur compagne, l\u2019accouchement proprement dit, les nuits quelque peu agit\u00e9es des d\u00e9buts, mais surtout la relation avec la m\u00e8re de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre ou enfin n\u00e9. Il tentait de les rassurer \u2014 non, il n\u2019est pas d\u00e9conseill\u00e9 de faire l\u2019amour pendant la grossesse, l\u2019orgasme au contraire provoque, disait-il, un effet jacuzzi qui est tr\u00e8s probablement agr\u00e9able au f\u0153tus. Sauf que si certaines femmes ont une libido d\u00e9cupl\u00e9e pendant ces neuf mois interminables, d\u2019autres la mettent en sommeil \u2014 ou, pire, r\u00e9pugnent \u00e0 tout contact. Ajoutez \u00e0 ce panorama celles qui ont la naus\u00e9e fr\u00e9quente, les d\u00e9go\u00fbts subits et inexpliqu\u00e9s, ou celles \u2014 c\u2019est fr\u00e9quent \u2014 qui changent d\u2019odeur et le savent, et vous avez un terrain favorable aux malentendus les plus aigus. Sans parler de celles qui, apr\u00e8s l&rsquo;accouchement, ont le sentiment permanent d&rsquo;une descente d&rsquo;organes.<br><br>Il y a un nombre consid\u00e9rable de s\u00e9parations dans les mois qui suivent la d\u00e9livrance \u2014 et parfois dans les semaines qui le pr\u00e9c\u00e8dent. Un livre sign\u00e9 Bernard Geberowicz et Colette Barroux, <em>Baby-clash, Le couple \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019enfant <\/em>(2005) estime \u00e0 20 \u00e0 25% le nombre de couples qui divorcent lorsque l\u2019enfant para\u00eet, comme disait Fran\u00e7oise Dolto. Strouk, qui m\u2019annon\u00e7a des chiffres similaires en 2001, voulait faire quelque chose pour pr\u00e9venir ces ruptures \u00e9vitables\u2026<br><br>\u2026 Et son conseil principal (ah, comme je regrette de ne pas avoir \u00e9crit ce livre !) \u00e9tait : \u00ab Messieurs, il est normal que votre \u00e9pouse ne r\u00e9agisse pas au quart de tour, que ce soit avant ou apr\u00e8s l\u2019accouchement, aux stimuli dont vous aviez l\u2019habitude de la gratifier (ou de ne pas la gratifier). Pensez qu\u2019elle est transform\u00e9e des pieds \u00e0 la t\u00eate, et la proie d&rsquo;hormones dont vous n&rsquo;avez aucune id\u00e9e \u2014 et souvent elle non plus. Je comprends le d\u00e9sarroi de l\u2019homme dont la partenaire se refuse \u00e0 lui depuis les premi\u00e8res naus\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019allaitement \u2014 trois ans, parfois. C\u2019est tr\u00e8s long. Si vous tenez \u00e0 elle, si vous voulez pr\u00e9server votre couple, prenez une ma\u00eetresse durant cette p\u00e9riode. Trompez-la pour lui rester fid\u00e8le. Un petit adult\u00e8re revient moins cher, affectivement et mat\u00e9riellement, qu\u2018une vraie s\u00e9paration. \u00bb<br><br>L\u2019adult\u00e8re est un \u00e0-c\u00f4t\u00e9 de l\u2019amour. Entendons-nous : j\u2019entends l\u2019adult\u00e8re purement physique, la pulsion qui vous jette dans les bras de quelqu\u2019un, la recherche de la satisfaction imm\u00e9diate. <br>Le p\u00e8re dont la femme attend un enfant et a des haut-le-c\u0153ur rien qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019approcher son partenaire de moins d\u2019un m\u00e8tre, encore davantage \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il vienne renifler entre ses cuisses le changement de go\u00fbt de ses humeurs ; l\u2019heureux papa dont la prog\u00e9niture hurlante accapare la m\u00e8re \u00e0 120% de son temps \u2014 ce qui semble satisfaire merveilleusement la g\u00e9nitrice combl\u00e9e, et parfaitement \u00e9puis\u00e9e ;  l\u2019ex-amant fougueux dont la ma\u00eetresse, devenue maman, ne supporte plus l\u2019id\u00e9e que l\u2019on introduise quelque chose entre ses sphincters malmen\u00e9s \u2014 quand ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9s par une \u00e9pisiotomie qui a d\u00e9rap\u00e9, voire par une d\u00e9chirure malencontreuse ; et ces hommes dont l\u2019\u00e9pouse a ferm\u00e9 la boutique \u00e0 jamais apr\u00e8s avoir accouch\u00e9\u2026 Ces m\u00e2les amoureux de leur femme, reconnaissants de lui avoir donn\u00e9 cette prog\u00e9niture form\u00e9e de cellules en d\u00e9sordre et qui ne communique qu&rsquo;en hurlant, mais frustr\u00e9s pour des semaines, des mois, parfois des ann\u00e9es, ont toutes les raisons de fourrager ailleurs, maintenant que par la vertu de la loi Marthe Richard, il n\u2019y a plus de bordels, jadis providence des maris n\u00e9glig\u00e9s.<br><br>Au-del\u00e0 de ces situations p\u00e9nibles, o\u00f9 l\u2019adult\u00e8re est un pis-aller impos\u00e9 par les circonstances, il y a tous les adult\u00e8res, de l\u2019un comme de l\u2019autre, r\u00e9sultant de cette Th\u00e9orie du camembert dont je vous ai souvent parl\u00e9, et dont je vais me r\u00e9soudre \u00e0 publier l\u2019analyse \u2014 qu\u2019il m\u2019est arriv\u00e9 de fournir \u00e0 mes \u00e9tudiants, le devoir d\u2019un \u00e9ducateur (puisqu\u2019ils tiennent \u00e0 ce que nous \u00e9duquions les gosses qui nous sont confi\u00e9s, au lieu de nous contenter de les instruire) ne s\u2019arr\u00eatant pas \u00e0 la salle de classe et aux murs du lyc\u00e9e, mais s\u2019\u00e9tendant aux espaces ext\u00e9rieurs, y compris les chambres \u00e0 coucher.<br><br>(Vous allez voir que certains ne percevront pas l\u2019humour de la phrase pr\u00e9c\u00e9dente, et concluront que j\u2019ai entretenu avec mes loupiotes des relations socratiques \u2014 <em>horresco referens<\/em>\u2026)<br><br>Le vrai adult\u00e8re, qu\u2019en toute conscience je ne peux que condamner, consiste \u00e0 mettre la ma\u00eetresse ou l\u2019amant sur le m\u00eame cr\u00e9neau que l\u2019\u00e9pouse \u2014 ou la ma\u00eetresse en titre. C\u2019est le sujet de l\u2019un des plus mauvais films de Lautner, <em>Attention, une femme peut en cacher une autre<\/em> (1983), o\u00f9 Miou-Miou est l\u2019\u00e9pouse simultan\u00e9e de Roger Hanin et d\u2019Eddy Mitchell, et court de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. \u00c7a, c\u2019est \u00e9hont\u00e9. Imaginez un harem plein de cr\u00e9atures exactement semblables.<br>Mais si le nouveau venu (terme \u00e9pic\u00e8ne, h\u00e9 !) occupe une section que votre ch\u00e9ri ordinaire ne fr\u00e9quente pas, o\u00f9 est la tromperie ? Aphrodite, mari\u00e9e \u00e0 ce butor cagneux d\u2019H\u00e9pha\u00efstos, couchait avec Ar\u00e8s, dieu des batailles. Elle avait bien raison. Et Botticelli (voir ci-dessus) utilisa pour repr\u00e9senter les deux amants les visages de Giuliano de M\u00e9dicis et de Simonetta Vespucci, mari\u00e9s l\u2019un et l\u2019autre et amants dans la vraie vie, au vu et au su de leurs conjoints respectifs et de tout Florence. Apr\u00e8s tout, les adult\u00e8res royaux s\u2019\u00e9talaient sans que les courtisans ou les \u00e9pouses en dissent quoi que ce soit de n\u00e9gatif. <br><br>Imaginez par exemple que vous ayez besoin de temps en temps de vivre un \u00e9pisode de domination, dans un sens ou dans l\u2019autre. Allez-vous demander \u00e0 celui qui partage votre vie de s\u2019armer de sa cravache, alors qu\u2019il en ignore l\u2019usage et le maniement ? Ou si vous voulez de temps en temps avoir des relations avec une personne de votre sexe, pensez-vous que votre h\u00e9t\u00e9ro pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 est \u00e9quip\u00e9 pour cela ?<br>Je ne saurais trop vous conseiller sur ce sujet la lecture de <em>\u00c0 fleur de chair<\/em>, un joli roman SM de Chlo\u00e9 Saffy (\u00e0 La Musardine). L\u2019une des h\u00e9ro\u00efnes sait que son mari est un ma\u00eetre qui a de temps en temps besoin d\u2019une soumise. Et elle ne saurait remplir une fonction pour laquelle elle n\u2019a aucun go\u00fbt. Elle le laisse donc errer chez une \u00ab soumise de province \u00bb, comme dit Caroline Lamarche (autre lecture indispensable). Et elle lit en cachette les comptes-rendus que la susdite fait de ces rencontres \u00e9pic\u00e9es et violentes. Sans parvenir tout \u00e0 fait \u00e0 \u00eatre jalouse, tant l\u2019emprise SM diff\u00e8re de l\u2019engagement sentimental.<br><br>Autre type d\u2019adult\u00e8re indispensable, celui du cr\u00e9ateur. Dans un roman peu lu d\u2019Aldous Huxley, L<em>e G\u00e9nie et la d\u00e9esse <\/em>(1955), Henry Maartens, physicien et prix Nobel, d\u00e9pend de son \u00e9pouse (et quasi m\u00e8re) pour garder sa stabilit\u00e9 et ses mioches, et ne se g\u00eane gu\u00e8re pour entretenir des relations avec telle ou telle cr\u00e9ature : les deux versants lui sont essentiels pour qu\u2019il continue \u00e0 travailler sereinement. Son \u00e9go\u00efsme \u00e9puise sa femme, qui meurt \u2014 et qu\u2019il remplace par une autre, tout en continuant sa vie de chercheur et d\u2019amant occasionnel. <br>Et Natalie Clifford Barney, la plus s\u00e9duisante de toutes les lesbiennes des ann\u00e9es 1900, qui n\u2019en manqu\u00e8rent pas, v\u00e9cut une passion torride avec Liane de Pougy, la plus irr\u00e9sistible de toutes les courtisanes de la Belle Epoque, tout en entretenant une relation avec Ren\u00e9e Vivien, po\u00e9tesse anorexique, qu\u2019elle trompait d\u2019ailleurs avec un lot de jeunes filles qui ne r\u00e9sistaient gu\u00e8re, petite monnaie de ses deux passions si diff\u00e9rentes et simultan\u00e9es. <br><br>Et je ne citerai que pour m\u00e9moire la distinction que faisait Beauvoir entre les amours n\u00e9cessaires (Sartre) et contingentes \u2014 les hommes et les femmes que l\u2019un et l\u2019autre consommaient, Beauvoir fournissant parfois Sartre avec telle ou telle de ses conqu\u00eates, p\u00each\u00e9es dans le vivier des classes Terminales o\u00f9 elle enseignait \u2014 par exemple Bianca Lamblin, qui raconta ces \u00e9changes dans son <em>Journal d\u2019une jeune fille d\u00e9rang\u00e9e<\/em>, ou les s\u0153urs Olga et Wanda Kosakiewicz. Beauvoir eut une passion pour l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Nelson Algren ou pour Claude Lanzmann, mais se fit enterrer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Sartre au cimeti\u00e8re du Montparnasse tout en portant la bague que lui avait offerte Algren. Quand les liaisons atteignent ces niveaux de complicit\u00e9, peut-on encore parler d\u2019adult\u00e8re ?<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><br>PS. Promis, je vous fournirai la semaine prochaine le texte complet de la Th\u00e9orie du camembert\u2026<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sandro Botticelli, Ve\u0301nus et Mars, c.1483 Il y a des hommes dont j\u2019ai finalement refus\u00e9 d\u2019\u00eatre le n\u00e8gre. Michel Charasse, par exemple, qui en deux entretiens pr\u00e9alables s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une franche ordure \u2014 et m\u00eame pas dr\u00f4le. 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