{"id":5049,"date":"2024-06-17T13:21:23","date_gmt":"2024-06-17T11:21:23","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5049"},"modified":"2024-06-17T13:21:23","modified_gmt":"2024-06-17T11:21:23","slug":"du-cote-des-tennis-exercice-erotique-a-la-maniere-de-michel-butor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/du-cote-des-tennis-exercice-erotique-a-la-maniere-de-michel-butor-5049","title":{"rendered":"Du c\u00f4t\u00e9 des tennis : exercice \u00e9rotique \u00e0 la mani\u00e8re de Michel Butor"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Martin Elliott, <em>Fiona Walker<\/em>, 1976<\/p>\n\n\n\n<p>Une rumeur de sieste flottait sur Monticello. Quelques derniers convives, \u00e9cras\u00e9s de chaleur au sortir du restaurant qui donne sur la place et le jeu de boules, d\u00e9sert \u00e0 une heure aussi peu humaine, se h\u00e2taient vers les chambres o\u00f9 ils pourraient suer tout \u00e0 leur aise le blanc d&rsquo;Orenga de Gaffory, le ros\u00e9 de Fiumicicoli  ou le rouge d&rsquo;Alzipratu. Il y eut deux ou trois d\u00e9parts de voitures, puis un silence que les cigales rendaient palpables.<br> Vous traversez la place et prenez, \u00e0 droite de l&rsquo;\u00e9glise, le chemin montant qui m\u00e8ne \u00e0 Saint-Fran\u00e7ois. Tout au long, les oliviers et les ch\u00eanes verts font une ombre plus chaude encore que le plein soleil.<br> Arriv\u00e9 \u00e0 la chapelle, vous tournez \u00e0 droite, vers les tennis.<br><br> Pensiez-vous la trouver l\u00e0 ? Jupette blanche de rigueur. Tee-shirt bleu ciel. La raquette est appuy\u00e9e au grillage. Elle est assise \u00e0 terre, le visage tourn\u00e9 vers le soleil, les yeux ferm\u00e9s. Elle a la l\u00e8vre sup\u00e9rieure emperl\u00e9e de sueur. <br> Vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 tout pr\u00e8s d&rsquo;elle quand elle ouvre les yeux. Vous h\u00e9sitez un instant entre \u00ab\u00a0Tu bronzes ?\u00a0\u00bb et une formulation encore plus originale, \u00ab\u00a0Fait chaud, hein ?\u00a0\u00bb Alors : <br> &#8211; On t&rsquo;a pos\u00e9 un lapin ? <br> &#8211; Je commence \u00e0 en avoir l&rsquo;impression.\u00a0\u00bb Elle ouvre les yeux, lui sourit vaguement. \u00ab\u00a0Je lui ai donn\u00e9 plus d&rsquo;un quart d&rsquo;heure de gr\u00e2ce, \u00e7a suffit comme \u00e7a.\u00a0\u00bb Et elle ne bouge pas.<br> &#8211; Tu restes ici ?<br> &#8211; Non\u2026<br> Et elle ne bouge pas. Vous lui tendez la main, elle la prend et se rel\u00e8ve en souplesse.<br> &#8211; Allez, viens prendre un bol de poussi\u00e8re sur le chemin. On papotera.<br><br> Ne pas en conclure pr\u00e9cipitamment qu&rsquo;il vous suffit de passer pour lever toutes les filles. Depuis presque trois semaines que vous \u00eates l\u00e0, vous avez eu tous deux mainte occasion de vous croiser, d&rsquo;\u00e9changer quelques mots, et des regards qui se veulent strictement amicaux mais o\u00f9 brille, feutr\u00e9e, filtr\u00e9e, cette lueur particuli\u00e8re \u00e0 laquelle on se reconna\u00eet, de loup \u00e0 louve. Quelques mots \u00e9chang\u00e9s, bonjour-bonsoir chez l&rsquo;\u00e9picier, fort convenables. Mais si les trajectoires de vos regards \u00e9taient mat\u00e9rialis\u00e9es, elles dessineraient au milieu du village, et d&rsquo;une fen\u00eatre \u00e0 l&rsquo;autre aussi, un r\u00e9seau si serr\u00e9 que l&rsquo;on y verrait s&rsquo;y dessiner le d\u00e9sir. Elle a bien fait, vraiment, de choisir la Corse, cette ann\u00e9e.<br><br> Juste au-dessus des tennis ont \u00e9t\u00e9 construites quelques belles maisons, de vedettes ivrognes et d&rsquo;\u00e9trangers aimables. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles a un vrai gazon, \u00e9pais et incongru en ces climats de maquis sec, un r\u00eave de troupeaux, miracle des arrosages perfectionn\u00e9s, sous les ombrages entrelac\u00e9s.<br> &#8211; Mais qu&rsquo;est-ce que tu fais ? dit-elle, l\u00e9g\u00e8rement perplexe, en le voyant escalader la cl\u00f4ture de pierres s\u00e8ches.<br> &#8211; Tu vois, je fais le mur. Non, mais il n&rsquo;y a personne, ils sont repartis ce matin. Et c&rsquo;est le seul endroit frais de Balagne. Tu viens ?<br> Derri\u00e8re les arbustes, une vraie clairi\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;abri du regard des passants. Vous vous asseyez sur l&rsquo;herbe. Elle jette un regard autour d&rsquo;elle, et s&rsquo;installe, \u00e0 deux m\u00e8tres de l\u00e0, sur une souche aussi s\u00e8che que celle sur laquelle, dans l&rsquo;exercice de diction bien connu, le chasseur laisse s\u00e9cher ses chaussettes\u2026<br> &#8211; Je ne veux pas de traces d&rsquo;herbes sur ma jupe, dit-elle.<br> &#8211; Enl\u00e8ve-la.\u00a0\u00bb La voix plaisante, bien s\u00fbr, mais le regard est s\u00e9rieux, s\u00e9v\u00e8re m\u00eame.<br> &#8211; Je crois que tu ne serais pas sage\u2026\u00a0\u00bb Alors elle se rel\u00e8ve et d\u00e9grafe la jupe qui glisse sur ses chevilles. Le slip est d&rsquo;une dentelle un peu trop arachn\u00e9enne pour une joueuse de tennis.<br> Comme il arrive toujours quand on passe d&rsquo;un soleil de plomb \u00e0 un espace frais, tous deux transpirent bien plus maintenant que tout \u00e0 l&rsquo;heure.<br> Vous vous relevez aussi et vous lui faites face. Deux pas. Vous levez les mains \u00e0 hauteur des seins, pincez les pointes \u00e0 travers le tissu, une seconde, rel\u00e2chez soudain comme si vous la repoussiez et dites d&rsquo;une voix plus froide, plus dure :<br> &#8211; Enl\u00e8ve \u00e7a aussi.<br> Vous sentez bien, et depuis cinq minutes d\u00e9j\u00e0, qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus que d\u00e9sir d&rsquo;ob\u00e9issance. Il y avait cela aussi dans l&rsquo;\u00e9loquence des regards : une provocation amus\u00e9e et une promesse de servitude volontaire. Pas de servilit\u00e9, mais un go\u00fbt de la douleur et des larmes, et du spectacle de son propre corps.<br> Vous \u00eates tr\u00e8s pr\u00e8s d&rsquo;elle \u00e0 pr\u00e9sent, et elle est compl\u00e8tement nue. Vous sentez dans ses cheveux retenus par un foulard une rumeur d&rsquo;huile de coco parfum\u00e9e \u00e0 la fleur de tiar\u00e9 qui \u00e9voque davantage Baudelaire ou Born\u00e9o que Balagne.<br> Votre main remonte vers les seins lourds, qui ont un peu tendance \u00e0 s&rsquo;\u00e9carter l&rsquo;un de l&rsquo;autre. A nouveau vous en pincez les bouts, doucement d&rsquo;abord, puis plus fort. Vous vous penchez vers elle, vous l&#8217;embrassez \u2014 une bouche fondante, acquise \u00e0 toutes les caresses \u2014, vous mordez les l\u00e8vres offertes, et revenez vers cette langue chaude et molle.<br> Vous vous \u00e9cartez l\u00e9g\u00e8rement d&rsquo;elle, et pensez un instant au contraste du corps nu, tr\u00e8s bronz\u00e9, sauf au niveau du slip, et vous, tout habill\u00e9. Au fond, c&rsquo;est \u00e0 cette capacit\u00e9 \u00e0 se regarder de l&rsquo;ext\u00e9rieur que vous vous \u00eates reconnus sans doute.<br> Votre main descend vers le sexe brun o\u00f9, \u00e9pilation d&rsquo;\u00e9t\u00e9 oblige, ne subsistent que quelques poils, autour de la fente sombre. Il est comme la bouche &#8211; fonte et lave br\u00fblantes. Vos doigts glissent sur le clitoris, \u00e9cartent les cuisses, et vous en enfoncez dans le vagin tremp\u00e9.<br> Elle a un geste vers votre pantalon tendu :<br> &#8211; Non, dites-vous. <br> Vous ressortez vos doigts du sexe ouvert, remontez la main vers le visage et, de votre index humide, parcourez les l\u00e8vres entrouvertes. Elle vous prend la main, et embrasse les doigts qui viennent de la fouiller, les l\u00e8che, les suce en vous regardant fixement.<br> &#8211; Tourne-toi, dites-vous.<br> Puis :<br> &#8211; Mets les mains derri\u00e8re le dos.<br> Vous d\u00e9faites le foulard qui retenait les cheveux, qui se r\u00e9pandent en tresses lourdes et noires, presque cr\u00eapues, sur les \u00e9paules satin\u00e9es &#8211; une peau de brugnon, et la m\u00eame chair ferme. Et vous attachez, bien serr\u00e9, les mains aux ongles courts. <br> Vous \u00eates tout contre elle \u00e0 pr\u00e9sent. Vous l&#8217;embrassez dans le cou, vous grignotez la chair de fruit. La peau est un peu sal\u00e9e par la sueur, un peu sucr\u00e9e par l&rsquo;huile de coco. Et comme elle a certainement lu Baudelaire, vous mordez \u00ab\u00a0les tresses lourdes et rebelles\u00a0\u00bb\u2026<br> Vous murmurez alors :<br> &#8211; Mets-toi \u00e0 genoux.\u00a0\u00bb Puis vous l&rsquo;aidez \u00e0 s&rsquo;allonger au dessus de la souche morte, qui exhausse ses reins de trente bons centim\u00e8tres. La peau, tendue, luit doucement, d&rsquo;un \u00e9clat laiteux, sous les ombres immobiles. Vous ne voyez plus que ce cul offert dans une position qui induit une disproportion obsc\u00e8ne, \u00e0 cause de la perspective plongeante &#8211; le dos et la nuque se perdent, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, en courbes fuyantes, jusqu&rsquo;aux cheveux r\u00e9pandus sur le sol.<br> Vous \u00f4tez votre ceinture, et en caressez lentement les \u00e9paules, le dos et les fesses, ramenant le cuir \u00e0 vous, puis l&rsquo;insinuant entre les cuisses \u00e9cart\u00e9es, encore et encore. La fille a un fr\u00e9missement qui devient un frisson quand la lourde boucle froide glisse entre les l\u00e8vres du sexe entrouvert.<br> &#8211; Choisis un chiffre entre dix et vingt\u2026<br> H\u00e9site-t-elle ?<br> &#8211; Quinze, murmure-t-elle.<br><br> Vous n&rsquo;avez frapp\u00e9 que sur les fesses, mais un coup s&rsquo;est un peu \u00e9gar\u00e9 sur la cuisse droite, o\u00f9 l&rsquo;on peut lire l&rsquo;arrondi de la ceinture sur la peau qui se boursoufle. Elle trouvera bien une explication la prochaine fois qu&rsquo;elle ira \u00e0 la plage &#8211; de toute fa\u00e7on, demain il n&rsquo;y aura probablement presque plus rien. Peut-\u00eatre un l\u00e9ger bleu l\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9, \u00e0 chaque fois, l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 en biseau de la ceinture.<br> Elle n&rsquo;a pas cri\u00e9, sauf \u00e0 la fin, quand sur les trois derniers coups votre main s&rsquo;est faite plus lourde.<br> Elle est toujours couch\u00e9e en travers du tronc d&rsquo;arbre. Les jambes, qui s&rsquo;\u00e9taient resserr\u00e9es \u00e0 chaque coup, se rouvrent doucement. Du visage on ne voit toujours que des cheveux.<br> Vous \u00eates assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, et vous plongez votre main enti\u00e8re vers le sexe rose comme un bonbon sous les poils tr\u00e8s noirs. Elle est encore plus mouill\u00e9e que tout \u00e0 l&rsquo;heure.<br> Vous y enfoncez vos doigts \u2014 tous les doigts, sauf le pouce. Exploration. Domination. Possession. Vos doigts sortent du sexe qui b\u00e2ille comme un kaki cass\u00e9, et plongent plus loin pour caresser le clitoris. A nouveau elle g\u00e9mit &#8211; la caresse si pr\u00e9cise lui arrache le m\u00eame g\u00e9missement \u00e9touff\u00e9 que lorsque vous la fouettiez. Vous revenez au sexe b\u00e9ant, y enfoncez \u00e0 nouveau vos doigts, et, du pouce, vous forcez l&rsquo;anus offert. Alors elle jouit. Son sexe et son cul se resserrent autour de vos doigts en spasmes rapides, peu \u00e0 peu s&rsquo;espa\u00e7ant. A nouveau elle crie quand vous retire vos doigts. Et elle reprend son souffle tandis que vous effleurez de vos doigts humides les globes de chair stri\u00e9s de marques rouge\u00e2tres, r\u00e9seau de signes illisibles mais parfaitement clairs.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Paul Brighelli<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"567\" height=\"427\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/06\/Clergue-lucien-nu-fesse.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5060\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/06\/Clergue-lucien-nu-fesse.jpg 567w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/06\/Clergue-lucien-nu-fesse-300x226.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/06\/Clergue-lucien-nu-fesse-558x420.jpg 558w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/06\/Clergue-lucien-nu-fesse-80x60.jpg 80w\" sizes=\"auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Lucien Clergue, 1968<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Martin Elliott, Fiona Walker, 1976 Une rumeur de sieste flottait sur Monticello. 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