{"id":4673,"date":"2023-08-20T06:29:52","date_gmt":"2023-08-20T04:29:52","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4673"},"modified":"2023-08-20T06:29:53","modified_gmt":"2023-08-20T04:29:53","slug":"triolisme-sur-le-gr-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/triolisme-sur-le-gr-20-4673","title":{"rendered":"Triolisme sur le GR 20"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Il y a de nombreuses ann\u00e9es, pour sauver de la faillite un ami libraire d&rsquo;Ajaccio, j&rsquo;avais entrepris l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un roman \u00e9rotique corse, enti\u00e8rement bas\u00e9 sur mes souvenirs.Le livre existe, il n&rsquo;a jamais paru, le libraire avait recul\u00e9 devant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;en faire la promotion sur une \u00eele encore entach\u00e9e de vertu. Je vous en offre un chapitre, et je garantis l&rsquo;exactitude de l&rsquo;histoire. Les familiers du GR 20 reconna\u00eetront les lieux<\/em>. Le lecteur voudra bien excuser certaines aff\u00e8teries de style \u2014 c&rsquo;\u00e9tait il y a pr\u00e8s de vingt-cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le sentier balis\u00e9 en rouge et blanc s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve tr\u00e8s rapidement au dessus de la for\u00eat lorsque l&rsquo;on vient du nord, quand on marche vers le refuge de Ciuttulu di i Mori. <br> Il avait camp\u00e9 quelque part dans le Cinto &#8211; pr\u00e8s du col du Vallon, o\u00f9 se dressent encore des murettes \u00e9difi\u00e9es autrefois par les chasseurs de mouflons. Il \u00e9tait d&rsquo;ailleurs bien content d&rsquo;en avoir observ\u00e9 et photographi\u00e9 un groupe, vers cinq heures du matin. Ils escaladaient, l&rsquo;air de rien, une falaise que des alpinistes confirm\u00e9s auraient pass\u00e9 des heures \u00e0 pitonner. Les mouflons prenaient appui sur de minuscules excroissances de rocher, et, sabots plus durs que le granit, s&rsquo;\u00e9lan\u00e7aient ainsi d&rsquo;un vertige \u00e0 un autre, avec de curieux cris d&rsquo;oiseaux &#8211; quelque chose du cri du geai.<br> Puis il avait surf\u00e9 dans les \u00e9boulis de fins graviers et rejoint le refuge de Tighiettu. Le temps de papoter, il avait perdu un peu de temps. Mais en allongeant un peu le pas, il serait \u00e0 Manganu en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi.<br> Voil\u00e0. on fait des projets, et puis les dieux d\u00e9cident\u2026 <br><br> Dans l&rsquo;interminable mont\u00e9e vers la Bocca di Foggiale, il y a un petit plateau o\u00f9 pousse un magnifique pin &#8211; le dernier avant les pentes plus raides qui m\u00e8nent directement au col, au sud-est de la Paglia Orba.<br> C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il les trouva. Elles s&rsquo;\u00e9taient assises sans m\u00eame se d\u00e9sarnacher, appuy\u00e9es sur leur sac \u00e0 dos comme des tortues malhabiles. <br><br> Au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il approche, il les distingue mieux. L&rsquo;\u00e9puisement. La sueur qui marque les aisselles et le sillon entre les seins. L&rsquo;une d&rsquo;elles n&rsquo;a pas mis de soutien-gorge. Elle a tort. Les chocs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du pas sur les pierres dures ne peut faire aucun bien \u00e0 une poitrine, si menue soit-elle. Il s&rsquo;approche encore et comprend : l&rsquo;une d&rsquo;elles &#8211; la plus brune &#8211; a une splendide entorse. Elle a d\u00e9lac\u00e9 la chaussure (on ne leur a donc pas dit qu&rsquo;il ne fallait pas se lancer ici en baskets ?) et masse du bout des doigts l&rsquo;\u0153uf de pigeon qui lui d\u00e9forme la cheville. Jolie cheville, \u00e0 part l&rsquo;\u0153uf de pigeon. La peau longtemps compress\u00e9e est d&rsquo;un blanc livide. Les veines gonfl\u00e9es, bleu-vert, accentuent encore cet aspect de cadavre.<br> Le cadavre l&rsquo;entend venir et l\u00e8ve la t\u00eate.<br> &#8211; Un probl\u00e8me ? dit-il.<br> Elles l&rsquo;avaient vu venir avec un vague espoir informul\u00e9. A pr\u00e9sent elles le regardent, effar\u00e9es par l&rsquo;incongruit\u00e9 de la question &#8211; non, tout va tr\u00e8s bien, madame la marquise :<br> &#8211; \u00c7a fait mal, ronchonne Oeuf-de-pigeon en continuant \u00e0 se masser la cheville.<br> &#8211; Tr\u00e8s mal ?<br> &#8211; Un mal de chien.<br> &#8211; Fais voir. <br> Il se d\u00e9barrasse de son sac, s&rsquo;accroupit et t\u00e2te la cheville, presse un peu pour voir \u00e0 quel point elle a mal, &#8211; ou pour lui faire mal, un peu. Rien de bien grave. Ce sera dur aujourd&rsquo;hui, mais ce sera bien plus dur si elle reste l\u00e0 \u00e0 attendre que l&rsquo;articulation refroidisse et que la douleur se fasse envahissante.<br> Elle a un joli pied, petit et d\u00e9licat \u2014 un peu sale, remarque-t-il en souriant en lui-m\u00eame. <br> &#8211; Attends\u2026<br> Il fouille dans son sac, en sort une cr\u00e8me sp\u00e9cial-entorses et un rouleau de gaze. D\u00e8s lors, s&rsquo;il n&rsquo;est pas le Messie, il est tout au moins le Bon Samaritain.<br><br> Ce n&rsquo;est pas tout de proc\u00e9der \u00e0 un massage superficiel, de bander la cheville &#8211; impact plus psychologique qu&rsquo;autre chose, tout cela &#8211; et de relacer la chaussure\u2026<br> &#8211; Vous alliez o\u00f9 &#8211; je veux dire, dans quel sens ? demande-t-il.<br> &#8211; Evisa, r\u00e9pondent-elles en ch\u0153ur. Puis elles sourient de leur spontan\u00e9it\u00e9 dans le synchronisme. \u00c7a va d\u00e9cid\u00e9ment mieux.<br> &#8211; Aujourd&rsquo;hui ? \u00c7a fait une trotte.<br> &#8211; On doit y \u00eatre demain matin.<br> Sans doute comptaient-elles s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 Vergio. <br><br> D\u00e8s le d\u00e9part, il la soutient. La mont\u00e9e, si elle n&rsquo;en a pas l&rsquo;air, est rude. Elles n&rsquo;en savent encore rien, mais la descente de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 ne sera pas facile, avec une cheville foul\u00e9e. Trop de chocs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sur des roches trop dure<br> Il la porte presque. Quand la douleur devient trop vive, parce que le pied a port\u00e9 en plein sur une ar\u00eate ou un caillou, elle crie. Il leur raconte les histoires du paysage. Les cinq sommets des Cinque Frati, dans leur dos. Puis, comme ils redescendent directement apr\u00e8s le col, en coupant directement vers le cours sup\u00e9rieur du Golo, il \u00e9voque la l\u00e9gende du Tafunatu, cette lame de granit perc\u00e9e par le marteau du diable mis en rage par la ruse de Saint Martin.<br> &#8211; Tr\u00e8s joli. Elle est lourde, hein ? dit la plus blonde. Elle a un petit papillon tatou\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9paule gauche, en bicolore. R\u00e9guli\u00e8rement la manche du tee-shirt redescend sur le bras et occulte le papillon. Et \u00e0 chaque fois elle roule le tissu sur l&rsquo;\u00e9paule et laisse voleter son insecte immobile.<br> Au sommet le vent les a surpris, tr\u00e8s fort, et les a rafra\u00eechis. Maintenant, il les freine. Mais il appr\u00e9cie en amateur qu&rsquo;au contact de l&rsquo;air froid sur le tee-shirt tremp\u00e9 de sueur, les pointes des seins de Papillon &#8211; celle qui ne porte pas de soutien-gorge &#8211; durcissent soudain. Elle suit son regard, et, du bout des doigts, appuie sur les deux petites boules r\u00e9calcitrantes. Alors elle l\u00e8ve les yeux, avec une moue comique et un geste des mains comme pour s&rsquo;excuser, mais vraiment, elle n&rsquo;y peut rien. Et ils \u00e9clatent de rire tous les deux.<br> &#8211; Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a de dr\u00f4le ? demande Oeuf-de-Pigeon.<br><br> La vue du refuge, \u00e0 droite, encourage et d\u00e9courage \u00e0 la fois : combien de temps encore jusqu&rsquo;\u00e0 Vergio ? Il faut une heure \u00e0 des marcheurs entra\u00een\u00e9s, il leur en fallut trois. Il alla m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 la porter dans ses bras. Depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 ils se taisaient ; l&rsquo;effort, l&rsquo;attention aux asp\u00e9rit\u00e9s du chemin, et une vague id\u00e9e qu&rsquo;il avait derri\u00e8re la t\u00eate, et qu&rsquo;il laissait doucement germer, l&rsquo;incitaient au silence. Quant aux deux filles, l&rsquo;une serrait les dents pour se retenir de pleurer (avec un succ\u00e8s relatif, et parfois une larme sillonnait le visage marqu\u00e9 de poussi\u00e8re et de sueur, ce qui ne manquait pas de l&rsquo;\u00e9mouvoir, \u00e0 chaque fois), l&rsquo;autre ne disait rien par mim\u00e9tisme.<br> De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Golo, apr\u00e8s les bergeries de Radule, cela alla mieux. Ils s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent longuement \u00e0 la source qui coulait entre les arbres. Et puis on marchait sur une terre s\u00e8che, certes, mais moins dure que le granit. Quand ils atteignirent la route, tout s&rsquo;arrangea : un couple de touristes qui repartait vers le col voulut bien charger dans leur voiture la bless\u00e9e et les sacs jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel-refuge.<br> Le voil\u00e0 seul avec Papillon blond. Oeil bleu, physionomie ouverte de fausse na\u00efve, et un coup de soleil sur le nez. Fatigu\u00e9e, mais intacte. Ils papot\u00e8rent gentiment dans le dernier kilom\u00e8tre de virages qui les s\u00e9parait de l&rsquo;h\u00f4tel.<br> Secr\u00e9taires, toutes les deux. De l&rsquo;int\u00e9rim, par go\u00fbt du changement. Des bo\u00eetes sans int\u00e9r\u00eat, des patrons qui auraient bien aim\u00e9 se permettre des privaut\u00e9s &#8211; et elle semble assez contente du mot :<br> &#8211; Privaut\u00e9s ? r\u00e9p\u00e8te-t-il. Il les trouve bien savantes.<br><br> Ils retrouvent Oeuf-de-pigeon \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;h\u00f4tel. Il n&rsquo;a gu\u00e8re de mal \u00e0 les convaincre d&rsquo;\u00e9viter la section refuge, au confort rudimentaire, et \u00e0 partager la chambre qu&rsquo;il allait prendre de toute fa\u00e7on, car il est un peu tard pour repartir maintenant, et puis il a fait un bel effort &#8211; \u00ab\u00a0alors, c&rsquo;est oui, quelle diff\u00e9rence, un ou trois lits\u00a0\u00bb -, et la perspective de prendre un vrai bain chaud les d\u00e9cida.<br> Il est environ trois heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Il montera les sacs dans la chambre, puis il les rejoindra au bar ; apr\u00e8s, chacun \u00e0 son tour disposera de la salle de bains. Qu&rsquo;elles commencent sans lui\u2026<br> Il leur donne tout le temps, et prend tout son temps. Sandwich au prizuttu, et une tonne de caf\u00e9. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;heure de la sieste.<br><br> Quand il frappe \u00e0 la porte, elles r\u00e9pondent en ch\u0153ur \u00ab\u00a0une minute\u00a0\u00bb et il entend des rires, \u00e0 nouveau. <br> Toutes deux se sont nou\u00e9 une grande serviette de bain au dessus des seins, qui arrive tout en haut des cuisses, et une autre en turban sur la t\u00eate. Trois jours d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;elles sont parties de Calenzana, ces pauvres petites Parisiennes devaient se sentir sales de tant de sueurs accumul\u00e9es. Ainsi accoutr\u00e9es, les cheveux cach\u00e9s, elles se ressemblent \u00e9trangement, dans la semi-p\u00e9nombre de la chambre. Il se fait couler un bain lui aussi, et y d\u00e9cante longuement, en pensant avec nostalgie \u00e0 la cascade sous laquelle il a fait ses ablutions matinales &#8211; l&rsquo;eau sortait directement d&rsquo;un n\u00e9v\u00e9 -, et puis qu&rsquo;il est au col de Vergio, et le mot le ferait presque bander, si l&rsquo;eau br\u00fblante n&rsquo;induisait en lui une torpeur discr\u00e8te.<br> Quand il ressort de la salle de bains, elles sont allong\u00e9es sur le plus grand lit, endormies. Elles ont \u00f4t\u00e9 leurs turbans, et les cheveux encore humides luisent dans la p\u00e9nombre. La plus blonde, qui r\u00eave sans doute, replie la jambe tout en dormant, et le drap qui la recouvre glisse sur la cuisse, au-dessus de la hanche.<br> C&rsquo;est, d\u00e9cid\u00e9ment, une vraie blonde.<br> Il se couche, nu, sur le petit lit qui jouxte le grand. Le bras d&rsquo;d&rsquo;Oeuf-de-pigeon pend, inerte, sur le bord. Il lui prend la main et elle, dans son r\u00eave, la serre.<br><br> Papillon d&rsquo;or s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9e la premi\u00e8re. Elle s&rsquo;assoit sur le bord du lit, et le l\u00e9ger grincement du sommier le r\u00e9veille. Il ne voit qu&rsquo;un dos harmonieux. Elle renvoie les \u00e9paules en arri\u00e8re, penche la t\u00eate \u00e0 droite et \u00e0 gauche comme un boxeur. Les courtes boucles blondes sont tout \u00e0 fait s\u00e8ches \u00e0 pr\u00e9sent. Elle se l\u00e8ve en h\u00e9sitant un peu, traverse la chambre et dispara\u00eet dans la salle de bain.<br> Quand elle ressort, elle s&rsquo;est pass\u00e9 de l&rsquo;eau sur le visage, sans l&rsquo;essuyer, et elle reste l\u00e0 dans l&rsquo;encadrement de la porte, presque \u00e0 contre-jour. Elle est compl\u00e8tement nue. Elle le regarde. Il rel\u00e8ve la t\u00eate, tapote le lit et dit :<br> &#8211; Tu viens une seconde ?<br> Elle sourit, de ce sourire na\u00eff qu&rsquo;ont les jeunes filles qui en ont vu d&rsquo;autres. Elle s&rsquo;assoit, les ressorts du lit grincent horriblement.<br> &#8211; Chut\u2026, dit-il, le doigt sur les l\u00e8vres. Puis il tend la main et pose ce m\u00eame doigt sur ses l\u00e8vres \u00e0 elle. Et il l&rsquo;attire \u00e0 lui.<br> &#8211; Sois gentil, s&rsquo;il te pla\u00eet, demande-t-elle en se penchant.<br> Gentil ou gentleman ? Est-il gentil lorsqu&rsquo;il l&#8217;embrasse, et l\u00e8che sur ses l\u00e8vres les gouttes d&rsquo;eau qui y tremblent ? Ou lorsqu&rsquo;il embrasse ses seins, en suce la pointe (et comme tout \u00e0 l&rsquo;heure, dans la montagne, les pointes se dressent aussit\u00f4t, d&rsquo;une longueur bien rare chez une fille aussi jeune), caresse le ventre plat et les cuisses fusel\u00e9es ? <br> Il la couche sur le ventre. Est-ce bien d&rsquo;un gentleman de se pencher sur elle, embrasser ce dos de violoncelle, glisser sa t\u00eate entre les cuisses de m\u00e9tal dor\u00e9\u2026 Il glisse ses mains sous ses hanches, la soul\u00e8ve l\u00e9g\u00e8rement en enfon\u00e7ant encore son visage dans ce sexe qui s&rsquo;ouvre et ces jambes qui s&rsquo;\u00e9cartent. Elle a un anus tr\u00e8s lisse, sans aucun poil, le sexe d&rsquo;un rouge tendre, qui se resserrent autour de sa langue, et bient\u00f4t, tandis qu&rsquo;il lui affole le clitoris \u00e0 coups de langue, il ne sait plus ce qui coule autant, de sa salive ou de son sexe.<br> Seuls les grincements du lit\u2026 Ce sommier est d\u00e9cid\u00e9ment infr\u00e9quentable. Il se rel\u00e8ve, la prend par la main et l&rsquo;aide \u00e0 se mettre debout :<br> &#8211; Chut\u2026, dit-il encore. Il la pousse contre le mur, lui soul\u00e8ve une jambe qu&rsquo;elle amarre contre ses reins, et il la p\u00e9n\u00e8tre ainsi, d&rsquo;une seule pouss\u00e9e verticale.<br> Elle ferme les yeux. Pendant quelques minutes, il laboure en silence ce grand \u00e9chassier d&rsquo;amour, nou\u00e9 \u00e0 lui, sur la pointe d&rsquo;un pied, son visage dans son cou. Puis elle glisse un bras entre leurs corps, et, tr\u00e8s vite, avec f\u00e9rocit\u00e9 presque, elle se fait jouir, et elle renverse la t\u00eate en arri\u00e8re en haletant.<br> Il reste l\u00e0, fich\u00e9 en elle, \u00e0 mi-chemin de son propre orgasme, attentif aux soubresauts du sexe qui l&rsquo;enserre. Alors une voix dans son dos :<br> &#8211; Bravo ! fait-elle. Et elle applaudit, et le claquement de ses paumes est aussi incongru que dans un th\u00e9\u00e2tre, quand un spectateur isol\u00e9 applaudit bien apr\u00e8s que tout le monde s&rsquo;est t\u00fb.<br> Il se d\u00e9gage du Papillon qui lentement revient \u00e0 elle. Il se retourne, le sexe en bataille, face au grand lit. Oeuf-de-pigeon a un sourire sans agressivit\u00e9, assise sur le bord du lit, face \u00e0 lui. Elle tient le drap contre sa poitrine.<br> &#8211; R\u00e9veill\u00e9e depuis longtemps ? demande-t-il.<br> Elle le regarde, et laisse tomber le drap sur ses genoux.<br> &#8211; Le temps qu&rsquo;il faut, dit-elle.<br><br> Le temps\u2026 C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ils eurent, au cours de cet apr\u00e8s-midi, le temps de se conna\u00eetre. Sur certains points, elles se compl\u00e9taient admirablement. La blonde avait un penchant certain pour l&rsquo;oralit\u00e9 &#8211; et elle aimait sucer, indiff\u00e9remment, hommes ou femmes, comme elle le leur prouva assez -, alors que son amie en rejetait m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e. Elle attribuait cette infirmit\u00e9 (pour un peu elle en aurait souffert, et en conscience expliqua qu&rsquo;elle avait essay\u00e9 plusieurs fois, avec des r\u00e9sultats d\u00e9sastreux), \u00e0 ses origines ib\u00e9riques : \u00e0 l&rsquo;entendre, les pr\u00e9jug\u00e9s h\u00e9rit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9ducation rendaient les espagnoles infirmes de la glotte\u2026<br> Ils en vinrent \u00e0 se demander, pendant un arr\u00eat de jeu, si c&rsquo;\u00e9tait g\u00e9n\u00e9tique &#8211; un positionnement particulier de la luette ? &#8211; ou si c&rsquo;\u00e9tait un produit des conseils maternels, car leurs m\u00e8res jamais avec leurs p\u00e8res\u2026 Il se dit qu&rsquo;un tel exemple animerait fort les d\u00e9bats sur l&rsquo;inn\u00e9 et l&rsquo;acquis.<br> &#8211; C&rsquo;est\u2026 d\u00e9gueulasse, r\u00e9p\u00e9tait-elle. Sale. Sale. Son amie haussait les \u00e9paules, passablement \u00e9berlu\u00e9e. Elle n&rsquo;avait jamais eu droit \u00e0 de telles confidences. Et elle ne comprenait gu\u00e8re. Elle, elle aimait le go\u00fbt du sperme &#8211; elle aimait le humer, ou le boire, ou l&rsquo;\u00e9taler sur ses seins de blonde, et aller encore cueillir, du bout de la langue, l&rsquo;ultime perle. \u00ab\u00a0D\u00e9gueulasse\u00a0\u00bb, disait l&rsquo;autre.<br> Il ne chercha pas \u00e0 la convaincre. On aime comme on aime. Oeuf-de-pigeon refusait sa bouche, mais pr\u00eatait volontiers ses fesses. On aime comme on aime. Surtout si\u2026 Mais n&rsquo;anticipons pas.<br><br> L&rsquo;apr\u00e8s-midi se passa ainsi en jeux entrecoup\u00e9s de dialogues rapides, parsem\u00e9s de rires. Elles riaient facilement &#8211; et alors ? A un certain moment, et ils avaient alors le s\u00e9rieux harass\u00e9 des gens qui viennent de jouir, l&rsquo;une d&rsquo;elles lui dit : \u00ab\u00a0Je me rappellerai &#8211; toujours &#8211; et toi ?\u00a0\u00bb<br> Certainement. Toujours, ce n&rsquo;est pas assez long pour oublier.<br><br> Sept heures du soir, il est temps de descendre prendre un verre. D&rsquo;autres randonneurs sont arriv\u00e9s, entre temps. Ambiance, ambiance\u2026 Le patron, un ancien viandard, comme il dit, leur lance des d\u00e9fis au bras de fer, les ratatinent et boit \u00e0 leur sant\u00e9. Les pastis se suivent et se ressemblent. Les deux filles rel\u00e8vent le d\u00e9fi, et m\u00eame en s&rsquo;y mettant \u00e0 deux, elles n&rsquo;arrivent pas \u00e0 faire plier ce petit bonhomme trapu qui, raconte-t-il, se jetait sur l&rsquo;\u00e9paule des carcasses de b\u0153uf de deux ou trois cents kilos. Tomates, mauresques et perroquets, toute la gamme des anis color\u00e9s. Quand ils vont d\u00eener, apr\u00e8s les derniers accords de guitare (\u00ab\u00a0cusi bella a terra induve dumane eo mi ne vo\u2026\u00a0\u00bb), elles sont d\u00e9j\u00e0 plut\u00f4t gaies.<br><br><br> Au-dessus de l&rsquo;\u00e9ternel veau en sauce aux olives des auberges corses, la conversation prit un tour fort audacieux. On commenta les figures de style con\u00e7ues dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, on \u00e9chafauda des m\u00e9taphores pour la nuit \u00e0 venir, on \u00e9voqua des souvenirs pleins d&rsquo;une rh\u00e9torique audacieuse\u2026 Puis parfois un silence \u00e9trange s&rsquo;\u00e9tablissait pendant quelques lourdes secondes, pleines de projets de formulations et de promesses.<br><br> Quand ils se retrouv\u00e8rent dans la chambre, il y eut quelques minutes presque douloureuses o\u00f9 ils s&#8217;embrassaient d\u00e9j\u00e0, se caressaient \u00e0 pleines paumes, sans laisser \u00e0 l&rsquo;autre le temps d&rsquo;\u00f4ter les deux ou trois pelures dont s&rsquo;habille ordinairement la pudeur &#8211; un baiser, un bouton, un autre baiser, un deuxi\u00e8me bouton &#8211; la brune osa une infraction \u00e0 ses propres r\u00e8gles et, profitant de ce qu&rsquo;il avait encore son jeans, elle lui mordit doucement la queue, \u00e0 travers le tissu r\u00eache &#8211; la parcourant comme on croque un \u00e9pi de ma\u00efs &#8211; \u00e0 son tour il l&rsquo;attira \u00e0 lui et lui pompa le sexe, \u00e0 pleine bouche, sans prendre le temps de faire glisser son slip &#8211; jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le fin tissu, tremp\u00e9 d&rsquo;attentes, glisse comme un pr\u00e9texte entre les l\u00e8vres rebondies qui s&rsquo;ouvraient comme une fleur. Leur vocabulaire, au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elles pratiquaient ce qu&rsquo;elles avaient \u00e9voqu\u00e9, et bien plus encore, se fit \u00e9trangement sentimental. Comme si les mots avaient remplac\u00e9 la chose, et les actes dispens\u00e9 des mots. Les images cliniques leur avaient fouett\u00e9 l&rsquo;imagination. Les mots \u00e0 l&rsquo;eau de rose leur stimul\u00e8rent les organes.<br><br> Oeuf-de-pigeon laisse son amie le sucer, mais elle tourne malgr\u00e9 elle autour de l&rsquo;objet du d\u00e9lit, le regarde, fascin\u00e9e, l&rsquo;effleure des l\u00e8vres, le caresse, pendant que l&rsquo;autre l&rsquo;enrobe de sa langue, le grignote, l&rsquo;aspire et l&rsquo;engloutit. Puis elle revient, \u00e9change avec lui, avec elle, des baisers rapides et sal\u00e9s, et repart titiller cette queue turgescente, comme on dit dans les bouquins pornos. <br> Leurs ventres sont de part et d&rsquo;autre de sa t\u00eate, et il va de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, enfouit son visage entre les cuisses \u00e9cart\u00e9es, saveur sucr\u00e9e de l&rsquo;une et go\u00fbt poivr\u00e9e de l&rsquo;autre. Puis elles s&rsquo;assoient sur lui, l&rsquo;une sur son visage, et il va fouiller au plus profond du sexe et de l&rsquo;anus dilat\u00e9s, l&rsquo;autre sur sa queue, qu&rsquo;elle enfile alternativement dans son vagin et dans son cul, et elles continuent \u00e0 s&#8217;embrasser les l\u00e8vres et les seins, et elles se caressent l&rsquo;une l&rsquo;autre. Il sent parfois contre son menton les doigts qui malaxent le clitoris, pincent les l\u00e8vres, viennent jusque dans sa bouche et repartent pour des caresses nouvelles. Le lit tortur\u00e9 geint. Personne n&rsquo;a m\u00eame sugg\u00e9r\u00e9 d&rsquo;\u00e9teindre la lumi\u00e8re, et le miroir de l&rsquo;in\u00e9vitable armoire renvoie bient\u00f4t des figures d&rsquo;enchev\u00eatrements complexes.<br> Ils sont dans un de ces moments o\u00f9 l&rsquo;orgasme compte moins que le plaisir de le retenir, de tourner autour comme un matador travaille son taureau, de s&rsquo;arracher quelques secondes avant l&rsquo;explosion \u00e0 la bouche ou au sexe ou \u00e0 la main qui fait monter la mar\u00e9e des corps. La fille qu&rsquo;il l\u00e9chait se d\u00e9gage soudain, \u00e9change sa place avec son amie &#8211; chacun son tour\u2026 Le sexe qui vient vers sa bouche est tout dilat\u00e9 de la queue qui l&rsquo;occupait l&rsquo;instant d&rsquo;avant, d&rsquo;un rouge presque violet, gorg\u00e9 de sang, encadr\u00e9 de ces boucles blondes poisseuses. Il en mord doucement les l\u00e8vres, et la fille dit Non ! et \u00e7a veut dire oui et \u00e7a veut dire non.<br><br> On ne se rappelle jamais tout. En amour l&rsquo;encha\u00eenement des figures, le li\u00e9 des mouvements forment l&rsquo;essentiel, et cela ne signifie pas grand-chose de se souvenir des attitudes, et non de la danse. <br> Attitudes : l&rsquo;une est agenouill\u00e9e sur le lit, il la p\u00e9n\u00e8tre en levrette pendant qu&rsquo;elle l\u00e8che et pourl\u00e8che le sexe ouvert b\u00e9ant de son amie. \u00ab\u00a0Tourne-toi\u00a0\u00bb, lui dit-elle, et elle se lance dans une feuille-de-rose experte et appliqu\u00e9e, ouvrant de sa langue ce cul r\u00e9tif, le for\u00e7ant de ses doigts. Puis elle va saisir la queue qui lui laboure le ventre, et l&rsquo;introduit elle-m\u00eame dans le cul de son amie, qui dit qu&rsquo;elle a mal, puis qui ne dit plus rien parce que l&rsquo;autre la caresse sauvagement, et qui finit par se cambrer parce qu&rsquo;elle veut l&rsquo;avoir en elle tout entier.<br> Il y a comme un blanc. Voil\u00e0 que les deux filles sont enchev\u00eatr\u00e9es l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre, t\u00eate-b\u00eache, et il va de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre et force doucement les culs, passe dans la bouche qui, l\u00e0-dessous, aime et malm\u00e8ne le sexe, puis revient, tout barbouill\u00e9 de salive, s&rsquo;engouffrer dans l&rsquo;anus qui est rest\u00e9 ouvert, fr\u00e9missant, sombre comme une fleur. Plus tard, elles sont c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, accroupies, et il plonge une main presque enti\u00e8re en chacune, &#8211; jusqu&rsquo;o\u00f9 une femme peut-elle s&rsquo;ouvrir ?<br> Plus tard encore. Il est couch\u00e9 sur le dos, Oeuf-de-pigeon est elle aussi allong\u00e9e sur lui sur le dos, sa queue plant\u00e9e dans le cul, et la blonde introduit sa main enti\u00e8re dans le sexe ainsi offert et vient caresser, \u00e0 travers l&rsquo;infime paroi, la barre de chair dure qui laboure les reins de son amie, se penche sur elle et la l\u00e8che en m\u00eame temps, et la fait jouir, et elle serre les fesses, convulsivement, et il explose dans son cul.<br> La troisi\u00e8me fois, il a \u00e9jacul\u00e9 sur les seins de la brune, et il regarde Papillon qui les parcourt de sa langue. Et puis il serre Oeuf-de-pigeon contre lui pendant que, face \u00e0 eux, l&rsquo;autre se caresse d&rsquo;un index las.<br> Et l&rsquo;une d&rsquo;elles a murmur\u00e9 : \u00a0\u00bb Dis-moi\u2026\u00a0\u00bb et l&rsquo;autre au m\u00eame instant disait \u00ab\u00a0Dis-moi\u2026\u00a0\u00bb, et elles ont souri encore. Alors il leur a souri aussi et il leur a dit qu&rsquo;il les aimait, I love you, I love you, et jamais il ne l&rsquo;aurait dit en fran\u00e7ais. Ich liebe dich, ti amo, te quiero, ti tingu cara\u2026 La distance introduite par l&rsquo;usage d&rsquo;une langue \u00e9trang\u00e8re permet curieusement de se les rendre plus proches, ces deux petites amoureuses, et de les contenter sans leur jouer la com\u00e9die des sentiments.<br><br> Ils ont dormi quelques heures. Au matin, pendant que Papillon prenait une douche, il a bais\u00e9 encore une fois Oeuf-de-pigeon, de la fa\u00e7on la plus classique, comme un missionnaire corse. Et elle a eu, tr\u00e8s vite, un orgasme encore plus violent que ceux de la veille. Il lui a caress\u00e9 les cheveux et lui a dit, en fran\u00e7ais, des choses tendres.<br><br> Et, juste apr\u00e8s, les baisers que l&rsquo;on se donne alors qu&rsquo;on est d\u00e9j\u00e0 parti dans sa t\u00eate. Bien s\u00fbr que je me rappellerai. <br> Il arriva vers dix heures du matin, au lac de Nino, et suivit la ligne de cr\u00eate, \u00e0 gauche, jusqu&rsquo;au sommet de la Punta Artica. Le Castellu di Verghju \u00e9tincelait de blancheur, au loin. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 ce moment qu&rsquo;il r\u00e9alisa qu&rsquo;il ne leur avait m\u00eame pas demand\u00e9 leur pr\u00e9nom. Bien s\u00fbr que je me rappellerai, ch\u00e8res et tendres, miracles anonymes, petits hasards de chair.<br><br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"397\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/08\/jolie-randonneuse-deshabillee.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4682\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/08\/jolie-randonneuse-deshabillee.jpg 600w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/08\/jolie-randonneuse-deshabillee-300x199.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a de nombreuses ann\u00e9es, pour sauver de la faillite un ami libraire d&rsquo;Ajaccio, j&rsquo;avais entrepris l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un roman \u00e9rotique corse, enti\u00e8rement bas\u00e9 sur mes souvenirs.Le livre existe, il n&rsquo;a jamais paru, le libraire avait recul\u00e9 devant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;en faire la promotion sur une \u00eele encore entach\u00e9e de vertu. 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