{"id":4523,"date":"2023-03-17T07:59:23","date_gmt":"2023-03-17T06:59:23","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4523"},"modified":"2023-03-17T07:59:23","modified_gmt":"2023-03-17T06:59:23","slug":"striptease","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/striptease-4523","title":{"rendered":"Striptease"},"content":{"rendered":"\n<p>Dita Von Teese performs on the runway for the Philipp Plein Ready to Wear Spring Summer 2018 Fashion Show on September 9th, 2017 in New York City.<br><br>\u00ab D\u00e9sexualiser la femme au moment m\u00eame o\u00f9 on la d\u00e9nude \u00bb : ainsi Barthes r\u00e9sume-t-il dans <em>Mythologies<\/em> (1957) la contradiction interne du strip-tease \u2014 le trait d\u2019union n\u2019avait pas disparu il y a soixante ans. Et il remarque un peu plus loin que cette d\u00e9finition s\u2019accorde au strip professionnel, celui du Moulin-Rouge et du Crazy Horse, o\u00f9 les danseuses sont habill\u00e9es de lumi\u00e8res et de contre-jours savants, mais pas du tout au strip artisanal des \u00ab concours populaires \u00bb : \u00ab Des \u00ab d\u00e9butantes \u00bb s\u2019y d\u00e9shabillent devant quelques centaines de spectateurs sans recourir \u2014ou en recourant fort mal\u2014 \u00e0 la magie, ce qui r\u00e9tablit incontestablement le pouvoir \u00e9rotique du spectacle  des pas maladroits, des danses insuffisantes, la fille sans cesse guett\u00e9e par l\u2019immobilit\u00e9, et surtout un embarras \u00ab tech nique \u00bb (r\u00e9sistance du slip, de la robe, du soutien-gorge) qui donne aux gestes de d\u00e9voilement une importance inattendue, refusant \u00e0 la femme l\u2019alibi de l\u2019art et le refuge de l\u2019objet, l\u2019enserrant dans une condition de faiblesse et d\u2019apeurement. \u00bb<br><br>(J\u2019aime imaginer Barthes, peu int\u00e9ress\u00e9 par la chair des femmes, se glissant en voyeur s\u00e9miologue dans l\u2019une de ces comp\u00e9titions maladroites, au fond d\u2019une province bien fran\u00e7aise\u2026)<br><br>Mon ancien professeur \u00e0 l\u2019Ecole Pratique des Hautes Etudes n\u2019avait pas vu, \u00e0 cette date, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=-SjUd_Upgbo\">le striptease maladroit d\u2019Alice Sapritch<\/a> dans <em>La Folie des grandeurs<\/em> (1971). Il en aurait \u00e9t\u00e9 confort\u00e9 dans son analyse. \u00c0 noter qu\u2019au stade ultime, la com\u00e9dienne \u00e9tait doubl\u00e9e par la star du Crazy Horse, Sophia Palladium. Il y a des balancements de hanches qui ne trompent pas.<br><br><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=o4BR42uBdLo\">Les performances<\/a> de Dita von Teese, la plus c\u00e9l\u00e8bre des stripteaseuses actuelles, corroborent totalement l&rsquo;analyse de Barthes. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=kgSf73JGWlU\">L\u2019extr\u00eame ma\u00eetrise de l\u2019artiste<\/a>, son c\u00f4t\u00e9 burlesque (au sens spectacle du terme), font na\u00eetre un sourire sur les l\u00e8vres du spectateur, presque un rire \u2014 et le rire est un obstacle imm\u00e9diat au d\u00e9sir instantan\u00e9.<br><br>Dans le film intitul\u00e9 justement <em>Striptease<\/em> (Andre Bergman, 1996), Demi Moore se lance pour des raisons p\u00e9cuniaires dans des spectacles de strip qui soulignent avec force combien l\u2019ex-\u00e9pouse de Bruce Willis est mauvaise actrice \u2014 performances qui ont \u00e9chou\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.xvideos.com\/video9928149\/sexy_demi_moore_striptease_scenes_de_nu_chaudes\">sur des sites d\u00e9conseill\u00e9s aux mineurs<\/a>, alors que le striptease barthien est d\u2019une d\u00e9cence totale. <br><br>V\u00e9rification de l\u2019axiome barthien. Dans <em>9 semaines \u00bd <\/em>(1986), Adrian Lyne, arriv\u00e9 de l\u2019univers l\u00e9ch\u00e9 de la pub, lance Kim Basinger, form\u00e9e t\u00f4t \u00e0 la danse, dans un <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=qwmXqMEojaU\">striptease historique mais si ma\u00eetris\u00e9<\/a> que je doute que Mickey Rourke, que l\u2019on voit hilare en contrepoint du <em>You can leave your hat on<\/em> de Joe Cocker qui sert de th\u00e8me et de tempo \u00e0 l\u2019effeuillage de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, ait ressenti une quelconque excitation. <br>Au passage, je signale que la novella, comme on dit l\u00e0-bas, sign\u00e9e Elisabeth McNeill (en fait, Ingeborg Day, \u00e9ditrice au tr\u00e8s f\u00e9ministe <em>Ms magazine<\/em>), <em>Nine and a Half Weeks: A Memoir of a Love Affair <\/em>(1978) a infiniment plus de puissance \u00e9rotique que le film bien l\u00e9ch\u00e9 de Lynne.<br><br>Que faire pour restituer au strip son potentiel \u00e9rotique ? Peut-\u00eatre suffit-il, comme le sugg\u00e8re Ian Fleming dans <em>The Man with the Golden Gun <\/em>(posth. 1965), d\u2019aller jusqu\u2019au bout de la vulgarit\u00e9 :<br><br>\u00ab The drummer, on his calypso box, began a hasty beat like a quickened pulse. The service door opened and shut, and a curious object was wheeled into the circle of light. It was a huge hand, perhaps six feet tall at its highest point, upholstered in black leather. It stood, half open on its broad base, with the thumb and fingers outstretched as if ready to catch something. The drummer hastened his beat. The service door sighed. A glistening figure slipped through, and after pausing in the darkness, moved into the pool of light round the hand with a strutting jerk of belly and limbs. There was Chinese blood in her, and her body, totally naked and shining with palm oil, was almost white against the black hand. As she jerked round the hand she caressed its outstretched fingers with her hands and arms and then, with well-acted swooning motions, climbed into the palm of the hand and proceeded to perform languorous, but explicit and ingenious, acts of passion with each of the fingers in turn. The scene, the black hand, now shining with her oil and seeming to clutch at the squirming white body, was of an incredible lewdness, and Bond, himself aroused, noticed that even Scaramanga was watching with rapt attention, his eyes narrow slits. The drummer had now worked up to his crescendo. The girl, in well-simulated ecstasy, mounted the thumb, slowly expired upon it, and then, with a last grind of her rump, slid down it and vanished through the exit. The act was over. The lights came on and everyone, including the band, applauded loudly. \u00bb<br><br>L\u00e0 aussi, le roman est bien plus int\u00e9ressant que le film homonyme, qui n\u2019a d\u2019ailleurs presque rien gard\u00e9 du sc\u00e9nario initial de Fleming.<br><br>Je n\u2019ai assist\u00e9 qu\u2019une fois \u00e0 un spectacle qui s\u2019apparentait \u00e0 une mise \u00e0 nu \u2014 mais qui allait bien plus loin qu\u2019un simple strip. C\u2019\u00e9tait au d\u00e9funt Th\u00e9\u00e2tre de Plaisance, rue du Ch\u00e2teau (Paris, XIVe). Rita Renoir (Monique Bride-Etivant, 1934-2012), <a href=\"https:\/\/www.purepeople.com\/media\/rita-renoir-dans-la-cage_m2328973\">l\u2019un des plus grands noms du striptease d\u2019apr\u00e8s-guerre<\/a>, y pr\u00e9sentait un spectacle sid\u00e9rant intitul\u00e9 <em>Le Diable<\/em> \u2014 le reporter du <em>Monde<\/em>, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1973\/02\/09\/les-diables-de-rita-renoir_2569951_1819218.html\">n\u2019en \u00e9tait pas revenu<\/a>. La com\u00e9dienne occupait l\u2019espace avec une puissance remarquable, bien au-del\u00e0 des attentes d\u2019amateurs de strip venus par hasard, sur la foi de son nom, s\u2019\u00e9garer dans cette salle parisienne excentr\u00e9e : le th\u00e9\u00e2tre de Plaisance \u00e9tait, <a href=\"https:\/\/www.leprogres.fr\/art-et-culture\/2013\/11\/04\/jean-michel-ribes-resister-en-riant-rire-en-resistant\">selon la formule de Jean-Michel Ribes<\/a> qui y fit ses d\u00e9buts, \u00ab une salle pourrie o\u00f9 se r\u00e9fugiaient les exclus, ceux qui refusaient de se plier au \u201ctotalitarisme\u201d brechtien, alors tout-puissant \u00bb.<br>On trouvera <a href=\"https:\/\/hal.science\/hal-02969795\">ici<\/a> une analyse \u00ab ethnosc\u00e9nologique \u00bb de ce \u00ab mimodrame porno-sataniste \u00bb \u2014 avec des consid\u00e9rations int\u00e9ressantes, ma foi. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=SLOT7_GiHqY\">Et pour ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent les images \u00e0 la lecture<\/a>\u2026<br><br>Quand ce sont des hommes qui se d\u00e9shabillent sur sc\u00e8ne, il en est de m\u00eame. Les Chippendales ont des corps parfaits, statues anim\u00e9es, habill\u00e9es \/ d\u00e9shabill\u00e9es comme \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 de mode. Mais si le striptease redevient amateur, bancal, sympathique et mal fichu, alors rena\u00eet imm\u00e9diatement la charge \u00e9motionnelle \u2014 et les spectatrices, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Jieyx5KFu9I\">dans la salle de spectacle o\u00f9 se d\u00e9roule la derni\u00e8re sc\u00e8ne de <em>The Full Monty<\/em><\/a>, ne s\u2019y trompent pas : elles acc\u00e8dent \u00e0 la transe hyst\u00e9rique pendant que leurs jules se dessapent maladroitement sur sc\u00e8ne.<br><br>Les femmes et les hommes en instance d\u2019amour sentent bien que se d\u00e9shabiller est une source de couacs maladroits. Entre celles qui se d\u00e9v\u00eatent \u00e0 la vitesse de l\u2019\u00e9clair, et ceux qui se battent avec leurs chaussettes \u2014 un accessoire toujours absent des spectacles professionnels \u2014, bien peu de temps est accord\u00e9 \u00e0 la contemplation de cette mise \u00e0 nu lente et progressive qu\u2019est le striptease artistique. C\u2019est dommage, parfois, que l\u2019effeuillage soit si bref, et que le myst\u00e8re s\u2019affiche si vite. \u00ab C\u2019est que, me dit-elle, je me d\u00e9shabille en rentrant chez nous pour me d\u00e9barrasser de l\u2019armure sociale \u2014 pas pour rentrer dans ton lit. \u00bb Ainsi fonctionnent les sociopathes.<br><br>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n\n\n\n<p>Kim Basinger dans <em>Neuf semaines et demie<\/em>\u2026<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"800\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/03\/kim_basinger_nude_9_weeks.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4533\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/03\/kim_basinger_nude_9_weeks.jpg 1000w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/03\/kim_basinger_nude_9_weeks-300x240.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/03\/kim_basinger_nude_9_weeks-768x614.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/03\/kim_basinger_nude_9_weeks-696x557.jpg 696w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/03\/kim_basinger_nude_9_weeks-525x420.jpg 525w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dita Von Teese performs on the runway for the Philipp Plein Ready to Wear Spring Summer 2018 Fashion Show on September 9th, 2017 in New York City. \u00ab D\u00e9sexualiser la femme au moment m\u00eame o\u00f9 on la d\u00e9nude \u00bb : ainsi Barthes r\u00e9sume-t-il dans Mythologies (1957) la contradiction interne du strip-tease \u2014 le trait d\u2019union [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":4530,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[3294,3297,3286,3296,1399,3291,3301,3288,894,3285,3300],"class_list":{"0":"post-4523","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-non-classe","8":"tag-9-semaines-1-2","9":"tag-demi-moore","10":"tag-dita-von-teese","11":"tag-elisabeth-mcneill","12":"tag-ian-fleming","13":"tag-kim-basinger","14":"tag-mythologies","15":"tag-rita-renoir","16":"tag-roland-barthes","17":"tag-striptease","18":"tag-the-full-monty"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4523","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4523"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4523\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4530"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4523"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4523"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4523"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}