{"id":5424,"date":"2025-06-24T17:52:45","date_gmt":"2025-06-24T15:52:45","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5424"},"modified":"2025-06-24T17:54:47","modified_gmt":"2025-06-24T15:54:47","slug":"parler-dit-elle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/parler-dit-elle-5424","title":{"rendered":"Parler, dit-elle"},"content":{"rendered":"\n<p><br>Antoine Wiertz (1806-1865),<em>La Liseuse de romans<\/em>, 1853<\/p>\n\n\n\n<p><em>Wiertz est un peintre belge \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de toutes les modes de son si\u00e8cle. Il avait extorqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Etat un espace consid\u00e9rable pour y installer son atelier, qui est devenu le mus\u00e9e de ses \u0153uvres, souvent de tr\u00e8s grande taille. C&rsquo;est \u00e0 Ixelles, un faubourg de Bruxelles, et \u00e7a vaut le coup d&rsquo;\u0153il, d&rsquo;autant que la foule ne s&rsquo;y presse gu\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sed non satiata<\/em>, dit le po\u00e8te. Comme Messaline, \u00e9puis\u00e9e d\u2019orgie mais non encore satisfaite, C*** rentre au petit matin, par les rues humides o\u00f9 seuls s\u2019activent les n\u00e8gres des poubelles \u2014 d\u00e9bordant de foutre : elle a, tr\u00e8s jeune, pris le go\u00fbt de marcher dans la rue avec sa culotte tremp\u00e9e par la mouille et le sperme, g\u00ean\u00e9e et glorieuse \u00e0 la fois. Elle a \u00e9t\u00e9 bais\u00e9e toute la nuit, dans le bordel chic o\u00f9 son amant la loue, parfois, pour le seul plaisir de l\u2019humilier en la livrant \u00e0 des inconnus \u2014 et pour l\u2019argent aussi : dans son petit sac, elle a une somme consid\u00e9rable, en billets froiss\u00e9s. A priori, les clients viennent pour se faire sucer \u2014 elle est experte en ce domaine \u2014, mais une fois \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre, \u00e0 regarder ses l\u00e8vres s\u2019arrondir autour de leur queue, \u00e0 voir ses petits seins ballotter pendant qu\u2019elle s\u2019active sur leurs couilles, ils ne r\u00e9sistent pas \u00e0 la tentation d\u2019investir son ventre plat ou son petit cul pomm\u00e9 \u2014 et, en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019un et l\u2019autre. Quarante euros la pipe, mais cent pour une baise conventionnelle, deux cents pour une sodomie bien profonde : elle a dans son r\u00e9ticule de quoi offrir \u00e0 son ch\u00e9ri l\u2019un de ces restaurants de luxe o\u00f9 il adore l\u2019exhiber, la robe presque ouverte sur sa poitrine ferme, le visage s\u00e9rieux et mutin \u00e0 la fois. Le Grand V\u00e9four ? Ledoyen ? Guy Savoy ? La table de Jo\u00ebl Robuchon ? Ou l\u2019un des salons priv\u00e9s de Lap\u00e9rouse, dans le souvenir des cocottes qui venaient y essorer les mandataires des Halles \u2014 et faisaient sur les miroirs l\u2019\u00e9preuve de leurs diamants ?<br>Sur le boulevard de Bonne-Nouvelle, les premiers taxis redescendent, charg\u00e9s, de la Gare de l\u2019Est, ou de la Gare du Nord. Elle frissonne. L\u2019id\u00e9e de retrouver son amant, bien au chaud dans un lit douillet, lui fait presser le pas.<br>Le veilleur de nuit dormait, \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, et maugr\u00e9e un peu en la voyant arriver \u2014 mais il sourit quand m\u00eame. \u00ab D\u00e9j\u00e0 ? \u00bb plaisante-t-il. C\u2019est un Levantin qui flaire sur elle l\u2019odeur des hommes qui l\u2019ont bouscul\u00e9e cette nuit. Sans doute se masturbera-t-il en pensant \u00e0 elle, lorsqu\u2019il retournera sur sa couche \u00e9troite. S\u2019il savait, seulement, que l\u2019un d\u2019eux lui a m\u00eame tann\u00e9 le cul \u00e0 coups de ceinture, pour la porter au rouge avant de l\u2019enfiler ! Elle en a gard\u00e9 les traces non \u00e9quivoques, elle br\u00fble de les montrer \u00e0 son Amant, toujours ravi de lire en elle la trace de son ignominie. <br>Dans l\u2019ascenseur, elle sent \u00e0 nouveau son ventre couler \u2014 non de ce que les hommes y ont d\u00e9vers\u00e9, mais d\u2019une excitation nouvelle, \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019exposer en pleine lumi\u00e8re \u00e0 son amant son anus d\u00e9vast\u00e9, son sexe encore b\u00e9ant apr\u00e8s tant d\u2019intromissions d\u00e9mesur\u00e9es.<br>Il n\u2019a pas tout \u00e0 fait ferm\u00e9 la porte du 66, afin de la laisser entrer comme un songe, de la sentir se glisser contre lui, toute fra\u00eeche des brumes du dehors, toute moite encore des foutreries de la nuit. <br>La veilleuse est encore allum\u00e9e. Elle se d\u00e9shabille lentement. Elle se doute qu\u2019il l\u2019observe, qu\u2019il feint de dormir, qu\u2019il ne perd rien de son strip-tease. Ostensiblement, apr\u00e8s avoir \u00f4t\u00e9 le dernier linge, elle renifle sa culotte absolument tremp\u00e9e de d\u00e9jections vari\u00e9es \u2014 comme si elle y retrouvait le d\u00e9tail ph\u00e9rormonique des hommes de sa nuit : les deux cadres tr\u00e8s sup\u00e9rieurs en goguette, qui l\u2019ont prise en sandwich, le grand timide qui vient r\u00e9guli\u00e8rement pour elle, l\u2019ambassadeur africain avec sa bedaine consid\u00e9rable et sa queue courte et tr\u00e8s \u00e9paisse, un ministre fran\u00e7ais en exercice qui d\u00e9barque r\u00e9guli\u00e8rement avec son \u00e9pouse, qu\u2019il fait baiser devant lui par le garde du corps de la maison, un Maghr\u00e9bin dont le sexe \u00e9norme commence par un gland violet, un abricot gonfl\u00e9 que la circoncision met diablement en valeur \u2014  pendant que lui-m\u00eame s\u2019offre l\u2019une ou l\u2019autre des jeunes femmes mises \u00e0 sa disposition. Et quelques autres, de passage, provinciaux en goguette, touristes de haut vol munis des bonnes recommandations. Sans oublier cet \u00e9v\u00eaque en civil, sp\u00e9cialiste exclusif de la sodomie. Tous ont laiss\u00e9 en elle leur message g\u00e9n\u00e9tique \u2014 deux dans sa bouche, deux dans son vagin, les autres, tous les autres, dans son cul. Elle avait, en marchant, l\u2019impression que son anus ne se refermerait plus jamais.<br>Elle se love contre le corps tout chaud de son amant, comme si elle \u00e9pousait les formes d\u2019une viennoiserie g\u00e9ante, sortie du four.<br>&#8211; C\u2019\u00e9tait bien ? demande-t-il \u00e0 mi-voix.<br>&#8211; Je suis un sac \u00e0 foutre plein, mon amour, murmure-t-elle.<br>Puis, dans un souffle, et comme elle le sent furieusement bander contre elle :<br>&#8211; Prends-moi. Parle-moi.<br>Il s\u2019insinue dans son vagin d\u00e9tremp\u00e9, dans cette source in\u00e9puisable qu\u2019elle porte entre ses jambes, ce puits sans fond irrigu\u00e9 de semences diverses.<br>&#8211; Tu les as tous suc\u00e9s, n\u2019est-ce pas ? Avec un plaisir sans cesse renouvel\u00e9\u2026<br>&#8211; Oui \u2014 oui, je les ai suc\u00e9s \u00e0 fond, jusqu\u2019\u00e0 ce que leurs queues me br\u00fblent la glotte\u2026 j\u2019aime \u00e7a !<br>&#8211; Et ils t\u2019ont bais\u00e9e longuement \u2014 en levrette probablement\u2026<br>&#8211; Oui, oui, ah, j\u2019adore \u00e7a, mon amour \u2014 bien leur montrer mes trous pour qu\u2019ils fassent leur choix\u2026 Comme une petite chienne\u2026<br>&#8211; Et ils t\u2019ont prise en te claquant les fesses, n\u2019est-ce pas\u2026<br>-Tr\u00e8s fort. Ils m\u2019ont frapp\u00e9e tr\u00e8s fort, en me d\u00e9fon\u00e7ant la chatte\u2026<br>&#8211; Mais ce n\u2019est pas l\u00e0 qu\u2019ils ont joui, pas vrai ?<br>&#8211; Non ! g\u00e9mit-elle \u2014 et, imm\u00e9diatement, elle crie \u00ab Oui, oui, oui ! \u00bb parce que sa queue l\u2019emplit compl\u00e8tement, et titille en elle des zones si sensibles qu\u2019elle en crierait.<br>&#8211; Ils t\u2019ont d\u00e9chir\u00e9 le cul, ma toute belle \u2014 mon amour \u2014 ma ch\u00e9rie, ma ch\u00e9rie\u2026<br>&#8211; Oh oui, comme tu vas le faire, n\u2019est-ce pas\u2026 J\u2019ai tellement envie que tu m\u2019encules, toi aussi\u2026<br>&#8211; L\u00e0 maintenant ?<br>&#8211; Non \u2014 oui, attends\u2026 <br>Il n\u2019attend gu\u00e8re. Elle s\u2019est lov\u00e9e en cuill\u00e8re contre lui, en se couchant, et c\u2019est dans cette position qu\u2019il l\u2019a prise \u2014 \u00e0 la paresseuse. Elle saisit le membre qui lui fouillait la chatte, et le pointe d\u2019autorit\u00e9 sur son anus assoupli par les queues qui s\u2019y sont aventur\u00e9es, qui l\u2019ont ramon\u00e9e pendant des heures.<br>&#8211; Oh, oui, dit-elle en se cambrant pour le sentir, au plus vite, au plus profond. Oh, comme tu m\u2019encules bien, mon amour\u2026<br>&#8211; Tu as encore leur foutre dans le derri\u00e8re, n\u2019est-ce pas, petite putain\u2026<br>&#8211; Oui, je suis ta putain, une roulure, une d\u00e9vergond\u00e9e\u2026 <br>&#8211; Je te punirai, dit-il.<br>&#8211; Comment ? Oh, dis-moi comment\u2026<br>&#8211; Une vraie fess\u00e9e \u2014 c\u2019est tout ce que m\u00e9rite une petite tra\u00een\u00e9e comme toi\u2026 Couch\u00e9e sur mes genoux, la jupe retrouss\u00e9e, la culotte \u00e0 mi-cuisse. Sale gamine ! Je vais te mettre les fesses en feu !<br>&#8211; Et tu me mettras au piquet ?<br>&#8211; La jupe retrouss\u00e9e, pour qu\u2019on voit bien tes fesses rubicondes. Les mains derri\u00e8re le dos, sinon tu te branlerais, pas vrai, petite garce ?<br>&#8211; \u00c7a, c\u2019est s\u00fbr, dit-elle en s\u2019astiquant le bouton de plus en plus fort. Elle sent monter l\u2019orgasme \u2014 elle a joui plusieurs fois cette nuit, mais rien qui puisse se comparer aux extases que lui procure son Amant, cette impression de mourir, de mourir de ne pas mourir, de d\u00e9coller, et de retomber comme un avion en feu, sur le tarmac du lit \u2014 secou\u00e9e de spasmes, les yeux pleins de larmes \u2014 et, bient\u00f4t, frissonnante, presque glac\u00e9e, pelotonn\u00e9e sous la couette, dans la chaleur de son amant. \u00ab Je vais jouir, mon amour, dit-elle soudain. Je vais jouir\u2026 Donne-moi ton foutre\u2026 Donne-le moi\u2026 \u00bb<br>Il acc\u00e9l\u00e8re ses allers-retours, il la d\u00e9fonce compl\u00e8tement, sortant presque enti\u00e8rement \u00e0 chaque fois, et plongeant en elle jusqu\u2019\u00e0 ce que ses poils lui frottent les fesses, vingt centim\u00e8tres de chair brute, o\u00f9 la grosse veine dessine un relief tourment\u00e9. Elle a \u00e9t\u00e9 p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, cette nuit ou autrefois, par des queues plus consid\u00e9rables, qui lui fouillaient les entrailles, mais il est le seul dont elle a l\u2019impression qu\u2019il lui remonte jusqu\u2019au c\u0153ur\u2026<br>&#8211; Oh mon amour, crie-t-elle soudain, oh je t\u2019aime\u2026<br>De sentir les jets de foutre lui jaillir dans la grotte, se perdre dans son rectum d\u00e9vast\u00e9, et y noyer les brumes de sa nuit, les traces de son pass\u00e9, accentue encore son d\u00e9chirement. Elle crie, \u00ab oh oui, oui ! oh mon amour ! \u00bb \u2014 puis ce n\u2019est plus qu\u2019un long hurlement, la langue en lambeaux du foutre et de l\u2019amour.<br>Elle ne revient \u00e0 elle qu\u2019apr\u00e8s un long moment. Il a ramen\u00e9 sur elle la couette que, dans leur fougue, ils avaient jet\u00e9e au pied du lit. Elle grelotte, en se pelotonnant contre son amant.<br>&#8211; Serre-moi, serre-moi fort, murmure-t-elle.<br>Et, imm\u00e9diatement apr\u00e8s :<br>&#8211; Parle-moi\u2026<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Antoine Wiertz (1806-1865),La Liseuse de romans, 1853 Wiertz est un peintre belge \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de toutes les modes de son si\u00e8cle. Il avait extorqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Etat un espace consid\u00e9rable pour y installer son atelier, qui est devenu le mus\u00e9e de ses \u0153uvres, souvent de tr\u00e8s grande taille. 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