{"id":5177,"date":"2024-11-06T11:16:13","date_gmt":"2024-11-06T10:16:13","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5177"},"modified":"2024-11-07T18:35:20","modified_gmt":"2024-11-07T17:35:20","slug":"premier-chapitre-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/premier-chapitre-5-5177","title":{"rendered":"Premier chapitre, 5"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Ce qui suit est le premier chapitre de la suite de <\/em>Soleil noir<em>, que je suis en train d&rsquo;\u00e9crire et dont un bon tiers est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9dig\u00e9. Parution pr\u00e9vue en mai prochain.<br>\u00c0 vous de me dire si le ton convient, et si cet incipit, comme disent les profs de Lettres, donne envie de conna\u00eetre la suite.<\/em><br><br>Le cavalier qui, en ce lundi 15 juin 1687, allait, au petit galop, sur la grand-route qui reliait Parsi \u00e0 Meudon s\u2019appelait Balthazar Herrero, dit Ma\u00eetre Balthus. Fils d\u2019un forgeron de P\u00e9zenas, m\u00e9decin de son \u00e9tat, il avait l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente sauv\u00e9 la vie du roi en l\u2019op\u00e9rant d\u2019une fistule fort mal plac\u00e9e . Il avait choisi de faire \u00e0 cheval le court trajet de la capitale, o\u00f9 il r\u00e9sidait, \u00e0 Meudon o\u00f9 habitait le marquis de Louvois, qui l\u2019avait convoqu\u00e9. Il voulait profiter de ce premier jour de vrai printemps, un peu frais mais radieux, apr\u00e8s ces longs mois de neige et de gel. Profiter du chant des oiseaux qui p\u00e9piaient timidement, pas bien persuad\u00e9s que le Bonhomme Hiver s\u2019\u00e9tait enfui. Profiter de la course effar\u00e9e d\u2019un chevreuil d\u00e9rang\u00e9 dans sa qui\u00e9tude. Profiter des chansons de toile que les paysannes fredonnaient sur le seuil de leurs masures Et le pas d\u2019un cheval, jugeait-il, s\u2019accordait bien mieux avec sa r\u00e9flexion \u00e0 sauts et \u00e0 gambades, comme disait Montaigne, que les cahots irr\u00e9guliers d\u2019une route boueuse, dans un carrosse qui l\u2019aurait brinquebal\u00e9 dans tous les sens. <br>Peu lui importait que sa dignit\u00e9 de m\u00e9decin extraordinaire de Sa Majest\u00e9 et futur ambassadeur aupr\u00e8s du Grand Turc, comme on appelait alors le sultan de Constantinople, lui interdise d\u00e9sormais de galoper comme un jeune homme. \u00ab D\u2019ailleurs, songeait-il, \u00e0 35 ans, suis-je encore un jeune homme ? \u00bb<br>Le printemps, contenu pendant tout cet hiver interminable de 1687, \u00e9clatait. La r\u00e9verb\u00e9ration mauve et verte de l\u2019immense for\u00eat de Meudon, sur la colline qui bouchait le paysage, faisait vibrer l\u2019horizon. Des iris fleurissaient sur le bord du chemin. Le bl\u00e9 germait enfin dans les champs, sans craindre les gel\u00e9es tardives, si fr\u00e9quentes en cette fin de XVIIe si\u00e8cle. Les paysans, amaigris par les famines, d\u00e9vor\u00e9s par les \u00e9pid\u00e9mies, et \u00e9corch\u00e9s \u00e0, vif par les imp\u00f4ts, semblaient sortir de terre comme des spectres et s\u2019affairaient partout, les uns \u00e0 faire pa\u00eetre leurs vaches \u00e9tiques, les autres \u00e0 porter des l\u00e9gumes et des volailles au march\u00e9 de Meudon. <br>Soudain, la monture \u2014 un gen\u00eat d\u2019Espagne achet\u00e9 avec la splendide r\u00e9tribution pour services rendus accord\u00e9e par le roi quelques mois auparavant, et qu\u2019il avait baptis\u00e9 Esculape, dieu de la m\u00e9decine comme on sait \u2014 pila en fr\u00e9missant. Balthazar, perdu dans ses pens\u00e9es, leva la t\u00eate. <br>Pour f\u00eater le retour du soleil et de la brise, on avait pendu un homme \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du bourg, \u00e0 l\u2019une des branches basses d\u2019un ch\u00eane. Balthazar scruta les frondaisons sup\u00e9rieures. D\u2019autres pendus les d\u00e9coraient, dans des \u00e9tats vari\u00e9s, allant du squelette suspendu par une vert\u00e8bre plus obstin\u00e9e qu\u2019une autre, \u00e0 des gueux \u00e0 demi rong\u00e9s par les vautours et les intemp\u00e9ries. Qu\u2019avait donc fait cet arbre pour qu\u2019on le d\u00e9core ainsi ?<br>L\u2019ex\u00e9cution remontait \u00e0 plusieurs jours, manifestement. Les corbeaux, les autours et les milans avaient becquet\u00e9 le visage, dont les orbites d\u00e9sormais vides fixaient les passants d\u2019un regard d\u2019outre-monde. Les l\u00e8vres, d\u00e9chiquet\u00e9es, laissaient voir les dents noires \u2014 ou ce qu\u2019il en restait. La brise faisait voleter ce corps qui paraissait sans poids comme une rose des vents de chair humaine \u2014 nord, nord-est, nord \u00e0 nouveau. Les mains, li\u00e9es dans le dos, avaient \u00e9t\u00e9 rong\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os.<br>Du lent balancement du cadavre \u00e0 peine v\u00eatu de guenilles, dans le ch\u00eane encore par\u00e9 de ses feuilles d\u2019automne, mais o\u00f9 per\u00e7aient des bourgeons, \u00e9manaient des remugles hideux qui entraient en conflit avec les parfums des premi\u00e8res fleurs. <br>\u00ab Et comme d\u2019habitude, constata le praticien, qui avait eu si souvent l\u2019occasion de humer l\u2019horreur, c\u2019est l\u2019odeur de la mort qui l\u2019emporte. \u00bb<br>Le spectacle n\u2019avait rien d\u2019extraordinaire, mais donna \u00e0 penser \u00e0 Balthazar. Qu\u2019est-ce que le roi savait des souffrances et des mis\u00e8res de son peuple ? Et que lui importait ? Pourvu que l\u2019on pay\u00e2t les taxes et que l\u2019on se f\u00eet enr\u00f4ler \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9quisition dans l\u2019arm\u00e9e royale\u2026<br>Balthazar avait \u00e9voqu\u00e9 l\u2019effarante mis\u00e8re de ce peuple surcharg\u00e9 d\u2019imp\u00f4ts avec un homme que l\u2019on tenait parfois pour responsable de cette effarante pression fiscale, ce marquis de Vauban qui ponctionnait si contin\u00fbment le tr\u00e9sor royal pour construire autour du royaume une ceinture de fer, mille forteresses destin\u00e9es \u00e0 contenir les assauts ennemis \u2014 si un jour l\u2019ennemi osait attaquer le plus puissant monarque d\u2019Europe. Vauban avait souri, et avait entra\u00een\u00e9 Balthazar \u2014 pour lequel il avait une affection profonde, depuis qu\u2019il lui avait confectionn\u00e9, quelques semaines auparavant, un sirop merveilleux pour soigner sa toux continuelle \u2014 dans ses appartements. \u00ab Asseyez-vous, Monsieur, et lisez \u00bb, lui avait-il intim\u00e9 en lui posant sur les genoux une lourde liasse. <br>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re version du grand \u0153uvre de Vauban, cette D\u00eeme royale qui pr\u00e9conisait un imp\u00f4t universel touchant toutes les cat\u00e9gories sociales, nobles compris, et dont la diffusion progressive valut \u00e0 son auteur l\u2019inimiti\u00e9 du roi, peu enclin \u00e0 tol\u00e9rer qu\u2019on lui fasse la le\u00e7on, et celle de ses courtisans, fort peu d\u00e9sireux de contribuer de leur poche \u00e0 l\u2019effort de guerre. Si les riches payaient d\u00e9sormais l\u2019imp\u00f4t, disaient les J\u00e9suites, ils ne seraient plus \u00e0 m\u00eame de faire l\u2019aum\u00f4ne aux pauvres.<br><br>Balthazar contourna le pendu, et reprit sa route \u2014 il arrivait \u00e0 Meudon. Dans moins de dix minutes, il entrerait dans le ch\u00e2teau du marquis de Louvois, qui l\u2019avait convoqu\u00e9 avec force amabilit\u00e9s, ce qui impliquait qu\u2019il d\u00e9sirait le voir au plus t\u00f4t.<br>\u00ab Sire, ne prenez jamais de premier ministre ! \u00bb<br>Tel avait \u00e9t\u00e9 l\u2019ultime conseil de Mazarin mourant au jeune Louis XIV, en 1661. Le roi l\u2019avait suivi scrupuleusement, r\u00e9gnant par lui-m\u00eame, \u00ab en s\u2019appuyant quand m\u00eame, pensa Balthazar tandis que son cheval allait l\u2019amble, sur des ministres qui, les uns apr\u00e8s les autres, atteignaient la pr\u00e9\u00e9minence avant de dispara\u00eetre. Hier Colbert, aujourd\u2019hui Louvois\u2026 Nec pluribus impar, \u00e0 nul autre pareil \u2014 belle devise ! \u00d4 combien significative ! Malheur \u00e0 qui tenterait d\u2019\u00e9galer le roi \u2014 sans parler de le surpasser\u2026 \u00bb<br>Mais d\u00e9j\u00e0 il arrivait.<br>Louvois, ministre de la Paix et surtout de la Guerre, et Surintendant des B\u00e2timents du Roi, ce qui lui donnait la haute main sur la construction sans fin de Versailles, avait rachet\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant le vieux ch\u00e2teau de Meudon, \u00e0 mi-chemin entre la capitale, o\u00f9 il avait son h\u00f4tel particulier, et le palais glorieux o\u00f9 r\u00e9sidait son ma\u00eetre. C\u2019\u00e9tait bien pratique. Et comme le constata Balthazar en passant l\u2019entr\u00e9e principale, qui donnait sur une esplanade flanqu\u00e9e de deux bassins, il s\u2019\u00e9tait construit un petit Versailles, mobilisant les artistes qui avaient \u0153uvr\u00e9 au Grand Trianon, mais se gardant bien de rivaliser avec Sa Majest\u00e9. L\u2019exemple de Fouquet, disgraci\u00e9 puis embastill\u00e9 en 1661 parce qu\u2019il avait construit Vaux-le-Vicomte pour supplanter le Palais-Royal et le Louvre, \u00e9tait encore pr\u00e9sent dans les esprits pour inciter chacun \u00e0 une juste mesure. Le Roi seul pouvait tout oser \u2014 mais le roi \u00e9tait Dieu, n\u2019est-ce pas\u2026<br><br>Balthazar emprunta la longue all\u00e9e sabl\u00e9e qui menait au ch\u00e2teau et s\u2019arr\u00eata devant le perron. Un valet s\u2019empressa, et Balthazar descendit de cheval, avec une lenteur \u00e9tudi\u00e9e, sachant qu\u2019il \u00e9tait probablement scrut\u00e9 de pr\u00e8s par le ministre, qui aimait bien se rendre compte par lui-m\u00eame.<br>Il s\u2019\u00e9tait v\u00eatu, pour ce court voyage, d\u2019un habit de velours bleu-nuit. Seules les plumes de son chapeau, d\u2019un bleu azur\u00e9en, mettaient un peu de gaiet\u00e9 dans son apparence s\u00e9v\u00e8re. Les dentelles m\u00eames qui enrichissaient son col et ses manchettes \u00e9taient brod\u00e9es d\u2019un fil de soie tr\u00e8s sombre. Et le visage intelligent du m\u00e9decin de Sa Majest\u00e9, qui avait gard\u00e9 le teint oliv\u00e2tre de ses anc\u00eatres maures, s\u2019accordait magnifiquement au caract\u00e8re presque inqui\u00e9tant du personnage.<br>On le fit attendre quelques instants dans une antichambre splendide, orn\u00e9es de deux grandes toiles. L\u2019une repr\u00e9sentait Coriolan au milieu des siens avant son exil \u2014 une fa\u00e7on pour Louvois, pensa-t-il, de se souvenir que la faveur du roi, qui aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9levait si haut, pouvait le pr\u00e9cipiter d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre dans l\u2019ab\u00eeme. L\u2019autre panneau montrait les reines de Perse aux pieds d\u2019Alexandre. Balthazar sourit int\u00e9rieurement : n\u2019\u00e9tait-ce pas \u00e0 Alexandre que le roi s\u2019identifiait depuis toujours ? N\u2019avait-il pas fait broder par les Gobelins des tapisseries grandioses narrant les exploits du conqu\u00e9rant, auquel les artistes avaient pr\u00eat\u00e9 les traits du roi ? Ne disait-on pas m\u00eame qu\u2019il avait appris \u00e0 lire dans la Vie d\u2019Alexandre de Quinte-Curce, et comptait peut-\u00eatre, comme lui, dompter le monde\u2026 Et ces reines allong\u00e9es \u00e0 ses pieds n\u2019\u00e9taient-elles pas un souvenir discret de la longue liste des ma\u00eetresses qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 Madame de Maintenon, que tout le monde donnait depuis trois ans pour la nouvelle \u00e9pouse du souverain ?<br>Il fut tir\u00e9 de sa r\u00eaverie par un homme splendidement v\u00eatu \u2014 sans doute un secr\u00e9taire \u2014 qui s\u2019\u00e9tait approch\u00e9 de lui sans un bruit et lui dit fort poliment : \u00ab Si Monsieur veut bien me suivre, Monsieur le Ministre l\u2019attend. \u00bb<br>La convocation \u00e9tait arriv\u00e9e la veille \u00e0 Paris. Balthazar l\u2019attendait, et veilla \u00e0 faire donner \u00e0, son cheval double ration d\u2019avoine : on ne fait pas attendre un homme qui commandait parfois au roi lui-m\u00eame, il prendrait la route d\u00e8s le lendemain matin.<br>Ils parcoururent un long couloir avant d\u2019arriver au bureau, tout ensoleill\u00e9, du tout-puissant ministre.<br>Balthazar connaissait Louvois, et rien dans l\u2019apparence de l\u2019homme assis derri\u00e8re son bureau, d\u2019un embonpoint un peu exag\u00e9r\u00e9., ne pouvait l\u2019\u00e9tonner. Cette corpulence, pleine de fausse bonhomie, camouflait de rondeurs l\u2019esprit aiguis\u00e9 et l\u2019\u00e2me impitoyable du tout-puissant ministre. Louvois \u00e9tait v\u00eatu lui aussi de sombre, mais avec un magnifique plastron de dentelles en fil d\u2019argent. Le m\u00e9decin salua tr\u00e8s profond\u00e9ment le ministre, qui l\u2019interpella gaiment :<br>&#8211; Monsieur, je suis fort aise de vous voir. Vous avez fait diligence, et Sa Majest\u00e9 en sera inform\u00e9e.<br>&#8211; Sa Majest\u00e9 commande et j\u2019ob\u00e9is, r\u00e9pliqua Balthazar en s\u2019inclinant.<br>&#8211; Nous avons \u00e0 parler, Monsieur, dit Louvois en cong\u00e9diant d\u2019un geste les valets et le secr\u00e9taire. Faites-moi la gr\u00e2ce de vous asseoir\u2026<br>C\u2019\u00e9tait effectivement une gr\u00e2ce, de la part d\u2019un homme habitu\u00e9 \u00e0 recevoir assis les serviteurs de tous rangs qui arrivaient \u00e0 lui cass\u00e9s en deux par le respect ou la crainte. Balthazar se posa prudemment sur une chaise \u00e0 droite du bureau. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"777\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-1024x777.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5193\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-1024x777.jpg 1024w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-300x228.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-768x583.jpg 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-696x528.jpg 696w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-1068x811.jpg 1068w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-553x420.jpg 553w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n-80x60.jpg 80w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2024\/11\/465776437_8872069826148311_4906423005836242556_n.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br>\u2003<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qui suit est le premier chapitre de la suite de Soleil noir, que je suis en train d&rsquo;\u00e9crire et dont un bon tiers est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 r\u00e9dig\u00e9. 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