{"id":5622,"date":"2026-01-22T10:32:03","date_gmt":"2026-01-22T09:32:03","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/?p=5622"},"modified":"2026-01-22T10:32:03","modified_gmt":"2026-01-22T09:32:03","slug":"quitter-marseille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.causeur.fr\/bonnetdane\/quitter-marseille-5622","title":{"rendered":"Quitter Marseille"},"content":{"rendered":"Les temps sont donc venus : je d\u00e9m\u00e9nage et je quitte Marseille pour le Vaucluse \u2014 quelque part au pied du Ventoux, entre les vignes de Rasteau et les olives de Nyons. Dans l\u2019enclave des papes.<br \/>Hier, j\u2019ai dit adieu \u00e0 la mer.<br \/><br \/>Lorsqu\u2019en 2010 je suis revenu dans la cit\u00e9 o\u00f9 je suis n\u00e9, je ne me doutais gu\u00e8re que quinze ans plus tard j\u2019envisagerais assez sereinement de la quitter sans billet de retour. Sans doute m\u2019\u00e9tais-je abus\u00e9 : apr\u00e8s un tr\u00e8s long crochet parisien puis montpelli\u00e9rain, j\u2019avais cru retomber dans la ville de mon enfance. J\u2019ai cultiv\u00e9 l\u2019illusion jusqu\u2019\u00e0 me loger \u00e0 deux pas de l\u2019abbaye de Saint-Victor, o\u00f9 je fus jadis baptis\u00e9, et de la rue des Lices, qui monte \u00e0 Notre-Dame de la Garde et qui fut ma premi\u00e8re adresse. Et j\u2019ai pouss\u00e9 le vice jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre prof de Pr\u00e9pas au lyc\u00e9e Thiers, o\u00f9 j\u2019avais jadis pr\u00e9par\u00e9 l\u2019Saint-Cloud\u2026<br \/>Les illusions s\u2019abreuvent de souvenirs recompos\u00e9s. Longtemps j\u2019ai arpent\u00e9 les avenues en cherchant \u00e0 marcher dans la poussi\u00e8re de mes pas d\u2019autrefois. J\u2019ai retrouv\u00e9, sur les fa\u00e7ades, les fen\u00eatres de mes amours pass\u00e9es. J\u2019ai presque entendu, derri\u00e8re moi, le pas de tell ou telle qui autrefois\u2026<br \/><br \/>Mais Autrefois ne peut pas grand-chose face \u00e0 Maintenant. De la ville bruissante et bruyante quitt\u00e9e en 1972, il ne reste positivement plus rien. C\u2019\u00e9tait un vrai port m\u00e9diterran\u00e9en, bigarr\u00e9, esxcessif, o\u00f9 l\u2019accent proven\u00e7al faisait chanter la moindre phrase. C\u2019est aujourd\u2019hui une cit\u00e9 monocolore, habill\u00e9e des frusques de l\u2019islam rigoriste. Le genre qui agresse les filles trop court v\u00eatues, les traite de gouines lorsqu\u2019elles ont les cheveux courts, et de sales juives parce que c\u2019est l\u2019insulte premi\u00e8re et derni\u00e8re. <br \/><br \/>J\u2019avais quitt\u00e9 une m\u00e9tropole d\u00e9chir\u00e9e par les mafias corses ou pieds-noirs. J\u2019ai retrouv\u00e9 une cit\u00e9 d\u00e9figur\u00e9e, soumise \u00e0 la loi des narco-trafiquants, o\u00f9 il ne fait pas bon sortir le soir. On ne fl\u00e2ne plus gu\u00e8re \u00e0 Marseille ; on rase les murs en guettant le prochain coup de couteau.<br \/>Quant aux fant\u00f4mes, ils se sont \u00e9vapor\u00e9s dans cette atmosph\u00e8re d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<br \/>A une exception pr\u00e8s, les amis d\u2019autrefois sont morts. C\u2019est tr\u00e8s \u00e9trange, \u00e0 72 ans, de penser que l\u2019on est un survivant. Et que la Faucheuse piaffe, en attendant\u2026<br \/><br \/>\u00c0 l\u2019instant o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes, je suis entour\u00e9 des deux ou trois cents cartons de livres que je ne rouvrirai pas \u2014 eux aussi sont des \u00e9paves du pass\u00e9. Les d\u00e9m\u00e9nageurs vont venir, et je les regarderai embarquer ces milliers de pages sans un battement de cils. Au lieu du nocher fatal des l\u00e9gendes grecques, je m\u2019offre trois barbus costauds pour me d\u00e9barrasser de la suie du pass\u00e9. <br \/>C\u2019est moins \u00e9pique, mais c\u2019est tout aussi radical. <br \/><br \/>Jean-Paul Brighelli<br \/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les temps sont donc venus : je d\u00e9m\u00e9nage et je quitte Marseille pour le Vaucluse \u2014 quelque part au pied du Ventoux, entre les vignes de Rasteau et les olives de Nyons. Dans l\u2019enclave des papes.Hier, j\u2019ai dit adieu \u00e0 la mer. 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