{"id":5583,"date":"2025-12-16T10:54:29","date_gmt":"2025-12-16T09:54:29","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5583"},"modified":"2026-05-15T14:33:10","modified_gmt":"2026-05-15T12:33:10","slug":"les-mysteres-du-dejeuner-sur-lherbe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/les-mysteres-du-dejeuner-sur-lherbe-5583","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res du D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe"},"content":{"rendered":"\n<p>Edouard Manet, <em>Le D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em>, 1863<br><br>Sa Majest\u00e9 est bien bonne. Comme le jury qui s\u00e9lectionnait les envois au Salon officiel s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 impitoyable, admettant moins de deux mille \u0153uvres sur les cinq mille soumises \u00e0 son jugement, Napol\u00e9on III a sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019une exposition parall\u00e8le se d\u00e9roule au Palais de l\u2019industrie \u2014 aujourd\u2019hui d\u00e9moli pour faire place aux Petit et au Grand Palais. <br>Ainsi est n\u00e9 le Salon des Refus\u00e9s, dont l\u2019installation s\u2019est perp\u00e9tu\u00e9e dans les ann\u00e9es suivantes. C\u2019est Viollet-le-Duc, l\u2019homme qui avait invent\u00e9 une fl\u00e8che \u00e0 Notre-Dame qui n\u2019en avait jamais eue, qui lui a souffl\u00e9 l\u2019id\u00e9e. C\u2019est ainsi qu\u2019un politique passe pour lib\u00e9ral \u00e0 peu de frais.<br>N&rsquo;en concluez pas que toutes les toiles refoul\u00e9es \u00e9taient g\u00e9niales. Une sur cent, peut-\u00eatre, pr\u00e9sentait un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat \u2014 et parmi elles, Le D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe, une toile d\u00e9mesur\u00e9e, deux m\u00e8tres dix sur deux m\u00e8tres soixante, un format r\u00e9serv\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral aux toiles historiques, h\u00e9ro\u00efques, au <em>Radeau de la M\u00e9duse<\/em> ou \u00e0 la <em>Mort de Sardanapale<\/em>.<br>Zola, avec son pantalon tirebouchonn\u00e9 et son habit lamentable de petit employ\u00e9 des Messageries Hachette, s\u2019est infiltr\u00e9 dans ce Salon o\u00f9 il connaissait peu de monde. Il avait \u00e0 cette \u00e9poque un accent proven\u00e7al \u00e0 couper au couteau, il \u00e9tait fort timide et fort entreprenant \u00e0 la fois, comme tous les timides. <br>Dans la biographie que le petit Emile a pondu quatre ans plus tard, il raconte son premier contact avec <em>Le D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em>, que le peintre proposait cette ann\u00e9e-l\u00e0, et qui fit scandale :<br>\u00ab <em>Le D\u00e9jeuner sur l&rsquo;herbe<\/em> est la plus grande toile d&rsquo;\u00c9douard Manet, celle o\u00f9 il a r\u00e9alis\u00e9 le r\u00eave que font tous les peintres : mettre des figures de grandeur nature dans un paysage. On sait avec quelle puissance il a vaincu cette difficult\u00e9. Il y a l\u00e0 quelques feuillages, quelques troncs d&rsquo;arbres, et, au fond, une rivi\u00e8re dans laquelle se baigne une femme en chemise ; sur le premier plan, deux jeunes gens sont assis en face d&rsquo;une seconde femme qui vient de sortir de l&rsquo;eau et qui s\u00e8che sa peau nue au grand air. Cette femme nue a scandalis\u00e9 le public, qui n&rsquo;a vu qu&rsquo;elle dans la toile. Bon Dieu ! quelle ind\u00e9cence : une femme sans le moindre voile entre deux hommes habill\u00e9s, mais quelle peste se dirent les gens \u00e0 cette \u00e9poque ! Le peuple se fit une image d&rsquo;\u00c9douard Manet comme voyeur. Cela ne s&rsquo;\u00e9tait jamais vu. Et cette croyance \u00e9tait une grossi\u00e8re erreur, car il y a au mus\u00e9e du Louvre plus de cinquante tableaux dans lesquels se trouvent m\u00eal\u00e9s des personnages habill\u00e9s et des personnages nus. Mais personne ne va chercher \u00e0 se scandaliser au mus\u00e9e du Louvre. \u00bb<br>Du journalisme sympathique, hein, mais rien qui laisse pr\u00e9sager le futur g\u00e9nie des Rougon-Macquart, voyez-vous\u2026 Qui aurait cru que cet aimable plumitif accoucherait, l\u2019ann\u00e9e suivante, de ce chef d\u2019\u0153uvre incontestable qu\u2019est <em>Th\u00e9r\u00e8se Raquin<\/em> ? Qui ?<br>Qui surtout penserait que <em>Th\u00e9r\u00e8se Raquin<\/em> est sorti de la m\u00eame plume, et la m\u00eame ann\u00e9e, que <em>Les Myst\u00e8res de Marseille<\/em>, p\u00e9nible resuc\u00e9e d\u2019Eug\u00e8ne Sue ? Qui ???<br><br>Zola a remis en sc\u00e8ne ce Salon des Refus\u00e9s de 1863 lorsque vingt ans plus tard il a \u00e9crit <em>L\u2019\u0152uvre<\/em>, le roman o\u00f9 il d\u00e9zingue C\u00e9zanne, son ami de toujours :<br>\u00ab Une gaiet\u00e9 particuli\u00e8re y r\u00e9gnait, un \u00e9clat de jeunesse, dont on ne se rendait pas nettement compte d\u2019abord. La foule, d\u00e9j\u00e0 compacte, augmentait de minute en minute, car on d\u00e9sertait le Salon officiel, on accourait, fouett\u00e9 de curiosit\u00e9, piqu\u00e9 du d\u00e9sir de juger les juges, amus\u00e9 enfin d\u00e8s le seuil par la certitude qu\u2019on allait voir des choses extr\u00eamement plaisantes. \u00bb<br>Bon, le tableau de Manet a certainement marqu\u00e9 l\u2019histoire de la peinture moderne. Mais pourquoi Zola n\u2019a-t-il pu s\u2019emp\u00eacher d\u2019en reparler ? Pourquoi se f\u00e2cher par ce livre avec C\u00e9zanne, dont il reconnaissait le g\u00e9nie ? C\u00e9zanne lui avait sauv\u00e9 la mise lorsqu\u2019ils \u00e9taient enfants, \u00e0 Aix-en-Provence, et que le pauvre petit Zola, orphelin souffreteux et binoclard, se faisait chahuter par les morveux de son \u00e9cole \u2014 cet \u00e2ge est sans piti\u00e9, comme dit fort bien La Fontaine\u2026<br>Il faut peser ce qu\u2019il \u00e9crit dans ce roman sur Claude, le h\u00e9ros malheureux de <em>L\u2019\u0152uvre<\/em>, le peintre qui se pend, \u00e0 la fin, faute d\u2019atteindre l\u2019Id\u00e9al qu\u2019il entrevoit mais qu\u2019il n\u2019a pas le talent de toucher\u2026 <br>\u00ab Claude s\u2019\u00e9tait pendu \u00e0 la grande \u00e9chelle, en face de son \u0153uvre manqu\u00e9e. Il avait simplement pris une des cordes qui tenaient le ch\u00e2ssis au mur, et il \u00e9tait mont\u00e9 sur la plate-forme en attacher le bout \u00e0 la traverse de ch\u00eane, clou\u00e9e par lui un jour, afin de consolider les montants. Puis, de l\u00e0-haut, il avait saut\u00e9 dans le vide. En chemise, les pieds nus, atroce avec sa langue noire et ses yeux sanglants sortis des orbites, il pendait l\u00e0, grandi affreusement dans sa raideur immobile, la face tourn\u00e9e vers le tableau, tout pr\u00e8s de la Femme au sexe fleuri d\u2019une rose mystique, comme s\u2019il lui e\u00fbt souffl\u00e9 son \u00e2me \u00e0 son dernier r\u00e2le, et qu\u2019il l\u2019e\u00fbt regard\u00e9e encore, de ses prunelles fixes. \u00bb<br>C\u2019est comme s\u2019il voulait pousser son ancien condisciple au suicide, n\u2019est-ce pas\u2026 Allez, Paul un petit effort\u2026 S\u00e9rieusement, avez-vous lu les gentillesses dont il abreuve son ancien camarade dans ce roman aux clefs si visibles ?<br>\u00ab Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 l\u2019homme de la formule qu\u2019il apportait. Je veux dire qu\u2019il n\u2019a pas eu le g\u00e9nie assez net pour la planter debout et l\u2019imposer dans une \u0153uvre d\u00e9finitive\u2026 Et voyez, autour de lui, apr\u00e8s lui, comme les efforts s\u2019\u00e9parpillent ! Ils en restent tous aux \u00e9bauches, aux impressions h\u00e2tives, pas un ne semble avoir la force d\u2019\u00eatre le ma\u00eetre attendu. N\u2019est-ce pas irritant, cette notation nouvelle de la lumi\u00e8re, cette passion du vrai pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019analyse scientifique, cette \u00e9volution commenc\u00e9e si originalement, et qui s\u2019attarde, et qui tombe aux mains des habiles, et qui n\u2019aboutit point, parce que l\u2019homme n\u00e9cessaire n\u2019est pas n\u00e9 ? \u00bb<br>C\u2019est le personnage de l\u2019\u00e9crivain, Sandoz \u2014 avec un Z et un O comme Zola ! \u2014 qui \u00e9crit \u00e7a. On n\u2019est pas plus aimable. Comment ? Pas encore pendu ?<br>C\u00e9zanne l\u2019a tr\u00e8s mal pris, on le comprend. Il ne s\u2019est m\u00eame pas rendu \u00e0 ses obs\u00e8ques. Et pourtant, il l\u2019aimait, le bougre !<br>Alors, pourquoi tant de haine ? Pourquoi une amiti\u00e9 de vingt ans s\u2019est bris\u00e9e l\u00e0 ?<br>Pour le comprendre, il me faut en revenir au <em>D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em>.<br><br>Les titres des \u0153uvres sont comme nos pr\u00e9noms : ins\u00e9parables, d\u00e8s qu\u2019on a trouv\u00e9 le bon. Manet a h\u00e9sit\u00e9 \u2014 comme des parents peuvent h\u00e9siter \u00e0 la naissance de leur premier b\u00e9b\u00e9. <em>Le Bain<\/em> \u2014 mais c\u2019\u00e9tait d\u2019un commun\u2026 <em>La Partie carr\u00e9e<\/em> \u2014 comme Watteau ? James Tissot, que vous connaissez peut-\u00eatre de r\u00e9putation, bien que la plupart de ses \u0153uvres soient \u00e0 Londres, o\u00f9 il travaillait, a repris cette appellation quelques ann\u00e9es plus tard\u2026 <em>La Partie carr\u00e9e<\/em>, \u00e7a vous a un petit parfum XVIIIe si\u00e8cle qui ne convient gu\u00e8re au style tr\u00e8s contemporain de Manet\u2026 Alors, <em>Le D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em>, pourquoi pas\u2026 Comme Maupassant qui nous a trouss\u00e9 <em>Une partie de campagn<\/em>e, titre innocent de ce qui est au fond une partie de jambes en l&rsquo;air\u2026<br>Parce qu\u2019il est bien question d\u2019un d\u00e9jeuner. Regardez, dans le coin en bas \u00e0 gauche, ce panier renvers\u00e9, ces fruits, cette miche de pain\u2026 Une vraie nature morte hollandaise import\u00e9e dans une toile peinte par un cochon de Fran\u00e7ais !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"460\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-1024x460.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5604\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-1024x460.png 1024w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-300x135.png 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-768x345.png 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-1536x690.png 1536w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-2048x919.png 2048w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-936x420.png 936w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-696x312.png 696w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-1068x479.png 1068w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.34.06-2-1920x862.png 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br>La nature morte est un genre invent\u00e9 au XVIIe si\u00e8cle par les Hollandais \u2014 mon Dieu, ces gens ! Des calvinistes rigides, qui pour rien au monde n\u2019avoueraient prendre du plaisir \u00e0 quoi que ce soit \u2014 \u00e0 commencer par la nourriture. Rappelez-vous Le Festin de Babette. Les aliments qu\u2019ils peignent sont plus vivants qu\u2019eux, parole ! <br>Renvers\u00e9, le panier ! Renvers\u00e9 comme on trousse une jupe. Et de fait, au premier plan, le mod\u00e8le f\u00e9minin est nu \u2014 d\u2019une blancheur de nappe.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"952\" height=\"744\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-12-a-16.56.24-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5606\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-12-a-16.56.24-1.png 952w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-12-a-16.56.24-1-300x234.png 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-12-a-16.56.24-1-768x600.png 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-12-a-16.56.24-1-537x420.png 537w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-12-a-16.56.24-1-696x544.png 696w\" sizes=\"auto, (max-width: 952px) 100vw, 952px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br>Victorine Meurent a pos\u00e9 pour Manet \u00e0 maintes reprises, et pour d\u2019autres peintres encore. Elle-m\u00eame titille le pinceau, et assez pour que l\u2019une de ses toiles ait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e au Salon de 1876, quand celles de Manet \u00e9taient toujours refus\u00e9es. Cela dit, elle est lesbienne, elle l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Alors, nue parmi des hommes habill\u00e9s ? Disons qu\u2019elle prend le soleil \u2014 et de fait, la lumi\u00e8re semble \u00e9maner d\u2019elle.<br>Non, non, le probl\u00e8me, c\u2019est la greluche, au fond, en chemise, en train de se d\u00e9barbouiller la chatte. Mais si, que voulez-vous qu\u2019elle fasse d\u2019autre, dans une telle pose ? Attraper des carpes ?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"736\" src=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-1024x736.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5607\" srcset=\"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-1024x736.png 1024w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-300x216.png 300w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-768x552.png 768w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-1536x1104.png 1536w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-584x420.png 584w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-696x500.png 696w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1-1068x768.png 1068w, https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/wp-content\/uploads\/sites\/25\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-11-a-05.35.02-1.png 1884w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br>Son nom, c\u2019est Alexandrine Meley \u2014 sauf qu\u2019elle se faisait appeler Gabrielle. Int\u00e9ressante, hein, cette question des noms dont on change comme de chemise ! Non, \u00e7a ne vous dit rien ? Eh bien, Alexandrine Meley, c\u2019est madame Zola, celle qui dans la nuit du 29 septembre 1902 a surv\u00e9cu au monoxyde de carbone qui a tu\u00e9 son mari.<br>Zola ne la connaissait pas, lorsqu\u2019il a vu <em>Le D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em> la premi\u00e8re fois. Il la rencontrera pour de bon l\u2019ann\u00e9e suivante, et, timide comme il \u00e9tait, ne la fr\u00e9quentera que trois ou quatre ans plus tard \u2014 alors qu\u2019Alexandrine, il suffisait de frapper \u00e0 sa porte pour qu\u2019elle vous ouvre !  Et il l\u2019\u00e9pousera en 1870. <br>Alexandrine-Gabrielle vivait comme elle pouvait. Elle sortait de nulle part. Elle \u00e9tait ling\u00e8re, mod\u00e8le \u00e0 temps perdu, elle avait de la fra\u00eecheur, comme on dit. Elle couchait \u00e7\u00e0 et l\u00e0, si bien qu\u2019elle avait eu un enfant, \u00e0 vingt ans, d\u00e9pos\u00e9e aux Enfants-Trouv\u00e9s : quand elle s\u2019est mise en souci de la retrouver, avec les moyens de son \u00e9poux, ce fut pour apprendre que la petite fille \u00e9tait morte et enterr\u00e9e dans une fosse commune. Ce si\u00e8cle est sans piti\u00e9. Bah, apr\u00e8s tout, Rousseau, idole de la Gauche enseignante, en a bien fourgu\u00e9 cinq \u00e0 l\u2019adoption \u2014 et ne s\u2019est jamais souci\u00e9 de savoir ce qu\u2019il en \u00e9tait advenu, lui ! <br>Zola, <em>a posteriori<\/em>, n\u2019a plus vu qu\u2019elle sur cette toile gigantesque. C\u2019est qu\u2019il savait, le bougre, qu\u2019il \u00e9tait inutile de porter ses d\u00e9sirs sur Victorine.<br>Il l\u2019a \u00e9pous\u00e9e, et ils ont essay\u00e9 d\u2019avoir des enfants. Mais fichtre, l\u2019Alexandrine avait laiss\u00e9 la sant\u00e9 de ses organes dans les bras d\u2019un gribouilleur ou d\u2019un autre \u2014 et pourquoi pas C\u00e9zanne, qui tirait tout ce qui bougeait ? Une maladie comme il en tra\u00eene tant, qui s\u2019en prend aux secrets intimes de l\u2019anatomie f\u00e9minine, et rend les femmes inaptes \u00e0 se reproduire\u2026 <br>C\u2019est pour \u00e7a que Zola a fait des enfants \u00e0 la ling\u00e8re, Jeanne Rozerot. Et Alexandrine, d\u00e9sol\u00e9 d\u2019\u00eatre st\u00e9rile, a accept\u00e9 cette relation triangulaire, elle est m\u00eame all\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 reconna\u00eetre les enfants.<br>Pendant ce temps, la toile de Manet est devenue l\u2019un des sommets de l\u2019art moderne \u2014 et c\u2019est vraiment m\u00e9rit\u00e9. Pendant ce temps, C\u00e9zanne a acc\u00e9d\u00e9 au statut qui devait \u00eatre le sien \u2014 l\u2019un des ma\u00eetres de l\u2019art moderne. Pendant ce temps, Zola a empil\u00e9 les chefs d\u2019\u0153uvre. <br>Quant \u00e0 savoir qui les a \u00e9crits, c\u2019est l\u2019objet d\u2019un livre que j\u2019\u00e9cris en ce moment.<br><br>Jean-Paul Brighelli<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Edouard Manet, Le D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe, 1863 Sa Majest\u00e9 est bien bonne. 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