{"id":4639,"date":"2023-07-11T14:57:26","date_gmt":"2023-07-11T12:57:26","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4639"},"modified":"2023-07-12T19:35:13","modified_gmt":"2023-07-12T17:35:13","slug":"pedophilie-oh-cest-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/pedophilie-oh-cest-mal-4639","title":{"rendered":"P\u00e9dophilie \u2014 oh, c\u2019est mal\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p>Pierre Lou\u00ffs, <em>Trois filles de leur m\u00e8re<\/em>, Illustrations de Vert\u00e9s ou Beromm\u00eb Saint- Andr\u00e9, 1926<br><br>J\u2019avoue avoir \u00e9t\u00e9 un peu surpris de constater que les mots <em>p\u00e9dophile<\/em> \/ <em>p\u00e9dophilie<\/em> <a href=\"http:\/\/atilf.atilf.fr\/dendien\/scripts\/tlfiv5\/advanced.exe?8;s=4177958505;\">n\u2019\u00e9taient pas attest\u00e9s<\/a> avant les ann\u00e9es 1970. Dans ma na\u00efvet\u00e9, je pensais que les dictionnaires me renverraient au moins \u00e0 la <em>Psychopathia Sexualis<\/em> de Richard von Krafft-Ebing, qui \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle a pris la peine d\u2019\u00e9tiqueter les diverses perversions : c\u2019est \u00e0 lui que l\u2019on doit <em>sadisme<\/em> ou <em>masochisme<\/em>. Mais il appert que la permissivit\u00e9 post-68 a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une seconde vague de d\u00e9nominations \u2014 \u00ab urolagnie \u00bb, par exemple, date de 1976, alors que le ph\u00e9nom\u00e8ne remontait loin.<br>Et \u00e0 propos de permissivit\u00e9\u2026 Chacun se souvient des affirmations audacieuses de Daniel Cohn-Bendit selon lesquelles \u00ab la sexualit\u00e9 d&rsquo;un gosse c&rsquo;est absolument fantastique. Faut \u00eatre honn\u00eate s\u00e9rieux. Moi j&rsquo;ai travaill\u00e9 avec des gosses qui avaient entre 4 et 6 ans. Ben vous savez quand une petite fille de 5 ans, 5 ans et demi commence \u00e0 vous d\u00e9shabiller, c&rsquo;est fantastique parce que c&rsquo;est un jeu \u00e9rotico-maniaque. \u00bb C\u2019\u00e9tait en direct \u00e0 <em>Apostrophes<\/em> le 23 avril 1982, et contrairement \u00e0 une id\u00e9e volontiers ventil\u00e9e \u00e0 droite, l\u2019\u00e9mission est toujours disponible sur le site de l\u2019INA : <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/checknews\/2018\/09\/04\/est-ce-que-l-ina-a-fait-disparaitre-les-propos-de-daniel-cohn-bendit-sur-la-sexualite-des-enfants_1676251\/\"><em>Lib\u00e9<\/em> a fait un point complet<\/a> sur cette affaire, relanc\u00e9e en 2009 par Fran\u00e7ois Bayrou sur le plateau de <em>\u00c0 vous de juger<\/em>.<br>C\u2019\u00e9tait \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que Gabriel Matzneff \u00e9ditait chez Gallimard ou Julliard (<em>Les moins de seize ans<\/em> date de 1974) des \u00e9crits o\u00f9 il relatait ses exp\u00e9riences avec de jeunes gar\u00e7ons ou filles, sans que son \u00e9diteur ou ses critiques s\u2019en \u00e9mussent. La moraline venue s\u2019\u00e9taler en couche \u00e9paisse avec l\u2019arriv\u00e9e en France du wokisme a fustig\u00e9 l\u2019auteur dor\u00e9navant octog\u00e9naire pour des \u00e9crits publi\u00e9s vingt ou trente ans auparavant. Et c\u2019est en 2019, dans la vogue de la vague #MeToo, que Vanessa Springora s\u2019est soudain souvenue qu\u2019elle avait 14 ans quand elle \u00e9tait amoureuse du vilain monsieur et n\u2019avait rien \u00e0 lui refuser. Et d\u2019\u00e9crire <em>Le Consentement<\/em>, promis \u00e0 un beau succ\u00e8s, qui a valu \u00e0 l\u2019\u00e9crivain une excommunication imm\u00e9diate de la part de tous ses \u00e9diteurs, qui manifestement n\u2019avaient jamais lu ce qu\u2019ils publiaient \u2014 sans doute n\u2019avaient-ils pas m\u00eame parcouru <em>La Prunelle de mes yeux<\/em>, en 1993, o\u00f9 il relate en d\u00e9tail sa relation avec Vanessa, qui raconte : \u00ab \u00c0 quatorze ans, on n\u2019est pas cens\u00e9e \u00eatre attendue par un homme de cinquante ans \u00e0 la sortie de son coll\u00e8ge, on n\u2019est pas suppos\u00e9e vivre \u00e0 l\u2019h\u00f4tel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche \u00e0 l\u2019heure du go\u00fbter. \u00bb<br>Certes\u2026 Mais les faits remontent \u00e0 la seconde partie des ann\u00e9es 1980, et notre pure jeune fille a donc mis pr\u00e8s de trente ans pour s\u2019offusquer de l\u2019intromission susdite. Les indignations diff\u00e9r\u00e9es des unes ou tonitruantes des autres, me paraissent singuli\u00e8rement d\u00e9plac\u00e9es. Voire l\u00e9g\u00e8rement r\u00e9pugnantes.<br>Mais entrons dans le dur\u2026<br><br>En 1774 Sade s\u2019enferme dans son ch\u00e2teau de Lacoste avec une bande de tr\u00e8s jeunes filles embauch\u00e9es \u00e0 Lyon et \u00e0 Vienne. Il y passe l\u2019hiver, et s\u2019y livre \u00e0 des orgies dont nous ne savons pas grand-chose, les pi\u00e8ces de l\u2019enqu\u00eate diligent\u00e9e sur plainte des parents, ayant disparu des registres de la Justice. Paul Bourdin, qui s\u2019est pench\u00e9 sur le d\u00e9tail de cette t\u00e9n\u00e9breuse affaire, affirme dans son \u00e9dition de la Correspondance du marquis, en 1929 :<br><br>\u00ab Les lettres du fonds Gaufridy ne disent pas tout, mais elles montrent nettement ce que la prudence de la famille et les ordres du roi ont d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 la l\u00e9gende du marquis. Ce n\u2019est pas dans les affaires trop c\u00e9l\u00e8bres de la Keller et de Marseille, mais dans les \u00e9garements domestiques de M. de Sade qu\u2019il faut chercher la cause d\u2019un emprisonnement qui va durer pr\u00e8s de quatorze ann\u00e9es et qui commence au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019on poursuit l\u2019absolution judiciaire des anciens scandales. On verra par la suite avec quel soin madame de Montreuil s\u2019est pr\u00e9occup\u00e9e de faire dispara\u00eetre les traces de ces orgies. L\u2019affaire est grave car le marquis a de nouveau jou\u00e9 du canif. Une des enfants, la plus endommag\u00e9e, est conduite en secret \u00e0 Saumane chez l\u2019abb\u00e9 de Sade qui se montre tr\u00e8s embarrass\u00e9 de sa garde et, sur les propos de la petite victime, accuse nettement son neveu. Une autre fille, Marie Tussin, du hameau de Villeneuve-de-Marc, a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans un couvent de Caderousse, d\u2019o\u00f9 elle se sauvera quelques mois plus tard. Le marquis pr\u00e9pare une r\u00e9futation en r\u00e8gle de ce qu\u2019a dit l\u2019enfant confi\u00e9e \u00e0 l\u2019abb\u00e9, mais elle n\u2019est pas la seule \u00e0 avoir parl\u00e9. Les fillettes d\u2019ailleurs n\u2019accusent point la marquise et parlent au contraire d\u2019elle \u00ab comme \u00e9tant la premi\u00e8re victime d\u2019une fureur qu\u2019on ne peut regarder que comme folie \u00bb. Leurs propos sont d\u2019autant plus dangereux qu\u2019elles portent, sur leurs corps et sur leurs bras, les preuves de leurs dires. Les priap\u00e9es de la Coste ont peut-\u00eatre inspir\u00e9 les fantaisies litt\u00e9raires des Cent vingt jours de Sodome, mais le canevas \u00e9tabli par le marquis passe de loin ces froides amplifications. \u00ab C\u2019est un sabbat men\u00e9 \u00e0 bave-bouche avec le concours de l\u2019office. Gothon y a probablement chevauch\u00e9 le balai sans entrer dans la danse, mais Nanon y a pris une part dont elle va rester toute alourdie ; les petites ravaudeuses de la marquise y ont livr\u00e9 leur peau au jeu des boutonni\u00e8res et le jeune secr\u00e9taire a d\u00fb y faire la partie de fl\u00fbte. \u00bb<br><br>Nous voici assez loin des amours de Matzneff. Plus pr\u00e8s de Gilles de Rais que de la pure (?) attraction sexuelle. Le marquis s\u2019en souviendra quand il \u00e9crira les <em>Cent-vingt journ\u00e9es<\/em>, ou <em>la Nouvelle Justine <\/em>et<em> l\u2019Histoire de Juliette<\/em>, qui dans les derni\u00e8res pages sacrifie sa propre file, Marianne, \u00e2g\u00e9e de sept ans, dans des raffinements de douleur :<br><br>\u00ab Juliette, je veux foutre ta fille ; et sans me donner le temps de r\u00e9pondre, le sc\u00e9l\u00e9rat se jette sur elle, la fait tenir par ses satellites, et l\u2019encule avec la promptitude de l\u2019\u00e9clair ; les cris aigus de ma pauvre Marianne sont les seuls avertissements que je re\u00e7ois de l\u2019outrage affreux qu\u2019elle essuie. \u2014 Dieux ! que fais-tu, Noirceuil ? \u2014 J\u2019encule ta fille : ne fallait-il pas que cela f\u00fbt ; et ne vaut-il pas mieux que cette rose soit cueillie par ton ami, que par un autre ? \u00bb<br><br>Tt-tt\u2026 Et ma retenue ordinaire m\u2019interdit de pr\u00e9ciser que la malheureuse finit r\u00f4tie dans la chemin\u00e9e.<br><br>Notez que le go\u00fbt des jeunes filles, voire des tr\u00e8s jeunes filles, n\u2019est pas sp\u00e9cifique \u00e0 Sade. Les Trois filles de leur m\u00e8re qu\u2019\u00e9voque avec gourmandise Pierre Lou\u00ffs (et <a href=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/curiosa-002653\">dont j\u2019ai parl\u00e9 ici \u00e0 la sortie de <em>Curiosa<\/em><\/a>, film fort r\u00e9ussi sur l\u2019\u00e9rotisme 1900) dans le roman homonyme s\u2019appellent respectivement Charlotte (elle a vingt ans), Mauricette, qui va sur ses quinze ans, et Lili, qui n\u2019en a que dix, et qui est de tr\u00e8s loin la plus d\u00e9lur\u00e9e \u2014 un bel exemple d&rsquo;euph\u00e9misme. Si vous voulez savoir de quoi elles sont capables, c\u2019est <a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Trois_Filles_de_leur_m%C3%A8re\">ici<\/a> \u2014 la pudeur m\u2019emp\u00eache de citer un texte si d\u00e9bordant de vices.<br><br>Il n\u2019y a de limites que pour les juristes et les braves gens. Mais les monstres sont parmi nous, ils se fichent pas mal des contraintes qu\u2019impose la loi (15 ans ? 16 ans ? Le consentement est-il \u00e9clair\u00e9 avant cet \u00e2ge ?), et ne connaissent que la loi de leur libido. Quant aux pens\u00e9es secr\u00e8tes des juges et ds honn\u00eates gens\u2026<br>La fascination pour les enfants m\u2019\u00e9chappe compl\u00e8tement. Il me faut la raison, en face, pour oser des choses d\u00e9raisonnables. Mais apr\u00e8s tout, il y a tant de cr\u00e9atures parfaitement adultes qui d\u00e9raisonnent \u00e0 qui mieux mieux \u2014 et qui n\u2019offrent d\u2019ailleurs aucun int\u00e9r\u00eat. Je ne fr\u00e9quente que des cerveaux.<br><br>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"418\" height=\"700\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/07\/9394a.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4649\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/07\/9394a.jpg 418w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/07\/9394a-179x300.jpg 179w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/07\/9394a-251x420.jpg 251w\" sizes=\"auto, (max-width: 418px) 100vw, 418px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre Lou\u00ffs, Trois filles de leur m\u00e8re, Illustrations de Vert\u00e9s ou Beromm\u00eb Saint- Andr\u00e9, 1926 J\u2019avoue avoir \u00e9t\u00e9 un peu surpris de constater que les mots p\u00e9dophile \/ p\u00e9dophilie n\u2019\u00e9taient pas attest\u00e9s avant les ann\u00e9es 1970. 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