{"id":5457,"date":"2025-07-30T17:56:53","date_gmt":"2025-07-30T15:56:53","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5457"},"modified":"2025-07-31T14:48:39","modified_gmt":"2025-07-31T12:48:39","slug":"nouvelles-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/nouvelles-3-5457","title":{"rendered":"Nouvelles, 3"},"content":{"rendered":"\n<p>Les Gardiens \/ Hommage \u00e0 Lovecraft<br><br>Nous ne sommes plus tr\u00e8s nombreux \u2014 sans doute sommes-nous les derniers. La profession de gardien d\u2019immeuble n\u2019attire plus personne, les gens veulent travailler \u00e0 la lumi\u00e8re, pas s\u2019enfouir dans les entrailles de b\u00e2timents obscurs o\u00f9 le d\u00e9clenchement r\u00e9gulier des chaudi\u00e8res, toutes les heures, sonne comme une d\u00e9flagration dans les couloirs souterrains et les salles secr\u00e8tes, parfois dans l\u2019odeur tenace des poubelles. Et puis les b\u00e2timents sont d\u00e9sormais automatis\u00e9s, tout se r\u00e8gle avec des minuteurs, des robots, et en silence. Vous n\u2019entendez plus le matin le raclement des conteneurs \u00e0 d\u00e9chets amen\u00e9s \u00e0 la surface, afin que les employ\u00e9s de la voierie s\u2019en emparent et les vident \u2014 et vous les rendent afin que vous y mettiez un coup de jet. Ajoutez \u00e0 \u00e7a que c\u2019est une profession de c\u00e9libataire, aucune \u00e9pouse consciencieuse ne consentirait \u00e0 s\u2019enterrer vivante avec ses enfants, car les logements de fonction, dans les plus vieux immeubles, sont install\u00e9s dans les profondeurs, parfois au-del\u00e0 des caves.<br><br>Je ne me plains pas. Je suis log\u00e9, chauff\u00e9, et j\u2019ai largement assez de place pour y faire la cuisine sans que les odeurs de sardines frites envahissent mon aire de repos.  Assez de place aussi pour ranger mes livres \u2014 des centaines de livres.<br><br>Je me suis mis \u00e0 la lecture sur le tard, quand j\u2019ai pris ce travail. Je n\u2019\u00e9tais pas, quand j\u2019\u00e9tais jeune, un \u00e9l\u00e8ve tr\u00e8s attentif \u2014 plus chahuteur que r\u00eaveur, je dois le confesser. Du genre \u00e0 passer des heures sur un canap\u00e9 us\u00e9 pour regarder des programmes t\u00e9l\u00e9 insipides \u2014 mais comment l\u2019aurais-je su, ils \u00e9taient ma norme culturelle, mon horizon mental. Nourri aux meurtres t\u00e9l\u00e9visuels, sexuellement \u00e9duqu\u00e9 par les films pornographiques, trouvant dans les t\u00e9l\u00e9films la preuve que les dysfonctionnements de ma propre famille \u00e9taient normaux et presque souhaitables, j\u2019\u00e9tais un cr\u00e9tin \u00e0 deux jambes \u2014 et avec un estomac patiemment rempli, chaque jour, par les cochonneries du fast-food voisin et les barres chocolat\u00e9es du supermarch\u00e9. \u00c0 seize ans, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 le physique d\u2019une endive bouillie.<br>J\u2019ai donc abandonn\u00e9 les \u00e9tudes, j\u2019ai fait mille boulots aussi peu int\u00e9ressants ou r\u00e9mun\u00e9rateurs que possible, j\u2019ai eu deux ou trois aventures avec des filles dans mon genre qui me quittaient tr\u00e8s vite parce que je ne ressemblais pas \u00e0 leurs h\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 \u2014 un concept qui m\u2019a fait comprendre un jour, soudainement, ce qu\u2019\u00e9tait un oxymore. J\u2019\u00e9tais timide, je suis devenu introverti.<br>J\u2019allais avoir quarante ans quand, baguenaudant sur un boulevard, je suis tomb\u00e9 sur l\u2019annonce : \u00ab Cause d\u00e9part, cherchons un gardien pour l\u2019immeuble, se pr\u00e9senter\u2026 \u00bb J\u2019y suis all\u00e9, on m\u2019a longuement regard\u00e9, sans me poser de questions, et on m\u2019a dit que je faisais l\u2019affaire, pouvais-je commencer tout de suite\u2026<br>Mon pr\u00e9d\u00e9cesseur \u2014 un vieillard sans \u00e2ge, qui perdait la vue et prenait sa retraite pour cette raison \u2014 m\u2019a guid\u00e9 dans son royaume. Il m\u2019a expliqu\u00e9 les portes, les couloirs, les tr\u00e9fonds. Il a insist\u00e9 dur l\u2019examen r\u00e9gulier des murs et des sols b\u00e9tonn\u00e9s. \u00ab Attention aux fissures ! \u00bb s\u2019est-il exclam\u00e9. \u00ab L\u2019immeuble est ancien, le b\u00e9ton travaille, il se craqu\u00e8le, il faut \u00eatre vigilant. \u00bb \u00ab Mais vous avez d\u00e9j\u00e0 vu des fissures ? \u00bb ai-je demand\u00e9, contemplant les soubassements \u00e9normes. \u00ab Non, Dieu merci ! Mais je vous pr\u00e9viens, c\u2019est tout. \u00bb <br>Puis il m\u2019a amen\u00e9 devant une porte de fer. \u00ab C\u2019est par l\u00e0 que l\u2019on acc\u00e8de au r\u00e9seau des \u00e9gouts. La clef, c\u2019est celle-l\u00e0, a-t-il pr\u00e9cis\u00e9 en me d\u00e9signant l\u2019une des clefs plates du gros trousseau qu\u2019il venait de me passer. N\u2019y va pas \u2014 moi, j\u2019y suis jamais all\u00e9. Ton boulot, c\u2019est aussi d\u2019emp\u00eacher tous ceux qui vivent en-dessous de remonter dans les \u00e9tages. Ce serait idiot de leur ouvrir la porte, n\u2019est-ce pas\u2026 \u00bb<br>Qui vit en dessous ? J\u2019ai eu l\u2019impression qu\u2019il me parlait du crocodile qui guettait sous mon lit, quand j\u2019\u00e9tais gosse.<br><br>J\u2019ai pass\u00e9 quelques jours \u00e0 explorer mon royaume. L\u2019immeuble occupe en fait tout un p\u00e2t\u00e9 de maisons, les souterrains permettent de passer d\u2019une cage d\u2019escalier \u00e0 une autre, sans jamais sortir. Je dois sortir les poubelles, et m\u2019occuper de la buanderie o\u00f9 les femmes de m\u00e9nage aux mines et aux parlers color\u00e9s viennent faire les lessives de blanc. Elles \u00e9tendent ensuite les draps et les housses de couettes, comme de grands catafalques, dans les salles vides attenantes. Elles sont positivement les seules cr\u00e9atures vivantes avec lesquelles j\u2019ai un semblant de rapports humains. Des rapports tr\u00e8s distants, qui m\u2019ont appris \u00e0 dire \u00ab bonjour \u00bb et \u00ab au revoir \u00bb dans une douzaine de langues, portugais, arabe, wolof entre autres. \u00c0 ne fr\u00e9quenter que ces bonnes femmes, j\u2019aurais pu penser que \u00ab l\u00e0-haut \u00bb, dans les \u00e9tages, une nouvelle humanit\u00e9, issue de pays exotiquement pauvres, avait pris le pouvoir.<br><br>L\u2019une d\u2019elles \u2014 une Antillaise mafflue et dodue \u2014 m\u2019a positivement fait des avances. Elle a cru m\u2019exciter en se penchant sous pr\u00e9texte de mettre le linge dans la pani\u00e8re, me laissant deviner sa chatte \u00e0 travers sa culotte. Horreur ! Horreur ! <br>Depuis, elles se moquent de moi, me traitent d\u2019impuissant, s\u2019exhibent de plus en plus. <br>Le sexe des femmes est une porte de plus sur la nuit. <br><br>Avec le temps, j\u2019ai appris \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer dans les poubelles tout ce que les bourgeois de la surface jugeaient inad\u00e9quat \u00e0 leur alimentation, alors que c\u2019est parfaitement consommable. Je suis devenu expert en cuisine faisand\u00e9e. Plus besoin de remonter \u00e0 la surface \u2014 sauf pour les poubelles, mais je les sors quand la ville est vide, vers quatre heures. Je les rentre deux heures plus tard, en t\u00e2chant que les passants ne me voient pas. Personne ne sait que j\u2019existe. <br><br>Par les poubelles sont arriv\u00e9s les livres. Ma t\u00e9l\u00e9vision \u00e9tait tomb\u00e9e en panne, elle ne diffusait plus que de la neige dans un grand silence gris. J\u2019ai d\u2019abord lu des bandes dessin\u00e9es jet\u00e9es par les m\u00f4mes, puis j\u2019ai insidieusement gliss\u00e9 vers la litt\u00e9rature \u2014 et m\u00eame la grande litt\u00e9rature, dont on avait tent\u00e9 jadis de me farcir la t\u00eate, et que je d\u00e9couvrais d\u00e9sormais. Avoir \u00e9t\u00e9 un cancre me permettait m\u00eame de les d\u00e9couvrir enti\u00e8rement : je ne savais jamais rien des auteurs, et les noms de Wells, Hugo, Shakespeare ou Melville \u2014 pour donner une id\u00e9e de la vari\u00e9t\u00e9 de mes lectures \u2014 ne me disaient rien du tout a priori. Je n\u2019avais pas de hi\u00e9rarchie, je l\u2019ai construite par moi-m\u00eame. <br>Du coup, j\u2019ai install\u00e9 des \u00e9tag\u00e8res, un peu partout dans mon domaine, pour ranger les livres lus \u2014et, de plus en plus souvent, relus. <br>C\u2019est par les livres que j\u2019ai compris quelle \u00e9tait ma fonction exacte. Et de quoi j\u2019\u00e9tais le Gardien.<br><br>Il ne faut pas croire que tous les \u00e9crivains se valent. Ce n\u2019est pas parce que vous noircissez du papier que vous \u00eates un Elu. Un Initi\u00e9. Tant de soi-disant auteurs n\u2019ont jamais contempl\u00e9 les tr\u00e9fonds. Vu, de leurs yeux vu l\u2019au-del\u00e0. Comme il ne faut pas croire que tous les lecteurs se valent. <br>J\u2019ai patiemment construit mon savoir. Et j\u2019ai tri\u00e9 dans les livres que l\u2019on jetait aux ordures, ou que l\u2019on choisissait d\u2019oublier dans les caves. J\u2019ai tri\u00e9 entre les Voyants et les autres. <br>J\u2019erre dans les m\u00e9andres sans fin du sous-sol en d\u00e9clamant des vers. Des fragments. J\u2019en ai appris beaucoup par c\u0153ur, je peux en r\u00e9citer pendant des heures. J\u2019ai reconstitu\u00e9, en piochant dans les livres inspir\u00e9s, une \u0153uvre unique, colossale, un Livre d\u2019\u00e9nigmes r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Je vais, au milieu de la nuit du sous-sol, r\u00e9citant \u00e0 voix haute les passages qui m\u2019ont inspir\u00e9. Le b\u00e9ton absorbe les mots. Mais si j\u2019insiste assez longtemps, ils le fissureront.<br><br>J\u2019inspecte les murs et les sous-sols soigneusement. Chaque matin d\u00e9sormais. Je sens parfois des tressaillements. On voudrait me faire croire que ce sont les lointains grondements du m\u00e9tro\u2026 Pas si b\u00eate ! Pas si b\u00eate !<br>Ma journ\u00e9e commence ainsi. Parcourir les trois ou quatre kilom\u00e8tres de souterrains. Aller au-del\u00e0 des Portes, l\u00e0 o\u00f9 commencent des escaliers d\u2019o\u00f9 montent des relents indistincts. Ordures accumul\u00e9es. Puis les poubelles \u2014 d\u00e9sormais le seul moment o\u00f9 je reviens \u00e0 la surface. On m\u2019appelle parfois dans les \u00e9tages, pour un probl\u00e8me de tuyauterie ou quelque menu d\u00e9rangement. Je bricole. Je colmate. Et je redescends vite dans mon antre. Mon domaine.<br>Lire. R\u00eaver. Ecouter les g\u00e9missements des entrailles profondes de la Ville.  Oh non, ce n\u2019est pas le m\u00e9tro !<br><br>D\u00e9sormais j\u2019inspecte les murs et les sols de ciment brut deux fois par jour. Soigneusement. Ma lampe-torche \u00e0 la main. Je suis la seule lumi\u00e8re dans cette nuit. <br>Et retour dans la grotte. <br>J\u2019\u00e9vite la buanderie quand les femmes y sont. Elles babillent, leurs piaillements m\u2019emp\u00eachent de tendre l\u2019oreille. Leurs provocations m\u2019obs\u00e8dent.<br>Il y a aussi des livres qui babillent. J\u2019ai appris r\u00e9cemment le sens du mot \u00ab divertissement \u00bb. Se d\u00e9tourner de l\u2019essentiel : le bruit de la Mort qui patiente.<br><br>Dix ans ! Dix ans \u00e0 v\u00e9rifier les murs.<br><br>On me paie en liquide. Pas grand-chose, parce qu\u2019on me loge et on me chauffe gratuitement. Mais \u00e7a tombe r\u00e9guli\u00e8rement, une enveloppe kraft gliss\u00e9e sous la porte d\u2019entr\u00e9e des souterrains. <br>Je ne fais plus aucune d\u00e9pense, alors j\u2019accumule. J\u2019ai un grand coffre plein de coupures de cinquante dollars. Le portrait d\u2019Ulysses S. Grant des centaines de fois. Quand j\u2019aurai assez, je partirai loin de la Ville. Loin des failles. De toute mani\u00e8re, ils sont condamn\u00e9s.<br><br>Il y a huit jours j\u2019ai trouv\u00e9 une fissure. Une amorce, un projet, le r\u00eave d\u2019une fente. Ma premi\u00e8re.<br><br>Je la surveille. Qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9largisse pas, surtout ! Pour le moment, c\u2019est juste une l\u00e9zarde qui zigzague sur quelques pouces. \u00ab Le b\u00e9ton qui travaille \u00bb, diraient des imb\u00e9ciles. Mais je sais bien quelles forces s\u2019arcboutent pour faire craquer le syst\u00e8me.<br><br>Que \u00e7a ne devienne pas une fissure ! Pas une br\u00e8che ! Que je puisse me glisser dehors avant !<br><br>J\u2019inspecte le sous-sol quatre fois par jour \u00e0 pr\u00e9sent. Pour plus de commodit\u00e9, j\u2019ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 mon chez-moi tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la premi\u00e8re fente. Souvent, la nuit \u2014 mais c\u2019est toujours la nuit dans ce tombeau \u2014, j\u2019allume et je la regarde. Auto-suggestion ou pas, je la vois \u2014 je la vois ! \u2014 s\u2019agrandir, puis se contracter, comme une bouche qui respire \u2014 et au matin tout est revenu \u00e0 l\u2019\u00e9tat initial, un interstice \u00e0 peine visible, un minuscule d\u00e9crochement du b\u00e9ton. Peut-\u00eatre le m\u00e9tal dont le ciment est arm\u00e9 travaille-t-il, s\u2019\u00e9rode-t-il \u2014 oui, mais comment expliquer cette respiration, entre minuit et six heures ?<br>Le bruit sourd d\u2019une respiration, d\u2019un souffle camoufl\u00e9. Leur silence m\u00eame prouve leur pr\u00e9sence.<br>La nuit derni\u00e8re, la fente s\u2019est brutalement agrandie \u2014 j\u2019aurais pu y mettre la main.<br>Elle a une douzaine de centim\u00e8tres de long, tout au plus. Le ciment, comme pouss\u00e9 par en-dessous, forme deux bourrelets tout au long. Comme s\u2019il avait fondu, et bav\u00e9 vers l\u2019ext\u00e9rieur. Je me suis mis \u00e0 plat ventre pour l\u2019observer. C\u2019est une bouche d\u2019ombre, et c\u2019est tout. On ne voit rien au-del\u00e0 de sa surface. <br>Y mettre le doigt ? La main ? <br>Et si quelque chose me saisissait par la main ? Me happait ? M\u2019entra\u00eenait ?<br><br>J\u2019ai fait la connaissance du Gardien du troisi\u00e8me bloc de la 103\u00e8me Rue. C\u2019est lui qui est venu me voir. Un type terriblement p\u00e2le \u2014 comme moi, il ne sort qu\u2019aux heures grises de la nuit. Je lui ai montr\u00e9 la fente. \u00ab Ah oui\u2026 M\u00e9fie-toi, petit, m\u00e9fie-toi. \u00bb Se faire appeler \u00ab petit \u00bb \u00e0 bient\u00f4t cinquante ans, c\u2019est presque une promotion !<br>Il m\u2019a expliqu\u00e9 ce qui se passe en dessous. Tout un peuple, m\u2019a-t-il. Des gens qui ne remontent jamais \u2014 ou alors comme nous, aux heures livides. Mais pr\u00eats \u00e0 d\u00e9ferler dans les \u00e9tages.  \u00ab Ils font tampon \u00bb, a-t-il ajout\u00e9. ? Tampon avec quoi ? \u00ab Les morts ! Les \u00e2mes des morts ! Gaffe aux fissures ! \u00bb<br>Pauvre vieux. Il ne va pas bien. Il n\u2019y a pas de morts l\u00e0-dessous. Il y a la Mort elle-m\u00eame. <br><br>Dehors, il pleut, les gens se h\u00e2tent sous les gouttes. Je suis au sec, bien \u00e0 l\u2019abri \u2014 sauf de ce qui pourrait monter. La fente s\u2019est resserr\u00e9e, mais elle s\u2019est \u00e9tendue \u2014 elle court dans toute ma chambre. J\u2019ai d\u00e9plac\u00e9 le lit plusieurs fois pour ne pas risquer d\u2019\u00eatre entra\u00een\u00e9, si jamais elle d\u00e9cidait de s\u2019ouvrir. Et je regarde, je scrute, je lis les zigzags de la fissure. Quelque chose parle dans cette fracture \u2014 mais quoi ? Les b\u00eates maigres de la nuit ?<br>Je ne prends plus le temps de sortir les poubelles. Alors ils sont venus, hier, me sommer de reprendre le travail \u2014 ou ils me vireront.<br><br>\u00c7a y est, ils m\u2019expulsent. J\u2019ai juste eu le temps de m\u2019habiller, avec le grand manteau d\u2019hiver. En pr\u00e9vision, hier, j\u2019ai d\u00e9fait la doublure et je l\u2019ai remplie des visages d\u2019Ulysse S. Grant. \u00c7a m\u2019\u00e9paissit dr\u00f4lement.<br>Ils m\u2019ont jet\u00e9 \u00e0 la rue. J\u2019ai tout laiss\u00e9 derri\u00e8re moi, y compris les livres, pour que mon successeur comprenne, s\u2019il sait lire. <br>Mais personne ne sait lire. J\u2019ai clign\u00e9 des yeux \u00e0 la lumi\u00e8re du jour \u2014 il fait beau, il y a du soleil, les gens vont et viennent. Ils ne savent rien. Ils ne se doutent pas. Moi, je fuis la ville \u2014, parce que t\u00f4t ou tard\u2026<br><br>Jean-Paul Brighelli, 8 octobre 2021<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Gardiens \/ Hommage \u00e0 Lovecraft Nous ne sommes plus tr\u00e8s nombreux \u2014 sans doute sommes-nous les derniers. 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