{"id":5365,"date":"2025-04-21T12:56:11","date_gmt":"2025-04-21T10:56:11","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5365"},"modified":"2025-04-21T23:23:56","modified_gmt":"2025-04-21T21:23:56","slug":"la-fin-darthur-debut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/la-fin-darthur-debut-5365","title":{"rendered":"La fin d&rsquo;Arthur \u2014 d\u00e9but\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p>Arthur Rackham (1867-1939), <em>Comment Arthur fut tu\u00e9 par Mordred<\/em>, 1917<\/p>\n\n\n\n<p><em>Je vis avec une m\u00e9di\u00e9valiste, sp\u00e9cialiste des \u00e9crits modernes inspir\u00e9s des litt\u00e9ratures m\u00e9di\u00e9vales. Mis au d\u00e9fi de produire quelque chose dans ce genre si particulier, mais fort populaire, particuli\u00e8rement au Japon, je m&rsquo;y suis essay\u00e9. Ci-dessous, le d\u00e9but du r\u00e9cit.<\/em><br><br><br>                            \u00ab One day a king will come, and the sword will rise again.\u201d<br>                                                                   John Boorman, <em>Excalibur<\/em>, 1981<br><br>Pourquoi \u00e9taient-ils venus ? Une horde de guerriers puissamment arm\u00e9s, mont\u00e9s sur des chevaux \u00e9pais dont le galop faisait trembler la terre bien avant l\u2019assaut final, avait fondu sur le petit village. Mais pourquoi ?  Il n\u2019y avait l\u00e0 qu\u2019une poign\u00e9e de gueux, paysans s\u2019\u00e9chinant \u00e0 tirer du sol ingrat de maigres moissons, bergers de ch\u00e8vres \u2014 car aucun autre animal domestique n\u2019aurait pu brouter les landes alentour \u2014, p\u00eacheurs dont les morues, d\u00e9coup\u00e9es en filets, s\u00e9chaient sur des b\u00e2tons tendus entre les masures mis\u00e9rables, ou roussissaient doucement dans des cabanes aux toits pentus d\u2019o\u00f9 \u00e9mergeait un mince filet de fum\u00e9e. Pour faire des esclaves ? Mais les assaillants n\u2019avaient \u00e9pargn\u00e9 personne, tuant indistinctement hommes, femmes et enfants.<br>C\u2019\u00e9taient des hommes de haute taille et aux larges \u00e9paules, dont les visages et les bras peints de signes inconnus produisaient une horreur profonde. <br> Ils n\u2019avaient rien vol\u00e9 : ils avaient mis le feu aux toits de chaume, et les flammes, attis\u00e9es par la brise qui montait du large, avaient tout d\u00e9vor\u00e9 en une heure. <br>Ils avaient ri, devant les postures inutilement mena\u00e7antes des manants qui avaient voulu r\u00e9sister. Ils avaient ri, puis ils les avaient embroch\u00e9s sur leurs lances, ou d\u00e9capit\u00e9s \u00e0 la hache et \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e. Quelques-uns \u00e9taient descendus de cheval, et avaient violent\u00e9 quelques femmes \u2014 mais sans y mettre un soin particulier, d\u2019autant qu\u2019ils \u00e9taient v\u00eatus de hauberts de fer, et que ce n\u2019\u00e9tait pas bien pratique. Il s\u2019agissait surtout de les \u00e9tonner, de leur faire croire qu\u2019elles seraient seulement viol\u00e9es, mais en les \u00e9gorgeant pourtant en m\u00eame temps. Ils avaient ri \u00e0 nouveau, inond\u00e9s du sang de leurs victimes. <br>Ils avaient pris un soin extr\u00eame \u00e0 sacrifier les enfants, m\u00eame les nourrissons, jet\u00e9s dans les brasiers. <br>L\u2019homme qui paraissait le chef, v\u00eatu d\u2019une armure noire et d\u2019un casque enveloppant qui ne laissait voir que deux braises flamboyantes au milieu d\u2019un visage de fer, avait donn\u00e9 le signal du d\u00e9part en levant haut son \u00e9p\u00e9e, et ils \u00e9taient remont\u00e9s au grand galop de leurs destriers vers le plateau qui s\u2019\u00e9tendait des hautes falaises noires, au-dessus de l\u2019oc\u00e9an infini, en direction de la for\u00eat lointaine qui les avait vomis et les avait raval\u00e9s.<br>De leur passage il ne restait plus rien qu\u2019une colonne \u00e9paisse de fum\u00e9e, que le vent de la mer chassait vers les terres, et l\u2019odeur \u00e9c\u0153urante de la chair qui se calcinait.<br><\/p>\n\n\n\n<p><br><br>La longue ligne noire des falaises barre l\u2019horizon. Une ligne continue o\u00f9 l\u2019on ne discerne plus la trou\u00e9e de la rivi\u00e8re, qui au fil des si\u00e8cles a trou\u00e9 le basalte sombre. D\u00e8s que l\u2019on est au large, l\u2019encoche dans laquelle est blotti le village dispara\u00eet. Les maisons sont group\u00e9es autour de l\u2019embouchure, qui forme un petit port naturel \u00e0 l\u2019abri des vagues ravageuses du nord. Comme elles ont \u00e9t\u00e9 b\u00e2ties avec ces m\u00eames pierres noires, et que les toits sont constitu\u00e9s de larges plaques d\u2019ardoises ramen\u00e9es des collines, on les perd tr\u00e8s vite de vue. Elles paraissent d\u2019abord \u00eatre enfouies dans l\u2019\u00e9boulement, puis l\u2019encoche elle-m\u00eame s\u2019estompe, et il ne reste que le haut front des falaises s\u00e9v\u00e8res, indestructibles.<br><br>La longue ligne noire des falaises barre l\u2019horizon. Nous sommes partis ce matin tr\u00e8s t\u00f4t, je somnolais encore en suivant mon p\u00e8re qui portait la voile, les fils de p\u00eache et les app\u00e2ts. Il n\u2019y avait encore aucun projet d\u2019aube dans le ciel parcouru de nuages violents. Notre maison est l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9cart du village, construite dans un creux de l\u2019encoche d\u2019o\u00f9 une petite source s\u2019\u00e9coule pour m\u00ealer son filet aux eaux rapides de la rivi\u00e8re. Et toute la nuit, j\u2019avais entendu le fracas des vagues, en contrebas. L\u2019id\u00e9e que nous allions partir sur cette mer temp\u00e9tueuse me faisait frissonner malgr\u00e9 l\u2019\u00e9paisse peau d\u2019ours sous laquelle je me blottissais.<br>Les vagues entraient dans le port, et j\u2019ai pens\u00e9 que nous n\u2019arriverions jamais \u00e0 sortir de l\u2019estuaire. Que les rouleaux de la mer d\u2019Irlande nous rejetteraient impitoyablement sur les rochers de part et d\u2019autre de la passe. Mais mon p\u00e8re s\u2019est pench\u00e9 sur les avirons, comme d\u2019habitude, et le fr\u00eale esquif a dans\u00e9 encore une fois sur la cr\u00eate des d\u00e9ferlantes. Nous brisions l\u2019\u00e9cume, nous d\u00e9fiions le vent. <br>Quand nous sommes enfin arriv\u00e9s en pleine mer, il a tranquillement mis la voile triangulaire, et nous avons fil\u00e9 lat\u00e9ralement aux falaises. Comme la c\u00f4te s\u2019enfonce, au sud, nous nous sommes assez rapidement retrouv\u00e9s en pleine mer, plus loin peut-\u00eatre que nos coins de p\u00eache habituels. Alors il a abattu la voile, et sans se pr\u00e9occuper des oscillations de la barque, qui nous faisait danser sur les ab\u00eemes liquides, il a lanc\u00e9 ses lignes de fond, solidement accroch\u00e9es au banc de nage.<br>Comme app\u00e2t, il a utilis\u00e9 de jeunes harengs encore frais. C\u2019est une mer \u00e0 morues, surtout au printemps, parce qu\u2019elles se rapprochent alors des c\u00f4tes. Mon p\u00e8re m\u2019a expliqu\u00e9 tout cela, mais je ne sais o\u00f9 lui-m\u00eame l\u2019a appris : il ne parle jamais de ses parents, ni de son pass\u00e9. Ni de ma m\u00e8re, morte quand je suis venue au monde. Je ne pense pas qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 p\u00eacheur dans ses vies ant\u00e9rieures : il sait lire et \u00e9crire, et il m\u2019a transmis son savoir. A quinze ans, je suis bien plus savante que les petits chenapans d\u00e9penaill\u00e9s avec lesquels je joue, me semble-t-il, depuis toujours. <br>Pour quelle raison mon p\u00e8re m\u2019habille-t-il et me coiffe-t-il en gar\u00e7on ? \u00ab C\u2019est plus pratique, pour la p\u00eache \u00bb, me dit-il. Mais \u00e0 vrai dire, a-t-il r\u00e9ellement besoin de moi ? Mon travail consiste \u00e0 assommer les poissons quand il les remonte dans la barque, \u00e0 d\u00e9crocher l\u2019hame\u00e7on, et \u00e0 les jeter dans le grand seau : il pourrait tr\u00e8s bien le faire seul. Mais il ne me laisse jamais seule \u00e0 la maison \u2014 qu\u2019y ferais-je ? <br><br>Je le regarde qui tient les lignes dans ses mains calleuses, guettant le moment o\u00f9 une tension soudaine lui indiquera ce qui se passe au fond de la mer. Quel \u00e2ge a-t-il ? Peut-\u00eatre 45 ans, peut-\u00eatre un peu plus. Ses cheveux sont encore noirs, mais un filet d&rsquo;argent coule sur ses tempes. Il a une belle t\u00eate facilement rieuse, obscurcie parfois d\u2019un voile profond, qui le renferme sur lui-m\u00eame : plusieurs fois, quand je m\u2019\u00e9veillais dans mon premier sommeil, je l\u2019ai entr\u2019aper\u00e7u, dans la lueur des derni\u00e8res braises de la chemin\u00e9e, le visage sillonn\u00e9 de larmes. Un jour, sans raison, il m\u2019a dit : \u00ab Elle nous manque, tu sais\u2026 \u00bb<br>Et quelle fut sa vie avant d\u2019\u00eatre p\u00eacheur ici ? Chaque fois que je le vois torse nu, se rin\u00e7ant \u00e0 grande eau de tout le sel r\u00e9colt\u00e9 \u00e0 p\u00eacher les morues, je compte les cicatrices qui parcourent son torse, son dos, ses bras. Il m\u2019a appris \u00e0 relier entre elles certaines \u00e9toiles, pour m\u2019enseigner les constellations. Si je reliais les estafilades anciennes dont il est tout cousu, je dessinerais la carte d\u2019un pays imaginaire que j\u2019ai appel\u00e9 Fatherland, mais dont j\u2019ignore l\u2019emplacement et l\u2019histoire. Ces cicatrices sont comme les runes qu\u2019agite la vieille sorci\u00e8re du village : charg\u00e9es de significations, mais incompr\u00e9hensibles.<br><br>La longue ligne noire des falaises barre l\u2019horizon. Nous partons presque tous les jours \u00e0 la p\u00eache, de la nuit vacillante jusqu\u2019au matin frileux. Alors seulement il ram\u00e8ne les lignes, et nous rentrons. \u00c0 la maison, je d\u00e9coupe les filets de poisson que nous mettons pour moiti\u00e9 au sel, et pour moiti\u00e9 au fumoir qui prolonge la maison. Nous rejetons \u00e0 la mer en g\u00e9n\u00e9ral tous les poissons plus courts que mon bras \u2014 tout en gardant quelques petites prises pour app\u00e2ter les lignes du lendemain. <br>Ce sont parfois de vrais monstres que mon p\u00e8re remonte des abysses. Des morues principalement, il y en a tant qu\u2019on a parfois l\u2019impression que l\u2019on pourrait marcher sur les eaux. Mais aussi des bars attir\u00e9s par les alevins, ou des saint-pierres, qui portent sur leur flanc la trace des doigts du disciple favori de J\u00e9sus. Ou parfois des fl\u00e9tans, quand ils reviennent des profondeurs. Tous les gros poissons qui guettent les petits merlans, les harengs maladroits, les tacauds b\u00eates \u00e0 bouffer des algues.<br><br>Par les jours de temp\u00eate, quand il est absolument impossible de sortir, mon p\u00e8re m\u2019emm\u00e8ne loin du village, au nord, l\u00e0 o\u00f9 commence la for\u00eat imp\u00e9n\u00e9trable. Nous ramassons autant de bois que possible, pour nous chauffer et pour fumer les poissons. Poussent l\u00e0 de grands h\u00eatres, des arbres qui ont d\u00fb voir na\u00eetre le Christ et peut-\u00eatre m\u00eame Mo\u00efse, tant ils sont hauts. Nous rentrons pli\u00e9s sous la charge, mais sans bois, comment survivre ? Nous avons pris \u00e0 la for\u00eat le bois des charpentes pour nos pauvres maisons, le bois des planches pour les barques, pour les manches des houes avec lesquelles nous b\u00eachons les rares coins de terre arable, pour y faire pousser des oignons \u2014 la base de notre alimentation avec le poisson fum\u00e9 ou sal\u00e9. Nous n\u2019avons jamais eu faim, et \u00e0 ce que dit mon p\u00e8re, nous avons bien de la chance, dans cette terre du Nord d\u00e9vast\u00e9e par les guerres. Il para\u00eet en savoir long sur ce sujet, mais il ne me raconte rien. Ce sont les autres villageois qui m\u2019ont parl\u00e9 des Vikings, qui attaquent la c\u00f4te nord de l\u2019Angleterre, ou des Pictes qui parfois se font entendre dans les hautes futaies de la grande for\u00eat, sans jamais appara\u00eetre. <br><br>La longue ligne noire des falaises barre l\u2019horizon. Le grand seau est presque plein. Il y a des jours, comme \u00e7a, o\u00f9 les poissons ne se font pas prier \u2014 m\u00eame si je prie souvent la Vierge pour que les morues mordent \u00e0 l\u2019hame\u00e7on. J\u2019ai h\u00e2te de rentrer. Il fait un froid encore per\u00e7ant, \u00e0 cause du vent qui passe sur la cr\u00eate des vagues comme une lame d\u2019\u00e9p\u00e9e.<br>C\u2019est alors que j\u2019ai remarqu\u00e9, montant de la ligne des falaises, une colonne \u00e9paisse de fum\u00e9e \u2014 juste l\u00e0 o\u00f9 s\u2019ins\u00e8re notre village. \u00ab P\u2019pa ! \u00bb Il s\u2019est tourn\u00e9 vers moi, le regard clair et toujours souriant quand il me regarde, je lui ai montr\u00e9 l\u2019horizon. <br>J\u2019ai litt\u00e9ralement vu son front se plisser en vagues. Il a fronc\u00e9 les yeux pour mieux distinguer ce que l\u2019on ne pouvait voir. Alors il s\u2019est mis \u00e0 la barre et a modifi\u00e9 notre cap, de fa\u00e7on \u00e0 ce que la barque ne revienne pas directement vers la passe du village. <br>Il nous a fallu peut-\u00eatre une petite heure pour revenir \u00e0 quelques toises des falaises noires. Mon p\u00e8re avait abattu la voile depuis un certain temps et il s\u2019\u00e9tait mis aux rames, la barque filait, invisible, entre les creux des vagues. Les brisants, au pied des falaises, nous guettaient.<br>Le vent rabattait la fum\u00e9e vers l\u2019int\u00e9rieur des terres, et je ne voyais plus rien. Mais comme nous nous rapprochions, des bouff\u00e9es d\u2019odeurs br\u00fbl\u00e9es ont battu les vagues.<br>Nous avons ras\u00e9 les falaises noires, ballott\u00e9s par le flux et le reflux. Mon p\u00e8re a ralenti encore en arrivant au niveau de la digue qui prot\u00e8ge le port.<br><br>Le village tout entier br\u00fblait. Les toits de chaume \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 enti\u00e8rement consum\u00e9s, les poutres transform\u00e9es en charbons. Et partout, des corps allong\u00e9s \u2014 hommes, femmes et enfants. Les chiens m\u00eames avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. Mais des assassins, nulle trace. Quelque chose \u00e9tait tomb\u00e9 sur le village et avait tout an\u00e9anti. Une \u00e9toile noire peut-\u00eatre.<br>Mon p\u00e8re a longuement fouill\u00e9 les d\u00e9combres du regard avant d\u2019amener la barque jusqu\u2019\u00e0 la gr\u00e8ve. Il a saut\u00e9 \u00e0 l\u2019eau en tenant une \u00e9coute, et il a amarr\u00e9 l\u2019esquif \u00e0 l\u2019un des piquets plant\u00e9s dans les graviers. \u00ab Viens ! \u00bb m\u2019a-t-il dit, et j\u2019ai saut\u00e9 moi aussi. <br>Nous avons lentement parcouru les rues de terre battue. Tout \u00e9tait mort. Des gens que je connaissais bien, des amis avec lesquels je jouais la veille, avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. Presque tous avaient le visage fendu, d\u2019un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e ou de hache. Plusieurs femmes, partiellement d\u00e9v\u00eatues, avaient connu un sort bien malheureux avant de rejoindre les leurs au Paradis.<br><br>Notre maison est en dehors du village lui-m\u00eame \u2014 il faut prendre un \u00e9troit sentier, \u00e0 flanc de falaise, pour y parvenir. Les agresseurs, quels qu\u2019ils soient, ne s\u2019y \u00e9taient pas risqu\u00e9s, et nous avons tout trouv\u00e9 en ordre.<br>Alors j\u2019ai vu une chose insens\u00e9e. Devant la chemin\u00e9e il y avait une tr\u00e8s large dalle de pierre, sur laquelle pouvaient tomber sans risque les charbons et les escarbilles projet\u00e9s par le feu dans l\u2019\u00e2tre. Une plaque de pierre \u00e9paisse de trois doigts, large de quatre pieds, longue de six. Il a gliss\u00e9 ses deux mains sous la pierre, et l\u2019a soulev\u00e9e comme une plume. Je n\u2019avais jamais rien vu de plus beau.<br>Il y avait dessous un large creux dans la terre battue, et dans ce creux un coffre ouvrag\u00e9, imposant, de bois et de fer, qu\u2019il a saisi par ses deux poign\u00e9es lat\u00e9rales et qu\u2019il a arrach\u00e9 de son berceau. Il l\u2019a ouvert. \u00c0 la surface, il y avait un paquet de chiffons, allong\u00e9. Mon p\u00e8re s\u2019en est saisi, et a d\u00e9shabill\u00e9 cette forme en arrachant les guenilles qui l\u2019enveloppaient.<br><br>J\u2019ai su apr\u00e8s coup que je savais ce que cachait la pierre. Que je l\u2019avais en quelque sorte toujours su, tout en l\u2019ignorant. <br><br>Il a d\u00e9gag\u00e9 un \u00e9tui de cuir dont il a tir\u00e9 une \u00e9p\u00e9e longue de trois pieds \u00e0 peu pr\u00e8s, large de trois pouces, prolong\u00e9e d\u2019une garde solide dont la base dessinait une croix. Le m\u00e9tal brillait dans l\u2019ombre de notre chaumi\u00e8re \u2014 il semblait litt\u00e9ralement produire de la lumi\u00e8re. Puis de cette malle que je n\u2019avais jamais soup\u00e7onn\u00e9e il sortit une cote de mailles \u2014 j\u2019en avais vu sur les soldats royaux qui parfois poussaient jusqu\u2019au village, buvaient un coup et repartaient.<br>Il l\u2019enfila tr\u00e8s vite, puis se signa en embrassant la garde de son \u00e9p\u00e9e.<br>\u00ab Reste ici \u00bb, m\u2019a-t-il ordonn\u00e9. \u00ab Ne bouge pas. \u00bb Et il s\u2019est jet\u00e9 dehors, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main.<br>Je n\u2019ai pas ob\u00e9i, bien s\u00fbr \u2014 ou comment serais-je aujourd\u2019hui en mesure de raconter ce qui s\u2019est pass\u00e9 ensuite ?<br><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arthur Rackham (1867-1939), Comment Arthur fut tu\u00e9 par Mordred, 1917 Je vis avec une m\u00e9di\u00e9valiste, sp\u00e9cialiste des \u00e9crits modernes inspir\u00e9s des litt\u00e9ratures m\u00e9di\u00e9vales. 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