{"id":5547,"date":"2025-11-12T18:29:06","date_gmt":"2025-11-12T17:29:06","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5547"},"modified":"2025-11-14T00:25:21","modified_gmt":"2025-11-13T23:25:21","slug":"gerontophilie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/gerontophilie-5547","title":{"rendered":"G\u00e9rontophilie"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br><br>En 1987, Denise Grey joua <em>Harold et Maude<\/em>, la pi\u00e8ce de Colin Higgins, au Th\u00e9\u00e2tre Antoine, sur une mise en sc\u00e8ne de Jean-Luc Tardieu. La vieille com\u00e9dienne (91 ans aux fraises) n\u2019avait eu qu\u2019une exigence : ne pas avoir \u00e0 embrasser sur la bouche son partenaire, Jean-Christophe Lebert, qui comme dans la pi\u00e8ce, avait une bonne soixantaine d\u2019ann\u00e9es de moins qu\u2019elle.<br>Rappelez-vous le film de Hal Ashby en 1971. Ruth Gordon avait alors 75 ans, et Bud Cort 50 ans de moins. N\u2019emp\u00eache qu\u2019ils s\u2019aiment, et que le jeune homme, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par la mort de son amante (et le film pose une ellipse sur leur \u00e9treinte, ce qui en accentue la r\u00e9alit\u00e9) est \u00e0 deux doigts de se supprimer, de chagrin : s\u2019il ne le fait pas, c\u2019est que Maude lui a appris \u00e0 vivre, \u00e0 vivre pleinement, lui qui flirtait avec le suicide depuis le d\u00e9but du film.<br><br>Soixante ans ! Mick Jagger, qui n\u2019en a que quarante-quatre avec Melanie Hamrick ; Woody Allen, qui n\u2019a que trente-cinq ans de diff\u00e9rence avec Soon-Yi Previn ; Al Pacino m\u00eame, qui n\u2019a finalement que cinquante-trois ans de plus que Noor Alfallah \u2014 sans compter un que je connais qui n\u2019a jamais que quarante ans de plus que sa future \u00e9pouse \u2014, sont tous des petits joueurs. Ceux dont je parle ici sont d\u00e9j\u00e0 verts, si je puis dire, et les jouvencelles qui les entreprennent ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 s\u2019exercer longtemps avec un chewing-gum complaisant. <br>Mais enfin, c\u2019est pour eux qu\u2019on a invent\u00e9 le Viagra, qui les conduira \u00e0 terme vers le cimeti\u00e8re des amants d\u00e9fra\u00eechis. Marguerite Steinheil n\u2019avait que vingt-huit ans de moins que F\u00e9lix Faure, et elle vous l\u2019a exp\u00e9di\u00e9 <em>ad patres<\/em> en deux coups de m\u00e2choire et trois glissements de langue. L\u2019avaleuse n\u2019attend pas le nombre des ann\u00e9es. <br><br>Bien s\u00fbr, il y a encore deux si\u00e8cles, une diff\u00e9rence d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es ne faisait peur \u00e0 personne \u2014 et Arnolphe convoite Agn\u00e8s en toute bonne inconscience dans <em>L&rsquo;Ecole des femmes<\/em>. Mais c\u2019\u00e9tait syst\u00e9matiquement dans des configurations o\u00f9 le monsieur, g\u00e9n\u00e9ralement fortun\u00e9, parfois t\u00eate couronn\u00e9e, s\u2019offrait de la chair fra\u00eeche afin de se reproduire avant de mourir. Les femmes \u00ab d\u2019un certain \u00e2ge \u00bb, mais encore capables d\u2019avoir des enfants, qui se retrouvaient veuves et envisageaient de se remarier, \u00e9taient rapidement pouss\u00e9es vers la retraite dans un couvent par les rejetons n\u00e9s de leur pr\u00e9c\u00e9dent mari, afin de ne pas \u00e9parpiller l\u2019h\u00e9ritage : le facteur \u00e9conomique restait d\u00e9terminant aussi dans le domaine affectif.<br><br>Les liaisons de vieillards avec de \u00ab belles endormies \u00bb, comme dit Kawakata dans la nouvelle homonyme, sont nombreuses et document\u00e9es. Outre l\u2019aspect libidineux, il y a, comme pour le vieux roi David avec Abisag, l\u2019illusion de pomper la jeunesse du corps \u00e9tendu \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s pour revivifier leur organisme moribond. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"638\" height=\"480\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Louis-Gabriel-Bourbon-Leblanc-1813-1871-David-et-Abisag-c.1865.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5563\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Louis-Gabriel-Bourbon-Leblanc-1813-1871-David-et-Abisag-c.1865.jpg 638w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Louis-Gabriel-Bourbon-Leblanc-1813-1871-David-et-Abisag-c.1865-300x226.jpg 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Louis-Gabriel-Bourbon-Leblanc-1813-1871-David-et-Abisag-c.1865-558x420.jpg 558w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Louis-Gabriel-Bourbon-Leblanc-1813-1871-David-et-Abisag-c.1865-80x60.jpg 80w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Louis-Gabriel-Bourbon-Leblanc-1813-1871-David-et-Abisag-c.1865-265x198.jpg 265w\" sizes=\"auto, (max-width: 638px) 100vw, 638px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Louis-Gabriel Bourbon-Leblanc (1813-1871), David et Abisag, c.1865<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Mademoiselle de Fontanges avait 23 ans de moins que Louis XIV lorsque le roi a entrepris de la d\u00e9coiffer. Sans doute lui a-t-il fallu s\u2019illusionner courageusement sur la majest\u00e9 royale en s\u2019offrant aux embrassements d&rsquo;un pr\u00e9-vieillard d&rsquo;une salet\u00e9 repoussante, \u00e9dent\u00e9, atteint de toutes les maladies de la terre \u2014 mais qui lui survivra pendant trente-quatre ans. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"450\" height=\"657\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/fontanges.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5565\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/fontanges.jpg 450w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/fontanges-205x300.jpg 205w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/fontanges-288x420.jpg 288w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Pierre Mignard, A<em>ng\u00e9lique de Fontanges<\/em>, 1678<br><br>D\u2019o\u00f9 sans doute le fait que les femmes \u00ab d\u2019un certain \u00e2ge \u00bb s\u2019offrant des jeunes hommes beaux et muscl\u00e9s choquent davantage notre \u00e9poque timor\u00e9e. Parce qu\u2019aucune hypoth\u00e8se d\u2019enfantement ne vient adoucir la pure d\u00e9bauche. <br>Dans un excellent film sorti en 2022, <em>Mes rendez-vous avec Leo<\/em>, Emma Thompson, fra\u00eechement veuve sans \u00eatre d\u00e9fra\u00eechie, ex-enseignante conformiste qui n\u2019a jamais connu d\u2019autre homme que son mari, bourgeois anglais introverti, s\u2019offre un escort boy de belle tenue, Daryl McCormack, qui a \u2014 dans la vie comme sur l\u2019\u00e9cran \u2014 trente-quatre ans de moins qu\u2019elle. Il va lui apprendre toutes les fantaisies auxquelles elle n\u2019a jamais eu droit. Et \u00e0 terme, l\u2019amener \u00e0 son premier orgasme.<br>Le jeune homme a un joli physique d\u2019Irlandais m\u00e2tin\u00e9 d\u2019afro-am\u00e9ricain, et, par la gr\u00e2ce d\u2019une sc\u00e9nariste \/ dialoguiste fort dou\u00e9e, un intellect convenable. Quel est le contraire de la g\u00e9rontophilie ? L\u2019\u00e9ph\u00e9bophilie ?<br><em>So what ?<\/em> Laissons les libidos s\u2019exprimer comme elles l\u2019entendent, sans demander de comptes. Laissons les aventuriers des deux sexes miser sur le physique, la fortune, le vice m\u00eame. Qu\u2019est-ce que cela peut faire ?<br>Ah si : cela \u00f4te du march\u00e9 de la s\u00e9duction quelques jolis sp\u00e9cimens rafl\u00e9s par plus vieux qu\u2019eux. Mais enfin, il est tant d\u2019hommes et tant de femmes\u2026<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><br>Lucas Cranach l\u2019Ancien, <em>le Vieillard et la jeune fille<\/em>, 1530 ; <em>Le Couple mal assorti<\/em>, c.1520<br><br><br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1008\" height=\"650\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Capture-decran-2025-11-12-a-18.23.00.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5568\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Capture-decran-2025-11-12-a-18.23.00.png 1008w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Capture-decran-2025-11-12-a-18.23.00-300x193.png 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Capture-decran-2025-11-12-a-18.23.00-768x495.png 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Capture-decran-2025-11-12-a-18.23.00-651x420.png 651w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/11\/Capture-decran-2025-11-12-a-18.23.00-696x449.png 696w\" sizes=\"auto, (max-width: 1008px) 100vw, 1008px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1987, Denise Grey joua Harold et Maude, la pi\u00e8ce de Colin Higgins, au Th\u00e9\u00e2tre Antoine, sur une mise en sc\u00e8ne de Jean-Luc Tardieu. 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