{"id":4880,"date":"2024-02-19T15:44:16","date_gmt":"2024-02-19T14:44:16","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=4880"},"modified":"2024-02-22T15:35:42","modified_gmt":"2024-02-22T14:35:42","slug":"petites-et-grandes-levres-o-bijoux-indiscrets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/petites-et-grandes-levres-o-bijoux-indiscrets-4880","title":{"rendered":"Petites et grandes l\u00e8vres, \u00f4 bijoux indiscrets\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p>Man Ray (1890-1976), <em>\u00c0 l\u2019heure de l\u2019observatoire, les amoureux<\/em>, 1934<br><br>Diderot avait 35 ans lorsqu\u2019il publia, en 1748, <em>Les Bijoux indiscrets<\/em>. Un sultan du Congo, Mangogul \/ Louis XV, a re\u00e7u en cadeau du g\u00e9nie Cucufa un anneau magique : il suffit d\u2019en tourner le chaton pour que les \u00ab bijoux \u00bb des dames pr\u00e9sentes se mettent \u00e0 parler, \u00e0 leur grand dam\u2026<br>Vieux topos. Voir le fabliau intitul\u00e9 <em>Le Chevalier qui fist parler les cons<\/em>. Et Caylus, autre romancier libertin de bon aloi (lire l\u2019<em>Histoire de Guillaume<\/em>, cocher), avait fait paraitre l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente une nouvelle de m\u00eame inspiration.<br><br>Reprenons Quignard\u2026<br>\u00ab La vulve comprend deux replis cutan\u00e9s, deux grandes l\u00e8vres <em>ek<\/em>, deux petites l\u00e8vres <em>in<\/em>, qui se rabattent l\u2019une sur l\u2019autre. <br>Les deux vantaux de la porte du r\u00eave [la porte d\u2019ivoire et la porte de corne dont parle P\u00e9n\u00e9lope dans <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, chant XIX] trouvent leur secret ici.<br>Une porte puis un d\u00e9troit puis un couloir puis un col. Premier voyage. Jason premier marin, qui in vente les navires. Gilgamesh, deuxi\u00e8me marin, qui se dirige vers la mort. Ulysse troisi\u00e8me, marin, qui affronte le d\u00e9sir. \u00bb<br><br>Dans le cunnilingus, la langue \u00e9change des confidences avec ce pertuis labialis\u00e9. Elle le tutoie, feint de l\u2019abandonner pour se concentrer sur le bouton fatal, revient prendre des nouvelles, s\u2019irrigue de salive cyprine. Et de la m\u00eame fa\u00e7on que dans le baiser \u00e0 la florentine on est cens\u00e9 saisir entre deux doigts la l\u00e8vre inf\u00e9rieure de la dame pendant que les langues jutent et joutent, ces m\u00eames doigts peuvent s\u2019ajouter \u00e0 l\u2019intromission linguistique, ou dilater l\u2019\u0153illet violet cher \u00e0 certains po\u00e8tes.<br><br>Contrairement aux l\u00e8vres d\u2019en haut, qui savent se clore (<em>erkos odonton<\/em>, disent les Grecs, l\u2019enclos des dents), les l\u00e8vres d\u2019en bas, suscit\u00e9es par un chaton invers\u00e9, jacassent \u00e0 tort et \u00e0 travers. Confusion, chez Diderot, des pseudo-vierges qui ont vu passer l\u2019homme et le loup. Confusion des d\u00e9votes, qui ne se mettent pas \u00e0 genoux pour rien. Confusion des femmes fid\u00e8les, qui ne le furent gu\u00e8re. Car ces l\u00e8vres cach\u00e9es sont titulaires de la chaire des mensonges.<br><br>Le rouge baiser, comme dit Dior, dont se parent les l\u00e8vres sup\u00e9rieures, est un \u00e9cho du sang qui gonfle les l\u00e8vres occultes, lorsque le d\u00e9sir et l\u2019adr\u00e9naline les font briller d\u2019une humeur satin\u00e9e. Le gloss met la bouche dans le m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;invite que l\u2019aperture indiscr\u00e8te. En fait, la femme ment. Le rouge \u00e0 l\u00e8vres mime la mont\u00e9e du sang dans les art\u00e9rioles, sans qu\u2019il en soit rien. C\u2019est une promesse permanente et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de d\u00e9lices sans cesse report\u00e9es. Et il en est qui s&rsquo;\u00e9tonnent qu&rsquo;on s&rsquo;y trompe\u2026<br>Mais voil\u00e0 : si la s\u00e9ductrice contr\u00f4le compl\u00e8tement l\u2019expression des l\u00e8vres d\u2019en haut, elle ignore tout de celle de la bouche d\u2019ombre. Il n\u2019est jeune demoiselle qui n\u2019ait, avec un petit miroir ing\u00e9nieusement dispos\u00e9, tent\u00e9 de contr\u00f4ler les r\u00e9v\u00e9lations muettes des grandes et petites l\u00e8vres \u2014 et qui ne se soit, au passage, inqui\u00e9t\u00e9e de la conformit\u00e9 anatomique de ces ourlets de chair. D\u2019o\u00f9 la mode actuelle d\u2019interventions plastiques visant \u00e0 supprimer leur exc\u00e8s, pour les rendre identiques au sexe glabre et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 des pornstars. <br><br>Bien s\u00fbr le vagin n\u2019a pas de dents \u2014 sauf dans les imaginations d\u00e9l\u00e9t\u00e8res et les cauchemars climatis\u00e9s. Mais juste \u00e0 l\u2019inverse de ce qui se passe en haut, o\u00f9 avec l\u2019habitude la femme apprend \u00e0 ne pas faire sentir ses quenottes, les l\u00e8vres d\u2019en bas peuvent se resserrer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9touffement du membre qui s\u2019y est introduit. Le fantasme fr\u00e9quent des hommes d\u2019exp\u00e9rience est de trouver une partenaire d\u2019une heure ou d\u2019une vie qui ait ainsi le casse-noisette, comme on dit, et concasse jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extase le vit qui a cru la forcer. <br>En tout cas, serr\u00e9 en bas ou ponctionn\u00e9 en haut, l\u2019homme finit par s\u2019\u00e9pancher en longs ruisseaux sal\u00e9s, m\u00ealant sa propre humeur aqueuse \u2014 et jamais mot ne fut mieux choisi \u2014 \u00e0 celle de la femme soudain fontaine.<br><br>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Dulac (1902-1968) illustration pour <em>Les Bijoux indiscrets<\/em>, 1947<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"779\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/02\/Jean-Dulac-1902-1968-illustration-pour-Les-Bijoux-indiscrets-1947.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4892\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/02\/Jean-Dulac-1902-1968-illustration-pour-Les-Bijoux-indiscrets-1947.jpg 1000w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/02\/Jean-Dulac-1902-1968-illustration-pour-Les-Bijoux-indiscrets-1947-300x234.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/02\/Jean-Dulac-1902-1968-illustration-pour-Les-Bijoux-indiscrets-1947-768x598.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/02\/Jean-Dulac-1902-1968-illustration-pour-Les-Bijoux-indiscrets-1947-696x542.jpg 696w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/02\/Jean-Dulac-1902-1968-illustration-pour-Les-Bijoux-indiscrets-1947-539x420.jpg 539w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Man Ray (1890-1976), \u00c0 l\u2019heure de l\u2019observatoire, les amoureux, 1934 Diderot avait 35 ans lorsqu\u2019il publia, en 1748, Les Bijoux indiscrets. 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