{"id":4755,"date":"2023-10-25T00:58:48","date_gmt":"2023-10-24T22:58:48","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4755"},"modified":"2023-10-25T00:58:49","modified_gmt":"2023-10-24T22:58:49","slug":"a-la-maniere-de-2-le-rouge-et-le-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/a-la-maniere-de-2-le-rouge-et-le-noir-4755","title":{"rendered":"\u00c0 la mani\u00e8re de \u2014 2 : Le Rouge et le noir"},"content":{"rendered":"\n<p>G\u00e9rard Philipe et Antonella Lualdi, <em>Le Rouge et le noir<\/em>, Claude Autant-Lara, 1954<\/p>\n\n\n\n<p><em>Bon. \u00c0 vous de me dire si je suis au fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique stendhalienne \u2014 tout en lui ajoutant des \u00e9l\u00e9ments plus muscl\u00e9s, que l&rsquo;on trouve \u00e0 vrai dire en abondance dans la correspondance de Stendhal et de M\u00e9rim\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je t&rsquo;appartiens, je t&rsquo;appartiens ! cria Mathilde. Elle se jeta aux genoux de Julien. Il sentait trembler les mains de la jeune fille. Elle rejeta la t\u00eate en arri\u00e8re, le regarda comme s&rsquo;il \u00e9tait son dieu. Elle glissa enfin sa joue contre le drap grossier de l&rsquo;habit de voyage.<br>Julien, horriblement g\u00ean\u00e9, ne savait que faire. Machinalement, il posa sa main sur la t\u00eate fr\u00e9missante appuy\u00e9e contre lui, et prit entre ses doigts quelques m\u00e8ches d\u00e9nou\u00e9es. Il baignait en ce moment dans l&rsquo;une de ces satisfactions inf\u00e2mes que l&rsquo;amour-propre combl\u00e9 accorde quelquefois.<br>Mathilde sans doute se m\u00e9prit sur cette main qui jouait avec ses cheveux. Avec la m\u00eame f\u00e9brilit\u00e9 qu&rsquo;elle avait mise, dix minutes plus t\u00f4t, \u00e0 repousser ses avances, elle d\u00e9grafa le jeune homme et prit dans sa bouche, comme une hostie, le membre dont elle avait r\u00eav\u00e9 sans toutefois oser l&rsquo;imaginer tout \u00e0 fait. \u00ab M\u0153urs singuli\u00e8res de l&rsquo;aristocratie ! \u00bb s&rsquo;\u00e9tonna Julien. \u00ab Elle me repousse, m&rsquo;accable de son m\u00e9pris ; je la quitte, elle c\u00e8de ; et non contente de s&rsquo;humilier, elle me prouve \u00e0 l&rsquo;instant que sous la crinoline de l&rsquo;aristocrate sommeillait une courtisane&#8230; Oh ! Danton avait raison ! \u00bb<br>Par un singulier effet, ce soliloque s\u00e9parait Julien de lui-m\u00eame. Le raisonnement tenait en bride son d\u00e9sir, et tout amoureux qu&rsquo;il f\u00fbt, ou qu&rsquo;il se cr\u00fbt, ce qui revient au m\u00eame, il restait sur son quant-\u00e0-soi. Et par l&rsquo;un de ces quiproquos qui, en amour, font le lit des grandes passions, Mathilde, qui n&rsquo;e\u00fbt pas su quoi faire si sa caresse maladroite avait \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e de succ\u00e8s, prit pour un exc\u00e8s d&rsquo;amour cette rigidit\u00e9 un peu militaire de Julien. Le m\u00e9lange, en elle, d&rsquo;orgueil et de curiosit\u00e9 la poussait d&rsquo;ailleurs \u00e0 s&rsquo;offrir tout \u00e0 fait. Sans rien modifier \u00e0 son premier \u00e9lan, elle entreprit de se d\u00e9barrasser de sa robe de chambre, puis de sa chemise.<br>Quand il vit, \u00e0 ses pieds, la splendeur de sa chair, Julien eut un \u00e9blouissement. Il eut m\u00eame la tentation de laisser parler son amour. Mais il rejeta la volupt\u00e9 du sentiment, comme il avait vaincu la faiblesse de la jouissance. \u00ab Elle s&rsquo;offre, pensa-t-il, mais elle ne se donne pas. \u00bb Par un singulier effet de sa nature, il croyait voir un mensonge au moment m\u00eame o\u00f9 tout, dans l&rsquo;abandon de Mathilde, disait la v\u00e9rit\u00e9.<br>Et pour mieux se convaincre de son amour, il traita la jeune fille comme la derni\u00e8re des filles \u00e0 soldats. Plus elle lui accordait de complaisances, plus il se persuadait qu&rsquo;elle jouait une passion feinte. Et Mathilde, qui sans doute se f\u00fbt d\u00e9pit\u00e9e d&rsquo;en \u00eatre r\u00e9duite, par son amant, au seul article essentiel, qui l&rsquo;e\u00fbt ramen\u00e9e \u00e0 une conjugalit\u00e9 qu&rsquo;elle abhorrait, fut convaincue qu&rsquo;il l&rsquo;aimait, puisqu&rsquo;il lui demandait tant d&rsquo;\u00e9tranges concessions. Par un heureux effet de ce malentendu r\u00e9ciproque, ils se trouv\u00e8rent, au terme de cette premi\u00e8re nuit, plus passionn\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre que s&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s aux convenances d&rsquo;un doux sentiment commun.<br>Au petit matin, juste avant que les domestiques de l&rsquo;h\u00f4tel de la M\u00f4le ne puissent le surprendre, Julien rentra chez lui. Enfin seul, il s&rsquo;\u00e9tonna du feu qui courait encore en lui. Il avait voulu s\u00e9duire la jeune aristocrate. Et voil\u00e0 que, loin de la satisfaction du devoir accompli, il d\u00e9sirait, de toute son \u00e2me, une putain.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"242\" height=\"339\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/10\/698a22764b85ce90d9aac24ff5ad9891.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4766\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/10\/698a22764b85ce90d9aac24ff5ad9891.jpg 242w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2023\/10\/698a22764b85ce90d9aac24ff5ad9891-214x300.jpg 214w\" sizes=\"auto, (max-width: 242px) 100vw, 242px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>G\u00e9rard Philipe et Antonella Lualdi, Le Rouge et le noir, Claude Autant-Lara, 1954 Bon. \u00c0 vous de me dire si je suis au fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique stendhalienne \u2014 tout en lui ajoutant des \u00e9l\u00e9ments plus muscl\u00e9s, que l&rsquo;on trouve \u00e0 vrai dire en abondance dans la correspondance de Stendhal et de M\u00e9rim\u00e9e. &#8211; Je t&rsquo;appartiens, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":4765,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[1482,3568,2661],"class_list":{"0":"post-4755","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-non-classe","8":"tag-a-la-maniere-de","9":"tag-julien-et-mathilde","10":"tag-le-rouge-et-le-noir"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4755","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4755"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4755\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4765"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4755"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4755"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4755"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}